Roustam

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Joker
**Maréchal d'Empire**
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Roustam

Message par Joker »

Roustam Raza (1781-1845) a lui-même a rédigé ses souvenirs, et le fait mérite d'être souligné.
Beaucoup de mémoires de l'Empire sont en effet des faux, écrits par des écrivains professionnels ayant brodé sur quelques anecdotes (mémoires de Constant, Bourrienne etc.).
Ces "supercheries" littéraires pourraient d'ailleurs faire l'objet d'un roman passionnant.
Le manuscrit de Roustam est presque illisible, écrit dans un français plus qu'approximatif, avec un plan narratif très simple, des chapitres lapidaires, sans chronologie, d'une lecture agréable.
Roustam était un homme simple.
Roustam Raza, né d'un Arménien et d'une Géorgienne raconte comment il devint esclave, puis mamelouk d'un bey d'Égypte, avant d'être offert au général Bonaparte qui en fit son valet.
Des témoignages étonnants …
En tant que valet de chambre, Roustam ne quitta plus Napoléon jusqu'à l'abdication de 1814. Il lui a été ainsi donné d'approcher tous les grands personnages de l'Empire, de vivre, aux côtés de l'Empereur, les principaux événements de sa vie extraordinaire.
Les anecdotes sur les dignitaires de l'Empire révèlent des personnes médiocres, intéressées.
Un jour Napoléon demande à Roustam si le maréchal Jean-Baptiste Bessières (1768-1813) lui a donné le montant de sa rente.
"Oui, sire, répond Roustam, je vous remercie; il m'a donné un billet de 500 livres de rente."
Il me dit : "Tu ne sais pas compter. C'est bien plus que cela."
Je dis:"Je vous demande pardon, Sire, je sais bien compter (...)
Il me dit : "Ce n'est pas vrai. Va chercher ton billet que je vois."
Le billet était dans ma chambre . J'ai été chercher et il l'a lu.
Après ça il me dit : "Tu as raison."
Et il me rend le billet, en me disant : "Je te fais 900 livres de rente: il me paraît que Bessières a gardé 400 livres pour lui. C'est bien mal de sa part."
Une autre fois, c'est Berthier qui garde pour lui un sabre de prix que Napoléon avait donné à Roustam.
Une belle amitié entre Napoléon et « son » mameluck
La seule personne vraiment sympathique dans son récit est l'Empereur lui-même. On le sent toujours soucieux de ses gens. Lorsque le Maréchal "Prune" (sic) quitte Paris pour Constantinople, il pense à lui remettre un portrait de Roustam afin qu'il le donne à sa mère s'il parvient à la dénicher. Car la mère de Roustam a disparu. Napoléon est prêt à payer les recherches.
C'est lui aussi qui règle les frais de ses noces, après lui avoir demandé si la jeune fille est un bon parti: "A-t-elle beaucoup de « filone » ? » (mot italien pour argent).
L’illustration ci-dessous résume bien la relation entre les deux hommes. C’est lorsque Napoléon est blessé à Ratisbonne.
On y voit Roustam, enturbanné, peiné, les yeux tendus vers l'Empereur.
C'était la force de Napoléon de savoir susciter de telles abnégations, où il n'y avait néanmoins aucune soumission, aucune crainte de la part de ceux qui le servaient. Ses colères ne duraient pas. Bientôt, il pinçait l'oreille de l'affligé, et on n'en parlait plus. Il y avait quelque chose de l'enfant chez Napoléon, et comme beaucoup d'enfants, il était manipulateur, savait toucher les hommes par une espèce de spontanéité qui n'en était pas toujours une.
Lors de l'entrevue de Tilsitt avec l'Empereur de Russie, Roustam raconte cette anecdote.
Alors qu'il habillait Napoléon, Roustam lui fait remarquer que sa légion d'honneur est mal attachée. "Je l'ai fait exprès", dit Napoléon. Peu de temps après, en compagnie d'Alexandre, il passe devant une compagnie de grenadiers russes. Il s'arrête et demande s'il peut décorer un des soldats avec sa propre légion d'honneur. Ce qu'il fait, défaisant aisément sa légion d'honneur mal attachée. Le geste paraît spontané, plaît et frappe les imaginations.
Napoléon faisait des tours, des plaisanteries, il appelle Roustam "mon gros garçon", "Gros coquin".
Enfin, Napoléon n'avait aucun préjugé, ni racial, ni social, pourvu que l'on fût un bon français.
Ce fut une belle amitié entre Roustam et Napoléon, qui prit fin en 1814, à Fontainebleau, après l'abdication. Roustam abandonna Napoléon.
Il raconta plus tard qu'il avait été effrayé par la tentative de suicide de son maître, et ne voulait pas être mêlé à une seconde.
Mais en fait, Roustam quitta l'Empereur par lassitude, comme beaucoup d'autres. S'il était resté, nul doute qu'il serait allé à Sainte-Hélène.
Pendant les cents jours, il proposa à nouveau ses services à Napoléon qui refusa. il était trop déçu.
Cette réaction montre assez combien il avait été attaché à son Mamelouk.

Source « Actua Litté »

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées