L'INDE

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Prince Impérial

L'INDE et l'ASIE

Message par Prince Impérial »

18 Juin 1815, Waterloo morne plaine, Napoléon est défait. La fin d'un Empire et de la Grande Armée. Le drapeau blanc remplace le drapeau tricolore. Beaucoup de soldats rentrent en France dans leur village. Ces héros vont pourtant subir des brimades, la terreur blanche, la demi-solde insuffisante pour vivre. Tant d’expérience, 25 ans de conflits, ont fait de ses hommes des experts en matière militaire.

Des lors, beaucoup des ces soldats vont partir hors de France à la recherche d’une gloire passée, d’argent ou simplement pour sauver sa peau. Certains partent en Amérique du sud pour défendre l'indépendance face à l'Espagne, d’autre partent au Texas crée une colonie (ce sera le « Champs d'asile, d’autres retournent en Egypte.
Deux officiers, Allard et Ventura partent pour l’Egypte vers 1818-1819 puis remonte via la Syrie, la Perse, l'Afghanistan pour arriver en 1822 au Punjab (Pakistan). Le Maharaja Ranjit Singh les accueillent avec joie Ces deux hommes avaient entendu parler de la richesse de la court du Maharaja Ranjit Singh. Le Maharaja connaissait les exploits de l'Empereur Napoléon et décida d'accepter les services de ces deux anciens soldats impériaux. Ils passèrent les troupes en revues et commencèrent la réorganisation de cette armée. Les communications entre le Maharaja et les officiers français se firent en Français par l'intermédiaire d'un aide de camp de confiance Faqir Nur-ud-din, qui parlait français, anglais et perse et bien bien d'autres langues encore ! Le Maharaja voulait s'assurer que la population et ses hommes n'avaient aucun contact avec les Anglais.
L'armée Sikh fut entraînée à l'occidentale. L'infanterie du général Ventura s'appelait Fauj-e-khas. Le général Allard s'occupa quant à lui de la cavalerie. Tous prêtèrent serment au Roi du Punjab.

Les deux officiers avaient cartes blanches. Les uniformes de l'armée du Maharaja s'inspiraient de ceux de la Grande Armée ; les drapeaux et les plumets étaient tricolores (Ils portaient une devise : « La victoire du Gourou »), les aigles impériales étaient l'honneur des régiments !!!!, Et les ordres étaient intégralement donnés en français. La cavalerie avait les même règlement que ceux en France.
Voici une description de l'uniforme du 1er régiment de Dragons Sikhs : Tunique rouge, pantalon blanc et bottes, turban jaune. Ils possédaient sabre, carabine, ceinture noire et sacoche noire. La cavalerie était de bonne qualité selon les observateurs…anglais.

Les Anglais regardèrent d'un œil inquiet le fait que des Français prennent tant d’importance en Inde. Ils avaient d'ailleurs baptiser les régiments sikhs nouvellement créés : « French brigade of Punjab », ou Brigade française du Punjab.

D’autres officiers français mais aussi étrangers (tous avaient servit l'Empereur) vinrent renforcer la présence française au Punjab. Ces hommes servaient aussi d'administrateurs locaux. Ils avaient en effet reçut des terres à contrôler (lever de l'impôt par exemple). Des lors certains comme Allard se firent construire de véritables palais. Dans l’entrée de la maison du général Allard, il y avait des drapeaux français, des aigles impériaux, un portrait de napoléon !

En 1824, la brigade de Allard participa à la victoire Sikh de Noshera, où les afghans furent repoussés.
« L'armée du punjab se trouvait sur la rive gauche de l'Indus et les afghans persuadés que le fleuve était infranchissable en cet endroit égorgèrent des vaches pour provoquer l’ire des Hindous et des Sikhs. Le Maharaja incapable à la longue de retenir sa colère, ordonna à ses officiers de traverser le fleuve ! Allard monta sur son éléphant et au son de la trompette (les même que la cavalerie française) traversa le fleuve avec sa cavalerie. Les Afghans effrayés furent mis en déroute. » -d’après le général Court-. Un des officiers rapporta sa fierté de voir le drapeau français flotté sur l’Indus.
Ils continuèrent leurs opérations le long de l’Indus en 1824-25. La brigade français prit après un violent assaut la ville de Bethiar.

En 1835, Allard rentra en France où il rencontra le roi Louis-Philippe. Les historiens ne savent rien de leur entrevue. Mais à son retour, Allard revint avec des officiers français qu'il avait été autorisé à contacter et avec de l'armement, des uniformes de cuirassiers ! Et un accord commercial !! Bref, il semblerait que la France de Louis Philippe fut très intéressée. Malheureusement, en 1839 Allard et le Maharaja meurt tous les deux de morts naturelles. Il s'ensuit une lutte pour le pouvoir. Cette instabilité puis la guerre avec les Anglais en 1841 et 1844 (où un officiers français sera fait prisonnier) mettent fin à l'espoir d’un protectorat français sur le Punjab (Pakistan actuel).

Ma source : Lafont Jean-Marie, La présence française dans le royaume Sikh du Punjad (1822-1849), thèse de doctorat, centre de sciences humaines, New-Delhi.

Cette thèse se trouve à la bibliothèque de Beaubourg ou à la bibliothèque du S.H.A.T. (service historique de Vincennes). Il existe des sites en anglais sur le Maharaja et donc sur les officiers français.

Desaix

L'INDE et l'ASIE

Message par Desaix »

Bonjour à tous, :salut:

Je recherche des informations sur un général français: le général Allard (1785-1839). (homonyme de mon nom :fou: )
Une rue est à son nom à Saint- Tropez.
(je vous dispense de la photo sur laquelle je pose en- dessous de la plaque de la rue ;-) )

Salutations :salut:

Dominique T.

Re: Général Allard (au Punjab

Message par Dominique T. »

Sa maison à Saint-Tropez, 52 rue Gambetta, est marquée d'une plaque.

Le petit musée maritime de Saint-Tropez contient de nombreux souvenirs de lui, et retrace sa vie passionnante.

Sa tombe existerait encore à Lahore, capitale de l'Etat du Punjab, dans le quartier Anakarli, près du Munshi Building.

Prince Impérial

Re: Général Allard (au Punjab

Message par Prince Impérial »

Effectivement sa vie est passionnante.

Aide de camp du marechal Brune (a verifier). A la suite de Waterloo, il ne fait pas bon vivre en France avec la Restauration. Bref, notre homme décide de partir se mettre au service de quelqu'un d'autre. D'abord en Egypte, il decide de partir avec un compagnon d'arme pour un mysterieux royaume, en Inde. Il prend alors la route du Punjab (actuel province du Cashemire), le royaume des Sikhs.

Il prend la route de la Perse via Ispahan, Kaboul, puis Lahore, la capitale. Il se met au service du Maharaja Ranjit Singh. Il est connu là-bas pour etre un reformateur et un bon administrateur, et surtout le dernier Grand souverain des Sikhs. Ce dernier a entendu parler de Napoléon qu'il admire. Il engage Allard pour organiser une armée de type européenne.

Il réussit avec beaucoup de travail à réaliser cette armée. D'autres anciens des guerres napoléoniennes l'ont rejoint. L'infanterie mais aussi la cavalerie et l'artillerie sont organiser sur le modèle français. Les ordres sont en français et en persan.

Mais surtout, le drapeau du royaume est semblable à notre drapeau tricolore !!! avec un aigle à la hampe du drapeau!!! (A noter que lorsque Allard arrive au Punjab vers 1822, c'est le drapeau blanc qui flotte sur l'hexagone). Le général Allard ne fait d'ailleurs pas mystère de ses intentions et de la ressemblance avec l'Empire.

En effet, vers 1835, il rentre en France, rencontre Louis-Philippe, et nomme le général Allard comme representant de la France, au Punjab. Il peut ramener des officiers et des armes avec lui.

L'armée du général Allard a repoussé à plusieurs reprise les assauts afghans en guerre contre les Sikhs. Mais plus inquietant, il note la progression des Anglais vers cette région.

Mais, en 1839, le Maharaja et le général meurt tous les deux de mort naturelle. Néanmoins des français restent pour défendre le royaume contre les anglais qui sera annexé aux Indes anglaises à la suite de deux guerres sanglantes en 1844.

Drouet Cyril

INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Une main tendue vers l’Orient.

Le 25 janvier 1799, du Caire, Bonaparte envoyait cette lettre à Tippoo-Sahib, sultan de Mysore :
« Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de la mer Rouge, avec une armée innombrable et invincible, remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l'Angleterre.
Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que vous me donniez, par la voie de Mascate
[capitale du sultanat d’Oman] et de Moka [au Yémen], des nouvelles sur la situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je désirerais même que vous pussiez envoyer à Suez, ou au grand Caire, quelque homme adroit, qui eût votre confiance, avec lequel je pusse conférer. »

En écrivant ces mots, le général en chef de l’Armée d’Orient se souvenait-t-il des discussions passionnées tenues auprès du contre-amiral Magon, telles qu’elles nous sont contées par la duchesses d’Abrantès dans ses Mémoires :
« Il parlait de l'Orient, bien souvent encore avec notre ami le contre-amiral Magon; il le questionnait sur l'Inde ; il lui faisait des questions auxquelles l'autre, conteur comme un Schéhérazade mâle, ne demandait pas mieux que de répondre. Napoléon écoutait avec avidité. Il regardait le contre-amiral, et semblait arracher ses paroles. Dans de certains moment il s'écriait :
« C'est cela ! c'est dans l'Inde qu'il faut attaquer la puissance anglaise ! Voilà où il faut la frapper. La Russie ne veut pas nous livrer passage pour que nous allions en Perse : eh bien ! il y faut aller par une autre route; je la connais, et je la prendrai, moi.»


Rêves enflammés qui trouvent des échos dans le Rapport sur la question d’Egypte présenté aux Directeurs le 13 février 1798 par Talleyrand : « L’Egypte occupée et fortifiée, on fera partir de Suez un corps de 15 000 hommes à destination de l’Inde pour se joindre aux force de Tippoo-Sahib et chasser les Anglais », ou encore dans l’article 2 des Instructions du Directoire exécutif en date du 12 avril 1798 :
« Il chassera les Anglais de toutes les possessions de l'Orient où il pourra arriver, et notamment il détruira tous leurs comptoirs sur la mer Rouge. »


Cependant, à la date du 29 janvier 1799, en ces terres lointaines de Mysore, la situation avait fort évoluée.
En effet, deux ans plus tôt, le 17 décembre 1797, Tippoo-Sahib, désireux de rallumer la guerre contre les Anglais, avait dépêché des ambassadeurs à l’Ile de France. Ces derniers y débarquèrent le 19 janvier suivant et y restèrent deux mois, emmenant avec eux, en retour, un faible contingent d’une centaine de Français qui avaient répondu à la proclamation lancée le 29 janvier par Malartic, gouverneur général de l’île et commandant-général des établissements français à l’est du Cap de Bonne Espérance :

« Citoyens,

Connaissant depuis plusieurs années votre zèle et votre attachement pour les intérêts et la gloire de notre République, nous sommes très empressés et nous nous faisons un devoir de vous donner connaissance de toutes les propositions que nous fait Tipoo Sultan, par deux Ambassadeurs qu'il nous a dépêchés.

Ce prince a écrit des lettres particulières à l’Assemblée coloniale, à tous les Généraux qui font employés dans ce gouvernement, et nous a adressé un paquet pour le Directoire exécutif.
1e. II demande à faire une alliance offensive et défensive avec les Français, en proposant d'entretenir à ses frais, tant que la guerre durera dans l’Inde, les troupes qu'on pourra lui envoyer.
2e. II promet de fournir toutes les choses nécessaires pour faire cette guerre, excepté le vin et l'eau de vie dont il se trouve absolument dénué.
3e. Il assure que tous les préparatifs font faits pour recevoir les secours qu'on fui donnera, et qu'à l'arrivée des troupes, les Chefs et Officiers trouveront toutes les choses nécessaires pour faire une guerre à laquelle les Européens sont peu accoutumés.
4e. Enfin il n'attend plus que le moment où les Français viendront à son secours, pour déclarer la guerre aux Anglais, désirant avec ardeur pouvoir les chasser de l'Inde.

Comme il nous est impossible de diminuer le nombre des soldats des 107e et 108e régiment et de la garde soldée du Port de la Fraternité, à cause des secours que nous avons envoyés à nos allies les Hollandais; nous invitons tous les Citoyens de bonne volonté, à se faire inscrire dans leurs municipalités respectives, pour aller servir sous les drapeaux de Tipoo.
Ce prince désire aussi avoir des citoyens de couleur, libres, et nous invitons tous ceux qui voudront aller servir sous ses drapeaux, à se faire aussi inscrire.
Nous pouvons assurer tous les citoyens qui se feront inscrire, que Tipoo leur fera des traitements avantageux qui feront fixés avec les Ambassadeurs qui s'engageront en outre, au nom de leur souverain, à ce que les Français qui auront pris parti dans ses armées, ne puissent jamais y être retenus quand ils voudront rentrer dans leur patrie. »


Alors que Tippoo-Sahib désirait garder secrètes ces négociations, Malartic décida de leur donner une bien imprudente publicité. Sa proclamation ne tarda pas en effet à être connue au Cap qui transmit immédiatement l’information aux Indes et à Londres…

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Le 8 juin 1798, alors que la flotte de Bonaparte voguait à une journée de voile à l’ouest de Malte, Richard Wellesley, comte de Mornington, gouverneur général des Indes britanniques, un mois après sa prise de fonction à Calcutta, prenait connaissance de la proclamation de Malartic. Après confirmation de l’information, Mornington prit les devants et fit occuper par ses troupes le Carnatic et la côte de Malabar afin d’isoler le sultanat de Mysore. C’était le 20 juin. Bonaparte avait quitté Malte la veille.
Huit jours plus tard, Nelson, perplexe sur les intentions du corps expéditionnaire français écrivait au consul d’Angleterre à Alexandrie :
« Je suis si persuadé que les Français vont tenter de nous chasser de l’Inde de concert avec Tippoo-Sahib, que je ne me sentirait en sécurité qu’au moment où Mangalore et toute la côte appartenant à Tippoo seront en notre possession. »
Pour d’autres raisons, Mornington, par ses ordres du 20 juin, remplissait les vœux d’Horatio.

De son côté, Tippoo-Sahib, de son palais de Seringapatam, le 20 juillet (l’armée d’Orient arrivait face aux Pyramides), écrivait au Directoire exécutif :

« Etant depuis longtemps animé des mêmes sentiments, je les ai fait exprimer au gouvernement de l’Isle de France, par l'organe de deux ambassadeurs, d'où je viens de recevoir, à ma grande satisfaction, des réponses telles que je les désirais, ainsi que le drapeau républicain, par le chef de brigade Chappuis, et le capitaine des vaisseaux Dubuc, qui m'ont emmené les faibles secours que les circonstances ont permis au général Malartic et au contre amiral Sercey de m'expédier en soldats et officiers.
Je garde près de moi ce premier officier, et vous envoie le second, en qualité d'ambassadeur, pour vous demander, votre alliance offensive et défensive, obtenir des forces imposantes, pour que réunis aux miennes, je puisse attaquer et anéantir à jamais nos ennemis communs en Asie. Je vous remettrai mon étendard, qui, réuni à celui de la république, servira de base à l'alliance que nos deux nations vont contracter, ainsi que les mandats particuliers que je le charge de vous communiquer.
Je lui adjoins Sheek Abdoulraim, et Mahomet Bismilla, mes sujets, qui sont également chargés de me représenter auprès de vous.
Quelques soient désormais les circonstances ou puissent se trouver nos deux nations soit ensemble ou séparément, ainsi que dans toutes les affaires qu'elles pourront traiter, que le bien, la gloire, et l'avantage des deux en soient toujours le but, que leurs sentiments respectifs ayant pour garant les assurances de fidélité et les serments usités par chacune d'elles, et que le ciel et la terre se rapprochent et se réunissent, plutôt que de voir jamais notre alliance éprouver la moindre altération. »


Tippoo Sahib entendait par cette alliance des renforts bien plus conséquents que ceux envoyés par Malartic et espérait obtenir de la France pas moins de 15 000 hommes de troupe appuyés par une flotte de combat.

Parallèlement, le 11 octobre, les premières rumeurs, bien vite confirmées, du débarquement français en Egypte (effectué trois mois plus tôt) parvenaient aux Indes. Le 30 du même mois, Mornington écrivait au Comité de la Compagnie des Indes à Londres :
« On ne peut douter que l’invasion de l’Egypte ne soit liée aux desseins que les Français ont si longtemps entretenus contre les possessions britanniques en Inde, et que leur espoir de succès ne se fonde sur la coopération qu’ils attendent de Tippoo. »
Le lendemain même, il apprenait la nouvelle de la formidable victoire de Nelson à Aboukir. La crainte d’une campagne française en direction des indes britanniques n’en restait pour autant pas moins grande et il était ordonné à l’amiral Rainier, commandant dans la flotte anglaise dans l’océan Indien, de redoubler de vigilance du côté du détroit de Bab-El-Mandab, aux portes de la mer Rouge.
Restait Tippoo-Sahib…

Le 8 novembre, Mornington écrivait au sultan pour lui faire savoir qu’il n’ignorait rien de ses intentions et qu’il était préférable de trouver un terrain d’entente. Tippoo-Sahib, dans l’attente d’hypothétiques renforts français ou de l’arrivée de la saison des pluies, cherchait à gagner du temps. Sans réponse claire de sa part, le gouverneur général des Indes britanniques, alors que l’armée d’Orient se préparait activement à son offensive prochaine contre l’armée du Boucher d’Acre, renouvela sa demande le 9 janvier 1799. En vain…
L’ordre de marcher sur le Mysore allait finalement être lancé. Le 4 février, le colonel Wellesley, futur duc de Wellington, écrivait à son frère :
« La pesante machine est maintenant presque prête, et il ne nous reste qu’à la mettre et à la conserver en mouvement. »

Alors que la campagne de Syrie débutait, Tippoo-Sahib marchait vers son destin…

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

11 février 1799, à l’heure où Bonaparte était à Belbeis, dans le Delta, et s’apprêtait à filer sur Katieh, aux portes brûlantes du Sinaï, l’ordre de marche était donné à l’armée chargée de châtier le sultan de Mysore.
Fort de ses 77 hommes (dont 47 000 réguliers), il allait une fois de plus guerroyer contre les britanniques. La première fois, il ferraillait sous son père, le sultan Haidar Alî et avait tout juste seize ans. A présent que sonnait la quatrième guerre de Mysore, il en avait cinquante.
Face à lui, à Velore, les britanniques alignaient, sous le commandement du général Harris, 37 000 combattants : des réguliers, des cipayes de la Compagnie des Indes et un contingent offert par le Nizam. Au nord, Stuart et un autre corps de 6 000 hommes étaient chargés de prendre à revers le sultanat.
De Seringapatam, Tippoo-Sahib ne pouvait espérer un hypothétique secours des Français. Ceux-ci, au même moment, entamaient la campagne de Syrie et se trouvaient à des milliers de kilomètres des états du prince. Qu’est-ce que ce dernier savait d’ailleurs des projets de l’armée d'Orient ? Sans doute, pas grand-chose. La seule lettre écrite à son attention par Bonaparte, celle du 25 janvier, venait tout juste d’être envoyée, et la Royal Navy allait s’en emparer…

Aux premiers jours de mars, les deux armées anglaises s’ébranlèrent enfin. Le 6, après avoir concentré ses troupes à Périapatam, Tippoo Sahib engagea avec succès l’avant-garde de Stuart, à Sedesear. Celui-ci réagit promptement, contre-attaqua victorieusement et repoussa les Mysoréens. 6 mars… en Palestine, Bonaparte, pour bien peu de temps encore il est vrai, rongeait son frein face aux murs de Jaffa.
Malgré sa défaite, le sultan de Mysore ne se découragea point, quitta son camp de Périapatam, et marcha cette fois contre l’armée d’Harris. La rencontre ne fut pas plus heureuse et Tippoo-Sahib fut lourdement battu. L’affaire avait eu lieu à Malavély, à huit lieues seulement de la capitale Seringapatam. Nous étions le 27 mars ; en Syrie, Bonaparte était devant Acre depuis plus d’une semaine.
Trois jours plus tard, défait, le sultan entrait dans sa capitale. Harris s’installait à trois kilomètre de là et activait sa liaison avec les unités du général Stuart.
Le 7 avril, le siège de Seringapatam débutait. Bien loin à l’ouest, en ce jour tragique pour le Tigre de Mysore, à Acre, les assiégeants repoussaient une sortie ottomane.
Modifié en dernier par Drouet Cyril le 18 juil. 2009, 07:58, modifié 1 fois.

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Entre autres :
-Michaud, Histoire des progrès et de la chute de l'empire de Mysore, sous les règnes d'Hyder-Aly et Tippoo-Saïb
-Official documents, relative to the negotiations carried on by Tippoo Sultaun
-Dumas, Précis des événemens militaires, ou Essais historiques sur les campagnes de 1799 à 1814
-Amini, Napoléon et la Perse
-Aldington, Wellington
-Chasteney, Wellington
Et autres ouvrages divers sur la campagne d'Egypte et de Syrie.

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Ainsi, le 7 avril, la première parallèle fut tracée. Deux jours plus tard, Tippoo Sahib écrivait à Harris. Dialogue de sourd entre d’un côté un assiégé aux abois et de l’autre un assiégeant sûr de son fait.
Alors que les travaux se poursuivaient, le canon de l’avant-garde de Stuart tonna. Le deuxième corps britannique n’était plus qu’à deux jours de marche. Le 16, il arrivait sous les murs de la capitale du Mysore. Outre ces renforts de troupes, l’armée de Bombay amenait avec elle de précieux et indispensables approvisionnements. En Syrie, Bonaparte, pareillement, se portait au secours de Kléber et faisait trembler les pentes du Mont Thabor.
Dès le lendemain, Harris usait de ses nouvelles unités et les lançait victorieusement sur le village d’Agrarum que l’ennemi venait d’occuper.

A mesure que les positions des assiégeants s’affermissaient, que les canons anglais ravageaient les postes mysoréens, la situation de Tippoo Sahib s’assombrissait inexorablement. Le 20, pris à la gorge, il entama de véritables négociations de paix. Harris fit alors savoir ses prétentions : remise de la moitié du sultanat, de la place, les deux fils aînés de Tippoo ainsi que quatre de ses principaux officiers, et le paiement des frais de guerre. Le prix était trop fort, et deux jours plus tard, le Tigre du Mysore fit connaître sa réponse aux demandes britanniques en lançant ses troupes dans une vaste attaque des postes occupés par l’armée de Stuart. Les Anglais résistèrent avec succès et sept cent hommes du sultan mordirent la poussière.
Le siège se poursuivait. Une à une, les pièces d’artillerie de la ville se taisaient sous les coups répétés des assiégeants, et, un à un, les postes assiégés étaient emportés par les assauts ennemis, souvent meurtriers mais toujours victorieux.
Dans la nuit du 1er mai, les travaux de siège se terminèrent. L’hallali pouvait sonner. Acre vivait elle un sixième assaut. Nouvel échec des Français…
Le 2, les batteries britanniques déversèrent leur feu destructeur sur les remparts de la cité. Le lendemain, la brèche était praticable. La main tendue du 25 janvier 1799 se refermait sur du vide. Orient trop lointain. Embourbé devant la « misérable bicoque », le sultan El-Kébir ne rencontrerait jamais le sultan du Mysore. Le premier « manquait son destin », le second allait l’accomplir…

Le général Baird assembla ses hommes : 2 494 Européens et 1 882 Indiens. Le 4, à 13 heures, deux colonnes se lancèrent à l’assaut de Seringapatam aux cris de leur commandant :
« Allons, mes braves camarades, suivez-moi, et prouvez que vous êtes dignes du nom de soldats anglais ! »
La rivière passée, les couleurs anglaises ne tardèrent pas à flotter au sommet des murs. Les combats se poursuivirent alors dans les rues de la ville. Aux côtés des Mysoréens, les Français employés auprès du sultan faisaient belle figure. Emportés, nombreux tombèrent au champ d’honneur ; d’autres se rendirent, comme le chef de brigade Chappuis, envoyé auprès de Tippoo par Malartic un an plus tôt.

Dernière poche de résistance : le palais où, pensait-on, le sultan et ses derniers fidèles s’étaient réfugiés. Le major Allan fut désigné afin se s’y porter et d’entamer les négociations de capitulation. Il y trouva les deux jeunes princes qui n’opposèrent aucune résistance à leur reddition et assurèrent que leur père n’était pas auprès d’eux.

Près de la poterne de Kalla Dili, au milieu des cadavres, au coeur des ténèbres qui tombaient sur une cité meurtrie en proie aux pilleurs, gisait un homme richement vêtu. Une balle lui avait fracassé le crâne, et son côté droit était labouré de trois méchants coups de baïonnette. Le Tigre du Mysore n’était plus…

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Un peu d’iconographie :

Tippoo Sahib :

http://www.vam.ac.uk/images/image/21499-large.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... Sultan.jpg

Richard Wellesley :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... esley.jpeg

David Baird :
http://battle.blaauwberg.net/gallery/Ge ... 0Baird.jpg

Arthur Wellesley :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... ngton2.jpg

Le Mysore :
http://www.tipusultan.org/images/photo/map306.gif

Seringapatam :
http://www.lib.mq.edu.au/digital/sering ... marker.jpg
http://www.lib.mq.edu.au/digital/sering ... ampart.jpg

Le siège de Seringapatam :
http://www.tipusultan.org/images/photo/map282.gif
http://www.erudit.org/revue/ron/2007/v/ ... rf001n.jpg
http://www.heritage-history.com/books/s ... age178.gif
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... n1894a.jpg
http://www.wisc.edu/english/tkelley/NAS ... Right3.jpg

La mort de Tippoo Sahib :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/e ... _death.jpg
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... th1804.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/f ... -Sahib.jpg

La découverte du corps de Tippoo Sahib :
http://www.heritage-history.com/books/m ... age422.gif
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... found2.jpg
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... yfound.jpg

La mausolée de Tippoo Sahib :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/e ... Gumbaz.jpg

Sa tombe :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/e ... u_tomb.jpg

Le lieu où il tomba :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/c ... plaque.jpg
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... rtcard.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/t ... ergate.JPG
http://www.columbia.edu/itc/mealac/prit ... re1938.jpg




Et en prime, pour rire, un peu de Bollywood :lol: :

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