Méritocratie

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Bernard Coppens

Méritocratie

Message par Bernard Coppens »

Méritocratie au royaume d'Espagne
Lasalle60 a écrit :Et la progression (pour les haut grade) "au mérite" dans les monarchie oligarchique est à mon avis très très rare voisine du zéro
On ne se méfie jamais assez des idées reçues :

Boyseau (Pierre), marquis de Chateaufort, un des meilleurs généraux de Philippe V, roi d’Espagne, était né en 1668 à Nismes, sur l’Eau Noire, près de Couvin [Belgique]. Il fut d’abord gardien de pourceaux et ne dut sa brillante fortune qu’à son mérite et à ses talents militaires. Enrôlé volontairement en 1685 dans un régiment de cavalerie espagnole, il ne tarda pas à se faire remarquer de ses chefs et obtint de bonne heure le brevet d’officier. Il se trouva à Steinkerque, à Nerwinde et se distingua devant Charleroi. Lorsque la guerre de succession éclata, Boyseau servit sous les drapeaux de Philippe V et devint colonel de dragons dans la campagne de 1765. Il commandait l’arrière-garde à la journée de Ramillies et se trouva à Malplaquet. Il eut plus tard, en Espagne, le commandement général des dragons, sous les ordres du duc de Berwick, fit la guerre en Sicile, y devint lieutenant général, et servit dans les expéditions contre les Maures, sous le marquis de Lede, chevalier de la Toison d’Or et vice-roi de Sicile. L’ordre de Calatrava et le titre de marquis de Chateaufort récompensèrent ses services. Il fit encore la guerre sur les côtes d’Afrique et au royaume de Naples, de 1732 à 1734, devint capitaine général de la Vieille-Castille et mourut à Zamora, dans le royaume de Léon, en 1741. Le marquis de Chateaufort ne chercha jamais à déguiser l’obscurité de sa naissance. Un grand d’Espagne l’ayant un jour traité avec une morgue offensante, Boyseau dit à ses amis « Cet homme fait bien de s’applaudir de sa naissance, car s’il avait été porcher comme moi, nul doute qu’il le serait encore. »
Biographie générale des Belges morts et vivants, Bruxelles, 1849, p. 35.

Cordialement


:salut:

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Cyril Drouet
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Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Saint Clair a écrit :
02 août 2017, 22:16
J'arrive un peu tard et Joker me l'a pris de la bouche : méritocratie.
Quand il m'arrive de parler de Napoléon à des gens qui n'y connaissent pas grand chose, je développe toujours ce thème et personne ne me contredit.


Et ceux qui y connaissent un peu plus que « pas grand-chose », à défaut de vous contredire, nuancent-ils le propos ?


Un peu de Tulard (Napoléon ou le mythe du sauveur) :

« L'ascension d'un Murat, fils de cabaretier, devenu roi de Naples, ou celle de la maréchale Lefebvre, populaire Madame Sans-Gêne, ont pu faire croire à une très grande mobilité sociale sous l'Empire; en réalité, les grosses fortunes foncières sont le plus souvent d’origine ancienne ; elles ont traversé la révolution sans accroc ou ont été reconstituées après 1800 ; les plus récentes datent de la Révolution.
[…]
La conquête de l’Europe ne profitent finalement qu’aux privilégiés ; gratifications provenant du domaine extraordinaire pour les généraux, les hauts fonctionnaires, puis les membres de la vieille noblesse ; profits commerciaux pour les manufacturiers et les négociants.
En deçà, l’ascension sociale est difficile.
[…]
Encore la promotion sociale par l’armée doit-elle être nuancée. Le passage de simple soldat au rang d’officier devient difficile sous l’Empire.
[…]
La giberne des grognards ne renfermait aucun bâton de maréchal […] Tout au plus, en dehors de la Légion d’honneur, à laquelle était attaché un traitement, le soldat a-t-il l’espoir de finir lieutenant, et la solde qu’il touchera non sans difficultés lui fera une situation supérieure à ses camarades restés paysans.
[…]
La fonction publique n’a pas été, contrairement à ce que l’on a écrit, un facteur d’ascension sociale […] Dans l’administration comme dans l’armée, s’établit, après les brusques promotions qui ont suivi 1789, une stricte hiérarchie qui ralentit les chances d’avancement.
[…]
Le caractère « élitaire » du régime s’est trouvé renforcé par la création, le 17 mars 1808, de l’Université impériale qui vise à former dans un même moule la jeunesse bourgeoise
[…]
Les chances d’accéder à l’élite administrative sont désormais réservées à une ploutocratie enrichie par la Révolution ou encore à l’ancienne aristocratie. La société napoléonienne est celle du retour à l’ordre au profit des notables. »

Le Briquet

Re: Méritocratie

Message par Le Briquet »

Ces nuances sur la méritocratie peuvent aussi être mises au regard des grands mémorialistes que nous connaissons tous.
L'avancement est-il si simple pour un simple conscrit ?
Il y a déjà plus de chances pour un vélite ou un fusilier de la Garde de la première heure, mais là encore la chance joue. Un Barrès monte plus vite qu'un Bourgogne. Est-ce une question de mérite ?
Enfin un Marbot, profitant du réseau de son père, grille les étapes...

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Bernard
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Re: Méritocratie

Message par Bernard »

Ce serait alors une méritocratie dévoyée (et limitée au champ de vision de l'intéressé car il était bien plus difficile de monter en grade lorsqu'on combattait loin des yeux de l'Empereur !)
Croyez-vous que Bonaparte soit devenu empereur à cause de ses mérites ? Moi, j'y vois plutôt le fruit de ses audaces...

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Cyril Drouet
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Re: Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

« Les militaires ayant bénéficié des voies d’accès directes ou privilégiées au corps des officiers présentent à la fois une certaine unité et une diversité. Unité tout d’abord, par le milieu social aisé ou prestigieux duquel ils sont issus : noblesse ou haute bourgeoisie. Malgré l’existence d’élèves entretenus aux frais du gouvernement, les institutions de formation des officiers s’adressent presque exclusivement aux populations riches. Si l’on considère qu’en temps de paix, ces écoles avaient vocation à fournir à l’armée les ¾ des officiers, il paraît que pour l’Empereur l’élite militaire doit se recruter dans l’élite sociale. Elles constituent un moyen pour la noblesse de conserver une certaine emprise sur le corps des officiers, emprise qu’elle avait perdue de par l’abolition des privilèges et l’émigration. Napoléon peut ainsi espérer rallier cette classe sociale dont certains membres sont nostalgiques de l’Ancien Régime. En ce sens, le caractère méritocratique des écoles militaires doit être fortement nuancé. »
(Levent, Les officiers de l’armée du Consulat et de l’Empire (1800-1815) Etude d’un échantillon représentatif)

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Joker
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Re: Méritocratie

Message par Joker »

C'est sur cette notion que reposait le système impérial, à la fois dans le domaine militaire mais aussi bien évidemment dans le domaine civil.
La création de la Légion d'Honneur n'est d'ailleurs que le prolongement de ce mode de fonctionnement.
C'est aussi ce qui différenciait la noblesse d'Empire de celle de l'Ancien Régime.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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Re: Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
03 août 2017, 18:04
C'est sur cette notion que reposait le système impérial
Assise finalement pas franchement respectée.

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Joker
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Re: Méritocratie

Message par Joker »

A l'origine, ce fut sans doute le cas mais il est vrai que par la suite le principe a été dévoyé.
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L'âne
 
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Re: Méritocratie

Message par L'âne »

Comme toujours...
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Re: Méritocratie

Message par Demi-solde »

La méritocratie napoléonienne, avec notamment l’accession au maréchalat pour un fils de tonnelier (Ney), un fils de maçon (Augereau), un fils de colporteur (Lannes) ou un fils d’aubergiste (Murat), n’est-elle pas un trompe-l’œil, simplement une conséquence de la Révolution Française et des guerres de la Révolution ?

L’exode, les décrets d’arrestations, les trahisons, les décès évidemment, etc. ont entraîné un renouvellement exceptionnel mais nécessaire des élites. Ainsi, le fils de palefrenier Lazare Hoche, simple soldat en 1784 meurt général en 1797, quant à Ney, il est déjà général de division avant le 18 brumaire.

Les ascensions et la méritocratie avaient débuté bien avant le Consulat ou l’Empire.


Cordialement.