REYNIER l'oublié

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Modérateur : Général Colbert

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Sco Feu
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REYNIER l'oublié

Message par Sco Feu »

Bonjour,

Voici ma marotte, elle me trottine dans la tête depuis un bon moment déjà...

Impossible de trouver une biographie solide et étoffée du général Jean-Louis-Ebénézer Reynier (1771-1814).

Etonnant que personne ne se soit attelé à ce travail, l'histoire de cet officier est plutôt intéressante, entre les origines étrangères, l'intérêt constant pour les sciences (géographie notamment), le généralat et de grosses responsabilités très jeune, la gloire et les dissensions en Egypte, le duel avec Destaing, l'exil, les difficiles campagnes à suivre, la capture à Leipzig et la mort prématurée.

Une vie à tendance romanesque. Qu'en pensez-vous ?

J'ai posé la problématique, entre guillemets, à divers historiens et certains conviennent qu'il manque en effet une étude à ce sujet.

Si vous avez des tuyaux, des ouvrages ou articles en mémoire...je vous en remercie par avance.
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Cyril Drouet
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Re: REYNIER l'oublié

Message par Cyril Drouet »

Sur l'affaire Reynier/Destaing, dans un autre fil du forum, McDonald avait écrit :
"Si sa vie vous intéresse, je vous invite à consulter en ligne sur Gallica la Revue de la Haute-Auvergne / publiée par la Société des lettres, sciences et arts "La Haute-Auvergne" de janvier 1963.
Un article très détaillé y aborde la vie militaire et privée de Destaing.

L’auteur fait remonter le conflit entre Destaing et Reynier au tout début de la campagne d’Egypte. Une fracture idéologique divise l’armée française entre les partisans de la colonisation qui veulent faire de l’Egypte une colonie française durable et ceux qui conçoivent l’expédition d’Egypte comme une simple occupation militaire provisoire dans le cadre de la guerre contre les anglais.
Les premiers, dont Destaing, se regroupent derrière Menou. Ils sont principalement issus de l’armée d’Italie. Certains comme Destaing vont pousser le projet de colonisation jusqu’à se convertir à l’Islam et cherchent à s’intégrer à la société égyptienne (Menou épouse une musulmane) et à y développer les idéaux révolutionnaires.
Les seconds, dont Reynier, se regroupent derrière Kléber et sont souvent issus de l’armée du Rhin. Ils abordent les relations avec les égyptiens sous le seul rapport du maintien de l’ordre. Ils sont indignés des conversions des « colons » et les moqueries fusent.
Après le départ de Bonaparte, Kléber est nommé commandant en chef et cherche, sans succès, à négocier avec les anglais le rapatriement de l’armée en France. Menou cherche à s’y opposer. Il veut maintenir l’Egypte française. Après l’assassinat de Kléber, Menou prend le commandement et le rapport de force des partis s’inverse.

C’est dans ce contexte que se déroule la 2e bataille d’Aboukir le 16 avril 1801. Destaing y commande le centre, Reynier la droite. La bataille est perdue. Destaing qui a été blessé à la main droite quitte le champ de bataille avant la déroute. Destaing et Reynier se renvoient mutuellement la responsabilité. Alors que le principal responsable est Menou qui n’a pas fait intervenir les réserves.
Menou tranche le conflit en nommant Destaing général de division le soir même de la bataille. Reynier est renvoyé à l’arrière au Caire.
Dans les semaines qui suivent les anciens partisans de Kléber se regroupent derrière Reynier et blâment hautement Menou. La situation n’est plus tenable. Menou ordonne secrètement l’arrestation de Reynier et ses partisans (dont le général Dumas) pour les expédier en France. Et c’est Destaing qui est chargé de cette mission périlleuse politiquement et qui risque de dégénérer en affrontements franco-français. Destaing a été choisi par Menou en raison de son animosité déclarée envers Reynier. A la tête d’une mission commando de 400 hommes, Destaing part à l’assaut du Caire (tenu par des pro-Kléber) dans la nuit du 13 au 14 mai 1801. L’opération musclée est un succès, Reynier, Dumas et quelques autres sont arrêtés brutalement et renvoyés en France.

Quelques mois plus tard, l’inévitable se produit et Menou est contraint à capituler le 10 septembre 1801. L’armée française est autorisée à rentrer en France. Destaing s’oppose, en vain, à cette capitulation. Jusqu’au bout il reste convaincu de l’avenir d’une Egypte française.

Destaing rentre en France à Paris en février 1802. Il découvre stupéfait que l’opinion publique est très majoritairement pro-Kléber et blâme Menou qui est rendu seul responsable de l’échec Egyptien. Destaing fulmine. Et pour couronner le tout, la paix d’Amiens oblige à la démobilisation et Destaing se retrouve en demi-solde sans affectation en raison de son infirmité à la main droite.
Le 30 avril 1802, lors d’une soirée dans un théâtre parisien, Destaing et Dumas s’invectivent publiquement en pleine séance suite à une réplique des acteurs. Un duel aux pistolets est organisé dans la foulée. Destaing perd le duel et est blessé au bras droit.

A peine deux jours plus tard, c’est Reynier qui publie sa relation de la campagne d’Egypte, entièrement à charge contre Menou, dans un style à la limite du pamphlet. Si c’est Menou qui est visé, Destaing se trouve cité à la bataille d’Aboukir 1801 comme s’étant « retiré après une blessure légère ».
Le pamphlet de Reynier est aussitôt interdit par Bonaparte qui cherche à protéger Menou (et indirectement lui-même). Mais pour Destaing le mal est fait. Sa blessure légère est perçue comme une insulte. Il convoque Reynier à un duel aux pistolets. Rendez-vous est pris le 5 mai, dans le bois de Boulogne, près de la porte Chaillot. Destaing n’est toujours pas remis de sa blessure à son bras droit de son duel avec Dumas. Dans ce duel où les armes furent chargées deux fois, Destaing ne put tenir son pistolet que de la main gauche. Il tombe raide mort."



J'avais ajouté ceci :

Voici ce qu'on peut lire sous la plume de Reynier sur l'affaire du renvoi en métropole, dans « De l'Egypte après la bataille d'Héliopolis » :

« La prise de Rahmanieh, qui isolait Alexandrie du reste de l'Égypte, fit murmurer l'armée contre le général Menou, qui, refusant de croire à cet événement, n'avait pris aucune mesure pour en prévenir les suites.
Ces murmures lui parvinrent, ainsi que les témoignages d'estime et de confiance que les troupes accordaient au général Reynier. Le bruit qui circulait alors, et qui fut accrédité par les Anglais, que ce général avait été nommé commandant de l'armée, et le général Menou restreint à l'administration de l'Égypte, augmentait encore sa jalousie contre lui : elle s'accrut d'autant plus violemment, qu'il ne pouvait se dissimuler que ce général lui avait annoncé tous les revers de l'armée, en lui indiquant les moyens de les prévenir.
Il voulut alors écarter ce témoin de ses fautes, et la seule expédition militaire qui dans toute la campagne ait été bien combinée, eut lieu dans la nuit du 25 au 24 floréal. Trois cents hommes d'infanterie, cinquante de cavalerie, une pièce de canon et des sapeurs avaient été rassemblés et ignoraient leur destination, lorsqu'on leur fit investir la maison du général Reynier, afin de le conduire à bord d'un bâtiment prêt à partir, ainsi que le général Damas, l'ordonnateur en chef Daure, l'adjudant-commandant Boyer et plusieurs autres officiers. Le général Reynier craignait moins une pareille violence que d'autres événements qui pourraient le conduire à prendre le commandement lorsqu'il n'y aurait plus que de faibles ressources, et que les chances les plus avantageuses seraient de retarder la capitulation : s'il avait dû la faire, il aurait donné une espèce de probabilité au bruit que le général Menou avait cherché à répandre sur un parti anti-coloniste. Il lui était avantageux , dans sa position , de retourner en France, mais sans avoir l'air d'abandonner l'armée, sans éviter de partager ses souffrances, et d'une manière qui annonçât ouvertement qu'il n'avait eu aucune part aux fautes du général Menou.
Le général Reynier, après s'être assuré qu'on n'avait d'autre projet que de le faire partir, laissa entrer les troupes, se rendit à bord du brick le Lodi . avec les officiers désignés, et écrivit au général Menou, en lui donnant encore des conseils sur la défense d'Alexandrie. Le général Damas s'embarqua sur le Good-Union avec l'ordonnateur Daure. Les soldats témoignèrent les regrets qu'ils éprouvaient d'être chargés de l'exécution de pareils ordres. Ces bâtiments ne purent partir que le 29. Le Lodi arriva en France, après avoir été vivement poursuivi par beaucoup de bâtiments ennemis; le Good-Union fut pris par les Anglais, qui pillèrent la modique succession de Kléber, dont le général Damas était dépositaire.
Le général Menou avait négligé jusqu'alors d'expédier des bâtiments pour instruire le gouvernement de la situation de l'armée; sa jalousie seule contre le général Reynier le détermina à en faire partir, sans envoyer aucun rapport sur les événements. Cependant on aurait pu y employer plusieurs bâtiments qui se trouvaient dans le port d'Alexandrie, notamment les frégates envoyées pour porter des secours, que le général Menou avait retenues, quoiqu'elles eussent reçu l'ordre de retourner dès que leur mission serait remplie. »


A l'époque, Menou, le 27 ami 1801, avait écrit à Bonaparte le rapport suivant :
« J'ai envoyé en Europe, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le mander, citoyen Consul, les généraux Reynier, Damas, l'inspecteur aux revues Daure, l'adjudant commandant Boyer et quelques autres. Ils n'étaient amis, ni de la république, ni de son gouvernement, ni de la colonie.
Peut-être aurais-je mieux fait de prendre cette mesure il y a plusieurs mois ; mais j'ai cru que la modération ramènerait ces hommes aux principes de l'honneur et de la raison ; je m'étais trompé. »


On peut à ce sujet rappeler la lettre de Bonaparte à Berthier du 7 mai 1802 :
"Je vous prie, citoyen ministre, de faire connaître au général Reynier que le duel qu'il a eu et qui a privé la patrie d'un de ses plus braves généraux est un deuil public; qu'il est à craindre que de pareilles scènes ne se renouvellent encore, et que l'intention du Gouvernement est qu'il s'éloigne de Paris de plus de trente lieues. Il serait également convenable de connaître le nom des témoins qui ont assisté à ce duel, et de les mettre aux arrêts chez eux, pour dix jours."
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Sco Feu
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Re: REYNIER l'oublié

Message par Sco Feu »

Merci pour le retour sur cette histoire singulière.

Par ailleurs il y aurait cet ouvrage d'A.Pigeard sur les généraux Suisses de Napoléon, mais avec une trentaine de notices pour une centaine de pages je crains que cela soit un peu juste pour une bio étoffée. Néanmoins, je parle sans savoir car jamais lu.
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la remonte
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Re: REYNIER l'oublié

Message par la remonte »

se battre contre un homme qui n'a pas la force de tenir de son arme ... ça ressemble plus à un assassinat , et en rien de très romanesque .
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Cyril Drouet
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Re: REYNIER l'oublié

Message par Cyril Drouet »

Voici ce qu'on pouvait lire dans le 31 mai dans le Journal politique de Mannheim :
Sans titre 1.jpg
Sans titre 2.jpg
Sans titre 2.jpg (100.76 Kio) Vu 169 fois
Sans titre 3.jpg
Puis dans le numéro du 6 juin :
Sans titre 4.jpg
Sans titre 4.jpg (123.63 Kio) Vu 169 fois
Et dans celui du 17 juin :
Sans titre 5.jpg
Sans titre 5.jpg (83.75 Kio) Vu 169 fois
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Sco Feu
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Re: REYNIER l'oublié

Message par Sco Feu »

Merci encore Cyril Drouet.
Ou comment ringardiser le clash contemporain sur les réseaux sociaux avec des ingrédients séculaires, de l'honneur, de la rancoeur et quelques calomnies bien senties.
Ou plutôt bien fenties devrait-on dire !
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