Napoléon versus légende dorée

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Joker
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Napoléon versus légende dorée

Message par Joker »

L'histoire de France aurait pu se contenter d'une sentence de Stendhal:
- « Sa vie privée même était pleine de dangers ; sa gloire et toute sa manière d'être avait quelque chose de trop romanesque, de trop entraînant.»

Napoléon Bonaparte serait devenu le plus grand personnage de roman du XIXe siècle ; et son prénom aurait été la métaphore d'un tempérament. D'un ambitieux, nous aurions dit: «quel Napoléon!», au lieu de «c'est un Rastignac.» Il n'aurait été question ni de sa postérité ni de sa vertu, soit les seules choses qui préoccupent la France à son endroit.
Les ministres de l'Éducation nationale s'interrogent: que faire de l'une? que penser de l'autre? Sous le règne de Louis XVIII, de Charles X, de Louis-Philippe, de Napoléon III, sous la IIIe République, sous la IVe et sous la Ve République, des petits garçons auraient porté des panoplies d'un empereur dont personne n'aurait pu dire plus que ce qu'en a écrit Henri Heine :
- «L'empereur portait son simple uniforme vert, et le petit chapeau historique. Il montait un petit cheval blanc [...]»
Si les politiciens ne s'étaient pas emparés de l'Empereur, la France aurait eu un héros à peu de frais dans la mesure où elle ne l'avait pas aidé à triompher.

C'est un truisme que de rappeler que Napoléon Bonaparte a donné des coups de pied dans les portes pour les ouvrir. S'il a bénéficié d'une conjoncture, l'impopularité du Directoire, la crainte d'un retour de Louis XVIII par exemple, d'autres n'ont pas saisi la main que l'histoire leur avait tendue avec la même franchise. La Fayette, Danton, Marat, Barnave ont mobilisé, ont été acclamés, puis sont tombés.

Les Révolutionnaires étaient des locataires de l'Histoire ; Napoléon, le propriétaire.
Comment expliquer que l'empereur ait réussi où ils avaient échoué ?
François Furet aurait répondu qu'à cette époque :
- «la parole, l'opinion, s'était substituée au pouvoir comme seule garantie que le pouvoir n'appartenait qu'au peuple, c'est-à-dire à personne .» (Penser la Révolution française).

En ce royaume de bavards, la première des règles était de laisser parler l'autre, au risque de passer pour un tyran. Le 19 Brumaire, jour du coup d'État dit du 18 Brumaire, lorsque Napoléon Ier a ordonné aux troupes commandées par Murat d'évacuer l'Orangerie du château de Saint-Cloud, où siégeait le Conseil des Cinq-Cents, il a rappelé à une génération de jacasseurs qu'il fallait moins de temps «pour tirer un coup de feu que pour dire une bêtise». Napoléon a été moins veule que ses contemporains ; vis-à-vis de l'histoire, le courage est une vertu lucrative.
L'extraordinaire de la vie de Napoléon n'aurait pas suffi à glorifier la France.

Quel pays voudrait d'un tyran pour modèle ? L'Empereur a acquis sa célébrité en conquérant l'Europe, donc en défiant des États souverains, donc en faisant la guerre, donc en provoquant des morts, beaucoup.
Rien d'étonnant à ce que, à l'exception de Louis XVIII et Charles X, les régimes ayant succédé au Premier Empire aient oublié les cadavres pour retenir les victoires : il s'agit de la grandeur.
Encore fallait-il convaincre les pays soumis, l'Autriche, la Prusse, l'Espagne, la Russie et les autres que Napoléon méritait, sinon l'admiration du moins quelques passions. Il s'agissait d'éviter qu'aux yeux du monde il ne passe pour avoir été une erreur dans sa juste marche.
Ce miracle s'est produit. La politique n'est pour rien dans cette réussite.

Après 1815, personne ne salue la mémoire de celui que Louis XVIII pourchasse de sa haine. Même le chansonnier Béranger, dont les vers de mirliton à la gloire de Napoléon Bonaparte seront repris en chœur par le peuple au long du XIXe siècle, n'ose plus mentionner le nom du réprouvé.
Il faut attendre le 5 mai 1821, date de sa mort, et la publication, en 1823, du « Mémorial de Sainte-Hélène » pour que commence la légende dorée.

Dans cet intervalle, c'est bel et bien à l'étranger, en Allemagne, en Angleterre, que des artistes perpétuent le souvenir du vainqueur d'Austerlitz. Henri Heine fait l'éloge de son héros dans « Les Deux grenadiers », certes publié en 1822 mais écrit en 1816:
- «C'est ainsi que je veux rester dans ma tombe […]. Alors l'empereur passera à cheval sur mon tombeau au bruit du tambour et au cliquetis des sabres, et moi, je sortirai tout armé du tombeau pour le défendre, lui, l'empereur, l'empereur!»
L'Angleterre ressemble aux Anglais. Elle sait être mesquine, comme lorsqu'elle surnomme le maître de l'Europe «Boney» et, gentleman, par la voix d'un de ses écrivains, quand Napoléon n'est plus rien. Dans le IIIe chant du Pèlerinage de Child Harold, publié entre 1812 et 1818, Lord Byron écrit:
- «De tous les hommes, Napoléon est le plus grand, et non le pire […] ton nom redouté ne fut jamais plus présent à la pensée du genre humain, que maintenant que tu n'es plus rien.»

La littérature se met au garde-à-vous ; l'empereur ne lui échappera pas:
Balzac en fait le sujet, ou le personnage, de douze livres de la Comédie humaine ;
Musset relate le désarroi où il a laissé la jeunesse,
Stendhal crée un Julien Sorel bonapartiste, un Fabrice del Dongo soldat de la Grande armée ; même un Pouchkine traumatisé par la campagne de Russie, qui l'avait maudit dans « Les Mémoires » de Tsarskoïe Selo, salue, dix ans plus tard, son génie dans « À la mer ».
Suivront Louis Blanc, Théophile Gautier, Anatole France, Maurice Barrès, Jean Anouilh, Léon Bloy, Charles Maurras, Paul Claudel ; et la cohorte est encore longue. Tous s'en sont mêlés, comme si rester à l'écard de l'empereur revenait à rester à l'écart du siècle.

André Malraux n'écrit pas autre chose dans « Les Chênes qu'on abat »:
- «Le héros de l'histoire est le frère du héros de roman ; un chevalier n'est pas un reître [...]. Si la défaite de Napoléon ne détruit pas sa légende, c'est que Sainte-Hélène fait de lui le compagnon de Prométhée. Il était devenu Napoléon quand il avait cessé d'être Bonaparte, comme Michel-Ange était devenu Michel-Ange lorsqu'il avait cessé d'être M. Buonarotti.»
Il suffit de prendre acte de quinze années de l'histoire de France durant lesquelles, à la suite de la Révolution, un Français né dans la vieille ville d'Ajaccio a vaincu les descendants de Pierre le Grand, Charles Quint et Frédéric II.
Aux procureurs avides d'opprobre, on répondra que deux siècles de recherche le prouvent : Napoléon n'a pas inventé la guerre, il a continué la France.




Merci à Arthur Chevallier (°1990) écrivain et éditeur, pour ce remarquable article.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Fabrice Del Dongo

Re: Napoléon versus légende dorée

Message par Fabrice Del Dongo »

J'ai un peu de mal à comprendre en quoi cet article est remarquable.
Il est assez surprenant de retenir le nom de Maurras dans une liste des auteurs qui auraient écrit sur Napoléon et de s'abstenir de citer Victor Hugo.
De même, la filiation entre François d'Autriche et Charles Quint est tout sauf évidente puisque la branche des Habsbourg qui a hérité de la couronne impériale ne descend pas en ligne directe de Charles Quint, mais de son frère Ferdinand.
Bref, Arthur Chevallier semble plutôt démontrer le contraire de ce qu'il avait écrit. Il est plus facile de dire des bêtises que de tirer des coups de feu, surtout avec les fusils de l'époque.
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon versus légende dorée

Message par Cyril Drouet »

Fabrice Del Dongo a écrit :
24 avr. 2020, 23:10
J'ai un peu de mal à comprendre en quoi cet article est remarquable.
Il faudra le demander à M. Tertrais (article facebook) qui est apparemment l'auteur de cette remarque.
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon versus légende dorée

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
24 avr. 2020, 20:11
L'Angleterre ressemble aux Anglais. Elle sait être mesquine, comme lorsqu'elle surnomme le maître de l'Europe «Boney» et, gentleman, par la voix d'un de ses écrivains, quand Napoléon n'est plus rien. Dans le IIIe chant du Pèlerinage de Child Harold, publié entre 1812 et 1818, Lord Byron écrit:
- «De tous les hommes, Napoléon est le plus grand, et non le pire […] ton nom redouté ne fut jamais plus présent à la pensée du genre humain, que maintenant que tu n'es plus rien.»
Et Byron était-il "gentleman" ou "mesquin" pour M. Chevallier quand il écrivit en 1814 sa très virulente "Ode à Napoléon" suite à l'abdication de l'Empereur ?
Fabrice Del Dongo

Re: Napoléon versus légende dorée

Message par Fabrice Del Dongo »

Mettre Marat dans la liste de ceux qui ont été acclamés et puis qui sont tombés ne dénote pas non plus une analyse très fine.
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