INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

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Modérateur : Général Colbert

la remonte

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par la remonte »

super , un marmot de deux ans et une régente de 22 ans qui s'y connait en confiture ?
n'est pas Anne d'Autriche qui veut, ou alors il aurait fallu nommer Talleyrand au titre de cardinal :idea:

Route Napoleon

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Route Napoleon »

Non il n'a pas été évoqué d'abdication de Napoléon. Il ne connaît que des succès Lutzen, Bautzen, puis accepte un armistice à Pleiswitz, le 4 juin 1813, dont Jean Massin dit : " Napoléon vient de commettre la plus terrible erreur de tout son règne, pour avoir écouter les aboyeurs de la paix. Il le regrette le jour-même, mais entend du moins en profiter pour refaire sa cavalerie qui lui a fait si cruellement défaut au mois de mai "...
27 août, victoire de Dresde et 16/17/18 octobre, catastrophe de Leipzig.
Metternich a bien joué...

L’armistice est un rideau.
Derrière dans l’entracte se passent les scènes capitales du drame. L’Empereur d’Autriche est à Gitschin entouré d’une petite cour principalement de militaires qui sous le manteau préparent des opérations communes.
A la même époque, les Anglais sont à Reichenbach et le 14 juin, la Prusse signe le Traité de Reichenbach avec l’Angleterre. La Russie y adhère le 15. L’Angleterre donne 1.3333.334 livres sterling à la Russie et 666.666 à la Prusse (Jean Massin). Les Prussiens, qui n’ont plus ni argent, ni armes, ni munitions, acceptent de rétrocéder le Hanovre, qui reviendrait à la couronne d’Angleterre et s’oblige à mettre sous les armes 80.000 soldats. Ce triple traité est le fondement de la coalition avec pour clause de ne traiter séparément.
Il s’en suit que ces trois puissances sont désormais liées, confirmant le traité de Kalisch, signé en février 1813, par le Tsar et le ministre Prussien Knesebeck. Ces arrangements annulent par avance toutes les propositions que Metternich pourrait faire à Napoléon aussi longtemps que l’Angleterre ne les aurait pas acceptées. Voilà ainsi dissipée l’équivoque de cette médiation et de ce congrès sur lesquels on a tant discuté, partant de la sincérité de Metternich et que, si Napoléon prenant Metternich au mot, accepte purement et simplement ses propositions, la guerre était finie sur le continent avec une paix avantageuse pour la France.
Stadion, Hardenberg et Nesselrode fixent les bases d’une négociation avec Napoléon : Abandon de la Pologne, de l’Illyrie, agrandissement de la Prusse suite à la dissolution de la Pologne, rétablissement des Villes Hanséatiques, au moins de Hambourg et de Lübeck comme villes indépendantes.
A ces quatre bases qui formeront l’ultimatum autrichien, les Alliés ajoutent la dissolution de la Confédération du Rhin où l’Autriche poussera son insistance jusqu’à la rupture des négociations, ainsi que la reconstruction de la Prusse aux frontières d’avant Iéna que là-aussi l’Autriche doit soutenir avec chaleur.
" La paix que l’on va négocier dit Hardenberg, doit être autre chose qu’un mauvais armistice. L’Angleterre ne se contentera jamais des quatre premiers points et l’on sera privé des subsides anglais qui sont si nécessaires." Nesselrode appuie ces observations ce que Metternich a prévu. Il demande donc que l’Angleterre participe aux pourparlers, ainsi que la Suède...

Metternich excelle dans cette duplicité, double voire triple jeu, où il tient le rôle d’organisateur et de fossoyeur de ce ballet diplomatique. Il se rend à Dresde, le 24 juin, sûr de son fait.
C’est alors, le 26, cette fameuse et interminable entrevue au Palais Marcolini, où de colère, Napoléon jette son chapeau aux pieds de Metternich imperturbable : " Ah ! Metternich combien l’Angleterre vous a-t-elle donné pour jouer ce rôle contre moi ? "
Le roi de Saxe vient pour le voir mais ne le verra pas après avoir attendu une heure.
En sortant, Metternich dit : " C’en est fait de lui ".
Il a proposé comme gage d’une nouvelle paix le retrait de la France sur le Rhin et le Jura, lui accordant le maintien de son influence sur l’Italie du nord, ce que ne peut accepter Napoléon tout juste favorable à un abandon de la Pologne, sauf Dantzig et de l’Illyrie, sauf Trieste et Fiume.
C’est ainsi que l’armistice est prolongée jusqu’au 10 août. Le 12 août les négociations sont rompues, le 9 septembre à Teplitz, Metternich fait entrer officiellement l’Autriche dans la Coalition.
Un mois après, il recevra des Britanniques le paiement de son engagement.
Napoléon veut voir sa femme.
Il envoie un courrier à Cambacérès où le voyage est programmé dans ses moindres détails :
" Elle emmènera la duchesse, deux dames du palais, deux femmes rouges, deux femmes noires, un préfet du palais, deux chambellans, deux écuyers dont un partira vingt-quatre heures d’avance pour Metz afin de préparer la route, quatre pages, son médecin. De plus elle aura un service de bouche composé de telle sorte que sa table puisse être bien servie, vu que je n’emmènerai personne avec moi et qu’il est possible que quelques rois ou princes d’Allemagne viennent la voir. Le comte Caffarelli accompagnera l’Impératrice pour assurer les escortes… "

La faiseuse de confitures, très heureuse de revoir son mari, se met en route le 23 juillet, par la Ferté-sous-Jouarre, pour Châlons, Clermont-en-Argonne, Verdun, Metz, Mayence.
Avant de partir, elle a écrit à son père :
"J’ai reçu votre dernière lettre elle m’a fait beaucoup de peine parce que je vois la dernière espérance de paix perdue. Je vous plains intérieurement mon cher Papa. Je suis persuadée que cette guerre apportera beaucoup de malheurs. Comptez sur moi mon très cher Papa, si je puis vous rendre service à l’issue des événements, je le ferai certainement. L’Empereur ne me chérirait pas s’il n’était assuré des sentiments que j’ai pour vous, mais vous ne me chéririez pas si mes premiers vœux n’étaient pas pour le bonheur de mon mari et de mon fils "...
Quand Marie-Louise arrive à Mayence, il la rejoint, le lundi 26 juillet, au galop, suivi seulement du Major-général, deux aides de camp et deux écuyers. Le séjour des deux époux à Mayence dure cinq jours. Ils y goûtent avec la joie de la réunion, les derniers hommages rendus à l’Empereur d’Occident et à l’Impératrice. Hommages réduits, ce n’est plus le parterre de rois d’Erfurt de 1808, le parterre de rois de Dresde du printemps de 1812 : cinq petits princes de la Confédération du Rhin, voisins de Mayence, les Grands-ducs de Hesse, de bade, de Francfort, les princes d’Isenbourg et de Nassau. L’Empereur doit mesurer par là que sa fortune est déjà malade. Aussi bien, il reçoit des dépêches de Dresde, de Prague qui le confirme dans l’idée que le Congrès n’est qu’une comédie. Le mercredi 28 juillet, ils font, l’après-midi, une belle promenade sur les deux rives du Rhin et le lendemain une visite de la campagne environnante. Le vendredi et samedi sont consacrés aux réceptions. Marie-Louise lui rapporte les rumeurs de Paris, auxquelles il est sensible. A travers les propos de sa jeune femme, il devine la démoralisation commençante encourageant la trahison naissante. En dépit des préoccupations, Napoléon se montre débordant d’optimisme. Il a surtout souci de ne pas laisser croire que l’attitude de Papa François diminue et diminuera jamais sa tendresse pour elle. Il continue à être près d’elle galant, empressé...

HWLG Guillaume

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par HWLG Guillaume »

Certes, tout comme nous pouvons dire que Napoléon et son Empire ne sont pas encore morts en 1813, tout est encore possible malgré les difficultés... (allez même en 1814 il est à deux doigts de sauver sa couronne).

Pour reprendre mon propos, c'est précisément le décret mettant en application le blocus continental qui est à mon sens l'acte le plus lourd de conséquence... Intervention au Portugal, puis Espagne... Campagne d'Autriche car l'armée française est en Espagne... campagne de Russie car non application du blocus (entre autre) , sans compter la brouille avec la Suède qui en résulte... le mécontentement de toutes les populations du littoral de l'Empire... L'apparition de nouvelles têtes couronnées de l'entourage de Napoléon...

C'est ici que Napoléon perd l'opinion publique dans son camp, chez les neutres et chez ses adversaires.
Le blocus le pousse dans une logique qui va le conduire à sa perte.

Quand on sait les millions absorbés par l'administration côtière et une armée de terre toujours plus grande et lourde en logistique, on peut se demander si ces millions n'auraient pas été mieux utilisés dans la marine. Elle n'a pas été négligée mais elle pouvait encore être perfectionnée. Le projet d'invasion de l'Angleterre a été très très bien perçu par l'opinion française, il générait une véritable alchimie entre le peuple, l'armée et Napoléon. Pourquoi ne pas recréer le camp de Boulogne ? Même si c'est un leurre, il laisse le temps à la marine française de se reconstruire tout en maintenant la pression sur l'Angleterre.

Route Napoleon

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Route Napoleon »

:salut: Pour résumer, l 'énoncé du problême de l'Amiral Pilayrou est :
la régence aurait peut-être permis d'éviter la catastrophe !

En 1814, la Régence de Marie-Louise a été évoquée par Talleyrand qui se voyait bien la diriger.
Ayant trempé dans l'affaire du Duc d'Enghien, il pouvait escompter un retour de bâton de la part des Bourbons, même si, ayant deux fers au feu, il avait dès la fin 1803 repris contact avec les exilés de Hartwell, par l'intermédiaire de son oncle aumônier de Louis XVIII...

La Régence, après la chute de Paris, sera encore évoquée par le Tsar qui aime peu les Bourbons qu'il avait chassé de leur exil en Russie.
C'est la défection de Marmont qui fera basculer en abdication sans conditions.

Lors de la seconde abdication en juin 1815, après Waterloo, Napoléon II et nommé quelques heures, par Fouché pour gagner du temps.
Napoléon, à l'Elysée, ne se fait pas d'illusion.

Pour éviter la catastrophe il fallait la volonté de François II, le père de Marie-Louise,
mais comme il n'en avait pas, on dira qu'il fallait la volonté de Metternich.
Metternich, Rhénan faisant ses études à Strasbourg en 1789, est témoin des excès de la Révolution. Il ne pensait qu'à abattre la France et ses idées révolutionnaires incarnées par l'Empereur. Au Palais Marcolini, avant Leipzig il joue sur du velours.

En 1814, il est d'abord favorable à une Régence, dont il pourrait tirer les fils...
Napoléon a amèrement regretté son mariage autrichien, voici ce qu'il dit à Caulaincourt, à Fontainebleau, alors que Caulaincourt revient de Paris, où il s'est entretenu avec le Tsar, logé alors chez Talleyrand :
" Les Autrichiens sont ce que je les ai toujours vus, plats, lâches. Ils sont venus me prier d'épouser une archiduchesse quand j'étais conquérant. C'était alors répétaient-ils à Narbonne, à Berthier, la fille chérie de l'Empereur, l'enfant de son coeur qu'ils m'offraient. Aujourd'hui ils l'abandonnent. Mais ne vous y trompez pas, Caulaincourt : son père, quoi qu'il ait sans doute, comme Schwarzenberg, peur de moi et qu'il désire me mettre les menottes, ne veut pas détrôner sa fille et son petit-fils. Il sait qu'il est dangereux de séparer une femme de son mari. : ses principes religieux, ses idées arrêtées sur certaines questions le feront échapper sous ce rapport aux intrigues de Metternich. Dès qu'il saura ce qui se passe, il comprendra qu'on pousse les choses à bout. D'ailleurs, il n'est pas dans l'intérêt de l'Autriche qu'on me détrône. Metternich qui est un fourbe vendu aux Anglais, mené par Talleyrand et influencé part l'oligarchie de Vienne, qui, de fait, gouverne l'Autriche, peut y consentir. Mais tout ce qui entoure l'Empereur François sera contre au fond, si ce n'est pas l'opinion de Schwarzenberg qui est comprimé, entraîné dans ce moment par la peur et par l'influence d'Alexandre. Sans doute Schwarzenberg a, comme la noblesse de Vienne, tous les préjugés de nos vieux émigrés. Les peuples, les intérêts des nations, ne sont rien pour eux. Le droit divin, dont le droit féodal est une émanation, voilà ce qui les touche, voilà ce qui les pousse et les exalte contre moi..." (Caulaincourt Tome III, pages 168/169)

McDonald

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par McDonald »

Route Napoleon a écrit : Metternich, Rhénan faisant ses études à Strasbourg en 1789, est témoin des excès de la Révolution. Il ne pensait qu'à abattre la France et ses idées révolutionnaires incarnées par l'Empereur. Au Palais Marcolini, avant Leipzig il joue sur du velours.

En 1814, il est d'abord favorable à une Régence, dont il pourrait tirer les fils...
Metternich est sans doute bien moins décidé à renverser l'Empereur que vous ne semblez le penser. Si dans ses Mémoires Metternich va tenter de faire croire qu'il a secrètement manœuvré pendant des mois pour renverser Napoléon, la réalité est qu'il a sérieusement pensé, presque jusqu'au dernier moment, à conserver Napoléon sur le trône.

C'est dans la correspondance du Chevalier de Gentz qu'on trouve les éléments permettant de se rapprocher au mieux de la pensée de Metternich pendant cette période janvier-avril 1814. Le Chevalier de Gentz est le secrétaire particulier de Metternich. Plus que ça, c'est son confident.
Gentz a été le secrétaire de Metternich pendant le congrès de Prague avant d'être renvoyé à Vienne où il tient le rôle d'une sorte de régent, en l’absence de l'Empereur François et du premier Ministre Metternich.
Metternich correspond presque journellement avec Gentz. A ma connaissance, cette correspondance n'a pas été publiée. Par contre, nous disposons de la correspondance du Chevalier de Gentz avec le Prince de Valachie qui reprend, selon moi, l'essentiel de la pensée politique de Metternich à cette période.

Voilà ce que Gentz écrit le 5 février 1814 :

"Quant aux dispositions des cabinets alliés, il faut observer avant tout que la question [du rétablissement des Bourbons] n'a jamais été formellement traitée entre eux. Elle est d'ailleurs préjugée pour le moment, car en s'engageant dans des négociations avec Napoléon, ils l'ont, pour ainsi dire, de nouveau reconnu, et ils se contrediraient eux-mêmes si, tout en lui offrant la paix, ils voulaient délibérer sur sa destruction. Mais autre chose est la marche diplomatique, autre chose sont les vues secrètes des Puissances, et ici il pourrait bien y avoir une divergence d'opinions assez forte. Autant que j'ai pu approfondir les pensées de ceux qui se trouvent à la tête des affaires, je crois que la Russie et la Prusse ne seraient pas mal disposées à démolir entièrement non-seulement le pouvoir, mais le trône et la dynastie de Napoléon. L'Autriche, au contraire, ne partage pas ce système ; mais si elle craint un bouleversement total, c'est moins, infiniment moins (je réponds de ce que je dis ici) à cause des liens de famille qu'elle a contractés avec Napoléon, que par la sagesse et la modération générale de ses principes, par le soin avec lequel en tout et partout elle évite les extrêmes, et par les considérations les plus justes et les plus désintéressées sur la tranquillité et les intérêts futurs de l'Europe.
Après tout ce que nous avons vu, dans les dernières années, de la conduite du Gouvernement autrichien, ce système de modération, soutenu à travers toutes les crises du temps, n'a rien d'inattendu
"

Il est beaucoup plus explicite le 11 avril 1814 (la déchéance est alors connue à Vienne) :

Le vœu sincère du cabinet d'Autriche était de faire la paix avec Napoléon, de limiter son pouvoir, de garantir ses voisins contre les projets que son ambition inquiète, mais de le conserver, lui et sa famille, sur le trône de France. Ce vœu n'avait point son origine dans un mouvement de tendresse paternelle, car l'Empereur avait noblement subordonné toutes les impulsions de son cœur aux soins de son empire et du salut commun de l'Europe; mais il était le résultat d'un calcul juste et éclairé. M. de Metternich était convaincu, dans sa sagesse, que le rétablissement des Bourbons servirait bien plus l'intérêt particulier de la Russie et de l'Angleterre que celui de l'Autriche ou l'intérêt général de l'Europe; que la France, épuisée déjà jusqu'à l'extinction par tout ce qu'elle a souffert depuis vingt ans, retomberait, sous le faible sceptre des princes de Bourbon, dans un état d'impuissance et de nullité complètes, qui la rendrait pour longtemps incapable de former un contrepoids dans la balance des Puissances; et que par conséquent la Russie, enflée de ses succès, de sa gloire, de l'ascendant qu'elle a obtenu en Allemagne, étroitement et désormais invariablement liée à l'Angleterre, n'ayant plus rien à craindre de la Suède, et, au moins dans les premières années, peu contrariée par la Prusse, aurait un libre et vaste champ pour ses entreprises ambitieuses, menacerait de nouveau la Porte, tiendrait l'Autriche dans des inquiétudes perpétuelles, et parviendrait enfin à une prépondérance vraiment alarmante pour ses voisins et pour le reste de l'Europe. Ces considérations et ces sollicitudes se trouvaient encore renforcées par la perspective que les Bourbons, ne pouvant pas ignorer à la longue quelles avaient été les vues secrètes de l'Autriche, et comment la Russie les avait combattues, seraient naturellement entraînés vers cette dernière puissance, et qu'ainsi le peu de force qui resterait encore à la France après ces convulsions, loin de s'opposer aux desseins de la Russie, servirait plutôt à les favoriser.
Par les mêmes motifs qui avaient prescrit à l'Autriche la ligne de conduite que je viens de retracer, la Russie aurait pu choisir un chemin opposé ; mais il est plus vrai de dire que, dans toute cette affaire, la Russie a beaucoup moins écouté des calculs politiques que des sentiments et des passions. Elle a bien entrevu qu'en travaillant à la chute de Napoléon, elle agissait dans le sens de ses intérêts; mais le grand motif qui déterminait l'Empereur Alexandre était toujours le désir de briller aux yeux du monde comme le véritable auteur de cette contre-révolution colossale, comme le libérateur en chef de l'Europe, et le restaurateur par excellence de tout ce que Napoléon avait détruit. C'est ce besoin de gloire, et même de gloriole, habilement nourri par quelques ambitieux en sous-ordre, et surtout par cette foule de fanatiques que l'Empereur rencontra à chaque pas, et que l'idée de traiter avec Napoléon au lieu de l'envoyer à l'échafaud faisait frémir de rage, c'est ce singulier mélange de vanité d'un côté, de férocité de l'autre, qui créa cette opposition permanente contre tout ce qui annonçait la paix, sans garantir en même temps la punition personnelle et exemplaire du "Grand Criminel".
Cependant, en dépit de tous ces obstacles, le prince de Metternich serait parvenu à son but, si Napoléon lui-même ne l'avait pas si mal secondé. Dans les conférences ministérielles qui eurent lieu à Troyes entre le 13 et le 16 février, tous les partis, grâce à la persévérance et à la dextérité du ministre autrichien, s'étaient enfin accordés sur ce qu'il fallait traiter de bonne foi avec Napoléon, et avaient décidé de n'admettre le projet de travailler à sa destitution que dans le cas où il rejetterait ouvertement les conditions proposées par les Alliés.
C'est donc un fait incontestable que le 17 février, jour où l'on remit à M. de Caulaincourt l'ultimatum des Puissances alliées, il dépendait encore de Napoléon de conserver son trône et sa dynastie, et que, pendant tout l'intervalle du 17 février jusqu'au 18 mars, son sort était entre ses mains.
Mais il est également certain que, dans toute cette crise mémorable, la conduite de cet homme n'a été que le comble de la déraison. Il ne fallait pas beaucoup de pénétration pour s'apercevoir que l'Autriche, loin de partager l'acharnement de ses alliés, avait, sur la question principale, des vues, des dispositions très différentes. Il s'agissait donc de cultiver ces dispositions ; Napoléon sut à peine les vérifier. Il ne fit aucune démarche pour se rapprocher cordialement de l'Empereur son beau-père ; il déjoua même, par son imprudence et son indiscrétion, celles que le Gouvernement autrichien aurait pu ou voulu faire de son côté; car on n'était jamais sûr qu'un secret entamé avec lui aujourd'hui ne serait pas publié demain dans les journaux. Lorsqu'on lui envoya des officiers de marque pour tel ou tel objet militaire, il ne profita jamais de ces occasions; fidèle à son singulier caractère, au lieu de tenir un langage positif, il se livra à des dissertations interminables, à de vains discours de trois ou quatre heures, et, par un contre-sens dont lui seul était capable, s'avisa de donner à l'Empereur d'Autriche des leçons sur sa marche politique, au lieu d'en recevoir les seules qui auraient pu le sauver. Vers le 8 ou 10 de mars, l'Empereur se décida à une dernière démarche amicale, et représenta à son gendre, dans une lettre aussi sage que forte, quel serait le résultat infaillible de son obstination; cette lettre resta sans réponse. Semblable au joueur dans la tragédie, Napoléon, au moindre coup de fortune, au moindre succès passager, croyait avoir retrouvé ses affaires, et rentrait dans toutes ses illusions. Enfin, trois ou quatre jours avant le 18 mars, M. de Metternich fit avertir le duc de Vicence que la rupture du congrès aurait inévitablement lieu, si son maître ne faisait rien pour l'empêcher. Cet avis fut encore négligé et le congrès rompu.
Il me semble qu'il n'en faut pas davantage pour prouver que c'est Napoléon, bien plus que les Alliés, qui a fait échouer les bonnes intentions de l'Autriche, qu'il s'est entraîné par son propre aveuglement, et qu'entouré d'ennemis implacables, il n'en a pas cependant eu de plus actif et de plus dangereux que lui-même.
A partir de la rupture des conférences, la politique du cabinet autrichien changea de fond en comble. M. de Metternich, en ministre habile, voyant que l'obstination de Napoléon ne lui laissait plus le choix des mesures, et que le système qu'il avait longtemps combattu devenait enfin le seul exécutable, résolut de se mettre à la tête de ce système. Le parti des Bourbons avait été extrêmement faible jusque-là, on travaillait dès lors à le renforcer, à nourrir ses espérances, à favoriser ses démarches, à laisser libre cours aux proclamations des Princes. Le comte de Bombelles, conseiller de légation au service de l'Autriche et fils d'un émigré de marque qui était autrefois ambassadeur de France à Venise, fut envoyé à Nancy, auprès de M. le comte d'Artois, pour le complimenter au nom de l'Empereur; ce messager, comme on pouvait s'y attendre, fut accueilli de la manière la plus distinguée. On déclara partout que c'était à la nation française à se prononcer sur ses destinées futures, et l'on cessa de contrarier les menées secrètes par lesquelles les Russes, les Prussiens et les Anglais préparaient partout la contre-révolution, et auxquelles l'Autriche était restée étrangère jusqu'ici.
Cette intervention du cabinet autrichien était d'autant plus nécessaire, qu'en regardant même le principe du rétablissement des Bourbons comme généralement admis, il restait encore de grandes questions à discuter. Premièrement, l'Empereur d'Autriche avait fait déclarer, dans les conférences de Troyes, que si, par l'issue incertaine de cette lutte, Napoléon se trouvait exclu du trône de France, l'Empereur ne reconnaîtrait jamais que Louis XVIII comme souverain légitime de ce pays. Cette déclaration avait été amenée par le projet bien connu de l'Empereur de Russie de placer sur le trône le duc de Berry, fils cadet de M. le comte d'Artois, et de le marier à la grande-duchesse Anne. Outre cela, l'Autriche partait du principe que, si l'on rétablissait en France l'ancienne monarchie, on devait la rétablir telle qu'elle avait été avant la révolution; tandis que l'Empereur Alexandre, partisan des idées modernes en politique, grand admirateur de la fameuse constitution de 1791, et désirant surtout plaire à tous les partis, à toutes les sectes, à tous les individus, avait imaginé de donner à la France ce qu'on appelle un Roi constitutionnel

Route Napoleon

Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Route Napoleon »

:salut: Oui, ce Chevalier Frédéric de Gentz, on en a déjà parlé sur ce forum. C'est un écrivain prolifique, contre-révolutionnaire, qui a servi à l'ambassade de Londres, rémunéré par Canning pour espionner.
Il rejoint Metternich à l'ambassade de Paris, et deviendra son bras droit.. Sa lettre du 5 février est antérieure au Congrès de Châtillon et celle du 11 avril postérieure à la déchéance prononcée par le Sénat, du " parvenu corse " comme l'appelait Metternich. François II le comparait à un tailleur italien...

Dans cette lettre : " Le comte de Bombelles, conseiller de légation au service de l'Autriche et fils d'un émigré de marque qui était autrefois ambassadeur de France à Venise, fut envoyé à Nancy, auprès de M. le comte d'Artois ".
Ce comte de Bombelles, on en a aussi parlé, il sera le 3ème mari de Marie-Louise. Metternich a placé près de l'Impératrice d'abord Neipperg, puis Bombelles, deux hommes à lui...

Pour ce qui est de l'abdication, il vaut mieux écouter deux témoins directs et actifs : Caulaincourt et Macdonald :
" M. de Metternich et Lord Castlereagh sont arrivés (10 avril). Je les ais vus. Il paraît qu'on finira d'ici à demain matin avec toutes les puissances. Votre Majesté peut s'imaginer des difficultés de tout genre qu'éprouvent ses affaires.
Il n'y a rien à espérer de l'Autriche. Elle consentira à ce que l'Impératrice ait un établissement pour elle et le roi de Rome, comme princesse et comme prince, mais pas autrement, et cela encore avec peine. Elle est contre l'arrangement de la Toscane. Toute cession en Italie lui semble un sacrifice à ses dépens. En général, elle est peu disposée à donner des facilités pour ce qui concerne Votre Majesté. J'ai l'honneur de le lui répéter. M. de Nesselrode, fidèle aux engagements du Tsar, a seul défendu avec loyauté près du gouvernement provisoire ce qui avait été convenu pour les intérêts de Votre Majesté... "
Lettre de Caulaincourt à Napoléon en date du 11 avril
Archives Caulaincourt, liasse 13 - Tome III page 305

Macdonald : " Pendant la négociation marchait, j'interrogeai mon aide de camp qui avait accompagné celui du Tsar à Fontainebleau. Il y avait appris qu'un général Allix qui commandait à Sens, avait vu passer un major autrichien se rendant de Paris à Dijon où se trouvait son souverain (François II et Metternich sont alors à Dijon). Ce major lui aurait dit que son maître, dont il portait les dépêches au Tsar, trouvait très mauvais ce qui s'était fait et se faisait encore à Paris, qu'il n'avait pris les armes contre Napoléon pour réduire sa puissance et mettre un terme à son ambition, qu'il voulait bien, comme il s'y était engagé, le resserrer dans les anciennes limites de la France, mais qu'il ne concourait point, qu'il ne consentirait point à se que l'on détronât son gendre, sa fille et l'héritier naturel direct de leur couronne. D'après ce récit vrai ou supposé, le général s'était hâté d'en faire passer l'avis à Napoléon dont les espérances se flattèrent un moment. Mais il fut bientôt détrompé, car il sut d'une autre et meilleure source que son beau-père avait approuvé sa déchéance et le rappel des Bourbons... "
Macdonald : Souvenirs, chez Plon en 1910, pages 297;

Constantin de Grünwald, auteur des biographies du Tsar Alexandre, du ministre Prussien Stein et de la Vie de Metternich, nous dit que l'on appelait " Comte de Balance "...
Il sera le grand gagnant du Traité de Paris du 30 mais 1814. La Russie ne gagne rien, l'avenir de la Prusse reste réservé, l'Autriche récupère l'Illyrie, la Dalmatie, le Tyrol et se trouve agrandie de la Lombardie et de la Vénétie...

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Cyril Drouet
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Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
19 déc. 2019, 16:39
de toute façon , il a tué le principe même de l'hérédité , le mérite remplaçant le sang définitivement .
Constitution de l'an XII :
"Article 3. - La dignité impériale est héréditaire dans la descendance directe, naturelle et légitime de Napoléon Bonaparte, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, et à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance."

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Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par la remonte »

est ce que quelqu'un y a cru seulement un instant à cette hérédité ?
pas lui en tout cas qui ricane pendant le sacre ...
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et les autres ? en 1814 , personne ne songera au roi de Rome même pas son grand père qui aurait pu assouvir le rêve des Habsbourg dont la politique matrimoniale a toujours été de mise .

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Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
20 déc. 2019, 17:05
est ce que quelqu'un y a cru seulement un instant à cette hérédité ?
Le premier intéressé, Napoléon 1er : oui. Et c'est pour cela que l'on ne peut pas dire que ce dernier "a tué le principe même de l'hérédité".

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Re: INSTITUTIONS : l'EMPIRE héréditaire, le titre d'empereur, la régence

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
03 janv. 2020, 14:39
art 7 ... Un sénatus-consulte organique, proposé au Sénat par les titulaires des grandes dignités de l'Empire, et soumis à l'acceptation du peuple, nomme l'Empereur, et règle dans sa famille l'ordre de l'hérédité, de mâle en mâle, à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance.

cet article est incroyable de misogynie mais le plus choquant reste l'hérédité comme principe ? comment le talent peut-il se transmettre même de mâle en mâle ( là c'est misogyne ) ? surtout avec le pouvoir de l'époque qui reposait sur l'exécutif

Quelques mots de Bonaparte :
«[L'hérédité] est absurde, ajouta le premier Consul, non dans ce sens qu'elle n'assure pas la stabilité de l'état, mais parce qu'elle est impossible en France. Elle y a été établie pendant longtemps, mais avec des institutions qui la rendaient praticable, qui n'existent plus, et qu'on ne peut ni ne doit rétablir. L'hérédité dérive du droit civil; elle suppose la propriété, elle est faite pour en assurer la transmission. Comment concilier l'hérédité de la première magistrature avec le principe de la souveraineté du peuple ? Comment persuader que cette magistrature est une propriété ? Lorsque la couronne était héréditaire, il y avait un grand nombre de magistratures qui l'étaient aussi : cette fiction était une loi presque générale, il n'en reste plus rien. »
(Thibaudeau, Le Consulat et l'Empire)

Le même mais plus tard :
"Et se rappelant que, parmi ceux qui l'écoutaient, plusieurs s'étaient fortement compromis avec les Bourbons, et pouvaient craindre que le rétablissement des formes monarchiques ne frayât la voie à leur retour, il ajouta: « Que l'hérédité pouvait seule empêcher la contre-révolution; qu'on n'avait rien à craindre de son vivant; mais que tout chef électif serait, après lui, trop faible pour résister aux partisans des Bourbons; qu'il faudrait nécessairement choisir un général, et qu'aucun n'était en état de lui succéder."
(Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration)

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