ÉCONOMIE : L'Industrie Française 1799/1815

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

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C-J de Beauvau
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Aspects financiers
Comme le soulignent d'emblée Michael D. Bordo et Eugene N. White dans leur étude British and French finance during the Napoleonic Wars :
« les guerres napoléoniennes offrent une expérience unique dans l'histoire de la finance en temps de guerre. Alors que la Grande-Bretagne a été forcée de renoncer au monométallisme et a enduré une inflation soutenue, la France a conservé son système bimétallique pour la durée de la guerre. Le financement des guerres napoléoniennes se démarque parmi les conflits de durée et d'intensité comparables des XIXe et XXe siècles. »
Ces auteurs soutiennent encore que :
« … ces régimes contrastés de financement de guerre étaient la conséquence de la « crédibilité » de chaque nation comme débiteur […] Compte tenu de sa longue expérience de probité fiscale, associée aux procédures de contrôle budgétaire par le Parlement, la Grande-Bretagne put continuer à financer une fraction substantielle de ses dépenses de guerre par l'emprunt, les taux d'intérêt étant relativement faibles. Le taux d'imposition britannique n'a guère varié au cours de la plus grande partie du XVIIIe siècle et les excédents du temps de paix purent compenser les déficits du temps de guerre pour assurer le remboursement des dettes accumulées […] La France, de son côté, avait ruiné sa réputation dans la dernière décennie de l'Ancien Régime et sous la Révolution. »
Cette situation rendait dès lors le pays totalement dépendant de sa fiscalité pour le financement de ses dépenses publiques, le recours à l'emprunt restant très problématique du fait de la méfiance du public à la suite des expériences financières catastrophiques de la période révolutionnaire (banqueroute des deux tiers). Toutes les recettes publiques seront mises à contribution pour financer l'effort de guerre. Dans son étude déjà citée, Pacaud note ainsi, évoquant le « défi » que représente pour le Préfet la levée de la compagnie de réserve auvergnate :

« cet administrateur […] est enjoint à financer les dépenses par le vingtième de tous les revenus des communes du département qui, s’avérant insuffisant pour la majorité d’entre eux (seuls quatorze se contentent de ce vingtième) peut être complété par le centime additionnel, c'est-à-dire un centième de la contribution foncière et de la contribution personnelle, somptuaire et mobilière imposée au département. Malgré une population départementale de 508 000 habitants, le préfet du Puy-de-Dôme ne dispose que de 9 900 francs grâce au vingtième, il s’avère être le plus pauvre parmi ceux devant lever une compagnie de 3e classe. L’entretien d’une compagnie de 3ème classe revient théoriquement à 32 479,50 francs par an. Le recours au centime additionnel est donc indispensable, offrant à la préfecture du Puy-de-Dôme une manne non négligeable de 28 500 francs (pour l’An XIV). Avec cette somme, soit 38 400 francs, le préfet doit préparer tout ce qui sera nécessaire à la compagnie de sorte que les soldats du 1er vendémiaire puissent être logés, habillés, armés et nourris. »
En termes globaux, à partir de 1810, les budgets militaires sont en constante augmentation. En 1810, ils s'élèvent à 503 millions de francs. Le budget de 1811 prévoit au titre de dépenses pour l'armée 460 000 000 de francs qui sont finalement portés à 506 096 000 de francs. Ces dépenses pour l'armée et pour la marine absorbent 60 % du budget de l'État prévu pour 954 000 000 de francs — clôturé finalement à 1 103 367 00035. C'est à partir de cette année que le déficit budgétaire apparaît, et il se révèle de plus en plus difficile à combler. En 1812 les dépenses militaires sont estimées à 710 millions et en 1813 un total de 817 millions est atteint. L'année 1814 voit un déficit évalué à 579 000 000 de francs. Au début des Cent-Jours, l'arriéré de la dette du ministère de la Guerre est encore de 247 380 000 francs. Si Napoléon croyait que grâce aux guerres, il pouvait constamment équilibrer ses budgets selon l'adage « la guerre nourrit la guerre », Mollien, dans ses volumineux « Mémoires », constate qu'il n'est pas une seule des plus glorieuses campagnes de l'Empire qui ne lui ait coûté plus cher que n'ont produit les contributions qui ont puni l'Allemagne de ses impudentes attaques ».

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Administration militaire
Le 17 ventôse an X (8 mars 1802), une réorganisation administrative détache la gestion de l'intendance et de la logistique des armées des compétences du ministre de la Guerre pour la confier à un ministère de l'administration de la Guerre. À ce nouveau ministère sont adjoints un intendant général de la Grande Armée et un directeur général des revues et de la conscription, auxquels sont subordonnés des « commissaires de guerre » et des « inspecteurs aux revues ». « Ces deux corps comprenaient 436 fonctionnaires hiérarchisés à qui allait incomber la lourde tâche de gérer l'armée napoléonienne40 ». Ils connaissent encore diverses réformes et réorganisations sous le Consulat et l'Empire, l'intention de Napoléon étant de ne plus voir se renouveler les errements — gabegie, corruption, incompétence, abus de pouvoir — de la période révolutionnaire en séparant les tâches administratives, comptables et logistiques.
Pierre Daru, intendant général des armées et administrateur militaire
Inspecteur aux revues et commissaire des guerres, 1803. Planche du recueil d'uniformes de Lienhart & Humbert, 1902.
Pierre Daru commence sa carrière dans l'administration et l'intendance militaires le 10 avril 1784, à l'âge de 17 ans, comme « commissaire provincial des guerres ». Il sert encore un temps dans ces fonctions sous la Seconde Restauration, intervenant notamment en 1816 dans la réorganisation du corps des intendants militaires sur pied de paix. Pendant la période révolutionnaire, il est le bras droit de Claude-Louis Petiet, ministre de la Guerre jusqu'à sa révocation le 16 juillet 1797, chargé de l'intendance. Adjoint de ce dernier dans ses diverses fonctions d'intendance et d'administration militaire sous le Consulat (voir infra), il lui succède finalement au poste d'intendant général de la Grande Armée le 19 octobre 1806.
« Commissaires-ordonnateurs de guerre »
Sous la royauté, concurremment avec les intendants des armées, les commissaires des guerres étaient chargés de l'administration de l'armée. Cette institution héritée de l'Ancien Régime fut réformée sous la Révolution à plusieurs reprises notamment en supprimant les postes d'intendants et en réorganisant le corps des commissaires des guerres, leur titre changeant également à l'occasion de diverses révisions législatives. Ce commissariat des guerres est une nouvelle fois réformé au début du Consulat le 9 pluviôse an VIII (29 janvier 1800).
En 1803, le personnel de ce corps est réorganisé en commissaires-ordonnateurs en chef, commissaires-ordonnateurs de division et commissaires-ordinaires des guerres. Sous l'Empire, il y a un intendant général par armée, doté d'attributions distinctes étendues à tous les services administratifs.
Les attributions de ce corps ont déjà été définies par une loi du 28 nivôse an III : « surveillance des approvisionnements en tout genre, tant aux armées que dans les places ; la levée des contributions en pays ennemis ; la police des étapes et convois militaires ; les équipages des vivres, de l'artillerie et des ambulances ; les hôpitaux, prisons, corps de garde et autres établissements militaires ; les distributions de vivres, fourrage, chauffage, habillement et équipement ; la vérification des dépenses résultant de ces distributions, et de toutes les autres dépenses exceptée celle de la soldenote ».
« Inspecteurs aux revues »
Le corps des inspecteurs aux revues fut institué sous la Révolution, venant compléter celui des commissaires des guerres. Il se vit attribuer l'administration et la surveillance des corps de troupes et la gestion des conseils d'administration et du personnel. En 1801, les fonctionnaires qui le composaient portaient les titres d'inspecteurs en chef, d'inspecteurs et de sous-inspecteurs de 1re, 2e et 3e classe. En date du 18 avril 1811, un décret créa, en outre, la fonction d'adjoint aux sous-inspecteurs aux revues.
Ces inspecteurs « sont chargés de l'organisation, embrigadement, incorporation, levée, licenciement, solde et comptabilité des corps militaires, de la tenue des contrôles et de la formation des revues ». Ils étaient choisis parmi des officiers généraux et supérieurs, jugés dignes par leur talent, leur zèle et leur moralité ».

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Infrastructures au service de l'effort de guerre et des armées
Sous l'ère napoléonienne, diverses infrastructures (chantiers navals, arsenaux, magasins, manufactures) sont développées ou mises en place pour soutenir l'effort de guerre : on a évoqué plus haut l'inauguration de la fonderie de canons de Liège en 1803. À la fin de cette même année, une manufacture d'armes est implantée à Mutzig dans le château et ses dépendances achetées par les frères Coulaux, qui administraient la manufacture de Klingenthal. Des boulangeries, des ateliers de fabrication d'uniformes et des magasins sont établis dans les pays traversés tout au long des campagnes de l'armée impériale en Allemagne, en Autriche, en Pologne et en Biélorussie par les soins de Daru, intendant général de l'armée.
Pendant les guerres napoléoniennes, le génie militaire contribue à la mise en place de ponts et à l'aménagement des routes dans les pays envahis afin de faciliter le déplacement des troupes et de leurs approvisionnements. Dès la fin du Consulat, le réseau routier planifié par Jean-Antoine Chaptal est développé sur tout le territoire français, donnant naissance au système des « routes impériales ».
Intendance et logistique aux armées en campagne
Constitution de la Grande Armée et premières campagnes (1803-1806)
Le « Camp de Boulogne »
Inspection des troupes à Boulogne, le 15 août 1804.
Le 31 août 1805, l'Armée des côtes de l'Océan de la période révolutionnaire, reconstituée à partir de 1803 au « Camp de Boulogne » — en fait un vaste complexe de camps implantés dans le Pas-de-Calais et jusque Bruges en Belgique et Utrecht aux Pays-Bas — pour envahir l'Angleterre à la suite de la rupture de la paix d'Amiens et à la déclaration de guerre du Royaume-Uni du 23 mai 1803, devient la Grande Armée par un ordre du jour du quartier-général impérial. Ce changement de dénomination marque aussi un changement de stratégie de Napoléon qui a renoncé à l'invasion de la « perfide Albion », sa flotte se trouvant coincée par l'amiral Horatio Nelson dans le port de Cadix en Espagne depuis le 22 juillet, pour affronter sur le continent ses alliés de la Troisième Coalition.
L'organisation de la Grande Armée commence le 14 juin 1803, Pierre Daru ayant reçu dès le 28 mai l'ordre d'établir un camp pour 80 000 à 90 000 hommes à Saint-Omer. Dans un premier temps, il dresse un rapport établissant les impératifs logistiques et administratifs de l'entreprise : « les approvisionnements doivent être faits pour six mois […] il faut 100 000 rations quotidiennes […] et pour 18 000 chevaux, 20 000 […] De plus, il faudra 2 400 chevaux pour l'artillerie, 636 pour les vivres et 160 pour les ambulances […] L'administration devra passer des revues, éviter les agents incapables ou immoraux et fournir tous les moyens ». Claude-Louis Petiet est nommé ordonnateur en chef des camps puis commissaire général, Daru restant son adjoint. En 1805, Petiet hérite de la charge d'intendant général de la Grande Armée et Daru est nommé commissaire général. Il est appelé à remplacer son supérieur l'année suivante.
Premières campagnes (1805-1806)
Suivant en cela la pensée de Guibert, la doctrine militaire de Napoléon est avant tout orientée vers le mouvement et l'offensive. Sa priorité est donc de rendre ses corps de batailles « inter-armes » très mobiles en les allégeant au maximum, à charge de l'intendance de « suivre ». Ses colonnes de marche sont soulagées au maximum de leur impedimenta (bagages et équipements), précédées par des détachements accompagnés de commissaires et d'inspecteurs chargés de préparer en avant les étapes avec tous les moyens disponibles (dépôts, achats, réquisitions) et suivies par leur artillerie et leur charroi d'équipement, de munitions et de subsistances dont le convoyage est pris en charge essentiellement par des voituriers civils. C'est cette façon de faire qui est appliquée dès la campagne d'Autriche de 1805, première campagne militaire majeure de l'Empire.

La campagne d’Autriche de 1805 met au jour les lacunes de l'intendance de l'armée napoléonienne, qui connaît une première véritable crise lors de la campagne de Prusse et de Pologne dès la fin de l'année suivante.
Le 27 août, la Grande Armée s'ébranle vers l'est et marche sur l'Europe centrale : c'est le début de la campagne d’Autriche qui se conclut le 2 décembre par la victoire d'Austerlitz et est sanctionnée par le traité de Presbourg et le premier traité de Schönbrunn. La campagne commence bien : « les cinq corps d'armée qui traversent la France sont ravitaillés et nourris à chaque étape : l'intendance est bien faite […] Avant de passer le Rhin, Napoléon fait doter chaque soldat de quatre paires de souliers, de quatre jours de pain et de quatre jours de biscuits ». Après le franchissement du fleuve, elle met cependant d'emblée en exergue les limites et les défaillances de la logistique militaire de l'époque, que connaît l'armée napoléonienne au cours de chacune de ses campagnes et qui atteignent leur acmé pendant la campagne de Russie en 1812, amenant celle-ci au point de rupture. « La première est que l'armée, pour être convenablement ravitaillée, devait en fait se déplacer constamment, sinon les problèmes logistiques pouvaient devenir critiques et l’on était alors forcé d’avoir recours aux magasins. Ainsi, lors de la campagne de 1805, si la Grande Armée a surtout vécu sur les pays traversés, c’est en grande partie par nécessité (les rations qui devaient être rassemblées sur son chemin à Strasbourg, Mayence puis en Bavière ne furent pas prêtes à temps et furent donc insuffisantes(note ) et certains moments furent plutôt critiques. En fait, de grandes difficultés apparaissaient lorsque l’armée devait se rassembler sur un espace restreint. Ce fut le cas par exemple lorsque la Grande Armée arriva sur Ulm ou lorsqu'elle dut ensuite poursuivre sa route vers Vienne et emprunter une seule route en longeant le Danube. Là, les pays traversés ne suffirent plus à entretenir l’armée et il fallut recourir aux réserves des magasins ou aux provisions faites précédemment », le principal problème étant alors celui de leur acheminement jusqu'aux étapes et bivouacs.
Une première crise sérieuse voit le jour pendant la campagne de Prusse et de Pologne (1806-1807). Fin 1806, anticipant l'intervention des Russes, Napoléon fait venir des troupes de France pour renforcer la Grande Armée : « en un mois, étaient arrivés de Mayence 670 officiers, plus de 20 000 hommes de troupes et près de 3 000 chevaux ; elle pouvait donc aller au devant des Russes avec confiance ; elle y allait aussi avec une rapidité qui empêchait l'intendance de « suivre » […] Le ravitaillement se raréfie au fur et à mesure que l'armée marche vers l'est. Lannes évoque la pauvreté du désert du Sinaï […] À Varsovie, où Murat et Davout arrivent dans les derniers jours de novembre, on ne trouve que 550 000 rations de pain et 95 000 d'avoine. Les corps d'armée de Bernadotte et de Soult sont peu ravitaillés […] Le désordre et la faim sont tels qu'un ordre du jour menace de punition, voire d'arrestation, les officiers qui arrêtent les convois de ravitaillement […] l'approvisionnement des unités (étant) ralenti, voire arrêté, par des difficultés de transport pendant un hiver rigoureux dans un pays peu équipé en voies de communications ».

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Remonte de cavalerie et chevaux aux armées
Si la cavalerie impériale écrivit quelques-unes des plus glorieuses pages de l'histoire des guerres napoléoniennes, l'approvisionnement en chevaux, tant de selle que de trait, resta pour l'armée française un problème récurrent notamment en raison de la piètre qualité du cheptel équin français de l'époque, que déplore notamment l'historien Denis Bogros dans son « Histoire du cheval de troupe de la cavalerie française 1515-1918 ». À ce problème viennent s'ajouter, selon cet auteur, la mauvaise volonté du monde paysan face aux exigences de l'armée — « les cultivateurs déjà peu orientés vers le cheval de selle de guerre s'arrangeront, volontairement, à faire une production chevaline de mauvaise qualité, mais suffisante pour assurer les travaux à courtes distances. Ils espéraient décourager les levées de l'Etat. Ce fut un échec ! Et ce fut le cavalier de troupe que l'on envoya au combat, mal équipé ! » — et l'incompétence des responsables civils et militaires de la remonte, y compris l'Empereur lui-même - « La vérité est que Napoléon Ier ne peut échapper au jugement de l'histoire. Il manquait (selon l'érudit Mennesier de la Lance) de connaissances hippologiques et cette lacune, contribua à créer les conditions de l'effroyable consommation de chevaux dans les guerres qu'il a déclarées et les campagnes qu'il a conduites […] Napoléon était chef du gouvernement de la France. La remonte de l'armée est une entreprise sérieuse qui ne s'improvise pas. Chef d'État et chef de guerre, Napoléon n'a pas maîtrisé cette question primordiale » - tant et si bien que « au plan du cheval de troupe […] il est clair que la remonte de l'empire ne fournit que des chevaux inaptes à la guerre« Jusqu'en 1807, la remonte régimentaire est assurée par un officier qui a généralement des marchands attitrés. Par la suite, une commission achète pour l'armée sur les champs de foire et dans les dépôts, des chevaux qui sont ensuite répartis dans les régiments. En pays ennemi, on a souvent recours aux prises de guerre et aux réquisitions .

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Économat des armées en campagne
« Napoléon Ier, inspiré lui-même par Guibert, avait décidé, pour approvisionner ses troupes dans la plupart de ses campagnes, de faire vivre son armée sur le pays plutôt que de se fier à d'interminables convois répartis sur les longues lignes de communication à partir de la France »
— Eugène Chalvardjian, Impact de l'art de la guerre napoléonien dans la seconde moitié du XIXe siècle
« En campagne, le soldat doit recevoir des vivres dont la distribution est théoriquement réglée de façon précise. La pratique est toute différente; le désir d'aller vite, d'alléger le soldat amène très souvent l'Empereur à fournir les vivres à son armée sur les pays traversés […] Les réquisitions font leur apparition; supportables dans les pays riches (Allemagne, Autriche, Italie du Nord), elles deviennent presque sans effet en Pologne, Espagne, Portugal et Russie »
— Alain Pigeard, Les services des vivres dans les armées du Premier Empire (1804-1815)
Jusqu'au XVIIIe siècle, la guerre est avant tout une affaire de batailles rangées et de sièges de places-fortes, la « guerre de mouvement » se limitant encore à quelques opérations de harcèlement dans le cadre de la « petite guerre » — qui vise notamment à s'emparer d'approvisionnements sur les armées ennemies. Les campagnes ne se limitent bien souvent qu'à une série de longues marches ; les armées étaient encombrées de colonnes de bagages et de convois de ravitaillement, la logistique étant assurée par des entrepreneurs privés, les munitionnaires, et les armées dépendant encore fortement de leurs bases arrière pour leurs approvisionnements, ce qui les oblige, lorsqu'elles s'en éloignent, à vivre sur les pays traversés, amis ou ennemis — ces contraintes logistiques limitant dès lors leur liberté de manœuvres. Les guerres de la Révolution amènent l'armée française à opérer à plusieurs reprises en terres étrangères, aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie et en Égypte ; le chaos régnant en France obligeant celle-ci à vivre d'expédients, de réquisitions locales, de maraudage voire de pillages. Le « tempo » donné à ses opérations militaires par Napoléon dès l'époque du Consulat — « son système de guerre basé sur la manœuvre d'enveloppement conjuguée à la vitesse » — impose à ses armées d'improviser localement ses approvisionnements mais « néanmoins le système de guerre napoléonien comporte lui aussi ses limites et ses armées ne peuvent vivre entièrement sur le pays ». En 1810, après l'invasion française du Portugal « s’engagea alors une longue guerre d’usure, les deux adversaires recourant à la tactique de la terre brûlée, ce qui provoqua famine et dévastations chez les Portugais, mais affaiblit également les forces napoléoniennes ». Dès lors « Masséna [...] n'avait plus à opter qu'entre deux partis, celui de voir son armée périr de famine et par le fer des Anglo-Portugais, ou de se résigner à l'humiliation d'une retraite volontaire ». Avec celle de Russie deux ans plus tard, cette campagne fut l'une des deux où les insuffisances de la logistique furent pour une bonne part dans les défaites françaises. La gestion du transport de l'approvisionnement est un autre souci auquel fut confrontée l'intendance de l'armée napoléonienne. « Au début des guerres révolutionnaires, tout transport était assuré par le secteur civil. Les munitions étaient transportées par des convois civils et l'artillerie faisait appel à des contractuels civils pour déplacer ses canons et son équipement. Sous l'Empire, une importante société, la « compagnie Breidt », fournissait les voitures, conducteurs et attelages de chevaux à l'armée mais elle déçut tellement Napoléon durant la campagne d'Eylau qu'il fût incapable de manœuvrer comme il l'entendaitnote 6. Par conséquent, il décida que le transport logistique devait être pris en charge par l'armée et il créa le corps du train». Un décret impérial signé le 26 mars 1807 au quartier général d'Osterode en Prusse-Orientale sanctionna cette décision.

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Les « subsistances »
La fourniture et la distribution des « subsistances » — vivres et fourrages — étaient attribuées aux munitionnaires qui, contrairement aux commissaires des guerres ou aux inspecteurs, n'étaient pas des fonctionnaires mais des entrepreneurs privés.
La composition des rations de la troupe fit l'objet de diverses interventions de l'Empereur lui-même, dans sa correspondance ou par voie d'ordres et de décrets. En mars 1806, il signe un décret portant sur « la nourriture des troupes par les masses ordinaires » visant à « fournir aux soldats qui composent (les) armées une nourriture plus abondante, qui conserve leur santé et qui contribue à fortifier leur constitution ». Entre autres choses, ce décret règle les budgets consacrés aux approvisionnements, donne les quantités de pain, de viande, de légumes et de soupe à distribuer à la troupe et met en place l'organisation pratique de cet approvisionnement58. En novembre, alors que l'armée est désormais engagée dans la campagne de Prusse et de Pologne depuis octobre, « Napoléon, qui est à Berlin, dénonce l'indigence des magasins de vivres qui n'ont que huit jours de stocks. Les difficultés se font le plus sentir en Pologne car le pays est pauvre. L'Empereur fait aménager à Varsovie une manutention pouvant fabriquer, chaque jour, avec trente fours et deux cents boulangers, 400 000 rations de pain. La manœuvre de Bennigsen sur le nord de la Pologne impose à Napoléon de déplacer ses troupes, et les vivres doivent suivre ; chaque corps emporte quatre jours de vivres, la viande sur pied, et les quintaux de farine dans les caissons de l'entreprise Breidt chargée du transport ».
Champs de seigle en Biélorussie. Ce pays deviendra le grenier de l'armée napoléonienne pendant la campagne de Russie. « J’ai requis, il y a quinze jours, 6 000 quintaux de farine à Borisof : 2 000 sont arrivés ici, j’ordonne que les autres 4 000 soient dirigés sur Orcha. J’en fais requérir 10 000 à Minsk, 4 000 à Sienno, et j’envoie des agents pour organiser ces convois et les diriger sur Orcha ». Lettre de Napoléon au maréchal Davout du 10 août 1812 de Vitebsk.
En 1812, à la veille de la campagne de Russie, fort des expériences malheureuses de cette campagne de Pologne au cours de laquelle l'armée française eut à affronter un hiver particulièrement rigoureux rendu plus pénible encore par les difficultés d'approvisionnements, Napoléon porta une attention particulière à leur organisation. En février, la ration quotidienne du soldat se composait d'« une livre et demi de pain de munition composé de 2/3 de seigle et 1/3 de froment, 120 g de pain blanc de pur froment, 300 g de viandes y compris la tête et fressure, 240 g de légumes secs ou deux livres de pommes de terre, 1/30ème de livre de sel et 1/16ème de pinte d’eau de vie ». Le 2 juillet, dans une lettre adressée depuis Vilnius à Berthier, major général de la Grande Armée, il s'inquiète des retards pris par la construction des fours à pain dans la ville ; le 11, il revient sur le problème dans deux courriers destinés à Berthier et au duc de Trévise, commandant la Jeune Garde et donne la ration à fournir à la division Roguet de la Garde : « s’assurer que tout son monde ait des vivres à raison d’une demi ration de pain, d’une once et demie ou deux onces de riz, et d’une livre de viande, pour le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 et le 18 ». Le 10 août, il donne l'ordre au maréchal Davout de construire des fours supplémentaires à Orcha, Mohilev, Doubrowna et Rossasna, transformant ainsi la Biélorussie en base arrière logistique. Ces mesures ne suffiront cependant pas et « pour parer à la difficulté de distribuer le pain préparé aux soldats, qui est essentiellement due, non pas à l’absence de fabrication, mais à l’absence, ou tout au moins, à l’insuffisance de fours, Napoléon tente d’en revenir au système romain de distribution de blé en nature, mais sans succès car l’utilisation de moulins portatifs pose le problème insoluble de la suppression du blutage et parce qu’on considère comme immangeable un pain dont on n’aurait pas extrait le son ». La politique de la terre brûlée pratiquée systématiquement par l'armée russe prive l'armée française de la possibilité de vivre sur le pays, la décision de Napoléon de se retirer de Moscou à la veille de l'hiver entraînant la désastreuse retraite de Russie durant laquelle la famine, tout autant que le froid, les maladies et l'action des cosaques provoque l'annihilation de l'armée napoléonienne.

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Les réquisitions et le « fourrage »
La réquisition militaire est un ordre que donne une autorité militaire à une autorité ou des populations civiles pour mettre à sa disposition, entre autres fournitures, des biens (vivres principalement) ou des lieux d'hébergement, moyennant parfois un dédommagement pécuniaire ; le terme de « fourrageage » désignait quant à lui l'action d'approvisionner la troupe sur le terrain en s'emparant des ressources locales (fourrages, farines, denrées alimentaires, etc.) ou des approvisionnements de l'ennemi - les fourriers étant des sous-officiers plus particulièrement chargés de cette tâche. On utilise dès lors l'expression « vivre sur le pays » pour désigner ce type d'« économie militaire ».
L'armée napoléonienne opérant loin de sa « base arrière » qu'était le territoire de l'empire (France et départements annexés) et devant gérer l'indigence des services logistiques encore embryonnaires, elle eut donc recours à ces moyens pour assurer ses subsistances en campagne. Ces mesures étaient en principe encadrées, mais les besoins de la troupe et les aléas des campagnes amenèrent à de nombreuses exactions qui peuvent être sans conteste qualifiées de vols et de pillage, en particulier dans les pays ennemis occupés ou les régions les plus pauvres où les populations se montraient réfractaires ou hostiles aux troupes françaises. En Pologne, que les Français occupent dès 1806, « les paysans […] cachent la nourriture dans les bois, à la cime des arbres ou dans des trous recouverts de terre et de branches […] Quand nos soldats supposaient avoir trouvé une cachette, ils enfonçaient leurs baguettes de fusil dans le sol avec l'habileté d'un employé d'octroi fouillant une voiture […] Dès que la baguette de fusil avait rencontré une résistance, les piocheurs et les pelleteurs se mettaient à l'œuvre et l'on trouvait ainsi des caisses contenant de la farine, du lard, des viandes salées, des légumes secs, des pommes de terre ». Dans son ouvrage « 1809, les Français à Vienne. Chronique d'une occupation », l'historien Robert Ouvrard décrit « les privations dont sont victimes les habitants les plus pauvres, dans les campagnes et dans les villes, et les pillages et exactions de toutes sortes que subissent les Autrichiens, soumis à l’occupant61 ». L'Autriche devant pourvoir aux subsistances de l'occupant, « la consommation des habitants de Vienne est réduite de 20 à 25 pour cent ».
Les réquisitions sont également un moyen de doter les armées en chevaux, dont elles sont grandes consommatrices. Pour les campagnes de 1806-1807, « près de 12 000 chevaux sont réquisitionnés en Silésie, Mecklembourg, Hanovre, Brunswick […] Les dragons de la Garde sont entièrement remontés à Potsdam ».

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Vivandières et marchants ambulants
À l'époque des guerres napoléoniennes, il n'existait pas d'équivalent de l'actuel économat des armées ou des « coopératives d'armée » des deux guerres mondiales au sein des armées impériales. La fourniture à la troupe d'« articles de cantine » et de « denrées d'ordinaire » — tabac, vins et spiritueux, articles de mercerie, etc — se faisait donc par le canal des vivandières et cantinières, des marchands ambulants, des commerçants locaux quand ces biens n'étaient pas purement et simplement volés aux autochtones ou pris sur les bagages de l'ennemi. Jean-Roch Coignet, dans ses mémoires, relate par le biais de diverses anecdotes comment ses camarades et lui se procuraient ainsi ces articles.
Entretien des chevaux
La nourriture, l'entretien et les soins des chevaux constituaient également des charges importantes dans les armées du début du XIXe siècle à une époque où ceux-ci représentaient d'importants « outils » dans l'accomplissement de leurs missions tant au sein de l'arme de la cavalerie que pour la logistique, le convoyage de l'artillerie ou les liaisons (services des estafettes). « La cavalerie française va compter 150 000 chevaux à son apogée », des dizaines de milliers d'autres servant dans les services du train ou les ambulances.
Si l'armée napoléonienne rencontra de nombreux soucis pour se doter de chevaux de qualité — les pertes encourues pendant la campagne d'Allemagne et d'Autriche en 1805 sont dues à l'excès de fatigue de chevaux souvent trop jeunes — et en quantités suffisantes, l'entretien de ce cheptel chevalin pendant les campagnes fut un autre sérieux problème qu'elle eut à gérer, de nombreux animaux ayant été perdus par manque de soins appropriés ou de nourriture suffisante et de qualité. Ainsi, « la campagne de Pologne de 1807, qui commence durant l'hiver 1806, est éprouvante pour les chevaux se déplaçant dans un pays sans réserves, aux chemins bourbeux. Vingt mille chevaux vont mourir d'épuisement ».
L'alimentation du cheval aux armées demande un soin particulier, notamment au niveau de son équilibre nutritionnel. En effet, « c'est l'avoine qui « donne du sang » aux chevaux […] la paille, aliment grossier destiné à lester l'estomac, demande pour le broyage avant ingestion une énergie musculaire approximativement égale à celle procurée par son assimilation ». La nourriture équine représente une masse importante pour la logistique : « si l'on s'en tient au tableau des rations établi en 1810 […] qui attribue de 7,5 à 9,0 kg de foin et autant de paille ainsi que 8,5 à 9,5 litres d'avoine par cheval et par jour, suivant l'arme et l'utilisation, il faut prévoir de 3 000 à 3 500 tonnes de nourriture par jour pour les chevaux, ce qui nécessite 2 000 fourgons tirés par 8 000 chevaux52 ». Comme pour l'approvisionnement de la troupe, l'intendance doit donc « vivre sur le pays » pour celui des animaux, les « fourrageurs » se chargeant de trouver ou de couper paille et foin.
Pendant les marches, la longueur des étapes, l'allure, les pauses, l'alimentation et l'abreuvageconstituent également des éléments essentiels d'une gestion durable du cheptel équin, en particulier pour les chevaux de trait. « L’étape commence au pas, durant une heure. Puis une halte d’une dizaine de minutes permet aux chevaux de se soulager. Les cavaliers re-sanglent, vérifient les paquetages et repartent au pas. Ils passent ensuite au trot et gardent cette allure durant deux heures avant de reprendre le pas puis de nouveau le trot. Dans les côtes et les descentes trop prononcées, les hommes mettent pied à terre. À l’arrivée, les chevaux sont étrillés, nourris et, si possible, abrités, notamment dans de grands bâtiments transformés pour la circonstance en écuries improvisées ». La catastrophique hécatombe de chevaux pendant la campagne de Russie est pour l'essentiel causée par les maladies, les déficiences et négligences dans la gestion de soins appropriés et des carences dans l'alimentation, qui se manifestent dès le début des opérations : « le franchissement du Niemen a lieu trop tôt. Le seigle, le blé, l'avoine, tout juste au stade montaison, sont coupés en herbe, ce qui provoque, avec la fatigue, la mort de 7 à 8 000 chevaux dès les derniers jours de juin [...] Au retour, sur les chemins enneigés, il ne reste que le chaume des toits pour nourriture, ce qui ne peut que conduire à une mort certaine ». Le général Charles-Pierre-Lubin Griois note dans ses mémoires : « Les chevaux, mouillés pendant le jour et dépourvus d’abri pendant la nuit, n’avaient d’autre nourriture que du seigle vert et mouillé. Ils succombèrent en grand nombre, la route était couverte de leurs cadavres, et pendant ces trois jours l’armée perdit au moins le quart de ses chevaux d’artillerie et un grand nombre de ses chevaux de cavalerie, quoiqu'en moindre proportion à cause de la différence de fatigue qu’ils avaient à essuyer ». Les pertes en chevaux pour dix années de guerre sont estimées à quelque 300 000 dont un quart seulement sont des pertes au combat, faiblesse de constitution des animaux, maladie, négligence et mauvaise nourriture constituant des facteurs de pertes plus sévères.
En dehors de l'entretien assuré par les soldats des troupes montées, les soins des chevaux en campagne sont confiés aux maréchaux-ferrants et aux vétérinaires. Nombre de traumatismes rendant les chevaux inaptes au service sont le fait de blessures à la jambe ou au pied de l'animal ce qui fait du parage - soins du pied - et du ferrage une tâche essentielle dans l'entretien régulier des chevaux en campagne, tâche remplie par les maréchaux-ferrants qui peuvent aussi traiter certaines maladies ou blessures bénignes. La supervision de ces tâches de soins et d'entretien est placée, au sein des unités, sous l'autorité d'un « maître-maréchal » qui, lors de la mise en place de cette ébauche d'intendance équine en 1776, reçoit le titre d'« artiste-vétérinaire ». En 1793, ceux-ci sont intégrés dans les états-majors des unités.
L'Ancien Régime avait vu les prémices du développement d'un véritable service d'hippiatrie aux armées avec la formation d'élèves vétérinaires aux frais de l'État et au début du Consulat en 1799, suivant ainsi cette pratique, 20 élèves sont envoyés en formation aux frais du ministère de la Guerre à l'École nationale vétérinaire d'Alfort ou celles de Lyon puis de Turin. Plus tard, « un arrêté du 24 prairial an XI (13 mai 1804) autorise les corps des troupes à cheval à envoyer des officiers et sous-officiers dans les écoles, afin d’acquérir des connaissances hippiatriques. Puis, le 22 avril 1807, un décret institue un second vétérinaire par régiment (ce qui permettra d’en conserver un au dépôt, tandis que l’autre suivra les unités en campagne) [...] Le besoin amène toutefois à recourir, à partir de janvier 1812, à des sous-aides vétérinaires. Issus de la conscription, généralement dépourvus de diplôme, ils sont en quelque sorte des infirmiers chevalins ». Plus tard, un décret impérial du 15 janvier 1813 « sur l’enseignement et l’exercice de l’Art vétérinaire » organisera la profession au niveau national, les praticiens ainsi formés recevant au bout de trois ans d'études le titre de « maréchal vétérinaire » ou de « médecin vétérinaire » après une formation complémentaire à l'école d'Alfort. Les « maréchaux vétérinaires » seront « attachés aux dépôts et aux escadrons de guerre des troupes à cheval, et chargés du traitement des chevaux malades, de la direction du service des maréchaux-ferrants et de l’exécution de la ferrure dans les cas difficiles », les vétérinaires étant responsables, en tant qu'inspecteurs, « du service des dépôts généraux, des grandes remontes, des grands parcs d’artillerie, du génie et des équipages »

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C-J de Beauvau
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau »

Un rapport rédigé en 1811 par le général Claude Antoine Hippolyte de Préval, officier de cavalerie et maître des requêtes au Conseil d’État, relativise en fin de compte le rôle joué par ces vétérinaires militaires dans l’armée impériale : « on s’exagère l’importance des vétérinaires dans les corps, et le besoin qu’ils aient beaucoup de capacités ; très rarement, même en temps de paix, on traite des maladies graves et de durée ; le prix de la nourriture et des médicaments, comparés à la valeur du cheval, l’incertitude de sa guérison et des services qu’on pourra en obtenir, si elle a lieu, font presque toujours décider la vente. La mobilité des troupes en campagne et la quantité de chevaux à panser obligent d’abandonner ceux qui sont très malades. Au dépôt, il s’en trouve bien peu, puisque dès que les chevaux sont reçus, ils sont envoyés à l’armée. On s’exagère encore l’importance de leur coopération aux remontes. L’essentiel est de s’assurer des moyens d’un cheval et, en ce genre, l’expérience des officiers instructeurs et des maquignons est supérieure à toutes les théories. On ne juge jamais mieux les chevaux que lorsqu’on en a beaucoup monté et fait trotter sous la chambrière et le fouet ». La Garde impériale, unité d'élite et de prestige de l'armée napoléonienne, est l'objet des attentions particulières de l'Empereur, notamment quant à son équipement et son armement. C'est ainsi notamment que la réforme générale de l'habillement de 1812 qui amène à l'adoption provisoire de l'uniforme blanc, n'est pas appliquée à ce corps particulier. Les armes de la Garde, quant à elles, proviennent principalement de la manufacture d'armes de Versailles. Identiques à celles du système d'armement An IX fourni à la ligne, elles s'en démarquent par une finition et une qualité supérieures : ainsi, le fusil de la Garde se distingue de celui de la ligne par l'utilisation du laiton plutôt que du fer pour les grenadières, le pontet et la plaque de couche (extrémité de la crosse calée dans l'épaule avant le tir).
Ce corps bénéficie d'autres « privilèges logistiques » jusqu'en 1815 : ainsi dispose-elle de son propre chef tailleur, les régiments comptant dans leur état-major un maître-tailleur et un maître-cordonnier. En campagne, la Garde dispose des meilleurs logements et le ravitaillement lui est fourni en priorité. La remonte de sa cavalerie fait l'objet d'une attention particulière.
Gardes d'honneur.. Les soldats des quatre régiments constituant ce corps de cavalerie légère devant - en théorie - s'équiper à leurs frais se pourvoyaient en uniformes et effets militaires auprès des artisans et de la petite industrie des départements où les unités étaient levées et devaient en principe acquérir également leur monture sur leurs propres deniers.
Début 1813, après le désastre de la campagne de Russie, Napoléon doit enrôler de nouvelles troupes pour affronter la Sixième Coalition. L'Empereur procède ainsi, par le biais d'un Sénatus-consulte promulgué dès le 11 janvier 1813, à la mobilisation d'un contingent de 350 000 hommes. Un nouveau sénatus-consulte de mobilisation est promulgué le 3 avril et c'est à l'occasion de cette nouvelle levée qu'est créé le corps des gardes d'honneur, fort de quatre régiments rattachés à la Garde impériale. « Ses effectifs devaient être constitués par les fils des familles les plus considérées des 130 départements de l'Empire », s'habillant, se montant et s'équipant à leurs frais. Ce recrutement « élitiste » connaîtra de nombreuses entorses, « les défaites n’inclinant guère à la vocation militaire la jeunesse fortunée, qui se fit remplacer par des jeunes gens sans fortune, se bornant à fournir l’argent de l’équipement ». « Nécessité faisant loi », des fils de familles modestes et impécunieuses s'enrôleront dès lors dans les rangs de cette nouvelle phalange. En Haute-Garonne, un registre d'engagement est ouvert dès le 20 avril et la levée « s’effectue rapidement et dans de bonnes conditions, puisque le 11 août 1813, l’ensemble du maximum des gardes d’honneur du département est atteint, voire dépassé, puisque 88 jeunes gens sont couchés sur la liste que le préfet fait parvenir au ministre de la guerre ». Toutefois « il semble que, comme dans l’Ain, la levée concerne plus des jeunes gens originaires de milieu modeste et non pas les fils de la bourgeoisie et de la noblesse comme l’avait souhaité Napoléon ; en effet, sur 88 gardes de Haute-Garonne, 41 n’ont pas payé leur équipement et l’ont reçu de la préfecture ». D'autre part « ce sont 38 Gardes qui payent leur cheval et 50 qui le reçoivent du préfet et qui payent leur harnachement, le recevant du préfet, les fonds destinés à ces fournitures pour les Gardes qui ne peuvent les financer étant prélevés, au sein d’un fond commun, sur les personnes les plus riches du département ». Pour ce qui concerne la logistique de cette unité, après une vaine prospection du marché local toulousain pour la confection des uniformes, « c’est un tailleur de Tours qui obtient le marché de la fabrication des tenues des Gardes, le drap faisant défaut en Haute-Garonne », deux fabricants toulousains décrochant les fournitures d'équipements et de harnachement des montures. « Le 11 mai 1813, l’entrepreneur de Tours, fait parvenir un devis et des échantillons au préfet de Haute-Garonne : il s’engage à fabriquer le dolman, la pelisse, la hongroise, le gilet, le manteau, le bonnet de police et la ceinture écharpe, avec du drap écarlate et vert foncé, fin et de bonne qualité à 31 francs le mètre ». De leur côté, « les deux fabricants Toulousains s’engagent [...] le 25 mai 1813, à fournir, pour le premier, 60 effets d’équipement entre le 15 et 20 juin, et pour le second, dans la douzaine suivante, les harnachements».

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C-J de Beauvau
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau »

Tout ceci est la retranscription partielle d'un article documenté "libre" de WP à retrouver ici :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aspects ... A9oniennes

:salut:

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