Le plus grand capitaine de tous les temps

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Cyril Drouet
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Le plus grand capitaine de tous les temps

Message par Cyril Drouet »

a écrit : A la suite de cette citation, elle fait le commentaire suivant :
Ainsi, pour Rémusat, c'est bien la gloire militaire qui est la clef de l'acceptation du passage à l'Empire. Austerlitz autorise la monarchie impériale bien mieux que le plébiscite sur la constitution de l'an XII.
Ce n'est pas sans faire penser aux Mémoires de Molé :
« Je me dois à ma gloire. Si je la sacrifie, je ne suis plus rien. C'est d'elle que je tiens tous mes droits. Je n'irai pas de moi-même y faire une tache. La postérité me jugera, et cette nation si lasse de la guerre, si avide de la paix, si je la lui procurais, cette paix, à des conditions dont j'eusse personnellement à rougir, me retirerait bientôt toute sa confiance ; vous verriez le prestige qui m'environne se détruire, tout ascendant m'échapper, et les Français qui m'ont tant admiré, peut-être tant craint, se moquer de moi plus qu'ils ne l'ont fait d'aucun de leurs gouvernements. Je tiens la couronne de la nation et de mon épée ; je la porte sur ma tête, mais je suis et je serai toujours prêt à la rendre plutôt que de la laisser avilir. »[/justify]

Peyrusse

Jugements sur Napoléon par G. Peyrusse (Trésorier général de la Couronne)

Message par Peyrusse »

« Napoléon fut appelé grand. Je l’appelle avec conviction un homme extraordinaire. Après le feu le plus meurtrier, la canonnade la plus vive et la plus soutenue toute la journée, les chances variées de la bataille dans les journées d’Essling, de Wagram, dans les désastres inouïs de la retraite de Russie, dans les journées cruelles de Bautzen, dans le combat sous Dresde, devant Leipzick [Leipzig], lors de la rupture des ponts sur l’Ester [Elster], et à Esling [Essling], j’ai vu S.M. rentrer le soir dans son quartier calme, froid, impassible. Nous avions été dans ces journées ahuris sous l’alternative cruelle des feux de mousqueterie s’éloignant et se rapprochant : le calme renaissait dans nos esprits en voyant S.M. traverser le salon et donner ses ordres avec une liberté d’esprit, une sérénité de visage qui nous rassurait.

J’admirais en lui l’homme qui a tout dû à lui-même, qui a remporté tant de victoires, subjugué tant d’états, conquis le pouvoir le plus absolu sur une grande nation, qui a semé des couronnes et qui a sans contredit le plus marqué dans son siècle. Son nom fut une puissance. Les maux que soixante victoires ont laissés dans les familles européennes sont oubliés. C’est à la postérité à le juger et aux siècles futurs à admirer cet homme extraordinaire et à se rappeler que le gouvernement anglais a eu pour lui pendant le temps de sa détention à Sainte-Hélène un luxe d’inhumanité. S.M. avait été invincible jusqu’en 1812.

Tant de prospérités ne pouvaient durer. La nature se chargea du soin de venger tous ses ennemis… : en une nuit de glace tout changea. Le monde s’ébranla. Des nuées d’ennemis nous entourèrent. L’Europe conservera un souvenir éternel de nos désastres et de nos victoires. »

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Bernard
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Re: Le plus grand capitaine de tous les temps

Message par Bernard »

Merci Peyrusse, très belle citation ! L'analyse, une fois expurgée des emphases de l'époque, est très juste.

Peyrusse

Selon Fantin des Odoards.

Message par Peyrusse »

Merci Bernard. :)
------------
"Strasbourg, 12 juillet 1821.

Le grand Proscrit vient donc de succomber, sur le roc de Sainte-Hélène, à ses tortures physiques et morales, à ses tortures physiques et morales ! Combien cette nouvelle a dû réjouir cet infâme gouvernement anglais qui, par l’entremise de méprisable Hudson Lowe, comptait journellement les pulsations du cœur du héros captif pour jouir de sa longue agonie, pour calculer la fin probable de son existence ! Comme ils sont aujourd’hui gais et rassurés ces myrmidons couronnés dont le front porte encore l’empreinte des pieds de leur vainqueur ! Ce n’est que de ce moment qu’ils se tiennent pour bien assis sur leur trône, car bien qu’enchaîné au milieu de l’Océan, le Géant, qui si longtemps les fit trembler, était encore pour eux un épouvantail, un cauchemar permanent. Ils tremblaient chaque jour d’apprendre qu’échappé de sa prison lointaine ; il allait de nouveau apparaître dans cette France, terre des braves, dans cette Europe qui naguère était à ses ordres. Il est mort, l’arbitres de tant de destinées, et mort dans les fers ! Rien n’a donc manqué à sa destinée, rien, pas même l’adversité. Oh ! Que napoléon sera grand alors que, les haines, les rancunes et les préventions venant à s’éteindre, la postérité ne verra plus en lui que le plus étonnant génie des temps modernes.

Aujourd’hui l’homme de la France, il sera sans doute un jour celui du monde civilisé, car sa gloire appartient à toute la race humaine ; elle doit être cosmopolite. Le XIXème siècle sera dans l’ère de tous les peuples le siècle de Napoléon.

La fin de l’Empereur, que les feuilles publiques viennent de nous révéler, a été un coup de foudre pour tous ceux qui, comme moi, avaient dans leur fanatisme, fait un demi-dieu du héros qui a porté si loin et si haut la gloire du nom français. Il nous semblait que Napoléon était au-dessus de l’humanité, qu’il ne pouvait pas mourir, que son corps devait être impérissable comme son nom ; et il est mort ! Voilà le roi des rois couché dans un cercueil !

Ses yeux ne lanceront plus d’éclairs ; sa présence et sa voix ,n’électriseront plus des armées ; un mouvement des sourcils du moderne Jupiter n’ébranlera plus le monde."

Le « Journal » du général Fantin des Odoards avait été édité à l’origine en 1895, chez Plon.

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Cyril Drouet
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Re: Le plus grand capitaine de tous les temps

Message par Cyril Drouet »

Peyrusse a écrit :
14 nov. 2017, 18:28
Aujourd’hui l’homme de la France, il sera sans doute un jour celui du monde civilisé, car sa gloire appartient à toute la race humaine ; elle doit être cosmopolite.
Ceci n'est pas sans rappeler les envolées de la Société internationale napoléonienne :
« Napoléon, débarrassé de toute légende et vu sous l'angle de la stricte vérité, est le seul homme capable, en ce début de millénaire, de devenir un symbole universel. La mise en lumière de ses exploits, de son grand bon sens, de son effarante énergie entièrement consacrée à l'amélioration des conditions de vie des populations de toutes races et religions, de son charisme, de son esprit de tolérance et de sa volonté permanente de paix, sera pour les chefs d'État un modèle à suivre et, pour les peuples du monde entier, un puissant facteur d'amitié, d'enthousiasme et d'union. »

On ne le dira jamais assez : l'abus d'alcool (même la Mandarine Napoléon) est dangereux pour la santé... :lol:

Peyrusse

Il y a une petite différence...

Message par Peyrusse »

C'est le fait que Guillaume Peyrusse a côtoyé Napoléon. Son avis, avec une certaine emphase soulignée à juste titre par Bernard, est donc celui d'un contemporain de l'Empereur, contrairement aux avis émis postérieurement.

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Cyril Drouet
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Re: Il y a une petite différence...

Message par Cyril Drouet »

Peyrusse a écrit :
14 nov. 2017, 18:52
contrairement aux avis émis postérieurement.
Ce qui les rend d'autant plus ridicules pour ne pas dire plus...

Peyrusse

Selon le général Pelet...

Message par Peyrusse »

« Compagnon et historien des exploits du grand homme, j’ai défendu sa mémoire avec persévérance dans les années d’oppression. Aujourd’hui que la France a reconquis la liberté et son indépendance, je manquerais à moi-même, je manquerais à tant de guerriers morts au champ d’honneur, si je n’élevais ma voix en faveur de notre chef immortel. C’est bien le moins que la Patrie offre un tombeau à celui qui l’a couverte de tant de bienfaits et comblée de tant de gloire.

Le Roi que le peuple français a élevé sur le trône acquerra de nouveaux droits à sa reconnaissance, en réclamant les restes du grand homme pour lequel il a si souvent fait éclater son admiration. Je vous ai parlé, Messieurs, des bienfaits de l’Empereur. L’univers connaît ceux dont il a comblé la France et une partie de l’Europe, et cependant, Messieurs, l’histoire du grand homme n’est pas connue et comment aurait-elle pu l’être puisqu’il a succombé deux fois dans la lutte pour laquelle ses ennemis avaient soulevé l’Europe entière, pour laquelle tous les peuples armées par leurs oppresseurs, au nom de la Liberté avaient été dirigés contre celui sui avait été le véritable détenteur de leurs droits.

On ne sait pas, Messieurs, que toutes les guerres de Napoléon furent éminemment défensives et qu’elles eurent pour but immédiat de défendre contre la Sainte-Alliance, le trône national consacré par 4 millions de votes. Souvent l’Empereur a dit : « lorsque la Nation a élevé à la souveraineté un de ses citoyens, elle a pris l’engagement de le défendre contre la coalition des souverains qui se prétendent établis par le droit divin.

Il ne sera pas difficile de prouver que Napoléon, toujours provoqué, toujours attaqué par les puissances étrangères, a toujours accordé la paix, lorsqu’elle lui a été demandée, et avec des conditions constamment modérées, que sans cesse, il a été réattaqué par des ennemis toujours vaincus et s’armant contre lui des bienfaits qu’ils avaient obtenus jusqu’au moment où vaincu par la fortune, par les éléments et par les hommes, il a vainement réclamé la paix qu’il avait si souvent accordée.

Ce n‘est pas ici le cas, messieurs, de dérouler cette longue suite de traités si souvent outragés : qu’il me suffise de dire seulement qu’il n’est pas une des grandes puissances qui ne les ait plusieurs fois mendiés et autant de fois violés, vous serez peut-être étonnés, Messieurs ; mais il est éminemment vrai pour moi que si le triomphateur n’eut pas trop sacrifié au désir d’assurer la paix de la France et de l’Europe ; s’il avait déployé contre ses ennemis un peu de cette violence qu’ils n’ont cessé de manifester contre lui, il aurait bientôt établi en Europe un ordre de choses plus conforme aux besoins du siècle et aux progrès de la civilisation. Et pourtant, Messieurs, quelqu’immenses qu’aient été les bienfaits du grand homme, quelque reconnaissance qu’ils doivent exister parmi nous, je me reprocherais d’attirer trop longtemps votre attention sur les détails de son histoire, si elle n’était pas en même temps celle du peuple français. Ce n’est pas au conquérant, ce n’est pas à l’heureux soldat que la Coalition faisait la guerre, c’est au créateur de nos codes immortels, c’est à l’organisateur de notre administration nationale, c’est au représentant et à l’héritier de la Révolution française qu’ils avaient déclaré une guerre à mort. C’est la France entière qu’ils attaquaient et qu’ils voulaient réduire sous le joug de l’ancienne dynastie.

Aujourd’hui, Messieurs, nous sommes dans la même position depuis le traité de Plinitz, la Sainte-alliance n’a pas cessé d’exister, la Révolution de Juillet l’a de nouveau armée contre nous. Qu’on ne parle pas de démonstrations amicales de tous mes souverains. Il n’en est aucun qui n’ai plusieurs fois trahi les traités de l’Empire. Nous sommes autorisés à ne plus croire à leur bonne fois et à ne nous confier que dans le développement de nos forces nationales.

Que les restes de Napoléon soient rapportés au milieu de nous. C’est au nom de 4 millions de citoyens qui ont voté pour élever Napoléon à l’Empire que je viens réclamer un tombeau pour lui. »

----------------
Discours du Général PELET-CLOZEAU, député de Toulouse, directeur du Dépôt de la Guerre, à la Chambre des Députés, 1831.

Reproduit dans la «Revue de l’Institut Napoléon », n°8, 4ème trimestre 1939, pp.245-247.

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Cyril Drouet
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Re: Le plus grand capitaine de tous les temps

Message par Cyril Drouet »

Peyrusse a écrit :
14 nov. 2017, 19:01
C’est au nom de 4 millions de citoyens qui ont voté pour élever Napoléon à l’Empire
Ils étaient bigrement nombreux au Sénat... :roll:

Peyrusse

Autre appréciation de G. PEYRUSSE...

Message par Peyrusse »

Mes réflexions en apprenant la mort de Sa Majesté.
-------------------------

"Paris, 20 mars [sans année] .

Napoléon fut appelé grand… A peine âgé de vingt-sept ans, pareil à un torrent, il précipita sa course impétueuse du haut des Alpes dans les belles plaines d’Italie. Ces champs, illustrés par les victoires d’Annibal et de Marius, reçurent un nouvel éclat de ses trophées.

Empereur des Français, il subjugua le monde. Les rois de la Terre l’entouraient tous et formaient un cortège brillant qui annonçait sa présence. Ses armées assiégeaient Cadix. Quelque temps après, la victoire les conduisait jusque sous les murs de Moscou. Tant de prospérités ne pouvaient durer. Invincible jusque-là, la nature se chargea du soin de venger ses ennemis. Les glaces de l’hiver lui enlevèrent la plus belle armée qu’on eût vue sous le soleil. En une nuit tout changea.

L’étoile de l’Empereur, qui jusqu’alors avait jeté de si vifs rayons, commença à pâlir. Le monde s’ébranla ; des nuées de barbares l’entourèrent. Semblable à un gladiateur, qui, au milieu de l’arène couvert de blessures, porte des coups à tous ses rivaux et les menace encore avant de tomber, l’Empereur les anéantit partout où il put les atteindre.

L’Europe conservera un souvenir éternel de ses désastres et de ses victoires. Mais enfin l’Empereur était homme : il fallut céder à la fortune…

Retiré dans son palais de Fontainebleau, conservant pour tout bien son grand nom, abandonné de tous, il sut encore se faire craindre et respecté.

Il signa son abdication à Fontainebleau. Qui n’admirerait pas les desseins admirables de la Providence sur la destinée des hommes, quand on songe, que dans ce même palais dans cette même salle où l’Empereur signa son abdication, S.M. avait voulu forcer le pape Pie VII à renoncer à son trône. Pouvait-il prévoir que vaincu, abandonné de tous, il abdiquerait sa puissance et verrait le papa entrer dans Rome, rétabli par les Russes et les Anglais qui brûlaient naguères le pape en effigie ?

C’est dans la cour de ce palais que l’Empereur se vit dans cette première période entouré de ses vieux soldats.

Qui pourrait peindre la douleur qui oppressait dans ce moment l’âme de l’Empereur à la vue de ces hommes intrépides qui, dans cent batailles, avaient contemplé de si près la mort sans rien craindre, versant des larmes à son départ, l’entourant de leurs armes, courbant, leur drapeau sur sa tête !

L’Empereur s’arracha de leurs bras… Il partit !

Un an s’était à peine écoulé. L’Empereur revint. Tout se souleva sur son passage. Le monde s’ébranla encore une fois pour le vaincre. La France épuisée par tant de guerres ne put résister à tant d’ennemis. Nouveau Thémistocle, Napoléon allait s’asseoir au foyer du peuple britannique, mais ce peuple égoïste le relégua sur un rocher désert au milieu de l’Océan.

Cinq ans après l’Empereur n’existait plus. Quelques pieds de terre recouvraient celui à qui le monde n’avait pu suffire ! "



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