ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

O.Godeille

Message par O.Godeille » 10 juin 2008, 16:23

Bonjour,

je dirais colbertiste : politique de grands travaux et de commandes d'Etat + protectionnisme douanier pour "cumuler" le numéraire au lieu de le faire circuler.

Cordialement, :salut:

Olivier

yannick06

Message par yannick06 » 10 juin 2008, 19:12

Merci O.Godeille pour ce débat passionnant. J'admets être très critique sur le modèle économique soutenu par l'Empereur. N'oublions pas qu'il a redressé les finances publiques après un Directoire gourmand, etc...

D'une certaine manière il est l'inventeur du New Deal de Roosvelt...

Rassurez-vous j'ai une profonde admiration pour Napoléon mais je reconnais que l'économie fut son point faible :)

Bien à vous,

Yannick Augrandenis

O.Godeille

Message par O.Godeille » 10 juin 2008, 19:28

Sur ce point nous sommes d'accord.

Merci à vous.

Olivier. :salut:

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen » 10 juin 2008, 19:48

pourquoi dite vous que napoleon est un monetariste et en quoi consiste ce courant ? et qui en est le fondateur ?

si je puis me permettre .

O.Godeille

Message par O.Godeille » 11 juin 2008, 03:20

Bonsoir cher duc,

j'écris décidément trop vite : veuillez remplacer monétariste par mercantiliste. :Ane:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercantilisme

Les points essentiels sont que Napoléon croyait en la nécessité d'une monnaie stable, de comptes équilibrés, dans le rôle d'une politique de grands travaux, et (malheureusement) dans le protectionnisme douanier.

Au point qu'il crut capter la richesse de l'Angleterre en 1810 en lui vendant du blé en pleine disette.

Salutation, :salut:

Olivier

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen » 11 juin 2008, 09:02

merci pour ces informations ,mais pourquoi dite vous qu' exporter du blé en angleterre fut une erreur ?

O.Godeille

Message par O.Godeille » 11 juin 2008, 13:45

Les mauvaises récoltes de 1810-1811 touchèrent gravement la France, mais encore plus l'Angleterre : dans ce pays, la grande aristocratie foncière, sans concurrence étrangère du fait du blocus continental, imposait des rentes très élevées aux fermiers potentiels

http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres ... Ligue.html

En conséquence le coût du blé absorbait la plus grande partie des revenus des classes pauvres, ce qui privait l'industrie anglaise de débouchés; les fermetures de fabriques s'ajoutaient à l'exode rural et à l'érosion de l'artisantat par la mécanisation, pour augmenter la misère en ville.
En 1811 commencèrent les émeutes "luddites", avec bris de machines; le marasme économique s'étendait, et le gouvernement n'avait pas encore de victoire majeure à présenter pour détourner l'attention : Wellington n'atteint cette année que les frontières du Portugal. Pendant ce temps, l'Empire français ne cesse de s'étendre.

C'est dans ce contexte que Napoléon autorise d'importantes ventes de blé à l'Angleterre : il croit saper son crédit en lui soutirant une partie de son or. Dans les faits, il contribue à soulager la pression sur le prix du blé, donc à nourrir la population anglaise, à relancer la demande interieur et l'industrie en attendant l'ouverture de l'Amérique du Sud en pleine révolution.

Tandis que l'Europe continental s'enfoncera dans la crise du coton
http://fr.wikipedia.org/wiki/1811

Un blocus strict n'aurait peut-être pas suffit à déstabiliser l'Angleterre, mais ce choix d'exporter, alors que la France même souffrait de la disette, illustre bien l'erreur de perspective du mercantilisme, en plus d'être contradictoire avec le principe même du Blocus Continental.

Cordialement, :salut:

Olivier

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen » 11 juin 2008, 13:51

ah ,merci tres instructif ,je ne manquerais pas de visiter vos liens.

:fleur3:

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Cyril Drouet
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ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 14:17

C-J de Beauvau a écrit :
05 nov. 2017, 12:53
Hier j'ai par obligation été en Italie pour acheter du beurre !!! :shock:

Il n'y a plus que des pâtes à tartiner dans les petits, supers, hypers, etc...... de ma région de Nice ! Pas de fermiers aux alentours ! :cry:
qu'aurait fait l’Empereur Napoléon ? fusiller quelques décideurs? une concertation ? Ou bien des dissertations sur le commerce comme de nos jours ? :twisted:

Décret du 4 mai 1812 :
« Nous étant fait rendre compte de l'état des subsistances dans toute l'étendue de notre empire, nous avons reconnu que les grains existants formaient une masse non-seulement égale, mais supérieure à tous les besoins.
Toutefois cette proportion générale entre les ressources et la consommation ne s'établit dans chaque département de l'empire qu'au moyen de la circulation. Et cette circulation devient moins rapide, lorsque la précaution fait faire aux consommateurs des achats anticipés et surabondants, lorsque le cultivateur porte plus lentement aux marchés, lorsque le commerçant diffère de vendre, et que le capitaliste emploie ses fonds en achats qu'il emmagasine pour garder, et provoquer ainsi le renchérissement.
Ces calculs de l'intérêt personnel, légitimes lorsqu'ils ne compromettent point la subsistance du peuple, et ne donnent point aux grains une valeur supérieure à la valeur réelle, résultat de la situation de la récolte dans tout l'empire, doivent être défendus lorsqu'ils donnent aux grains une valeur factice et hors de proportion avec le prix auquel la denrée peut s'élever d'après sa valeur effective, réunie au prix du transport et au légitime bénéfice du commerce.
A quoi voulant pourvoir par des mesures propres à assurer à la circulation toute son activité, et aux départements qui éprouvent des besoins, la sécurité;
Sur le rapport de notre ministre des manufactures et du commerce,
Notre Conseil-d'Etat entendu,
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

Section 1ère. De la circulation des grains et farines.
Art. 1er. La libre circulation des grains et farines sera protégée dans tous les départements de notre empire. Mandons à toutes les autorités civiles et militaires d'y tenir la main, et à tous les officiers de police et de justice de réprimer toutes oppositions, de les constater, et d'en poursuivre ou faire poursuivre les auteurs devant nos cours et tribunaux.
Art. 2. Tout individu, commerçant, commissionnaire ou autre qui fera des achats de grains et farines au marché pour en approvisionner les départements qui auraient des besoins, sera tenu de le faire publiquement, et après en avoir fait la déclaration au préfet ou au sous-préfet.

Section 2. De l'approvisionnement des marchés.
Art. 3. Il est défendu à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de faire aucun achat ou approvisionnement de grains ou farines pour les garder et les emmagasiner et en faire un objet de spéculation.
Art. 4. En conséquence, tous individus ayant en magasin des grains et farines seront tenus :
1° de déclarer aux préfets ou sous-préfets les quantités par eux possédées, et les lieux où elles sont déposées;
2° de conduire dans les halles et marchés qui leur seront indiqués par lesdits préfets ou sous-préfets, les quantités nécessaires pour les tenir suffisamment approvisionnés.
Art. 5. Tout fermier, cultivateur ou propriétaire ayant des grains, sera tenu de faire les mêmes déclarations, et de se soumettre également à assurer l'approvisionnement des marchés, lorsqu'il en sera requis.
Art. 6. Les fermiers qui ont stipulé leur prix de ferme payable en nature pourront en faire les déclarations et justifications par la représentation de leurs baux. En ce cas, sur la quantité qu'ils seront tenus de porter aux marchés pour les approvisionnements, une quote-part proportionnelle, sera pour le compte des bailleurs; et le fermier leur en tiendra compte en argent, sur le pied du marché où il aura vendu, et d'après la mercuriale.
Art. 7. Les propriétaires qui reçoivent des prestations ou prix de fermes en grains pourront obliger leurs fermiers habitants les mêmes communes, de conduire ces grains au marché, moyennant une juste indemnité, s'ils n'y sont tenus par leurs baux.

Section 3. De la police des marchés.
Art. 8. Tous les grains et farines seront portés aux marchés qui sont ou seront établis à cet effet. Il est défendu d'en vendre ou acheter ailleurs que dans lesdits marchés.
Art. 9. Les habitants et boulangers pourront seuls acheter des grains pendant la première heure, pour leur consommation. Les commissionnaires et commerçants qui se présenteraient au marché, après s'être conformés aux dispositions de l'article 2 du présent décret, ne pourront acheter qu'après la première heure.
Art. 10. Nos ministres sont chargés de l'exécution du présent décret. »


Ce décret fut suivi d’un autre quatre jours plus tard :
« Par notre décret du 4 de ce mois nous avons assuré la libre circulation des grains dans tout notre empire, encouragé le commerce d'approvisionnement, pris des mesures pour que les achats qu'il fait, les transports qu'il effectue, soient à la fois connus et protégés par l'autorité publique.
En même temps nous avons défendu à tous nos sujets de se livrer à des spéculations dont les avantages ne s'obtiennent et ne se réalisent qu'en retirant pendant un temps les denrées de la circulation, pour en opérer le surhaussement, et les revendre avec de plus gros bénéfices.
Enfin nous avons fixé les règles du commerce, prévenu sa clandestinité, établi la police des marchés, de manière que tous les grains y soient apportés et vendus; pourvu aux besoins des habitants de chaque contrée, en leur réservant la première heure à l'ouverture des marchés pour effectuer leurs approvisionnements.
Mais ces mesures salutaires ne suffisent pas cependant pour remplir l'objet principal que nous avons en vue, qui est d'empêcher un surhaussement tel, que le prix des subsistances ne serait plus à la portée de toutes les classes de citoyens.
Nous avons d'autant plus de motifs de prévenir cet enchérissement, qu'il ne serait pas l'effet de la rareté effective des grains, mais le résultat d'une prévoyance exagérée, de craintes mal entendues, de vues d'intérêt personnel, des spéculations de la cupidité qui donneraient aux denrées une valeur imaginaire, et produiraient par une disette factice les maux d'une disette réelle.
Nous avons donc résolu de prendre des moyens efficaces pour faire cesser en même temps les effets de tous les calculs de l'avidité et les précautions de la crainte.
Nous avons été secondés dans ces intentions par les propriétaires, fermiers et marchands de six départements centraux de l'empire, qui se sont engagés à en approvisionner les marchés au prix de trente-trois francs l'hectolitre.
En prenant ce prix pour régulateur de celui des grains dans tout l'empire, il sera porté aussi haut qu'il ait été dans les années les moins abondantes, notamment en l'an 10; et cependant, à ces époques diverses, on avait à pourvoir par des achats journaliers aux besoins de la capitale, dont l'approvisionnement est aujourd'hui entièrement assuré jusqu'après la récolte.
Nous attendons de ces nouvelles mesures des effets salutaires; nous comptons que les propriétaires, fermiers et commerçants y concourront avec empressement, et que les administrateurs y apporteront le zèle, l'activité, la prudence et la fermeté nécessaires à leur exécution.
En conséquence, sur le rapport de notre ministre du commerce,
Notre Conseil-d'Etat entendu,
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1er. Les blés, dans les marchés des départements de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Aisne, Oise, Eure-et-Loir, ne pourront être vendus à un prix excédant trente-trois francs l'hectolitre.
Art. 2. Dans les départements où les blés récoltés et existants suffisent aux besoins, les préfets tiendront la main à ce qu'ils ne puissent être vendus au-dessus de trente-trois francs.
Art. 3. Dans les départements qui s'approvisionnent hors de leur territoire, les préfets feront la fixation du prix des blés, conformément aux instructions du ministre du commerce, et en prenant en considération les prix de transport et les légitimes bénéfices du commerce.
Art. 4. Cette fixation sera faite et publiée par les préfets, conformément aux articles 2 et 3, dans les trois jours de la réception du présent décret; elle sera obligatoire jusqu'à la récolte seulement.
Art. 5. Les dispositions des articles précédents ne seront pas applicables aux départements où le prix du blé ne sera pas au-dessus de trente-trois francs l'hectolitre.
Art. 6. Nos ministres sont chargés de l'exécution du présent décret, lequel ne pourra se prolonger au-delà de quatre mois, à compter de sa publication. »


Suite à ces décrets qui finalement ne furent pas efficaces, Napoléon quittait Saint-Cloud le lendemain ; il ne devait revenir qu’au mois de décembre.

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L'âne
 
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par L'âne » 07 nov. 2017, 14:32

Pierre BRANDA "Joséphine - Le paradoxe du cygne" :
"Ainsi, pour faire face à la crise économique de 1810, il [Napoléon] fit commander aux soieries de Lyon plus de 80 kilomètres de tapisseries pour remeubler Versailles - ils ne furent pas utilisés, si bien que les administrations françaises en furent dotées jusque dans les années 1950."

La nouvelle Société philanthropique (novembre 1802) crée cinq dispensaires et surtout assure des distributions de soupe.
Catherine DUPRAT "Le temps des philanthropes" :
"La crise de 1812 entraînant une explosion de cet effort avec 4,342 millions de portions distribuées en une année."
Aurea mediocritas

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