Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

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Modérateur : Général Colbert

solvent

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par solvent »

Duc d’Auerstaedt a écrit :Dominique T. expliquer moi s'il vous plaît en quoi Murat était un mauvais général? Il me semble que, justement un général se doit d'être un bon meneur d'hommes. Justement, à Iéna, n'a t-il pas capturer la moitié des force adverse? À Eylau, n'a t-il pas forcé l'ennemi a la retraite? S'il vous plaît éclairez moi sur ce point, pourquoi n'aurait-il pas dû être nommé maréchal? De toute façon, il a du délaisser ce post en acceptant la couronne de Naples. Merci d'avance de vos réponses. :) :salut:
Un bon général est doté avant tout de la capacité à utiliser rationnellement et à propos les forces qui sont sous sa direction. Il doit être capable de faire combiner et manœuvrer ses troupes pour être le plus efficace.
A un niveau supérieur, il sait évaluer les intentions de l'ennemi et le vaincre par ses combinaisons, localement (comme le "lieutenant" d'un général en chef) ou globalement (comme un général en chef).
Étant donné que les maréchaux ont été souvent placés à la tête des corps d'armée, on pouvait attendre d'eux toutes les qualités énumérées ci-dessus. Si certains maréchaux ont manqué, comme Murat, de sens tactique ou stratégique, la faute en revient naturellement à Napoléon, qui leur a confié des responsabilités dépassant leurs capacités.
Pour finir, le courage est une qualité importante, mais elle est peut-être la moins essentielle quand on est en vue de l'ennemi et séparé du reste de l'armée. La bataille, les opérations ne se limitent pas à une charge de cavalerie, aussi impétueuse soit-elle. Le courage est d'ailleurs à la portée d'un militaire, indépendamment de son grade : prenez un hussard tête brûlée, placez-le à la tête de la cavalerie, et il vous fera de belles charges, autant que vous voulez, car, courageux, il saura être meneur d'hommes. Mais confiez-lui un commandement qui requiert réflexion et circonspection et ça va nettement moins rigoler. Pourquoi ? Parce que la guerre est un art qui réclame de savantes combinaisons.

Personne ici ne niera que Murat avait des qualités militaires. Mais personne ne se risquera non plus à voir en lui un Suchet ou un Davout.
Duc d’Auerstaedt

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par Duc d’Auerstaedt »

Je suis tout a fait d'accord avec vous Solvent sur le fait que Murat n'était pas un Davout, cependant lors de la campagne de Prusse, n'a t-il pas obtenue capitulation de l'ennemi qui lui livre 64 pièces d'artillerie, 45 drapeaux, 6 régiments de cavalerie, 1 600 hommes d'infanterie et le prince de Hohenlohe qui les commande ? Selon moi, seul un bon général aurait pu faire cela, non?
Bessières

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par Bessières »

Dominique T. a écrit :L'affaire d'Hollabrunn était la réponse du berger Kutusov à la bergère Murat après sa ruse très ingénieuse -vous voyez que je peux dire du bien de Murat !- du pont de Vienne, quelques semaines plus tôt.
Cela rend la bêtise de Hollabrunn encore plus remarquable. :)

Sur l’habilité de commandement (indépendent) de Murat on pourra citer quelques faits.

La journée de Heilsberg qui fait dire à Savary.
"Il aurait mieux valu qu'il (Murat) eu moins de courage mais plus de sens commun"

Au passage de l’Osma en Russie le récit de Segur.

Murat fit sonder le ravin : on trouva un gué. Ce fut par ce défilé étroit et incertain qu’il osa marcher contre les Russes, s’aventurer entre la rivière et leur positions, s’otant ainsi toute retraite, et faisant d’une escarmouche une affaire désespérée. En effet, les ennemis descendirent en force de leur hauteur, le poussèrent, le culbutèrent jusque sur le bords du ravin et faillirent l’y précipiter. Mais Murat s’obstina dans sa faute, l’outra, et en fit un succès. Le quatrième de lanciers enleva la position, et les Russes s’allèrent coucher non loin de là, contents de nous avoir fait acheter chèrement un quart de lieu de terrain,qu’ils nous auraient abandonné gratuitement pendant la nuit.

Davout à ce propos

Son ardeur irréfléchie compromettait sans cesse ses troupes, et prodiguait inutilement leur vie, leur forces et leur munitions.
(Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l’année 1812 livre VII chap. II)

A noter, pour ce qui concerne le mépris, que jusqu’à la campagne de Russie l’Empereur a souvent soutenu son beau-frère, notamment dans la querelle avec Davout. Le mépris est sorti surtout dans les écrits hélèniens, où il traite Murat de lâche et imbécile.
Sauf dire sur Waterloo : Si j’avais eu Murat, j’aurais gagné la bataille.
Mais, on sait, à Sainte Hélène c’est un esprit aigri et troublé qui parle.
:salut:
Henri André

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par Henri André »

:salut:
Bessières a écrit :
Dominique T. a écrit : Davout à ce propos

Son ardeur irréfléchie compromettait sans cesse ses troupes, et prodiguait inutilement leur vie, leur forces et leur munitions.
(Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l’année 1812 livre VII chap. II)
A ce sujet, Davout s'est vu ordonner de céder deux de ses divisions pour appuyer l'avant-garde de cavalerie de Murat durant une partie de la progression de la Grande Armée en Russie.
Outre le fait qu'il n'aimait pas Murat, se voir priver de ses meilleures troupes et les voir se faire "user" par son rival (d'une certaine manière) n'a pas dû renforcer sa sympathie pour le roi de Naples.
solvent

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par solvent »

Je n'ai rien à rajouter à ce que j'ai écrit précédemment. Murat était un bon meneur d'hommes, et habile tant qu'il était étroitement commandé. Mais laissez-lui l'initiative, et vous voyez qu'il n'est ni stratège ni tacticien. En conséquence, il n'avait pas l'habileté suffisante pour commander un corps d'armée.
Après, bon ou mauvais général, tout dépend de l'idée que vous vous faîtes de ce qu'un général doit être capable de faire. Un général de brigade, peut-être ; au-dessus, c'est non pour moi.
solvent

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par solvent »

Duc d’Auerstaedt a écrit :Mon chèr Henri André, je ne dis point que Napoléon ne croit pas en la qualité de son école mais bien du fait qu'un simple soldat qui n'ai point reçu d'éducation militaire soit tant aimé des troupes, ce qui, nous le savons tous aurait fort pu choquer Napoléon.
Et pourquoi donc ? Dans les armées impériales, seuls 25% des officiers sont issus des écoles militaires (Napoléon aurait voulu que ce chiffre corresponde aux officiers issus du rang, mais le besoin en hommes et en cadres fut ce qu'il fut), donc, Napoléon aurait méprisé pas mal de monde...
D'ailleurs, je ne comprends pas d'où vient votre obsession pour Murat, que vous présentez comme un homme issu du rang et aimé des troupes... Apprenez que parmi tous les maréchaux d'Empire, un seul est sorti d'une école militaire : Davout ! (Je ne crois pas me tromper, mais si c'est le cas je fais amende honorable)
Donc, loin d'être l'exception, Murat est semblable à ses confrères maréchaux, qui étaient d'ailleurs souvent aimés des troupes, eux aussi.
J'ajouterai que le maréchal Lannes, qui lui non plus n'est pas passé par une école militaire, qui était aussi aimé de la troupe et était bien meilleur tacticien que Murat, était le seul ami de l'Empereur. Ce genre de parcours ne "choquait" donc pas Napoléon. :)
J'aurais une autre question, croyiez vous que, possiblement, Napoléon ai donné la couronne de Naples pour simplement destitué Murat de ses fonctions dans l'armé française? Car il (Murat) a du abandonner ses droit de citoyen français pour se faire couronner. Merci d'avance :) :salut:
Non. Si Napoléon avait voulu le destituer de ses fonctions dans l'armée française, il l'aurait "oublié" comme il l'avait fait avec Jourdan, ou l'aurait disgracié comme il le fit avec Augereau avant la campagne de Russie. Or, il a continué à l'employer comme subordonné dans ses campagnes, ce qui prouve qu'il n'avait aucune volonté de s'en séparer.
Napoléon a placé Murat à Naples pour avoir quelqu'un de confiance à la tête de cet allié ; de plus, Murat faisait partie de sa famille du fait de son union avec Caroline Bonaparte.
Être rayé des cadres d'une armée lorsqu'on devient Roi d'un autre pays est tout à fait normal.
Modifié en dernier par solvent le 22 oct. 2011, 23:18, modifié 1 fois.
Duc d’Auerstaedt

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par Duc d’Auerstaedt »

Je n'ai aucune obséesson à l'égard de Murat mon chèr Solvent, je cherche seulement à comprendre d'où vient cette rivalité.Napoléon sait que des intrigues de Talleyrand et Fouché ont prévu de le remplacer par Murat au cas où il lui arriverait malheur. Au même moment, le roi de Naples s'oppose au mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche, petite-nièce de Marie-Antoinette mais surtout petite-fille de Marie-Caroline. Murat désire de plus en plus agir comme un roi indépendant et non pas comme un préfet. De plus, Naples souffre énormément du Blocus continental. Il se rapproche alors des Carbonari qui le courtisent pour unifier l'Italie. Cordialement :salut:
solvent

Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par solvent »

Ah, je vois d'où viennent vos interrogations : la page francophone de Wikipédia consacrée à Murat.
Je n'ai qu'un conseil à vous donner : ne vous-y fiez pas ; préférez la lecture d'un livre écrit par un spécialiste.
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Re: Maréchaux : Joachim MURAT, roi de Naples

Message par Joker »

"Sa vie, au fond, se résume à ces deux syllabes, qui n’étaient rien, et que depuis quinze ans l’Europe entière prononce toujours avec étonnement : Murat." (extrait du roman biographique de François Garde*).
Joachim Murat fut exécuté à Pizzo (en Calabre) le 13 octobre 1815.
👉 *À lire, "Roi par effraction", par François GARDE © Galimard 2019 : https://www.napoleon.org/magazine/livre ... ffraction/

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Joker »

On connaît le jugement particulièrement dur porté par Napoléon sur Murat, le 7 février 1816, alors qu’il vient d’apprendre la mort de son beau-frère : « Murat, sans vrai jugement, sans vues solides, sans caractère proportionné à ces circonstances a péri dans une tentative évidemment désespérée… Ainsi périt misérablement celui qui avait été une des causes si actives de nos malheurs ! ».
Napoléon faisait preuve d’ingratitude envers Murat.
Pourtant, en trois occasions au moins, Murat lui avait sauvé la mise.

A Paris, le 13 vendémiaire An VII
Tout commence le 13 vendémiaire, an IV (5 octobre 1795). Les sections modérées de Paris marchent sur la Convention. C’est que les conventionnels viennent de décréter que les deux tiers au moins des membres du corps législatif établi par la constitution, qui vient d’être rédigée, seraient pris par les conventionnels sortants. Ce moyen discutable de forcer la main des électeurs a été soumis à un référendum, en même temps que la nouvelle constitution, et n’a été approuvé qu’à une très faible majorité, ce qui laisse un doute sur la régularité du scrutin. En tous cas, les espoirs des royalistes sont déçus. Ils ne pourront emporter, comme tout le laissait prévoir, les élections, et rétablir la monarchie par une voie légale.
Reste l’insurrection.
Leur but : soulever les « beaux quartiers » de Paris contre l’Assemblée.
Le 12 vendémiaire, la section Le Peltier prend l’initiative. Les autres sections de la rive droite vont la suivre. Le général Jacques de Menou (1750-1810), chargé de défendre la Convention, fait preuve de mollesse. En face, les royalistes se donnent pour chef le général Louis Thévenet, dit Danican(1764-1848), qui a servi en Vendée. Il a l’avantage du nombre, car les insurgés mobilisent largement dans Paris alors que les défenseurs de la Convention se font rares : quelques troupes de ligne et des hommes de la Légion de police. Mais les conventionnels en ont vu d’autres. Dans la nuit du 12 au 13 vendémiaire, Menou est destitué. Paul Barras (1755-1829), le tombeur de Maximilien de Robespierre (1758-1794), est nommé général en chef de la force armée de Paris et de l’armée de l’Intérieur. Il s’adjoint plusieurs officiers, dont un jeune général, un certain Bonaparte, qui végète à Paris, n’ayant pas voulu servir en Vendée. Celui-ci a donné des gages de son républicanisme lors du siège de Toulon. En bon artilleur, il explique qu’avec quelques pièces bien disposées, il pourrait disperser l’émeute sans problème.
Malheureusement, la Convention manque de canons. Quelqu’un se souvient alors de l’existence d’une quarantaine de pièces d’artillerie installées au camp des Sablons. Il faut aller les chercher. Pour cela, des cavaliers sont nécessaires. Le conventionnel Jean-François Delmas (1751-1798) se rappelle, à son tour, qu’un chef d’escadron du 21ème chasseur avait fait preuve de bravoure dans la défense de la Convention lors de l’insurrection populaire de prairial.
Il est là et se nomme Joachim Murat (1767-1815).
Il prend le commandement d’un petit groupe de cavalerie et fonce dans la nuit. Arrivé vers 2 heures du matin aux Sablons, il se heurte à une colonne de la section Le Peltier qui a eu la même idée. Murat est à cheval, ses adversaires à pied ; il a l’avantage. Les royalistes refusent le combat. A six heures du matin, les canons sont aux Tuileries. Bonaparte n’a qu’à les mettre en place. Sans canons, qu’eût-il fait ? Or c’est de cette journée que date son ascension. En récompense, Barras lui donne le commandement de l’armée de l’Intérieur, puis celle de l’armée d’Italie. Bonaparte a désormais une dette envers Murat.
Murat devient l’aide de camp de Bonaparte le 29 février 1796 et le suit en Italie. Général de brigade en mai, il s’illustre à plusieurs reprises au cours de la campagne. Le voilà en Egypte en 1798. Il fait la décision à Aboukir, le 25 juillet 1799, grâce à une charge impétueuse, assurant à Bonaparte avant son retour en France, la victoire dont celui-ci avait besoin pour redorer son image.
Ingratitude du chef : Murat fut blessé par une balle qui lui traversa les deux joues alors qu’il ouvrait la bouche pour commander la charge, ce qui lui évita d’avoir la mâchoire fracturée. Bonaparte se serait contenté de remarquer : « C’est bien la première fois que Murat ouvre la bouche à bon escient. ». Murat fut quand même du voyage de retour avec Bonaparte.

A Saint-Cloud, le 19 brumaire, an VIII
On retrouve donc Murat dans l’entourage de Bonaparte, à Saint-Cloud, le 19 brumaire (10 novembre 1799). La première partie du coup d’Etat mis au point par Emmanuel Sieyès (1748-1836) s’était déroulée sans difficulté. Trois directeurs ayant remis leur démission, la veille, la France n’avait plus de pouvoir exécutif et la constitution ne pouvait plus fonctionner. Restait à convoquer les conseils le lendemain, hors de Paris, à Saint-Cloud, pour les convaincre de créer une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution dont Sieyès avait le plan tout fait. Bonaparte est chargé de leur sécurité.
Le 19 brumaire, Bonaparte paraît donc à Saint-Cloud, entouré de Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), François-Joseph Lefebvre (1755-1820), Victor Emmanuel Leclerc (1772-1802) et Murat. Pour respecter les formes légales - Sieyès y tient -, le général attend que le conseil des Anciens ait pris acte du vide de l’exécutif avant de se présenter devant les députés. Les explications qu’il propose concernant les évènements de la veille semblent confuses mais de nombreux députés sont acquis au complot.
Il n’en n’est pas de même au conseil des Cinq-Cents.
Or Bonaparte y pénètre – impatience ou ignorance ? – mais sans avoir été convoqué. Il est aussitôt interpellé par les Jacobins. L’un d’eux lance : « Général, est-ce donc pour cela que tu as vaincu ? ». Très vite, Bonaparte est menacé d’être mis hors-la-loi. La partie semble perdue. Le sang-froid de son frère Lucien Bonaparte (1775-1840) sauve le général. Incapable de ramener l’ordre, Lucien dépose des insignes de président, laissant les députés surpris et impuissants.
Dehors, il improvise un discours devant les soldats qui entourent le château de Saint-Cloud. Il leur annonce que leur chef a failli être assassiné par des députés armés de poignards. Les hommes de la garde parlementaire sont étonnés, un certain flottement se fait jour. C’est alors qu’intervient Murat qu’accompagne Leclerc. Il fait battre les tambours et ordonne aux grenadiers de le suivre. Il pénètre à leur tête dans la salle où siège le conseil des Cinq-Cents et s’écrie : « Foutez-moi tout ce monde-là dehors ! ». Les soldats chargent, les députés s’enfuient.
Si Murat avait hésité, les jacobins des Cinq-Cents auraient pu organiser une résistance, convaincre des troupes impressionnées par la mise hors-la-loi du général de se rallier à eux. Une telle mesure, prise par la Convention, avait perdu le 9 thermidor. En décidant, sans états d’âme, de faire donner la troupe, Murat assure le succès du coup d’Etat tout en en changeant le sens. De parlementaire, celui-ci devient militaire. L’homme fort n’est plus Sieyès mais Bonaparte. Au fond, c’est en partie à Murat que Bonaparte doit de devenir Premier Consul.
Par la suite, Murat donne de nombreux exemples de fidélité à Napoléon, devenu son beau-frère. En 1804, lors de la crise qui secoue le régime après l’arrestation de Moreau, rival en gloire de Bonaparte, il est gouverneur de Paris. Une partie de l’armée grogne, les anciens du Rhin notamment, mais Murat multiplie les contacts avec les hommes et évite des séditions.

A la bataille d’Eylau, le 8 février 1807
En 1807, Murat sauve encore une fois Napoléon. Dans les bourrasques de neige, le sort de la bataille d’Eylau, le 8 février, demeure indécis. Napoléon se tient près du cimetière, avec la Garde, subissant le feu des canons russes. La cavalerie de Murat est en réserve. Vers 10 heures 30, pour soulager Louis-Nicolas Davout (1770-1823), Napoléon lance contre le centre gauche des Russes le corps de Pierre Augereau (1757-1816). Mais celui-ci, pris dans la tourmente, perd sa route et se fait anéantir. Le maréchal est lui-même gravement blessé. Une brèche est ouverte dans le dispositif français et l’Empereur menacé par l’avance ennemie.
C’est alors qu’il invite Murat à arrêter les Russes par une charge à la tête de quatre-vingts escadrons. Charge folle, héroïque, immortalisée par le peintre Siméon Fort (1793-1861), et dans laquelle périt le général Jean-Joseph d’Hautpoul (1754-1807)… ainsi que, dans le roman de Balzac, le colonel Chabert. Les escadrons du prince Dimitri Galitzine (1771-1844) sont arrêtés et Napoléon échappe à l’ennemi.
Certes, la bataille n’est pas gagnée… Ce n’est qu’en fin de soirée que Napoléon reste maître du terrain. Sans la charge de Murat, que serait-il advenu de lui ?
Mais l’heure des revirements d’alliances s’annonce. En janvier 1814, Murat s’allie à l’Autriche et rejoint les adversaires de Napoléon. Fureur de celui-ci : « Il n’y a que deux hommes qui ne m’ont jamais pardonné d’être roi de France : Bernadotte et Murat ; on dirait que je me suis mis à leur place ».
Trahison, sans aucun doute, mais qui permettait de préserver l’influence française en Italie en attendant des jours meilleurs et épargnait à ceux qui s’étaient compromis avec la France un sort funeste. Napoléon affirmera que, uni à Eugène de Beauharnais (1781-1824), Murat aurait pu forcer les passages du Tyrol et foncer sur Bâle pour tourner les Alliés. Mais c’est après coup qu’il imagina cette manœuvre, au demeurant incertaine.
Reste qu’à trois reprises, à Paris en 1795, à Saint-Cloud en 1799, et à Eylau en 1807, Murat a fait basculer le destin en faveur de Napoléon.

Jean Tulard (Historia 1999) via D. Tertrais.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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