Bataille de Paris (30 mars 1814)

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Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

CAMPAGNE DE FRANCE 1814

Message par Drouet Cyril »

Bataille de Paris (30 mars 1814)

C'est quand les Russes avancèrent le 28 mars jusqu'à Clichy qu'ils purent apercevoir les hauteurs de Montmartre.
Mir, La Bataille de Paris, 30 mars 1814.

fanacyr

le 19 mars 1814 à Pont-sur-Yonne

Message par fanacyr »

Houssaye évoque ce drame : Napoléon voulant épargner à l'infanterie de trop grandes fatigues en fait embarquer une partie sur des barques et des chalands à Auxerre et ces embarcations naviguent de jour et de nuit pour suivre le rythme de la progression.

En arrivant à Pont-sur-Yonne le 19, Napoléon s'étonne de voir ces bateaux garés et plaisante les mariniers :"avez-vous peur de vous mouiller ?"

Ces mariniers connaissant les dangers de la navigation n'ont pas relevé le propos mais malheureusement ont remis leurs barques à l'eau car piqués au vif par les réclamations des soldats.

"au milieu de la nuit, on entendit sur l'Yonne un cri surhumain de "vive l'Empereur". Puis tout rentra dans le silence. Le lendemain, l'épave d'un bateau qui s'était brisé contre une arche de pont fut trouvée flottant à la dérive. Au moment de mourir, les soldats avaient salué leur empereur d'une suprême acclamation"

Hommage à ces 33 noyés du 76ème de ligne.

Christophe

31 MARS 1814 : Fontainebleau

Message par Christophe »

Voici un petit passage de circonstance, extrait de la nouvelle édition des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse, Trésorier général de la Couronne durant les Cent-Jours. (Edition intégrale établie, présentée et annotée par votre serviteur. A paraître en mai 2008 aux « Cahiers de la Grande-Armée").

« 31 mars [1814]. Sous la protection des chasseurs à cheval de la Garde, le service de Sa Majesté part dans la nuit pour se rendre à marche forcées à Fontainebleau. On y arrive tard. Sa Majesté s’y trouvait depuis dix heures du matin. Parvenu le 30 à dix heures du soir à Fromenteau, l’Empereur avait appris que le 29 au soir les ennemis sont arrivés sous les murs de Paris ; que leur présence a été le signal du départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, et qu’après une vive résistance, le Roi Joseph, ayant reconnu qu’on ne pouvait ni tenir, ni différer de capituler, en avait donné l’autorisation au duc de Raguse. Paris est au pouvoir de l’ennemi depuis le 30 au soir, et il n’est plus permis à l’Empereur d’intervenir dans le traité. Les souverains entreront le lendemain. »
:salut:

Christophe

Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

Message par Christophe »

[aligner]Le 8 février 1814, de Nogent-sur-Seine Napoléon écrivait à son frère Joseph, à qui il avait confié Paris : « Si l’ennemi avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossible, faites partir, dans la direction de la Loire, la Régente, mon fils, les grands dignitaires…Rappelez-vous que je préférerais savoir mon fils dans la Seine plutôt qu’entre les mains des ennemis de la France ». Le 16 mars 1814, il réitère cet ordre. A l’approche des Alliés (Prussiens et Russes) Joseph hésite. Le 28 mars 1814 au soir, il convoque le Conseil de régence. L’Impératrice et le Roi de Rome doivent-ils partir avec le gouvernement ?
Hormis Clarke, ministre de la Guerre, l’ensemble du conseil répond par la négative, considérant que la présence de Marie-Louise et de l’Aiglon galvaniserait la résistance. Joseph lu alors à haute voix les recommandations de son frère. Le départ fut donc décidé. Le 29 mars 1814, Marie-Louise quitte (pour toujours) les Tuileries ; un départ réprouvé par les parisiens. Joseph, fit afficher sur les murs une proclamation annonçant la venue imminente de l’Empereur, arrivant au secours de sa capitale. Paris doit tenir. Mais une résistance est-elle possible ?
De leur côté, les Alliés, en découvrant la cité dans le lointain, au matin du 30 mars 1814 étaient à la fois euphoriques et inquiets. Ils savent qu’ils ne disposent plus que de deux jours de vivres et qu’une insurrection paysanne, comme ces attaques sporadiques que connurent leurs troupes dans la Brie, peut surgir sur leurs arrières. Ils craignent aussi que Napoléon ne les surprenne et délivre la capitale. Il faut agir et vite. Dans Paris la défense s’organise. Les troupes de Marmont, de Mortier, de Compans ; la Garde nationale, commandée par Moncey, la garnison, les élèves de l’École Polytechnique, sans parler des vétérans et des invalides, forment un ensemble de 42 000 hommes. C’est peu face aux 120 000 hommes des Alliées ceinturant la ville.
Mais le peuple de Paris est prêt à se battre, à transformer chaque rue, chaque maison en un bastion imprenable. Pour gagner, il eut fallu que cette résistance soit conduite et galvanisée par des chefs civils et militaires capables et résolus.
Que l’exemple vienne d’eux et qu’elle soit appuyée par une fidélité à toute épreuve à Napoléon. C’est dans de telles conditions que l’Empereur arrivant aux portes de Paris aurait pu victorieusement repousser Russes et Prussiens.
L’Histoire en décida autrement…
Le 28 mars 1814, Napoléon quittant Saint-Dizier pour se diriger sur Troyes, confie une mission particulière à un prisonnier de marque : le comte de Weissemberg, ambassadeur d’Autriche à Londres.
Le diplomate emporte ainsi avec lui l’ordre d’entamer une négociation avec l’empereur d’Autriche. Dans la soirée, alors qu’il est à Doulevant, l’Empereur reçoit des nouvelles de Paris :
« Les partisans encouragés par ce qui se passe à Bordeaux, lèvent la tête. La présence de Napoléon est nécessaire s’il veut empêcher que sa capitale ne soit livrée à l’ennemi ; il n’y a pas un moment à perdre ». Le 29 mars 1814 au petit matin, Napoléon quitte précipitamment Doulevant. En route, il apprend bribe par bribe la progression inquiétante des Alliés. Il dépêche alors auprès de Joseph, le général Dejean son aide de camp et le colonel Gérardin, aide de camp de Berthier, afin de confirmer son arrivée aux Parisiens et de s’assurer de l’état de la défense de la capitale.
Le 30 mars, à l’aube, Napoléon, laissant le commandement à Berthier, se dirige à bride abattue vers Paris. Ce même matin, à 4 heures, la ville se réveille par une canonnade et des roulements de tambours. La générale est battue. Les faubourgs se soulèvent. Les ouvriers réclament des armes. Dans les demeures cossues du Faubourg Saint-Germain, nombreux sont les royalistes qui souhaitent ardemment la chute de l’Empereur…La défense s’organise. Les troupes parisiennes tiennent en respect les masses ennemies sur le front est le nord-est, de Vincennes à Clichy. Mais Joseph, représentant de l’Empereur à Paris va commettre l’irréparable.
Vers dix heures et demie du matin, alors qu’il se trouve à Montmartre pour surveiller les opérations, il reçoit la visite de l’architecte Peyre que les circonstances avaient transformé en parlementaire. Ce dernier est accompagné du comte Orlov, aide de camp du tsar Alexandre.
Orlov a été reçu dans la nuit par le tsar qui lui a remis des exemplaires d’une proclamation royaliste du prussien Schwarzenberg adressée au peuple de Paris.
Alexandre s’empressa d’ajouter au comte Orlov que si les pourparlers échouaient, la lutte se poursuivrait néanmoins. Il compléta ses propos par une phrase inquiétante :
« Dans les palais ou les rues, l’Europe couchera ce soir à Paris. »
Ces mots répétés à Joseph atterrent ce dernier. Le frère de l’Empereur s’empresse alors de réunir un conseil de défense qui conclut au caractère inévitable de la capitulation de Paris. Par des missives adressées à Marmont et à Mortier, Joseph leur autorise, s’ils ne peuvent plus tenir leurs positions, à entamer des pourparlers avec Schwarzenberg et le tsar, se trouvant en face d’eux.
Vers midi trente ce même 30 mars, le peu courageux Joseph quitte Paris pour Rambouillet, oubliant dans sa précipitation de déléguer ses pouvoirs. Les seuls autorités constituées se trouvent dans Paris sont alors les deux préfets Pasquier et Chabrol et le Conseil d’État, ne tenant leurs pouvoirs de l’Empereur. Aux alentours de la cité, la bataille fait rage. On se bat à Romainville, à Pantin et ailleurs. Marmont quoique blessé, tient bon.
Il ne s’arrête pas sur le billet de Joseph qui lui parvient vers 13h30. A 14 heures, les Alliés déclenchent une offensive générale. Marmont se voit alors débordé de toutes parts. Il se replie sur Belleville et envoie trois parlementaires pour solliciter un armistice. Le maréchal Moncey tient bon à la barrière de Clichy, au nord de Paris.
Le peuple de Paris se bat, les habitants font le coup de feu. IL faut tenir jusqu’à l’arrivée de Napoléon. En quittant Montmartre, Joseph avait donné l’ordre de quitter immédiatement la capitale à toutes les personnalités du régime. Cette mesure ne fut que partiellement exécutée. C’est une des erreurs de Joseph. Talleyrand, prêt à tous les compromis, à toutes les trahisons, voit là l’occasion de jouer un nouveau rôle. Le général Savary, convaincu du départ de Talleyrand, quitte Paris. Désormais le prince de Bénévent a toute latitude pour agir…
Le Tsar qui avait reçu dans l’après-midi l’envoyé de Marmont, désigne son aide de camp le général Orlov afin de poursuivre les négociations. Dans le même temps, le maréchal Mortier voit arriver près de lui le général Dejean, expédié par Napoléon. Cherchant en vain Joseph, il vient lui annoncer que l’Empereur approche et qu’il faut tenir encore.
Mais les tractations ont commencé. Marmont, Mortier et les représentants du Tsar se réunissent et entament de laborieuses tractations.
Avec cette capitulation, Marmont se pose en triomphateur. N’a-t-il pas évité aux parisiens une catastrophe ? Talleyrand sort alors de l’ombre. Il rencontre Marmont et se pose en véritable arbitre de la situation en éloignant le maréchal de Napoléon et en favorisant le retour des Bourbons.
Le 31 mars 1814, à deux heures du matin, l’aide de camp de Schwarzenberg débarque à l’hôtel de Marmont, rue de Paradis ; les Alliés acceptent la capitulation. Napoléon, alors à Juvisy, à la « Cour de France » apprendra la terrible nouvelle par le général Belliard. -« Quelle lâcheté !…Capituler ! Joseph a tout perdu… Quatre heures trop tard… », déclare t-il à voie haute.
L’Empereur songea un instant à forcer le destin. Il pouvait en seulement quelques heures soulever à nouveau ses « bons Parisiens »…Les troupes françaises, conformément aux conditions, commencent à évacuer la ville. Au matin de ce 31 mars historique, le canon s’est tut dans Paris.
A neuf heures, les parisiens, surpris par ce calme inhabituel, apprirent la reddition de leur ville, et l’entrée imminente des Alliés dans la cité. Une certaine inquiétude s’installa alors. Seuls les royalistes exultaient, laissant éclater leur joie d’une façon bruyante.
Acta est fabula ! La pièce est jouée !
Marmont s’illustrera en se ralliant aux Bourbons sous l’influence de Talleyrand…
Napoléon arrivé à Fontainebleau depuis le 31 mars, est contraint d’abdiquer, mais il hésite encore, calculant les chances qui s’offrent à lui de renverser la situation Il reçoit Caulaincourt qui lui trace avec exactitude un tableau de Paris : Napoléon n’a rien à attendre de la capitale si ce n’est que la situation se dégrade. Il ne doit plus songer à y entrer. Puis c’est le maréchal Ney qui est reçu à son tour. Le prince de La Moskowa met tout son poids afin d’amener l’Empereur à abdiquer. Il parle d’une armée fatiguée, il évoque l’existence de ces troupes que la défection de Marmont et de son 6ème corps a plongé dans le plus profond découragement. Le maréchal Macdonald, reçu également, et accompagné de Ney, ira dans le même sens. L’Empereur écoute avec attention les exigences demandées concernant son abdication. Elle sera sans conditions aucunes. De plus, Napoléon se verra attribué la souveraineté de l’île d’Elbe. Le souverain signe son acte d’abdication le 6 avril 1814. Napoléon vit alors une des périodes les plus difficiles de son existence. Il apprend coup sur coup toute une série de mauvaises nouvelles : Joséphine, une de celles qu’il a le plus aimé, s’apprête à recevoir le Tsar en personne à la Malmaison ; Marie-Louise s’attarde curieusement à Blois, alors qu’il lui serait si facile de le rejoindre ici à Fontainebleau…
L’attitude Marmont, de Ney et de Macdonald l’avait ulcéré. Le dernier coup vint du maréchal Berthier, major général qui se crut être autorisé, par l’abdication de Napoléon, à envoyer (le 12 avril) aux Bourbons celle de cette armée toute entière.- « Berthier, dit-il, m’abandonne avant que je ne quitte Fontainebleau. Berthier ! »Deux proches serviteurs allaient s’enfuir également : Constant et le mameluck Roustam.
La suite des événements montrera que Napoléon n’allait pas y perdre au change, en les remplaçant par Marchand et Saint-Denis (le mameluck Ali ), qui le suivront à l’île d’Elbe puis à Sainte-Hélène l’année suivante…
« A Fontainebleau, écrit Ali, se voyant abandonné non de ses braves soldats, mais de la plupart de ses officier généraux et de beaucoup d’autres, l’Empereur tentera de mettre fin à son existence». Ce geste désespéré (et manqué) aura lieu le 12 avril. Huit jours plus tard, se déroulait la fameuse scène des Adieux de Fontainebleau qui fait partie de la légende napoléonienne. Immortalisée par Horace Vernet, on peut y voir quelques uns de ceux qui suivront l’Empereur à l’île d’Elbe : Drouot, Bertrand, Cambronne…Voici ce que raconte le lieutenant de grenadiers Monnier :
« Enfin, le 20 avril, au moment de quitter son palais de Fontainebleau pour abandonner cette terre sacrée de la patrie, cette terre où tant de grands souvenirs, tant de superbes monuments devaient consacrer son nom à la reconnaissance de la postérité, l’Empereur sortit vers midi de ses appartement, et descendit par le grand escalier dans la cour du Cheval Blanc ; il la traversa à pied, au milieu de douze cents grenadiers de sa Garde, rangés sur deux haies, depuis l’escalier jusqu’à la grille : quelques officiers d’état-major le suivaient, ainsi que les quatre commissaires des alliés, le général russe comte Souvalow [Schouvaloff], le général autrichien baron Kooller [Koller], général prussien [le comte de Waldbourg-Truchsess], et le chevalier Neil Campbell major anglais [le colonel et non « chevalier »] ; le comte Klam, aide de camp du prince de Schwartzemberg [Schwarzenberg] les accompagnait.
Avant d’arriver à la grille, l’Empereur s’arrêta, fit former le cercle à la troupe, approcher de lui tous les officiers, et prononça d’une voix ferme, quoique émue, un discours dont on a retenu les fragments suivants : « Grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde, je vous fais mes adieux : pendant vingt ans je vous ai conduit à la victoire ; pendant vingt ans vous m’avez servi avec honneur et fidélité ; recevez mes remerciements… Officiers, soldats, qui m’êtes restés fidèles jusqu’aux derniers moments, recevez mes remerciements, je suis content de vous. Je ne puis vous embrasser tous, mais j’embrasserai votre général. Adieu, mes enfants, adieu, mes amis. Conservez-moi votre souvenir ! Je serai heureux lorsque je saurai que vous l’êtes vous-mêmes. Venez général ! » Alors, le général Petit s’est approché, et il l’a embrassé vivement. - « Qu’on m’apporte l’aigle, et que je l’embrasse aussi. »
Le porte-drapeau s’est avancé, a incliné son aigle, et l’Empereur en a embrassé trois fois l’écharpe avec la plus vive émotion.
- « Adieu mes enfants. »
Officiers, soldats, tous étaient attendris ; les larmes roulaient dans les yeux de ces vieux guerriers ; les officiers étrangers eux-mêmes témoignaient par des pleurs involontaires combien ils étaient sensibles à de tels adieux. »
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:salut:

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

Message par McDonald »

Récit de la bataille de Paris publiée en 1814 par M. Lehodey de Saultchevreuil

" Les débris des corps des Maréchaux Mortier et Marmont que les circonstances avaient forcées de se replier sur Paris, joints à quelques milliers d'hommes de garnison formaient la défense [de Paris]. Il y avait en outre trente mille hommes de la garde nationale dont un bon quart était munis d'armes et d'équipements en règle. Au moyen de toutes ces forces on pu réunir en bataille une armée de 26 à 27 mille hommes, dont la droite s'appuyait à Vincennes, la gauche sur Neuilly et le centre sur le canal de l'Ourcq, protégé par le mamelon de Montmartre [...]. Notre droite occupait la butte Saint-Chaumont, les hauteurs de Ménil-Montant et de Belleville, la gauche se prolongeait depuis les petites monticules occidentales de Montmartre à Neuilly.

L'action commença à peu près à cinq heures du matin par un feu d'artillerie assez bien nourri, sans être extraordinaire. Insensiblement la fusillade s'engagea au centre et à la droite, et devient vive et animée de plus en plus, particulièrement du côté de Belleville où se trouvait nos principales forces et où l'ennemi crut aussi devoir porter les siennes. Partout nos ennemis nous opposaient un front de bandière quintuple du notre. Nous avions pour nous l'avantage du terrain mais ils avaient en bataille plus de 120 mille hommes et une réserve de plus de 80 mille. Malgré la supériorité du nombre, ils furent très longtemps sans nous entamer. Partout ils furent vigoureusement repoussées, et ne purent nous débusquer d'aucune de nos positions qu'après être revenus plusieurs fois à la charge. Notre artillerie leur fit un mal horrible. Nos batteries, où se trouvaient les polonais et les élèves de l'École Polytechnique, firent une boucherie de l'ennemi. Le terrain où étaient postés ceux qui leur étaient opposés, était jonché de morts et de mourants.

Cependant, l'immensité des forces de l'ennemi lui donnant la faculté de tourner nos positions, la valeur française fut obligée d'abandonner successivement Pantin, Romainville, Belleville et Saint-Chaumont aux ennemis qui laissèrent un nombre prodigieux de morts et mutilés, attestant que chaque position leur avait coûté beaucoup de sang. Cette résistance à la droite se prolongea dans beaucoup d'endroits jusqu'à une heure après midi et dans quelques uns uns jusqu'à deux. Alors nous avions perdu une quarantaine de bouches à feu.
Malgré cela l'on se battait encore au centre avec quelqu' avantage. Une batterie de dix-huit pièces de canon placée à la ferme de Rouvroy en avant du canal foudroyait les coalisés qui, infiniment supérieurs en nombres, chargèrent plusieurs fois notre infanterie et la forcèrent à reculer, sans pouvoir l'empêcher de revenir à la charge sous la protection de cette batterie, dont le feu de cessa qu'à trois heures, au moyen de celui d'une artillerie formidable que les ennemis avaient été forcés de conduire sur le terrain même, pour se rendre maîtres de la ferme.

A la Villette, une de nos batteries mitraillait d'une manière terrible les grenadiers, les gardes de la Grande Armée [coalisée], appuyés de six bataillons et animés de la présence du Prince Guillaume de Prusse [frère du Roi de Prusse et neveu du Grand Frédéric]. Il est prouvé que leurs efforts auraient été inutiles si les corps d'York, de Kleist ne fussent venus à leur secours. Ils furent secondés en outre par un corps nombreux de cavalerie qui s'était formé à la ferme de Rouvroy dont nous n'étions plus maitres. La réunion de tout ces moyens nous fit perdre La Vilette. Ce fut à peu près à ce moment que le corps municipal sollicita une armistice qui lui fut accordé sur le champ [en fait l'armistice est demandé par Marmont et Mortier qui envoient chacun de leur côté un parlementaire].
Le carnage cessa, le sang humain ne coula plus si ce n'est dans les postes éloignés où les généraux n'étaient pas encore informés de cette mesure bienfaisante et si conforme à l'humanité des souverains alliés. On ne peut attribuer raisonnablement qu'à l'ignorance du fait, les efforts que firent les généraux York, Kleist et Langeron pour s'emparer, les deux premiers de La Chapelle, le dernier du point éloigné de Montmartre où il perdit beaucoup de monde puisqu'il fut repoussé cinq fois et que ce ne fut qu'à la sixième qu'il escalada enfin les hauteurs au pas de charge. Cette résistance opiniâtre qu'éprouva Langeron est due en grande partie à la garde nationale, soutenue vaillamment à la vérité par quelques compagnies de ligne. Ce ne fut pas seulement là que les gardes nationaux se montrèrent. Ils occupèrent aussi à l'extérieur les différents postes qui leur furent assignés et en se rependant dans la plaine en tirailleurs, firent beaucoup de mal à l'ennemi.
[...]
Malgré les bévues, les sottises de toutes espèces qui eurent lieu ce jour là, malgré la fuite de presque tous ceux qui par leur grade devaient donner l'exemple de dévouement et de bravoure à la garde nationale, notre troupe réglée, secondée de quelques gardes nationaux, se défendit comme on vient de le voir avec autant de bravoure que d'intrépidité.
Cette journée fatale coûta aux deux partis d'après le calcul des gens les plus modérés plus de 18 mille hommes, dont les quatre cinquièmes d'alliés et l'autre cinquième des nôtres, parmi lesquels à peu près six cents gardes nationaux. "

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

Message par McDonald »

Rapport de Lord Burghersh à Castlereagh, Ministre des affaires étrangères Britannique. Burghersh est un parlementaire anglais, colonel de l'armée anglaise et aide-de camp de Wellington, détaché comme observateur au près de l'État-major de l'Armée de Bohême du feld-maréchal Schwartzenberg. Il rend quotidiennement compte à son gouvernement des événements militaires

" Hauteurs de Belleville, au-dessus de Paris, le 30 de Mars, 1814, sept Heures au soir.

Mylord,
Je profite de la première occasion qui se présente pour vous transmettre un compte des succès de ce jour.
Après l'affaire de La Fere-Champenoise, dont j'ai eu l'honneur de donner à Votre Seigneurie les détails dans ma dernière dépêche, l'armée réunie du prince de Schwartzenberg et du maréchal Blücher a passé la Marne le 28 et le 2.9 à Triport et à Meaux. L'ennemi n'opposa qu'une faible résistance au passage de la rivière. Mais, le 28 au soir, le général d'Yorck eut une afiaire très-vive à Claye. Il chassa, cependant, à la fin, l'ennemi des bois qui environnent cette petite ville avec une perte trèscoosidérable.

Hier, toute l'armée, à l'exception des corps du maréchal de Wrede et du général Sacken qui restèrent en position à Meaux, marcha sur Paris. Il y eut des escarmouches continuelles avec l'ennemi, mais il se retira, abandonnant Pantin sur sa droite, et le terrain en front de Montmartre sur sa gauche.

Il parait que pendant la nuit les maréchaux Marmont et Mortier étaient entrés dans Paris. La garnison qui y avait été rassemblée était composée d'une partie du corps du général Girard sous les ordres du général Compans, et environ huit mille hommes de troupes de ligne et trente mille gardes nationales, sous le général Hulin, gouverneur de la ville.

Avec ces forces, l'ennemi, commandé par Joseph Buonaparté, a pris une position ce matin, sa droite sur la hauteur de Belleville, occupant ce village, le centre sur le canal de l'Ourcq, la gauche vers Neuilly. Cette position était forte par la nature du terrain coupé sur sa droite. Les hauteurs de Montmartre qui commandent la plaine en arrière du canal de l'Ourcq ajoutaient à la force de la position de l'ennemi.
Les dispositions d'attaque ce matin étaient :
- le Prince Royal de Wurtemberg, formant la gauche, marchait sur Vinceinnes;
- le général Reiffsky, sur Belleville;
- les gardes et les réserves sur la grande chaussée qui conduit de Bondy à Paris.
- Le maréchal Blücher devait marcher sur la chaussée de Soissons et attaquer Montmartre.

Toutes les attaques réussirent. Le général Reiffsky s'empara des hauteurs de Belleville. Les troupes sous ses ordres sont particulièrement distinguées dans toutes les attaques qu'elles ont faites. Le village de Pantin fut enlevé à la pointe de la baïonnette. Les hauteurs au-dessus de Belleville furent emportées de la manière la plus courageuse par les gardes Prussiennes. Ces corps prirent quarante-trois pièces de canon et firent un grand nombre de prisonniers.

A peu-près au même moment que l'on remportait ces avantages, le maréchal Blücher commença son attaque sur Montmartre. Le régiment des hussards noirs Prussiens chargea d'une manière très-brillante une colonne de l'ennemi, et prit vingt pièces de canon.

Ces avantages décisifs décidèrent le maréchal Marmont a envoyer un parlementaire chargé d'annoncer qu'il recevrait les propositions qu'était chargé de lui faire le parlementaire qu'il n'avait pas voulu admettre. Il proposait aussi un armistice de deux heures, et pour l'obtenir, il consentait à abandonner toutes les positions qu'il occupait hors des barrières de Paris. Le prince de Schwartzenberg consentit à ces conditions : le comte de Nesselrode, de la part de l'Empereur de Russie, et le comte de Par de la part du prince de Schwartzenberg, furent envoyés dans la ville pour demander sa reddition.

La réponse vient d'arriver : la garnison évacuera la ville à sept heures demain matin. Je puis donc féliciter Votre Seigneurie sur la prise de cette capitale. Les troupes Alliées y entreront demain.

Votre Seigneurie voudra bien excuser cette lettre écrite à la hâte : je n'ai que le temps de vous donner les traits principaux des grands événements qui se sont passés. Dans un tel moment il est difficile de réprimer un sentiment d'enthousiasme.

L'Empereur de Russie et le Roi de Prusse étaient présents à toutes les actions.
La détermination qu'a prise le prince de Schwartzenberg de marcher sur la capitale, et la manière dont il a conduit cette marche, sont le sujet de l'admiration universelle.

(Signé) BURGHERSH.


Même rapport du Lieutenant-Général Charles Stewart, ambassadeur extraordinaire anglais à Berlin, détaché auprès de l'État-Major de l'armée de Silésie du Maréchal Blücher

Hauteurs de Belleville, le 30 de Mars.

My lord,

Après une brillante victoire, Dieu a livré aux Souverains Alliés la capitale de l'empire Français, comme un juste châtiment des malheurs infligés à Moscou, à Vienne, à Madrid, à Berlin, et à Lisbonne par le Dévastateur de l'Europe.

Je ne puis vous donner ce moment que les détails très imparfaits des événements de cette glorieuse journée, et solliciter l'indulgence de Votre Seigneurie.

L'armée de l'ennemi, commandée par Joseph Buonaparté, assisté des Maréchaux Mortier et Marmont, occupait avec sa droite les hauteurs de Fontenay, de Romainville et de Belleville; sa gauche était sur Montmartre. Il avait plusieurs redoutes dans le centre, et sur toute la ligne une immense artillerie de plus de cent cinquante pièces.

L'armée de Silésie eut ordre de se diriger sur Montmartre, St. Denis et les villages de La Villette et de Pantin, pour attaquer cette position, tandis que la grande armée attaquait la droite de l'ennemi sur les hauteurs ci-dessus mentionnées de Romainville et de Belleville. Le maréchal Blücher fit ses propres dispositions pour l'attaque dont il était chargé.

Le 6e corps, sous les ordres du gênerai Reiffsky, se porta de Bondy en trois colonnes d'attaque, soutenues par les gardes et les réserves, et quittant la grande route de Meaux, attaqua les hauteurs de Romainville et de Belleville. Elles commandent de même que celles de Montmartre le terrain entre deux qui est couvert de villages et de maisons de campagne. Elles commandent aussi Paris et tout le pays à l'entour. La division du prince Eugène de Wurtemberg, du 6e corps, commença l'attaque, et avec le plus grand courage essuya pendant longtemps le feu meurtrier de l'artillerie soutenues par les réserves de grenadiers. Son Altesse Sérénissime, après avoir essuyé quelque perte, emporta les hauteurs de Romainville. L'ennemi se retira à celles de Belleville qui sont en arrière. Le 4e corps supporta cette attaque plus sur la droite, et eut ordre de son brave commandant, le prince royal de Wurtemberg, de se porter sur les hauteurs de Rosny et sur Charenton. Le 3e corps de l'armée était placé en échelon près de Neuilly en réserve, ainsi que la cavalerie.

L'attaque de la grande armée avait commencé un peu avant celle de l'armée de Silésie qui avait été retardée par quelque accident. Mais les Généraux d'York et Kleist débouchèrent bientôt après près de St. Denis et d'Auberville, et là et à Pantin éprouvèrent une résistance très-opiniâtre. Son Altesse Royale le prince Guillaume de Prusse, avec sa brigade et les gardes Prussiennes, se distingua d'une manière remarquable. La cavalerie de l'ennemi essaya de charger, mais fut repoussée d'une manière brillante par les régiments des hussards noirs et de Brandebourg. Une forte redoute et une batterie de l'ennemi dans le centre tinrent en échec le corps du général d'Yorck pendant une partie de la journée, mais leur flanc étant gagné par les hauteurs de Romainville, les pertes considérables que l'ennemi avait éprouvées de tous côtés, et enfin, une déconfiture complète le réduisirent à la nécessité d'envoyer un parlementaire demander une cessation d'hostilités, abandonnant tout le terrain en dehors des barrières, jusqu'à ce qu'on eût pris des arrangements ultérieurs.

Les hauteurs de Montmartre, par la générosité d'un ennemi vaincu, devaient nous être remises, (celles de Romainville et de Belleville étant emportées) au moment où le corps du comte de Langeron allait leur donner l'assaut, et qu'il occupait déjà le reste de la montagne.

La division du comte Woronzow emporta le village de La Villette, en chargeant avec deux bataillons de chasseurs, prit douze pièces de canon, et fut aussi arrêté près de la barrière de Paris par le parlementaire.

Cependant, Sa Majesté Impériale, le Roi de Prusse et le prince de Schwartzenberg, par un sentiment d'humanité que l'Europe admirera, consentirent à écouter une proposition qui prévenait le sac et la destruction de la capitale. Le comte de Par, aide de-camp du prince maréchal, et le comte Orloff, aide-de-camp de Sa Majesté l'Empereur, furent envoyés pour régler la cessation d'hostilités; et le comte de Nesselrode, ministre de Sa Majesté Impériale, ce soir à quatre heures, quand la bataille a cessé, s'est rendu dans la ville.

On ne peut pas encore connaître les résultats de cette victoire. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers. On a déjà le rapport en marge des canons pris*.

Notre perte a été assez considérable; mais nous avons du moins le consolant espoir que les braves qui ont succombé, auront contribué à la chute du despotisme, et relevé l'étendard de l'Europe régénérée sous un juste équilibre et sous le gouvernement des Souverains légitimes.

Je prends la liberté de vous envoyer mon aide-de-camp, le capitaine Harris, que je charge de cette dépêche, et qui m'a accompagné pendant toute la journée; il passera, j'espère, avec les Cosaques, que le lieutenant-général comte Woronzow m'a donnés, et donnera verbalement à Votre Seigneurie les détails dans lesquels je ne puis entrer. Quand j'aurai reçu le rapport du colonel Lowe, je m'empresserai de vous le transmettre afin de vous faire connaître les détails ultérieure de cette étonnante journée.

(Signé) Charles Stewart, Lieut.-Gén.

* Blücher, gardes Prussiennes, 16; Bade, ditto, 14; le général Reiffsky et les grenadiers Russes 21 ; Prince Royal de Wurtemberg, 6"; lieutenant-général comte Woronzow, 1S—Total, 60 cannons.

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

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L'armée eut encore plusieurs combats à soutenir à Chailly, à la Ferté-Gaucher, à Montis, à Trilport, à Meaux, à Villeparisis. Les alliés avaient passé la Marne â Trilport et à Meaux, et précipitaient leur marche sur Paris. Leurs colonnes se mirent en marche le 29 au point du jour. Déjà leur cavalerie était aux prises avec la nôtre, lorsque le général Vincent reçut deux officiers parlementaires officiers supérieurs : l'un aide de camp du maréchal Blucher, l'autre attaché à l'état-major de l'empereur Alexandre.

Ils demandent à se rendre à Paris, pour y porter des paroles de paix. Le général Compans ordonna de recevoir leurs dépêches, et de les renvoyer. Elles étaient adressées au duc de Feltre, ministre de la guerre, auquel on les fit parvenir. Le général Yorck faisait en même temps demander une suspension d'armes de quelques heures. On en convint de vive voix, aux avant-postes, mais à condition que les deux armées resteraient où elles se trouvaient. On sut bientôt que l'armée de Blucher en profitait pour se porter sur les routes des Petits-Ponts et de Senlis, en cédant à l'armée du généralissime les débouchés des routes d'Allemagne et de Lagny. Le général Compans reprit dès-lors son mouvement rétrograde sur Paris.

Le général Ornano, présumant que le général Compans occuperait Pantin, porta les réserves de la garde entre le grand faubourg de la Chapelle et le pré Saint-Gervais. Mais par un mal entendu, le général Compans passa le canal de l'Ourcq, et prit position à la porte de ce village, sur la butte Beauregard, laissant sur la même ligne Romainville et Bagnolet aux troupes du maréchal Marmont. Le général Vincent, après avoir manœuvré contre la cavalerie prussienne, repassa le canal Saint-Denis et bivouaqua en tête de la Chapelle.

Blucher établit l'avant-garde de son armée à GrandDrancy, et les autres corps aux environs de Ville-Pinte. L'armée de Schwartsemberg arrivait par les routes d'Allemagne et de Lagny. Le prince de Wurtemberg ne put s'avancer au-delà d'Anet. Barclay-de-TolIy porta les réserves des gardes russes et prussiennes jusqu'à Bondy , où l'empereur Alexandre et le roi de Prusse établirent leur quartier-général. Les corps de Rayefski et Pahlen se dirigèrent sur Noisy-le-Sec : leurs coureurs étaient parvenus jusqu'à Romainville et Pantin, et se hâtèrent d'occuper ces deux points, dont ils ignoraient peut être toute l'importance.

Les maréchaux Marmont et Mortier firent leur jonction à Brie-Comte-Robert. Ils étaient, à midi, à Charenton. L'infanterie s'établit à Saint-Mandé , Vincennes et Charonne, la cavalerie à Montreuil. L'infanterie du maréchal Mortier occupa Charenton, Conflans et Bercy; et la cavalerie le faubourg de Picpus.

Par une conséquence inévitable du peu d'ensemble dans les opérations, les divers chefs appelés à concourir à la défense de la capitale, les troupes des deux maréchaux, passèrent le reste du jour dans leurs cantonnements, sans que l'on songeât à faire occuper les points dont la possession pouvait avoir une grande influence pour le succès de la bataille qui devait avoir lieu le lendemain.

Déjà deux fois l'ennemi avait paru aux environs de Paris; mais il avait été repoussé. Comment croire qu'il osât s'y présenter une troisième, lorsque, ce jour même, on avait publié la victoire remportée, par l'empereur, à Saint-Dizier. Il ne pouvait donc être bien nombreux, ou l'empereur le poursuivait. Ailleurs on répétait que ce n'était qu'une colonne égarée, tombée dans un piège que lui avait tendu l'empereur ; d'autres affirmaient que ce ne pouvait être qu'un partisan audacieux , qui allait se retirer de lui-même, s'il n'était prévenu par nos troupes.

Le péril était imminent, l'indolence de quelques membres du conseil de régence et la perfidie de quelques autres avaient suspendu les préparatifs de défense ordonnés par l'empereur. On dépêchait des courriers en Champagne, on demandait des instructions, quand l'ennemi était aux portes de la capitale. La garde nationale, qui aurait pu être portée à trente mille hommes armés, n'en avait que douze mille, dont la moitié, à peine, avait des fusils. La plupart n'avait pris l'uniforme que par pure fantaisie. Le corps des officiers avait été choisi dans la classe aisée et parmi les hommes étrangers au service militaire, tandis que, sans descendre aux classes inférieures, il eût été facile de n'avoir que d'anciens officiers. Les routes, les boulevards, toutes les issues de Paris étaient encombrés de paysans, traînant avec eux leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux et les faibles débris qu'ils avaient pu soustraire à la rapacité des cosaques. Les retranchements ordonnés sur les hauteurs, étaient à peine ébauchés. Ce ne fut que le 29 mars, que le général Michel, qui avait repris du service, quoiqu'il fût alité par suite d'une blessure grave,et dont il n'était pas encore guéri, distribua sur les hauteurs quatre ou cinq mille conscrits rassemblés par le général Ornano, chef du dépôt de la garde impériale. Dix mille gardes nationaux durent occuper d'autres positions. Les élèves de l'école polytechnique prirent le service d'une batterie. Les invalides ne restèrent pas oisifs dans ce moment de crise.

L'arrivée des corps des maréchaux porta l'effectif des troupes de ligne à trente mille hommes d'infanterie, et cinq mille de cavalerie. Le roi Joseph, en sa qualité de président du conseil de régence, en avait le commandement en chef.

L'empereur, en partant de Paris, avait confié à la garde nationale son épouse et son fils, et la garde nationale s'était montrée digne de ce dépôt, dévouée et fidèle à ses serments. L'ennemi avait paru deux fois aux portes de la capitale, et dans ces deux circonstances, les citoyens soldats ne s'étaient point démentis. Une revue générale avait eu lieu le 28, et le roi Joseph avait renouvelé l'assurance que, quelle que fût l'imminence du danger, le gouvernement et la famille impériale ne quitteraient point Paris. Et le soir même, le conseil de régence décida que l'impératrice, son fils, les grands dignitaires, les ministres, celui de la guerre et le ministre directeur exceptés, se retireraient au-delà de la Loire. Le sénat et le corps législatif devaient nécessairement ne point s'isoler du gouvernement, et aucun ordre, aucun avis ne fut donné à cet égard.

Cette singulière omission n'était pas l'effet du hasard. Il importait à l'exécution du plan adopté pour le changement du gouvernement, que ces deux autorités ne s'éloignassent point de la capitale.

L'impératrice opposa, à la proposition de son départ, la plus vive résistance. Elle voulait se retirer à l'hôtel de ville avec son fils et, dans le cas où l'ennemi se rendrait maître de Paris, elle était décidée à se transporter, avec les douze maires de la capitale, au quartier-général des souverains alliés. Elle avait pour elle l'exemple heureux de Marie-Thérèse; elle l'aurait imité. Un ministre insiste sur la nécessité du départ, un autre (Clark) lit une lettre de l'empereur qui l'ordonne. L'impératrice cède à regret. Elle prend son fils dans ses bras, bien déterminée à ne point s'en séparer. Elle monte dans sa voiture; elle inonde de larmes son fils, qu'elle presse sur son cœur. Le conseil, les ministres suivent. Le cortège était arrivé à Rambouillet, et l'impératrice n'avait pas encore articulé un seul mot.

Le prince de Bénévent ( M. Talleyrand ) devait suivre en sa qualité de vice-grand-électeur ; mais, à peine arrivé aux barrières, il rentre dans la capitale.

Le 29 mars au matin, Paris apprend que l'impératrice et son fils sont partis, et qu'une grande bataille va décider du sort de la capitale. L'indignation est générale. Le roi Joseph se hâte de rassurer les citoyens par une proclamation. Il affirme de nouveau qu'il ne quittera point Paris, et que l'empereur manœuvre sur les derrières de l'ennemi. On n'attachait nulle importance à la présence du roi Joseph.

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

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Le 3o mars, à trois heures du matin, la générale est battue dans tous les quartiers de Paris. Tous les citoyens courent aux postes qui leur sont assignés.

Le maréchal Marmont devait occuper, à la pointe du jour, la position de Romainville ; les généraux Compans et Ornano défendre les Prés Saint-Gervais et Pantin, les terrains entre les hauteurs et le canal de l'Ourcq.
Le maréchal Mortier devait entrer en ligne entre le canal et Montmartre, et occuper les longs faubourgs de la Villette et de la Chapelle.
La garde nationale parisienne déployée de l'extrême droite à l'extrême gauche, sur les buttes de Fontarabie, Chaumont, Montmartre, Batignolfes, Mouceaux, l'Etoile, était encore répartie en tirailleurs dans les jardins de Bercy, Mesnil-Montant, Charonne, Belleville et la plaine de Clichy. Le maréchal Moncey, commandant de la garde nationale, en ordonnant d'assurer la tranquillité intérieure, s'était borné à une simple invitation pour les postes extérieurs et les retranchements. « Je ne veux point, disait-il, en donner l'ordre; mais je verrai avec la plus vive satisfaction des officiers, sous-officiers, grenadiers et chasseurs de bonne volonté se présenter pour occuper celte ligne d'ayant-postes. » Des grand-gardes avaient été établies à l'hôtel de ville et sur différents points de l'intérieur des barrières. Les postes furent tous complétés. Une foule de gardes nationaux se portèrent volontairement en tirailleurs sur tous les points.

De leur coté, les souverains alliés tenaient un grand conseil à Bondy. L'attaque fut décidée pour le lendemain à la pointe du jour. Ilss savaient que Napoléon s'était mis en marche de Saint-Dizier sur la Marne; que le roi Joseph pouvait faire arriver en poste les corps détachés sur l'Yonne et le Loing; un seul moment pouvait ainsi amener sous les murs de Paris l'empereur et des forces considérables. Il fallait donc, par une bataille décisive, s'assurer de la capitale, dont la conquête placerait Napoléon dans l'embarras d'une révolution politique, dont ils savaient que Paris donnerait le signal.

D'après le plan arrêté, les hauteurs de Montmartre et de Belleville devaient être les principaux points d'attaques. C'étaient précisément ceux que l'empereur avait recommandé de fortifier, et ces importants travaux étaient à peine tracés.

Le 3o mars, au point du jour, le tambour appelle, aux postes qui lui ont été marqués, la garde nationale parisienne; les régiments se forment dans leurs casernes. L'armée extérieure a levé ses bivouacs; les maréchaux Mortier et Marmoont et les généraux qui avaient pris leur quartier à Paris, se mettent à la tête de leurs corps. Le roi Joseph vient s'établir dans un pavillon situé sur la route de Clignancourt. Le général Hulin a posté sur les hauteurs les détachements de la garde et de la police de Paris. Le maréchal Moncey, qui inspecte les légions de la garde nationale, les invite à envoyer des détachements sur les hauteurs, et des tirailleurs sur la ligne et les ailes de l'armée. L'empereur avait aussi, avant son départ, ordonné la remise de cinquante mille fusils aux ouvriers anciens militaires; tous en réclamèrent ; mais on n'en trouva dans les magasins qu'après l'invasion. Un très grand nombre d'officiers s'étaient rendus au quartier général pour demander de l'emploi, et s'en revinrent sans avoir reçu d'ordre.

Toute l'armée se porte sur le champ de bataille. La cavalerie et les troupes stationnées à Montreuil, Malassise et Bagnolet tenaient déjà la droite du maréchal Marmont, et les postes avancés de Romainville et de Pantin. Les troupes stationnées à Saint-Mandé et à Charonne n'avaient que la pente à gravir pour atteindre la position. Le maréchal avait à sa gauche le général Compans, dont le corps posté sur la butte de Beauregard pouvait en peu d'instants couronner le plateau entre Romainville et les prés Saint-Gervais.

La plus grande partie des troupes du maréchal Mortier cantonnées à Charenton, Conflans et dans les faubourgs de Bercy, Marengo et Picpus ne pouvaient au contraire atteindre la ligne qui leur était assignée entre Montmartre et le canal de l'Ourcq, qu'en longeant les boulevards extérieurs et les faubourgs de la Villette et de la Chapelle. La droite du maréchal Mortier et le centre de l'armée, entre le canal et les hauteurs de Belleville, devaient être formés et soutenus par les réserves de la garde impériale, sous les ordres du général Ornano, et se trouvaient encore derrière Pantin en avant de la Villette, en face de l'ennemi.

Mais l'armée de Blücher, qui devait marcher contre Montmartre, la Chapelle et la Villette, n'avait point occupé Aubervilliers. Son avant-garde était toujours au Grand-Drancy. Les corps de Kleist, Yorck, Langeron et Woronzow, qui s'étendaient depuis Aulnay jusqu'à Ville-Pinte, étaient encore dans leurs cantonnements. L'extrême droite de l'armée alliée, composée des corps du prince de Wurtemberg et de Giulay, ne pouvait arriver en ligne avant le milieu du jour, et ils étaient chargés d'assurer les opérations de la gauche, et de s'emparer des ponts de Charenton et de Saint-Maur. Les corps commandés par Barclay-de-TolIy occupaient la plaine entre Romainville et Bondy, et pouvaient entrer immédiatement en action.

La bataille, engagée au centre, s'étendit successivement aux ailes des deux armées. A six heures du matin, le général en chef Barclay-de-Tolly fait avancer, au soutien des attaques des premiers corps, une partie des gardes et des réserves, une division de Rayefski, sous les ordres du prince Eugène de Wurtemberg. Les cuirassiers de Kretow débouchaient déjà de Pantin.

Le général Boyer de Rebeval, encore très-souffrant de sa dernière blessure, venait de prendre le commandement de la division de la jeune garde, qui se réunit à la division Michel, sur la position qu'elle était venue prendre la veille à gauche de la grande route d'Allemagne. Ces deux divisions commencent une vive canonnade, qui contient les colonnes russes. .

Pendant ce premier mouvement, les tirailleurs du général Rayefski s'emparent de la butte au-dessus de Romainville : il lui fut dès-lors facile de diriger sur le plateau la division Mezenzow, flanquée à sa gauche par la cavalerie Pahlen.

Cependant le général Corapans couronnait les hauteurs des prés Saint Gervais, et plaçait la division Ledru-Desessarts dans le bois de Romainville. Un ordre du maréchal Marmont avait rappelé le général Vincent, dont la cavalerie se portait de la Chapelle à Belleville. Les troupes de ce maréchal gravissent aussitôt le plateau de Bagnolet. Déjà elles s'élevaient sur la berge du fond du vallon, lorsqu'elles aperçoivent l'ennemi à l'entrée des gorges qui descendent sur Pantin et Romainville. A l'instant même les brigades Fournier et Joubert se déploient, la première à droite, la seconde à gauche de Belleville; cette dernière se trouve ainsi en contact avec la division Ledru-Desessarts.

Le général Arrigi s'établit alors sur le plateau de Malassise, couvre Bagnolet, assure la droite de la position, et se trouve aussi protégé lui-même par nos troupes qui occupaient encore Montreuil. Les divisions de cavalerie Chastel et Bordesoult s'étendent de Montreuil à Charonne. La division Riccard, placée en réserve dans l'intérieur et sur la gauche du parc de Bercy, est protégée par l'artillerie qui couvre aussitôt la butte des deux tourelles, au milieu du parc Saint-Fargeau. Ainsi, la droite du maréchal Marmont, aux ordres du général Arrigi, menaçait le flanc gauche de l'ennemi; tandis que la gauche, aux ordres du général Compans, laissait le centre au point le plus près des colonnes ennemies.

Mais les Russes avaient prévenu le maréchal Marmont pour l'occupation de Romainville. Il se hâte de faire reconnaître la position du télégraphe, de débusquer les Russes du bois, et de se rapprocher de Romainville. Le combat s'engage dans les bois et sur le plateau. Le général Boyer, pour soutenir ce mouvement, pousse ses tirailleurs sur Pantin et se dispose à les soutenir. Les Russes sont expulsés du bois et ramenés au village. Leur droite est jetée dans les gorges et sous les murs du parc de Romainville.

Dans la plaine, les tirailleurs de la jeune garde ont pénétré jusqu'aux premières maisons de Pantin. Le général Kretow les fait en vain charger par ses cuirassiers, qui, écrasés par la mitraille, se replient en désordre sous le village. Le combat continue sur tous les points de cette partie de la ligne. De part et d'autres les pertes sont considérables, et les tirailleurs plusieurs fois renouvelés.

Pendant les premières attaques, le maréchal Mortier avait pris son ordre de bataille dans la plaine. La division Charpentier est massée au pied de la butte Chaumont. Celle de Curial se tient prête à soutenir la brigade Sécretan dans l'attaque sur Pantin. Le général Christiani prend position à l'extrémité de la Villette et de la Chapelle, pour renforcer, au besoin, la brigade Robert. La cavalerie Belliard, augmentée de huit cents chevaux du général Dautencourt, s'établit en première ligne à l'extrême gauche, entre la Chapelle et SaintOuen.

Averti par le canon, le général Langeron sort de son quartier-général de Blancmenil, et s'avance vers la Villette. Il avait détaché son avant-garde contre Aubervilliers, occupé par les tirailleurs de la brigade Robert.

Barclay-de-Tolly voyant ses troupes prêtes à fléchir dans Pantin et Romainville; convaincu que le succès dépendait de l'occupation de ce point ; qu'en en restant maîtres, les Français auraient tous les avantages de la journée, ou du moins le temps d'attendre l'arrivée de Napoléon, il n'hésita pas à faire avancer en ligne les corps d'élite qu'il tenait en réserve. Les gardes russe, prussienne, de Bade et d'autres régiments se portent sur tous les points; mais toutes leurs attaques sont repoussées; et à la droite même, le général Arrigi n'avait cédé que le village de Montreuil, qui n'était qu'un point d'observation. Barclay, étonne et fatigué de la résistance qu'éprouvaient partout ses colonnes, et désespérant de pouvoir tenir jusqu'à l'arrivée de Blucher, borne ses efforts à garder les postes de Pantin, de Romainville et de Montreuil. Il fait rentrer les tirailleurs, et les généraux reforment leurs régiments.

Les maréchaux Mortier et Marmont font quelques rectifications sur leurs lignes respectives. La première n'avait pas été attaquée sur toute sa ligne. Joseph ne pouvait se persuader que les souverains alliés eussent toutes leurs forces réunies pour l'attaque de Paris. Il était onze heures du matin, et les avantages étaient au moins balancés. Toutes les attaques des alliés avaient échoué. Le roi Joseph fait prier le maréchal Mortier d'envoyer un détachement à son collègue Marmont, pour l'aider à chasser l'ennemi du point où il semblait le plus à craindre.

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

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[aligner]Mais dès que Joseph eût reçu, par un officier français fait prisonnier la veille et que le généralissime lui renvoya, la proclamation où les alliés annonçaient leur détermination de séparer la cause des Parisiens de celle de l'empereur, et la réunion de leurs forces dans Paris, il n'y eut plus de doute pour lui. Il se hâte d'assembler les ministres et les généraux. Mais tandis qu'on délibère, les corps prussiens de Blücher entrent en ligne entre Pantin et la Chapelle. Le plan d'attaque des alliés est développé d'après cette augmentation de forces.

On annonce au roi Joseph que de nouvelles colonnes débouchaient dans la plaine de Saint-Denis et tentaient de déborder le corps du maréchal Mortier. Sa frayeur est extrême. Il est déterminé à quitter le champ de bataille et Paris; il tremble de n'être pas arrivé au pont de Sèvres avant les coureurs ennemis. Il se hâte d'adresser aux deux maréchaux l'autorisation nécessaire pour capituler. La maison qu'il occupait, avec son état-major, est bientôt déserte. Il est parti; la garde se retire; les grilles du pavillon sont fermées; notre armée n'a plus de général en chef, ni d'état-major-général.

Cependant le pont de Saint-Maur est attaqué par les Wurtembergeois. Il n'était défendu que par quatre cents conscrits et huit bouches à feu dont il fallut changer la direction. Le poste se défend vaillamment, mais il est bientôt enlevé. Le prince royal de Wurtemberg s'est emparé de six canons, il avait laissé assez de troupes pour soutenir le bataillon qui surveillait Vincennes, et se porte avec sept autres pour soutenir l'attaque du pont de Charenton, entouré comme celui de Saint-Maur, d'un simple tambour sur la rive gauche, et sans moyens de défense sur la rive droite.

Une compagnie de vétérans, les élèves d'Alfort, et quelques canonniers pointeurs, ne pouvaient arrêter les nombreuses colonnes qui s'avançaient pour prendre le poste à revers. Néanmoins ces jeunes gens amènent, à force de bras, en avant du village, leur artillerie. Mais bientôt les colonnes ennemies les forcent de repasser la Marne. Ils se réfugient dans le tambour, ils espèrent se maintenir en faisant sauter une des arches du pont, ils n'ont pas temps d'y mettre le feu et sont réduits à se jeter sur les routes de Provins et de Melun. L'ennemi les poursuit, mais il s'arrête devant Port-à-l'Anglais. La destruction du bac les empêche de s'avancer sur la rive gauche de la Seine.

Le prince royal de Wurtemberg dirigeait sur la route de Charenton à Paris un corps de troupes légères pour couvrir son flanc droit et observer les troupes qui pourraient sortir de la capitale. L'enceinte n'était gardée que par la 9e légion de la garde nationale, affaiblie par les postes intérieurs et les détachements envoyés sur les points les plus menacés. L'ennemi ne trouva que deux patrouilles de cette légion et quelques gardes nationaux du faubourg de Bercy. Cette petite troupe se retira en bon ordre.

Le général Pahlen observait de Montreuil, l'instant où le prince royal de Wurtemberg entrerait en ligne, dès qu'il l'aperçut, il envoya quelques troupes en avant pour masquer aussi le château de Vincennes. De notre côté, la brigade Vincent observait ce mouvement. Il ne restait à la barrière du trône qu'une faible réserve de la 8e légion, la plupart des gardes nationaux s'étaient répandus en tirailleurs dans les vignes et les jardins de Charonne et de Montreuil. Le major Evain croit le moment favorable pour faire agir les réserves de l'artillerie de la garde nationale, servie par les élèves de l'école polytechnique. Le major n'avait point d'infanterie, mais présumant que le feu des premières pièces tiendrait en échec la cavalerie légère, défilant sur la chaussée, il part à une heure après midi sous l'escorte de quelques gendarmes.

Les vingt-huit pièces, traînées à la prolonge par des chevaux de poste et de rivière, occupaient un long espace. Le major Evain mit en batteries les premières pièces qui arrivèrent. Leur feu inquiète les lanciers russes ; mais Pahlen dirige par un détour une forte colonne qui, faisant un quart de conversion sur la chaussée, s'élance sur les batteries, les gendarmes se replient, les pièces font volte-face, mais l'inexpérience des conducteurs, la frayeur des chevaux jettent le désordre dans la colonne. Les Russes, tuent ou enlèvent les canonniers, et s'emparent des pièces.

Au moment où le général ennemi, n'ayant plus d'obstacles de front, croit avoir le temps d'éviter la charge de flancs, dont le menace le général Vincent; le colonel Ordèner, à la tête du 3oe régiment de dragons, s'est frayé un chemin à travers les jardins, il tombe sur le flanc de l'ennemi, et le force d'abandonner les pièces. Le major Evain, en met plusieurs en batteries, et seconde, par un feu de mitraille, la charge des dragons. La garde nationale postée à la barrière, accourt soutenir l'artillerie. L'ennemi se retire, emmenant plusieurs pièces et quelques prisonniers, dont six élèves de l'école polytechnique : quinze avaient été blessés. La retraite de l'ennemi décida la rentrée de nos réserves.

La bataille, un moment suspendue à l'autre extrémité de la ligne, a repris avec plus d'activité. Barclay-de-Tolly a vu déboucher les premières colonnes de l'armée de Blücher. A peine celui-ci a-t-il détaché la cavalerie des corps prussiens au secours du point le plus menacé, qu'il recommence l'attaque avec plus d'assurance et de vigueur.

Les Français qui, sous les ordres du général Arrigi, occupaient encore le plateau de Malassise, sont attaqués par une autre division russe.

Dans cette position nos troupes ayant à dos des escarpements ou des pentes rapides, se replient, et le général Arrigi, qui gardait comme postes avancés Charonne et Bagnolet, prend sa ligne sur la berge gauche du vallon. Le général russe Mezenzow attaque Bagnolet, et Gortschakow Charonne; la fusillade s'engage; les Russes avancent. Le maréchal Marmont est obligé de marquer la retraite d'Arrigi, dans le parc Saint-Fargeau, et de la cavalerie Bordesoult dans les gorges de Charonne. L'ennemi est bientôt maître de Charonne et de Bagnolet; ses tirailleurs débouchent pour se porter sur la barrière de Fontarabie et tourner le cimetière de Mont-Louis.

Mais depuis le matin, la butte de Fontarabie est défendue par une batterie de quatre pièces et un bataillon de la 7e légion de la garde nationale. Ce détachement appuyé aux escarpements que forment les carrières de Mont-Louis, se liait, par sa droite, à ceux des 8e et 9e légions qui occupaient le petit faubourg en avant de Montreuil, et dont les tirailleurs couvraient les vignobles et les jardins, entre ce faubourg et Charonne.

La batterie de Fontarabie arrête les colonnes russes. Cinquante gardes nationaux sortent des rangs, et vont tirailler contre la colonne ennemie qui se renferme dans Charonne.

Le centré et la gauche du maréchal Marmont, étaient assaillis par des forces plus considérables. La division Pitzchnitzki, impatiente de réparer l'échec qui l'avait rejetée de Pantin, s'avance sur le chemin de Romainville. Deux régiments de cuirassiers soutiennent son flanc gauche, et son flanc droit est appuyé par huit bataillons de grenadiers; de nombreux tirailleurs la précédent. La brigade du général Chabert, est forcée de se replier devant des forces aussi imposantes, et qui bientôt marchent à grands pas sur le chemin de Belle ville.

La division du général Riccard, se maintenait encore à la hauteur du parc de Brière. Tous les autres corps de Marmont étaient dispersés. Ce n'est plus qu'une mêlée confuse ; les tirailleurs se rallient par pelotons, pour opposer plus de force à l'issue des débouchés. Ces progrès alarmants décident le maréchal à tenter un dernier effort. Il ordonne au général Clavel de se plier en colonne d'attaque, et il marche à sa tète contre la division Pitzchnitzki, mais une batterie russe placée dans le bois, sur une butte, d'où elle plonge sur la route, met le désordre dans ses rangs. Les grenadiers ennemis l'abordent par le flanc gauche, les cuirassiers par la droite, elle est enfoncée. Le maréchal a un cheval tué sous lui, son chef d'état-major est blessé, le général Clavel, également blessé, est pris. La réserve est entraînée par les fuyards. Mais le général Compans poste de suite un bataillon de la jeune garde, à la butte du télégraphe; le colonel Ghineser, qui occupait le parc de Brière, tombe avec deux cents hommes sur les derrières des grenadiers russes; ils s'arrêtent, et le maréchal rallie au télégraphe ses colonnes éparses.

Il reforme sa ligne dans la position de Mont-Louis et des prés Saint-Gervais, douze mille hommes étaient nécessaires pour la couvrir, il n'en avait que cinq mille, harassés de fatigue. Il ordonne aux généraux Bordesoult et Clavel de couvrir, avec leur cavalerie, le flanc droit de Mesnil-Montant et la position de Mont-Louis. Arrigi rappelé de Bagnolet, s'établit dans le parc Saint-Fargeau, en tête de Mesnil-Montant. Le parc se garnit de batteries et de tirailleurs. Les divisions Riccard, Lagrange et Ledru, s'étendent du télégraphe, jusqu'au-delà de Belleville. D'autres corps continuent la ligne, jusqu'au canal de l'Ourcq. La cavalerie Bordesoult et Chastel, amoncelée sur le flanc de Mesnil-Montant, était plus embarrassante qu'utile, et aurait pu rendre d'éminents services dans la plaine.

Barclay-de-TolIy, maître de Brière, de Charonne et de Bagnolet, redouble d'efforts, pour enlever les nouvelles positions du maréchal Marmont. On se battait avec autant d'acharnement, entre les hauteurs et le canal de l'Ourcq. Le général Michel venait d'être blessé; la division Curial était venue renforcer sa brigade de droite, quand le général Katzler manœuvra pour appuyer la gauche de Barclay-de-Tolly à Pantin, parvenu au-delà de la ferme de Rouvroy, il s'avance entre le canal et Pantin. Les grenadiers russes débouchent du village; mais une batterie de douze pièces, les force de s'abriter derrière les maisons,et la cavalerie prussienne cherche à se couvrir des clôtures de la ferme de Rouvroy.

Cependant, le maréchal Mortier rappelle le général Curial à la gauche du canal, et le colonel Sécretant reste seul, pour couvrir les Maisonnettes et le flanc de Belleville. La butte Chaumont n'a pour défense, qu'un faible détachement de gardes nationaux, des 5e et 6e légions, et une batterie de quatre pièces, servie par les élèves de l'École polytechnique. L'intervalle entre les buttes Chatimont et Beauregard, était peu garni; et la position du maréchal Marmont pouvait être facilement tournée.

Barclay-de-Tolly fait attaquer en même temps, par des forces considérables, Mesnil-Montant, Belleville et Pré-Saint-Gervais. Il éprouve d'abord, sur tous les points, la plus vigoureuse résistance. La cavalerie Chastel s'élance sur les colonnes de Mezenzow; l'artillerie de Mont-Louis les bat d'écharpe. Les rangs russes s'éclaircissent; mais le gros des colonnes gravit, sous notre feu, les pentes du bassin de Charonne. Notre cavalerie se replie, par les rampes des chemins, sur les barrières.

L'ennemi a pénétré dans Mesnil-Montant, la cavalerie Pahlen a forcé les tirailleurs, et les détachements qui défendaient les faubourgs de Montreuil et de Fontarabie à se replier aussi sur les barrières, et menace le flanc de notre cavalerie.

L'infanterie et l'artillerie russes couvrent les hauteurs de Mont-Louis et de Mesnil-Montant, et se disposent à lancer des obus dans les faubourgs. Arrigi est rejeté de Mesnil-Montant sur Belleville ; cependant la batterie qui tenait en échec les ennemis n'a plus que des boulets d'un calibre inférieur, et ne porte que des coups incertains. Les corps de la garde impériale se replient sur les barrières, à travers le hameau des Maisonnettes.

Le général Yermolow est maître du faubourg extérieur: il poursuit sa marche en armant chaque position dont il s'est emparé. Des gardes nationaux volent spontanément à la défense de la butte Chaumont. Leur résistance est inutile ; les tirailleurs ennemis ont déjà pénétré dans dans les rues basses de Belleville, sur la butte des Trois Moulins, et là, comme à Mont-Louis, l'ennemi s'apprête à lancer des obus sur Paris.

Une autre colonne russe prenait à revers le pré SaintGervais, que bordait déjà de front les Wurtembergeois. Le général Compans lance contre les Russes l'escadron d'éclaireurs polonais. Les tirailleurs ennemis sont refoulés sur leurs masses. Le général Compans se hâte de rappeler la division Boyer,que ce mouvement a dégagée, et qui effectue sa retraite à travers tous les obstacles. Cette retraite arrête, un instant, le prince de Wurtemberg. Ses soldats gravissent la butte Beauregard; ses tirailleurs ont rejoint, dans Belleville, ceux d'Yermolows

Le maréchal Marmont, défendant en personne la tête de Belleville et la position du télégraphe contre les Busses, est en même temps menacé sur ses flancs et sur ses derrières. Réuni à la tête de ses généraux et de ses troupes, il se précipite avec eux sur les Russes. Il est atteint d'une balle : les généraux Riccard et Pelleport sont aussi blessés ; mais nous sommes maîtres des villages, et le général Lagrange a repris sa première position.

Le maréchal s'empresse de rétablir l'ordre dans sa ligne. Il fait occuper la rue haute qui conduit à MesnilMontant, et distribue le reste de son infanterie dans les rues basses, pour en chasser l'ennemi.

Maître de la butte du Moulin, et dominant la grande rue, c'est là qu'il aperçoit l'ennemi lancer, des hauteurs de Charonne et de Mesnil-Montant, des obus sur Paris, et la division Pahlen acculant notre cavalerie à la barrière.[/aligner]

McDonald

Re: Campagne de France : bataille de Paris, mars 1814

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[aligner]Il crut dès-lors que Paris même allait devenir le théâtre de nouveaux combats. Pour prévenir ce malheur, il pensa qu'il était temps de faire usage de l'autorisation du roi Joseph, qu'il avait reçue à une heure ; mais alors tout n'était pas désespéré. Avant d'entamer les négociations, il voulut connaître la situation du maréchal Mortier. L'officier, porteur de la dépêche du roi Joseph, s'était égaré. Le maréchal Mortier répondit à l'officier envoyé par le maréchal Marmont , qu'il fallait consulter le roi Joseph, qu'on faisait inutilement chercher depuis trois heures.

Le maréchal Marmont n'avait pas un instant à perdre; il envoie un de ses aides-de-camp au généralissime. On convint d'une suspension d'armes de deux heures; mais, en achevant de céder les hauteurs, le maréchal se bornerait à défendre l'enceinte de Paris, et se concerterait avec son collègue, pour une convention définitive, dont l'évacuation de Paris serait la condition principale.

Le maréchal Marmont se hâte de faire informer son collègue de la trêve et des conditions. On se battait avec autant d'intrépidité dans la plaine que sur les hauteurs. Le général Langeron faisait replier, d'Aubervilliers sur la Chapelle, les tirailleurs du colonel Robert et les détachements d'infanterie et de cavalerie qui cherchaient à introduire des vivres et des munitions dans Saint-Denis. Les autres colonnes russes se retiraient, avec leurs troupes, sur Clignancourt et la Chapelle.

Parvenu à la hauteur de Saint-Ouen, Langeron avait dirigé, sur le chemin des Batignolles, un détachement et une batterie, pour observer la barrière de Clichy: il faisait, sur un autre point, observer la plaine et les détachements de la garde nationale. Le maréchal Mortier, que ce mouvement n'inquiétait point, et qui avait besoin de toutes ses forces pour résister à l'armée de Silésie, se contenta de faire observer les détachements de Langeron. Il s'est rassuré sur ce point. Les colonnes russes et prussiennes s'avancent en même temps sur la Villette et la Chapelle, l'artillerie que le maréchal conservait dans la redoute de 1792, foudroie les masses ennemies. Le colonel Christophe charge la cavalerie des alliés; mais nos dragons, pris en flanc par les hussards de Brandebourg, sont culbutés sur l'artillerie. La division Charpentier défend pied à pied la Chapelle. Deux colonnes de Russes et de Prussiens veulent forcer l'entrée de la Villette. La division Curial est rejetée dans les rues et derrière les flanqueurs, qui se trouvaient entre le canal et les maisons.

Cependant le colonel Sécretant, grièvement blessé, gardait encore la position des Maissonnettes, et cent soixante chasseurs vétérans défendaient avec intrépidité le premier pont du canal à droite du village; mais ils venaient d'être forcés de repasser le canal, quand le maréchal Mortier envoyait à leur secours les grenadiers flanqueurs, qui, rencontrant la colonne ennemie, s'élancent sur elle, et la rejettent de l'autre côté du canal ; le pont est dégagé; mais, tandis qu'ils poussent une partie de la colonne,les Prussiens se massent derrière eux : ils sont forcés de s'arrêter, et de faire face de tous côtés. On leur crie de se rendre: ils répondent en se frayant un passage à travers les masses ennemies.

Le gros de la même division combattait avec la même valeur dans la grande rue de la Villette. Presque tous les soldats étaient de Paris : les plus âgés n'avaient pas trente ans, mais ils avaient grandi dans les camps. Ils arrêtent la colonne qui s'avance dans la grande rue, et lui reprennent quatre pièces de canon. La garde prussienne, qui a forcé le pont du canal, se présente vers le point où le village aboutit à Paris. Le maréchal voit le danger, se hâte de rappeler ces braves et de marquer leur retraite sur les barrières. Elle se fait dans le meilleur ordre. Les troupes stationnées entre la Villette et la Chapelle font aussi leur mouvement rétrograde par échiquier, sous la protection de l'artillerie. La brigade du colonel Robert et la colonne du général Capitaine exécutent également leur retraite avec autant de précision que de fermeté.

Pendant ce mouvement rétrograde, Langeron se dirigeait vers Montmartre, les Batignolles et le bois de Boulogne. La cavalerie ennemie commençait à dépasser Clichy. Le général Belliard place la sienne au pied de Montmartre, laissant à droite le village de Clignancourt, et appuyant sa gauche à la Platrière, sur le chemin de Saint-Ouen. Dans cette position, les chasseurs, les marneloucks , les éclaireurs de la garde, ayant pour réserve les grenadiers, masqués par la Platrière, et trois cents gardes nationaux de la 2e légion, engagèrent une fusillade, à droite de ce chemin, contre les Russes.

Le maréchal Mortier n'avait que sa cavalerie à opposer à Langeron: il avait besoin de toutes ses autres troupes, pour contenir, en avant des barrières, les corps de Kleist, d'Yorck et de Woronzow. Le maréchal reçoit alors la première communication de son collègue Marmont. Il n'avait pas encore reçu l'autorisation du roi Joseph ; elle ne lui parvint qu'à cinq heures. On ignorait, sur ce point, la disparition de ce général en chef. Malgré l'embarras de sa position, le maréchal imposait encore à l'ennemi, qui n'osait pas aborder Montmartre.

Il reçut presqu'en même temps un autre message encore plus extraordinaire. Le général Dejean , aide-de-camp de l'empereur, qui l'avait expédié de Dolancourt, et qui, par conséquent, aurait eu le temps d'arriver lui-même, vint l'instruire verbalement de ne pas chercher à sauver la capitale par la force des armes, mais de la garantir de l'invasion étrangère, en transmettant au généralissime les nouvelles propositions qu'il faisait à l'empereur d'Autriche, et qui, disait-il, devaient infailliblement amener la paix. Le maréchal ne pouvait croire qu'elles fussent favorablement accueillies après la perte d'une bataille. Il expédia néanmoins le général Lapointe, son chef d'état-major, avec une dépêche confidentielle pour le généralissime.La réponse de celui-ci fut telle qu'il l'avait prévue. Schwartzemberg déclara que son souverain ne pouvait traiter séparément de la paix. Il joignit à cette réponse un exemplaire de la déclaration des puissances alliées, après la rupture du congrès de Châtillon.

Le général Lapointe n'était pas encore de retour, lorsque le comte Orlow, aide-de-camp de l'empereur de Russie, vint sommer le maréchal de mettre bas les armes. Le maréchal, justement choqué d'une telle sommation, répondit que les alliés, pour être au pied de Montmartre, n'étaient pas encore maîtres de Paris ; que l'armée s'ensevelirait sous ses ruines, plutôt que de souscrire à une capitulation honteuse ; qu'au reste, quand il ne pourrait plus se défendre, il savait encore comment effectuer sa retraite devant et malgré l'ennemi: mais déjà le maréchal Marmont avait conclu sa suspension d'armes. Le maréchal Mortier en fut informé et se réunit à son collègue pour obtenir une convention digne de leur glorieuse résistance.

Tous deux se rendent à la Villette, où se trouvèrent, de la part des alliés, M. Nesselrode, ministre de l'empereur Alexandre; le comte Orlow ; M. de Paer, aide-de-camp du généralissime, et le capitaine Peterson, délégué du commissaire anglais. En même temps des aides-de-camp et des officiers de l'état-major des deux armées allaient, précédés d'un trompette, annoncer, sur toute la ligne, la suspension d'armes et faire cesser les hostilités.

Les hauteurs de Montmartre devaient être remises aux troupes alliées, d'après la clause qui donnait pour ligne aux maréchaux l'enceinte même de Paris. Un aide-de-camp de l'empereur de Russie fut expédié à Langeron pour l'en informer.

Ce général, né Français, devait-il signaler la fin de cette désastreuse journée par la plus scandaleuse violation du droit des gens et des lois de la guerre ? Devait-il s'obstiner à obtenir, par des flots de sang, la possession d'une position, dont les conditions de la trêve lui assuraient la remise?

Je vais rappeler successivement ce qui s'était passé depuis le matin sur ce point de la ligne, que tous les efforts de l'ennemi n'avaient encore pu entamer, et indiquer quelques autres incidents de cette longue bataille.

Quelques détachements de la garde nationale parisienne avaient occupé Montmartre dès la pointe du jour. Les légions les plus éloignées avaient envoyé des pelotons de grenadiers et de chasseurs. A onze heures et demie, au moment du départ du roi Joseph, des officiers-généraux donnèrent l'ordre à ces détachements de descendre aux Batignolles et dans la plaine de Clichy. Il ne restait à Montmartre qu'un très-petit nombre de vétérans et de conscrits. On dirigea plus tard, sur ce point si important, un faible détachement de sapeurs-pompiers de la garde impériale.

Deux batteries, l'une de sept, l'autre de deux pièces, avaient été placées au moulin de la Lancette et au moulin Neuf. Utiles pour battre la plaine, elles ne pouvaient rien sur des masses parvenues au pied de la montagne. Les attaques de Langeron ne pouvaient être comprimées que par la cavalerie et l'artillerie légère placées à Clignancourt.

Déjà la cavalerie du général Emmanuel arrivait, parla route de Clichy, à la hauteur de Villiers. Ses tirailleurs étaient aux prises, dans la plaine, avec les gardes nationaux , et pouvaient menacer les faubourgs des Batignolles et de Mouceaux. Une autre colonne d'infanterie ennemie s'avançait, avec une batterie, par le chemin de Saint-Ouen, et vint prendre position sur la croupe qui descend de la butte des Gardes vers Clichy.Comme l'extrême gauche de notre armée ne s'étendait que jusqu'à Montmartre, les faubourgs et l'enceinte, jusqu'à la barrière Clichy, n'étaient défendus que par la garde nationale.

Dès que le maréchal Moncey aperçut les mouvements du général Langeron, il confia au chef de bataillon Odiot le commandement de la deuxième légion, resté vacant par le départ de Regnaut de Saint-Jean-d'Angely, appelé à Blois. Il fait avancer, à la barrière Clichy, et sur la chaussée de Saint-Ouen, une batterie légère, et deux pièces établies sur la butte des Deux-Moulins, destinées à battre la colonne et l'artillerie que l'ennemi dirigeait sur la croupe de la butte des Gardes.

Les détachements de gardes nationaux, descendus à midi de Montmartre dans la plaine, assaillis par les troupes légères russes, se replient sur les Batignolles. Le maréchal Moncey leur ordonne de se jeter dans les maisons pour y soutenir leur feu avec plus d'efficacité et moins de risque. "Nous n'avons pas peur; nous ne voulons pas nous cacher" répondent les gardes nationaux. Le maréchal visite successivement les autres barrières. Partout les mesures les plus sages sont ordonnées par le chef de la garde nationale, et exécutées avec la plus courageuse activité par les citoyens. Elles fixèrent l'attention de l'ennemi.

La colonne qui suivait le chemin de Saint-Ouen s'arrête; celle qui marchait par le chemin de la Révolte, tâche de rejeter nos tirailleurs sur les barrières. Parvenu à la porte Maillot, le général Emmanuel n'ose engager toute sa colonne dans le bois de Boulogne. Cependant de nombreux tirailleurs, que suivent des troupes légères, et quelques pièces, se dirigent sur la barrière de l'Etoile.

Une attaque plus sérieuse menaçait Montmartre.Tandis qu'un nombreux détachement et de l'artillerie, s'avancent sur la butte des Gardes, vingt bataillons russes se dirigent entre la butte et la gauche de Clignancourt. Ces colonnes, que précède une artillerie formidable, arrivent à portée de fusil de la cavalerie du général Belliard. Le chef d'escadron Lafitte, à la tête des chasseurs, le général Sparre, avec le cinquième et douzième de dragons, les chargent ; ils sont obligés de se replier au pied de Montmartre. Le général Belliard ne peut plus se déployer dans la plaine. Langeron réunit trente-six pièces, et fait pleuvoir la mitraille sur notre cavalerie. Elle fait volte-face, et se retire par les rues étroites et rapides qui conduisent au sommet de Montmartre.

Le général Belliard aperçoit, sur le flanc gauche de la butte, le détachement des sapeurs-pompiers de la garde, les place dans un enclos à mi-côte, et leur prescrit de tenir ferme. Comment cette poignée de braves pouvait-elle arrêter les colonnes ennemies, contre lesquelles n'avaient pu tenir plusieurs de nos régiments ?

Les Russes ont franchi, non sans perte, ce dernier obstacle; ils gravissent la butte et couvrent la naissance des rampes qui descendent à Paris.

La cavalerie du général Belliard était rentrée par les barrières que tenait encore le maréchal Mortier. Deux escadrons se retiraient par les boulevards extérieurs. Le chef de l'état-major de la garde nationale invite leur chef à venir protéger la gauche du général Moncey, qui tenait encore la tête des Batignolles. Ils s'y rendent, contiennent quelque temps les troupes russes; mais ils sont bientôt forcés de se replier sur la barrière de Mouceaux.

Le maréchal Moncey improvisa la défense de la barrière de Clichy. Les gardes nationaux étaient postés aux fenêtres et sur la plate-forme du bâtiment carré en avant de la barrière, aux créneaux du tambour en charpente; les canonniers vétérans étaient aux embrasures. Les tirailleurs ennemis sont chassés des rues et forcés de se jeter dans les maisons.

Le maréchal conçoit l'idée de ménager à sa troupe un dernier retranchement, qu'il ordonna de construire à la hâte avec des charrettes et les bois d'un chantier. Bientôt les hommes, les femmes, les enfants, quelques sapeurs-pompiers, réunissent leurs efforts, et un autre retranchement s'élève au bas de la rue. L'ennemi ne franchit pas les premières maisons du faubourg. La trompette annonce le parlementaire qui venait proclamer l'armistice; le feu cesse. Mais les gardes nationaux de la première légion combattaient encore à la barrière de Neuilly contre les troupes du général Emmanuel. L'arrivée du parlementaire sur ce point mit fin à cette lutte.

Les hostilités avaient enfin cessé sur toute la ligne. Elles se renouvelèrent tout-à-coup à la barrière Clichy. Les tirailleurs russes, établis dans les maisons voisines, font un mouvement menaçant; les gardes nationaux, dans le bâtiment extérieur, reprennent les armes; le feu recommence. Le général Langeron envoie un parlementaire; le maréchal Moncey le fait accompagner par son chef d'état-major; à Montmartre, pour se concerter sur les moyens de prévenir toute reprise d'hostilité.

Cependant les maréchaux Mortier et Marmont, et les commissaires des alliés, discutaient à la Villette les conditions de la capitulation. La délibération fut très-longue et très animée. Il fut enfin convenu que l'armée se retirerait avec son matériel, et aurait la nuit entière pour son évacuation; que les troupes alliées entreraient à Paris à six heures du matin, et ne pourraient commencer les hostilités avant neuf heures.

Ces conventions ne furent d'abord que verbales. Le maréchal Marmont se chargea de les rédiger et signer, au nom de son collègue, avec les comtes Orlow et de Paer.

L'armée remit à la garde nationale les barrières qu'elle avait si vaillamment défendues. Tous les postes intérieurs furent relevés.

L'armée du maréchal Mortier évacua immédiatement Paris,sous les ordres du général Curial, par les boulevards extérieurs et le pont d'Austerlitz, suivit la route de Fontainebleau et s'arrêta à Villejuif à minuit, faisant face à Paris. La cavalerie du général Belliard suivit de près.

L'armée du maréchal Marmont se réunit aux Champs-Elysées; le lendemain, à quatre heures du matin, les colonnes, défilant par les ponts d'Iéna et de la Concorde, sortirent par les barrières d'Orléans et du Maine.

L'empereur de Russie et le roi de Prusse contemplaient, de la butte Chaumont, cette magnifique cité, dont la conquête semblait les étonner encore. Le général Barclay-deTolly fut élevé par Alexandre au grade de feld-maréchal. Toutes les troupes bivouaquèrent aux environs de Paris.[/aligner]


Récit de la bataille de Paris extrait de Napoléon et la Grande-Armée, de Pierre Réené AUGUIS, 1822.

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