L'AFFAIRE DE GOLYMIN

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Tibule

Marx et Schwartz arpès Golymin

Message par Tibule »

J'ai lu récemment que les fameux colonels commandant les 5ème et 7ème Hussards de Lasalle avaient été promus à des grades supérieurs après Golymin, mais soigneusement écartés des champs de bataille à cause de la célèbre panique qui s'empara de la "Brigade Infernale"lors dudit combat .Est-ce vrai et quelles furent précisément leurs nouvelles fonctions au sein de la Grande Armée? :salut:
Jean-Baptiste Muiron

Re: Marx et Schwartz arpès Golymin

Message par Jean-Baptiste Muiron »

Schwarz fut fait général de brigade le 30 décembre 1806, puis le 18 janvier 1807 commandant du camp volant de Saint-Lô.

Marx fut fait général de brigade le 30 décembre 1806, puis admis à la retraite, et autorisé le 30 mai 1807 à passer au service de Murat, Grand Duc de Berg (en qualité d'écuyer).

:salut:
Saint Clair

L'AFFAIRE DE GOLYMIN

Message par Saint Clair »

Campagne de Pologne - 26 décembre 1806
Face aux batteries russes, une quinzaine de pièces, qui sont déjà en position, le général Lasalle fait déployer ses escadrons en bataille. Ils sont hors de portée du tir ennemi. Le maréchal Murat vient de donner ses ordres :
- Dites au général Marulaz de charger la cavalerie...au général Lasalle d'enlever les pièces... Tout de suite ! Allez ! Je les appuie avec Milhaud et Klein.
Les sabres sont au clair et l'ordre d'attaque est donné lorsque, dans les rangs, retentit un "Halte !" qui va être répété d'un bout à l'autre de la Brigade infernale. Au même moment, la brigade Marulaz est bousculée par vingt escadrons de grosse cavalerie russe. Les hussards de la Brigade infernale prennent peur et fuient. Lasalle se retrouve seul avec la compagnie d'élite du 7ème régiment.
Que s'est-il passé ? Certains osent croire à un contre-ordre de Murat. Il n'en est rien. Plus prosaïquement, force est de constater que la grêle, puis la neige, qui n'ont cessé de tomber pour former un cloaque de boue ont eu raison de la volonté des hommes. Les yeux rougis de fatigue et de fièvre, après toutes les atrocités vécues au cours dela campagne, chacun manifeste un effroi bien compréhensible face à la boucherie qui s'annonce.
Je ne développe pas volontairement cette partie du sujet puisque de nombreux auteurs émértes l'ont fait avec talent. Je citerai, parmi mes préférés, Monsieur Marcel Dupont pour son ouvrage consacré au général Lasalle. Cette partie de l'histoire me paraît, à ce stade, tout à fait crédible.
Je suis, par contre, plus circonspect en ce qui concerne la suite. Vous la connaissez et je me garderai de la narrer afin de ne pas alourdir mon propos.

Venons-en au coeur du sujet : je ne parviens pas à croire qu'un officier général de l'envergure de Lasalle ait pu, de façon aussi intentionnelle, placer ses hommes à portée des canons ennemis au risque de voir deux régiments disparaître sans avoir livré le moindre combat. Le sous-lieutenant Curély nous rapporte :
"Pour donner une idée de la perte que fit cette brigade par le feu du canon en punition de son mouvement rétrograde, il me suffira de dire que le général, qui se tenait en tête, eut deux chevaux tués sous lui. Des hommes et des chevaux tombaient à tout moment, personne ne bougea, et l'on n'entendit pas même un murmure."
Peut-on douter de la véracité de cette scène, pourtant relatée bien des années plus tard, lorsque Curély aura atteint le grade de général ? Bien des historiens ont, depuis, relayé l'anecdote. Monsieur Alain Pigeard, in Tradition magzine n° 140, précise : "Lasalle, furieux, fait alors placer ses cavaliers face aux russes en ligne de bataille, pendant quatre heures avec interdiction de bouger, et ce jusqu'à la nuit..." Curély avance, quant à lui, minuit.

Si cela avait été, il est fort à penser que les russes auraient, en 4 heures, détruit la quasi-totalité des deux régiments, 700 cavaliers, présents et immobiles comme sur un champ de foire. Hors, j'ai pu lire, par ailleurs, que les pertes à Golymin ne furent que de dix hommes (j'ai égaré, sur l'instant, mes sources concernant ce nombre).

Bref, je vous livre, tout de go, le fond de ma pensée : je ne parviens pas à croire, depuis deux ans que je me suis repris de passion pour le premier Empire, que tout cela ait pu avoir lieu. Cela ne se peut pas. Je n'ai aucune certitude, bien sûr, mais le premier indice m'a été fourni par le Docteur Hourtoulle qui, dans son ouvrage consacré au général Lasalle, en face d'un superbe tableau de Monsieur Jack Girbal représentant Lasalle à Golymin, légende "Mythe ou réalité ?"

Et puis vinrent ensemble Natalia Griffon de Pleineville et Vladimir Chicanov qui, in "Napoléon en Pologne - la campagne de 1806-1807" (Editions LCV) écrivent sans retenue :
"Soulignons toutefois que le récit de cette "panique"ne se rencontre que dans les souvenirs de Curély; il doit donc être considéré avec précaution, les états de pertes des régiments de Lasalle à Golymin ne se concordant pas avec cette version des évènements."
Je jubile : c'est une petite porte qui s'ouvre sur une autre vérité historique, à mes yeux plus conforme à ce que je crois être la personnalité du général Lasalle.
Comme lui, je suis né à METZ, et si la s'arrête la comparaison - personne n'avait d'ailleurs l'intention de la faire - je me ferai néanmoins le chantre de sa "réhabilitation" dans l'affaire de Golymin.
Mais j'attends, bien sûr avec impatience, vos commentaires sur la question.
Turos M. J.

Message par Turos M. J. »

...je pense que au Golymin pouvaient etre les choses terrible. Pourquoi - l'armee francaise ont attaque avec l'ouest meridien sur le lever boreal alors en aval a la part du village où se trouvait l'eglise cerné les prairies boueux. Pendant cette journee aussi il peuvait, il neigeait - mais a ete, comme au Pultusk l'orage.
Je pourrai chercher les photos de Golymin - aujourd'hui apres les averses les prairies sont sous l'eau.
Monument au champs de bataille est place sur la butte.
Je ne suis pas historicien, mais j'admire randonne pedestre par les traces cettes batailles - Okunin, Czarnowo, Golymin et autres.
Amities et :salut:
cyr-phuong jacobin94

Message par cyr-phuong jacobin94 »

Et puis vinrent ensemble Natalia Griffon de Pleineville et Vladimir Chicanov qui, in "Napoléon en Pologne - la campagne de 1806-1807" (Editions LCV) écrivent sans retenue :
"Soulignons toutefois que le récit de cette "panique"ne se rencontre que dans les souvenirs de Curély; il doit donc être considéré avec précaution, les états de pertes des régiments de Lasalle à Golymin ne se concordant pas avec cette version des évènements."

Là est le noeud de la question : ce récit ne se trouve-t-il vraiment que chez Curély ? Mais j'ai du mal aussi à croire à un tel scénario : si Lasalle était un cavalier téméraire, ce n'était pas un caractériel, et faire tuer, sans bouger, des centaines d'hommes, uniquement pour les punir d'une certaine "lâcheté" (j'ai bien mis le mot entre guillemets), je ne peux l'envisager. Ce que je crois, avec l'appui de mes faibles lectures sur le sujet, c'est que la brigade de Lasalle était suffisamment éloignée de la ligne de tir russe, et qu'il s'agissait surtout pour lui de mettre ses hommes en face du danger, sans broncher, mais sans que cela ait de trop lourds conséquences sur le nombre des pertes. Une sorte de "thérapie", en quelque sorte, pour leur faire dominer une peur bien compréhensible!
Cordiales salutations. :salut: :salut:
Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

« Vers deux heures de l’après-midi on ordonna l’attaque ; la droite de la ligne de notre cavalerie avait sa droite appuyée au bois. La brigade Lasalle avait l'extrême gauche et devait charger sur l'artillerie russe. A peine cette brigade eut-elle fait vingt pas en avant pour charger, qu'on entendit crier : "Halte ! Halte !", et ce cri fut répété dans les deux régiments.
L'ennemi ne tira pas un coup de canon, et cependant les deux régiments se rompirent, se mirent en retraite et furent se rallier à un demi-quart d'heure ; chose aussi étonnante autant qu’inconcevable, il n'y avait pas un cavalier ni un fantassin en face de cette brigade. Il y avait, à la vérité, 7 ou 8 canons qui, en les chargeant rapidement n'auraient peut-être pas tirer ; dans tous les cas ils auraient été pris après la première décharge.
La cavalerie de notre droite ne fut pas arrêtée dans son mouvement de charge et elle renversa l'ennemi qui chargeait aussi de son côté. Notre cavalerie prit à l’ennemi bon nombre d’hommes et de chevaux et deux étendards.
Aussitôt que la brigade Lasalle fut ralliée, ce général fit chercher la compagnie d'élite du 7ème de hussards qui était restée sur le terrain qu’on venait d’abandonner et sans le moindre danger.
La brigade réunie, le général Lasalle la mena sous le canon ennemi. Elle y resta jusqu'à minuit sans bouger. Pour donner une idée de la perte que fit cette brigade par le canon ennemi, en punition de son mouvement rétrograde, le général, qui se tenait à la tête, eut deux chevaux tués sous lui ; les hommes et des chevaux tombaient à tout moment : personne ne bougea ; on n'entendit pas seulement un murmure »

Curély (Itinéraire d'un cavalier léger du Premier Empire)

Le rapport de Murat ne donne que ceci :
"L'ennemi a fait volte-face et la brigade Lasalle et celle du général Marulaz ont été chargées et vigoureusement culbutées."
Lepic34

Message par Lepic34 »

:salut:
Le jour du combat de Golymin, la brigade Lasalle forme l'extrême gauche et a pour mission de charger l'artillerie russe. A peine la charge est-elle engagée de vingt pas que le cri Halte se propage sur toute la ligne; nul ne sait qui l'a prononcé. Le 5e et le 7e hussards font demi-tour; ils ne sont ralliés qu'après quelques minutes. Lasalle se retourne et ne comprends pas : seule de toute la brigade, la compagnie d'élite du 7e hussard placée immédiatement derrière le général est restée ferme à son poste. Le reste de la cavalerie française charge pendant ce temps les russes, leur fait de nombreux prisonniers et prend deux étendards. Dès que la brigade est de nouveau ralliée, le général Lasalle envoie chercher la compagnie d'élite du 7e qui est restée seule sur le terrain, abandonnée par les autres cavaliers. Furieux, Lasalle fait alors placer ses cavaliers face aux russes en ligne de bataille pendant quatre heures avec interdiction de bouger. Mais le général montre l'exemple: il est à cheval, vingt pas en avant de ses troupes et il a son cheval tué sous lui. Un brigadier de la compagnie d'élite saute à terre, amène son cheval et veut le desseller afin de placer son dos la belle selle à tapis cramoisi et aux passementeries d'or. Lasalle l'en empêche : Merci heissler dit-il. Dix cavaliers du régiment sont tués. Une seconde fois le cheval du général s'écroule; toujours aussi calme il enfourche la jument grise d'un trompette. Le lendemain, les hussards se vengent en poursuivant les russes dans les chemins défoncés. La brigade infernale a expié.
:salut:
:aigle: :aigle: :aigle:
Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Une autre "punition" contée par Coignet.
Veille de Marengo :

« La 24e demi-brigade fut détachée pour pointer en avant, à la découverte. Elle marcha très loin et finit par rencontrer des Autrichiens. Même elle eut avec eu une affaire très sérieuse. Elle fut obligée de se former en carré pour résister à l'effort des ennemis. Bonaparte l'abandonna dans cette position terrible. On prétendit qu'il voulait la laisser écraser. Voici pourquoi. Lors de la bataille de Montebello, cette demi-brigade ayant été poussé au feu par le général Lannes, commença par fusiller ses officiers. Les soldats n'épargnèrent qu'un lieutenant. Je ne sais au juste quel pouvait être le motif de cette terrible vengeance. Le consul, averti de ce qui s'était passé, cacha son indignation. Il ne pouvait sévir en face de l'ennemi. Le lieutenant, qui avait survécu au désastre de ses camarades, fut nommé capitaine, l'état-major recomposé immédiatement. Mais néanmoins on conçoit que Bonaparte n'avait rien oublié.
Vers les cinq ou six heures du soir, on nous envoya pour dégager la 24e. Quand nous arrivâmes, soldats et officiers nous accablèrent d'injures, prétendant que nous les avions laissé égorger de gaieté de coeur, comme s'il dépendait de nous de marcher à leur secours. »
Saint Clair

Message par Saint Clair »

Merci à vous d'avoir pris le temps de répondre à un sujet qui me tient à coeur depuis un petit bout de temps.
Je suis fort aise de constater que vous abondez dans mon sens même si, et sauf à considérer que le général Curély avait un compte rétrospectif à régler avec celui qui fut son chef de brigade à l'époque considérée, certains éléments, rapportés par divers historiens, certains éléments demeurent troublants.
Je cite M. Marcel Dupont :
"Soudain, un frisson secoue la ligne et cent cris étouffés se fondent en une faible plainte. Lasalle vient de s'écrouler. Son cheval s'est abattu, le ventre ouvert;ses entrailles se répandent dans la boue. Déjà Lasalle est debout. Un long soupir soulage les poitrines. Le brigadier Heisser, du 7e, a sauté à terre et lui offre sa monture. Il veut retirer au cheval tué - pour la mettre sur le sien - la belle selle au tapis cramoisi brodé d'or, mais le général l'en empêche.
- Merci, Heisser.
D'un bond, il a sauté sur la selle de troupe à chabraque en peau de mouton et reprend sa place comme si rien ne s'était passé."

Ah, si Heisser pouvait parler, nous serions définitivement fixés ! Comment croire à un comportement suicidaire d'un Lasalle qui n'aurait, du reste, jamais permis que ses hommes fussent tués aussi stupidement ? Tant qu'à mourir, autant que ce soit avec panache.

La réponse me paraît désormais aussi simple qu'évidente. Elle nous est donnée par le grand Duc de Berg, dont le rapport nous est communiqué par Drouet Cyril : il n'est fait aucunement mention d'une telle folie.
Et dans le cas contraire, l'Empereur lui-même n'eût pas manqué d'être immédiatement avisé de l'"incident". Jamais, à ma connaissance, il n'en fit état.

Pour moi, l'affaire est close et je n'imaginais pas un instant que le général Lasalle pût être rendu responsable d'une telle infâmie.

Pour répondre à Drouet Cyril, certes des sanctions étaient appliquées, dans les deux camps, mais la brigade infernale n'a rien de commun avec ce qu' a commis la 24e demi-brigade.

Bonne soirée à vous. :salut:
Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

la brigade infernale n'a rien de commun avec ce qu' a commis la 24e demi-brigade.
Ce n'est pas ce que je voulais dire ; c'était juste pour parler de "punition collective" touchant une unité militaire au combat.
D'ailleurs, comme pour Curély, y a-t-il d'autres témoignages, autres que celui de Coignet, pour évoquer la "punition" de la 24e ?
Précision : si l'édition de 1851 en parle, celle de Larchay (je crois qu'un fil avait été lancé sur ces deux versions des Cahiers) ne donne que ceci :
"On détache la 24e demi-brigade pour pointer en avant à la découverte. Et elle marcha très loin et elle découvrit les Autrichiens et eut une affaire sérieuse avec une avant-garde. Et ils perdirent du monde."
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