ARTILLERIE : "roche à feu "

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Cyril Drouet
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Re: Intensité de l'emploi de l'artillerie

Message par Cyril Drouet »

A noter le rôle important de l'artillerie à Friedland. Un nom : Sénarmont.

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L'âne
 
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Re: Intensité de l'emploi de l'artillerie

Message par L'âne »

Cyril Drouet a écrit :
12 sept. 2017, 21:57
À noter le rôle important de l'artillerie à Friedland. Un nom : Sénarmont.
Oui tout à fait. Je crois que quelqu'un l'avait déjà cité sur le forum d'Albert. Il aurait peut-être figuré un jour parmi les Maréchaux. Le sort en décida autrement puisque il fut tué pendant le siège de Cadix, le vendredi 26 octobre 1810, par...un éclat d'obus. Il avait 41 ans.
Aurea mediocritas

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Cyril Drouet
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Re: Intensité de l'emploi de l'artillerie

Message par Cyril Drouet »

Voici comment le colonel Berges annonça sa mort au général Songis, le 27 octobre 1810 :
«J'ai l'honneur d'annoncer à votre Excellence avec la plus vive douleur, que le général Senarmont, et le colonel Degennes, directeur-général des parcs de l'armée, ont été tués hier à 2 heures après midi, par un obus de 8 pouces dans la redoute Villate. Le général Senarmont n'a pas survécu un instant au coup qui l'a frappé. Le colonel de Gennes est mort environ un quart d'heure après, mais sans avoir parlé, ni avoir donné aucun signe de connaissance, pendant tout ce temps-là. Le même obus a emporté la cuisse droite au capitaine Pinondelle, commandant la redoute Villate. Lorsque je le quittai hier à trois heures du soir, les chirurgiens pensaient qu'il ne passerait pas la nuit; cependant il soutenait sa blessure avec beaucoup de calme et de courage.
Le général de Senarmont partit hier de Puerto-Real à 9 heures du matin, avec son état-major et le général d'Aboville, pour aller visiter les batteries qui ont été établies depuis cette ville, jusqu'à l'extrémité gauche du canal Santi Petri. Il arriva à 2 heures à la redoute Villate dans laquelle se trouve la dernière de nos batteries. On s'occupait de combler les embrasures pour mettre cette batterie à barbette, et on avait mis en batterie, la nuit précédente, une pièce de 24 sur affût de siège à échantignolles, qui n'avait pas encore tiré. Le général Senarmont voulut la faire éprouver contre une chaloupe canonnière ennemie qui était en station à environ 1000 toises devant la batterie et dans le canal Santi Petri. On tira un premier coup, et personne de nous n'aperçut la chute du boulet. Il donna ordre d'en tirer un second, et vint de l'extrémité gauche de la batterie où il était, pour se mettre au vent de la pièce et pouvoir mieux observer la chute du boulet. Au moment où on mit le feu à la pièce, l'ennemi riposta de la batterie Saint-Jacques, située sur le bord du canal Santi Petri. Le général Senarmont, le colonel de Gennes, le capitaine Pinondelle, s'étaient mis en file, l'un derrière l'autre, devant une embrasure à moitié comblée, pour observer le coup. La fumée de la pièce les empêchait de voir arriver l'obus de 8 pouces, que l'ennemi venait de lancer, et qui les frappa tous trois au côté droit, depuis le sein jusqu'à la cuisse. L'obus s'enfonça ensuite dans le massif du parapet opposé et éclata un moment après sans blesser personne, quoique nous nous fussions portés près du corps du général Senarmont. On a transporté son corps ainsi que celui du colonel Degennes, à Chiclana, où on leur rendra aujourd'hui les honneurs dus à leurs grades.
Voilà, mon général, comment est arrivé ce malheureux évènement que nous déplorons tous. L'armée perd dans le généralSenarmont, l'officier du corps le plus distingué, et qui ne sera vraisemblablement pas remplacé de longtemps. Ses amis perdent un ami sincère et énergique, et les personnes qui l'ont connu regretteront toujours ses excellentes qualités. »



Le corps de Senarmont fut enseveli le 28 octobre dans la chapelle Santa Anna près de Chiclana.
La sépulture fut violée par la suite par les espagnols. Seul le cœur fut sauvegardé puisque placé au Panthéon sur ordre de l’Empereur. La cérémonie eut lieu le 5 juin 1811.


A cette occasion, le général Lariboisière prononça l’éloge funèbre :
« Peu de jours se sont écoulés depuis que ces voûtes ont retenti de nos regrets, et la tombe qui a reçu la dépouille mortelle du général Songis, Premier Inspecteur général, est à peine fermée, qu'une autre va s'ouvrir pour recevoir le cœur du général Senarmont, commandant en chef l'artillerie des Espagnes.
Ainsi l'artillerie aura perdu, presque à la fois, deux chefs également recommandables par leurs vertus, leurs talents, par de grands services rendus à l'Etat, et auxquels il restait encore à parcourir une longue et glorieuse carrière. Mais une maladie cruelle nous avait, en quelque sorte, préparés à la mort du premier, et le coup le plus imprévu vient de nous enlever le second, lorsqu'il préparait la destruction du dernier rempart de nos ennemis en Espagne. Alexandre-Antoine Hureau de Senarmont, général de division, inspecteur général d'artillerie, commandant en chef l'artillerie des armées d'Espagne, baron de l'Empire, président du collège électoral d'Eure-et-Loir, naquit à Strasbourg le 21 avril 1769, issu d'une famille dans laquelle les sentiments d'honneur, le dévouement à la Patrie, furent toujours des qualités héréditaires.
Un de ses grands-oncles, aide-major d'infanterie, fut frappé de sept coups de feu à la bataille de Cassanô en 1705 ; son aïeul, capitaine d'infanterie, fut enlevé par un boulet à la bataille de Spire en 1735. Je ne parlerai point de ses autres parents qui parcoururent avec honneur la même carrière, mais qui ne trouvèrent
pas la mort sur le champ de bataille.
Son père, vieillard respectable, que nous nous rappelons tous avoir vu commander avec gloire l'artillerie, et dans les campagnes de l'Inde et dans les premières années de la Révolution, mourut général de division, membre de la Légion d'honneur. Il avait été dangereusement blessé à Valmy. Le général Senarmont qui, après d'aussi beaux exemples, devait encore jeter une plus grande illustration sur sa famille, fut nommé lieutenant en 1785, et, dès ses premiers pas, il fit présager à l'artillerie les services éminents qu'il devait rendre un jour.
Le général Senarmont a fait toutes les campagnes depuis 1792. En 1794, seul avec une compagnie d'ouvriers et un détachement de grenadiers qui ne l'abandonna pas, il replia sous le feu de l'ennemi, le pont établi sur la Sambre, au village de Marchiennes. Cette action fut mise à l'ordre de l'armée et célébrée dans les bulletins du temps.
Il assista, dans cette même campagne, au siège de Charleroi
et à la bataille de Fleurus.
En 1797, il se trouva à la bataille de Neuwied; en 1799, il fut appelé en qualité de chef de bataillon, au Comité central d'artillerie ; cette distinction annonçait déjà que ses talents et ses services avaient commencé à fixer l'attention du Gouvernement.
L'année suivante, nommé chef de l'état-major de l'artillerie de l'armée de réserve, il fut un de ceux qui contribuèrent le plus efficacement au passage du Mont-Saint-Bernard, du fort de Bard et du Pô ; il servit avec distinction à la bataille de Marengo, sous les yeux de Sa Majesté qui le nomma colonel du sixième régiment d'artillerie à pied.
Le général Senarmont donna tous ses soins à l'administration de son régiment ; il y établit l'ordre le plus admirable, une discipline en même temps juste et sévère ; il dirigea lui-même l'instruction sur toutes les parties du métier. Les officiers de ce corps se rappelleront toujours avec reconnaissance les préceptes et les exemples qu'il leur a donnés; ils se retraceront toujours avec attendrissement cette bonté paternelle, cette franchise chevaleresque, qui tempéraient en lui un caractère ardent comme son génie et qui adoucissaient la sévérité d'un amour de l'ordre et du devoir porté jusqu'à l'enthousiasme.
Il suivit l'Empereur dans la première campagne d'Autriche; à la bataille d'Austerlitz, Sa Majesté lui confia le commandement du poste du Santon, qui devait offrir à l'armée un point d'appui inébranlable. Sa conduite dans cette circonstance fut l'objet d'un éloge particulier de l'Empereur.
Nommé général de brigade, et commandant de l'artillerie du premier corps de la Grande-Armée, il fit les campagnes de Prusse et de Pologne : il porta son activité, son sang-froid, son ardeur sur les champs de bataille d'Iéna, de Golymin et d'Eylau. Il décida la victoire de Friedland en se portant rapidement avec trente bouches à feu à quatre-vingts toises de l'ennemi, qui, écrasé par un feu aussi violent que bien dirigé, fut obligé de précipiter sa fuite.
Outre les titres de commandant de la Légion d'honneur et de baron de l'Empire, Sa Majesté voulant encore lui donner un autre témoignage de sa satisfaction, l'envoya présider le collège électoral de son département.
En 1808, il passa en Espagne avec le premier corps. A Somo-Sierra, avec une batterie de six pièces, il soutint le feu des rebelles, qui, avec une artillerie trois fois plus nombreuse, couronnaient la montagne et couvraient de boulets et de mitraille toute la chaussée. A l'attaque de Madrid, il força les retranchements du Retiro, et poursuivit les rebelles avec son canon jusqu'au centre de la ville. L'Empereur lui donna publiquement les plus grands éloges et le nomma général de division sur le champ de bataille.
Devenu général en chef de l'artillerie des armées d'Espagne, Senarmont commanda son arme aux batailles d'Uclès, de Talavera, d'Almonacid, d'Ocana ; il fut de l'expédition d'Andalousie, et il dirigea les opérations de l'artillerie pour le siège de Cadix.
C'est devant cette dernière ville, pendant qu'il inspectait les travaux du siège, le 26 octobre dernier, qu'il fut frappé du coup mortel.
Ainsi périt à l'âge de 41 ans, un général distingué par de grands talents, une rare intrépidité, et un dévouement sans bornes à son prince et à sa patrie.
Le même coup nous enleva le colonel Degennes, commandant le 4e régiment à pied, dont la vie fut une suite continuelle de travaux utiles, de beaux faits d'armes, qui s'était déjà fait une réputation brillante, et n'aurait pas tardé à devenir un des généraux distingués de l'armée.
La perte que fit l'artillerie dans ce jour de deuil est grande.
Le souvenir de tant de belles qualités prolongera longtemps notre
douleur et nos regrets.
Le général Senarmont ne fut pas moins recommandable par la réunion des qualités de l'esprit et du cœur que par l'exercice constant des vertus militaires. Il fut, au plus haut degré, plein d'honneur, ardent pour la justice, généreux, probe, et sévère observateur des devoirs de l'honnête homme et du citoyen.
Il fut ami sûr, tendre époux, excellent père ; il laisse une veuve inconsolable, qui méritait toutes ses affections, un fils âgé de seize ans, qui donne déjà les plus belles espérances, et une fille âgée de onze ans. Sa famille a perdu sa gloire et son soutien ; l'Etat a perdu un de ses plus habiles défenseurs.
L'armée entière l'a pleuré, et a porté son deuil pendant un mois. Sa Majesté Impériale a ordonné que son cœur fût transporté en France, et placé dans le lieu de la sépulture des grands dignitaires de l'Etat, au milieu des hommes qui ont bien mérité de la Patrie.
C'est une idée à la fois consolante et sublime, que celle de réunir ainsi dans le même lieu, les restes de tous les hommes qui ont su se rendre diversement utiles à leur pays et à leur souverain, de ces hommes que nous avons admirés pendant leur vie, et que notre siècle laisse pour exemple à la postérité.
Et c'est un adoucissement à notre douleur, de laisser la dépouille mortelle de notre compagnon d'armes, parmi celles de tant de personnages illustres, et de la voir enlevée à l'oubli d'une terre étrangère, pour être ainsi confiée au respect et à l'admiration de nos neveux. »

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C-J de Beauvau
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[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par C-J de Beauvau »

La mitraille !
Image

«"Haut les têtes ! la mitraille n'est pas de la m..." Le colonel Lepic à Eylau".
D’ailleurs à l’époque baisser la tête était un signe de salut à la canonnade ennemie!


Image
. Il s’agissait d’un cylindre « d’un diamètre légèrement inférieur à celui de l’âme du canon. Ce cylindre est plein de petits boulets ronds en fer, ce qui donne au projectile son poids. » A cette fin, on utilisait des balles de fusil ou de carabine, une boîte à mitraille de 9 livres contenant environ 180 balles. En s’épandant, cette grêle de balles causait de terribles ravages dans les rangs des unités en formation serrée, mais « la dispersion était si grande qu’à 300.m ce coup de canon était sans effet ».

Donc quelle était le sort des canonniers , si l'ennemi parvenait jusqu’à eux ? Y avait il une parade prévue sinon la fuite ?

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Cyril Drouet
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[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par Cyril Drouet »

A la mitraille pouvait s'ajouter un boulet. Témoignage de Levavasseur (Souvenirs) à la bataille d'Amstetten (5 novembre 1805) :

"On parvient à y introduire un boulet et on enfonce avec peine de la mitraille par dessus. Le cliquetis du sabre est presque sur nos canons. Le canonnier Collot étend le bras, la mèche allumée, pour mettre le feu ; on crie : "Gare !" Nos hussards s'écartent de part et d'autre dans le bois et il se fait une petite embrasure humaine en avant de la bouche à feu. Un colonel russe, couvert d'or et de broderies, fond sur mon canonnier pour lui couper le bras ; le coup part, la pièce se brise dans les tourillons et le colonel tombe sur elle. L'explosion renverse après lui plus de quarante chevaux montés et blessés et une si grande quantité d'hommes, tant Russes qu'Autrichiens et Français, que ce monceau forme sur la route un obstacle infranchissable."

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[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par C-J de Beauvau »

On parvient à y introduire un boulet et on enfonce avec peine de la mitraille par-dessus; on crie : "Gare !"; le coup part, la pièce se brise dans les tourillons ….... L'explosion renverse après lui plus de quarante chevaux montés….... Donc selon le témoignage que vous évoquez le canon a explosé? ! Ce ne devait donc pas être la norme, mais une manœuvre désespérée ?

Le Briquet

[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par Le Briquet »

Surpression visiblement.
Par contre on se demande ce qui rend pénible l'insertion de la mitraille.

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Demi-solde
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[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par Demi-solde »

Le sort des canonniers en cas d'avancée ennemie dépendait grandement de leur habileté dans la fuite.

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Et si le canon devait être abandonné, on ne manquait pas de l'enclouer.

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Cordialement

Le Briquet

[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par Le Briquet »

En règle générale, les artilleurs chargés par la cavalerie peuvent se réfugier sous leurs pièces.

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C-J de Beauvau
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[ARTILLERIE] LA MITRAILLE

Message par C-J de Beauvau »

Demi-solde a écrit :
26 sept. 2017, 17:48
Et si le canon devait être abandonné, on ne manquait pas de l'enclouer.
Je pensais d’après "mes lectures "que le fait de faire pénétrer de force un clou avec un maillet dans la lumière d'un canon pour le neutraliser , était le fait de l'ennemi du dit camps possédant ce canon . ! D'ailleurs d'aucuns reprochent aux cavaliers français de ne pas l'avoir fait sur les canons britanniques à Waterloo ???
QUID ?? A t-on déjà encloué nos propres canons ?

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