Ney, courageux, tacticien, stratège ou... pas du tout!?

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Nora

Maréchaux : NEY

Message par Nora »

Bonjour:
dans le forum on a écrit (plusieurs fois):
que à Waterloo, Ney n'avait plus toute sa raison, que certains pensent que Ney a perdu la tête en 1815, qu'il semble avoir pété un câble car il a été dépassé politiquement en 1814-1815, et, surtout, que Ney n'était plus Ney après la campagne de Russie.
néanmoins, en Russie, Ney commanda l'arrière-garde de la retraite de Russie et il s'y battait à pied, parmi ses hommes comme un simple fantassin et affrontait les risques et les dangers avec grand sang-froid et courage.
Coignet a écrit:
Je puis dire, à la louange du maréchal Ney, qu'il maintint l'ennemi à Kowno grâce à son intrépidité; je l'ai vu prendre un fusil avec cinq hommes, et faire face à l'ennemi. Ils n'osèrent fondre sur lui. A de pareils hommes, la patrie reconnaissante !
dit le comte de Ségur:
Redevenu simple soldat, il traverse Kowno et le Niémen, toujours combattant, reculant et ne fuyant pas, marchant toujours après les autres, et pour la centième fois, depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour ramener quelques Français de plus...
Un homme qui sut montrer telle sang-froid et tel courage au milieu des semblables scènes de douleur et de tragédie... devient-il fou après la campagne de Russie? est-ce vrai? Quelqu'un peut-il confirmer? :question Tout ce qui concerne le brave des braves m’intéresse et me fascine ! :P
Amicalement :mrgreen:
Nora
____________________________
LIBERTÉ, EGALITÉ, FRATERNITÉ

Bernard Coppens

[MARÉCHAUX] NEY

Message par Bernard Coppens »

Bonsoir Nora,
Pour répondre à votre question, je signalerai à votre attention une étude parue dans la Sabretache en 1973 (3e trimestre), signée du Médecin-colonel Gilis. Cet article est intitulé : Psychiatrie et Histoire :Le Cas du Maréchal Ney en 1815.
Voici, pour vous mettre en appétit, un extrait :
La rupture du principe charismatique de « fidélité unique vis-à-vis de celui qui personnifie l'autorité de « Droit Divin » est consommée, irrévocablement, le 21 janvier 1793, par l'exécution de Louis XVI. Cet événement détermine chez un nombre considérable de Français la création dans leur subconscient d'un sentiment de culpabilité, parfaitement assimilable à celui découlant du « meurtre fantasmatique du Père ». Cet événement a lieu dans le sein d'une « Société » aux prises avec des secousses dépressives successives, nées de la cascade dramatique des événements.
Le résultat en est la généralisation d'un état de « narcissisme », que l'on peut caractériser pour ceux qui en sont atteints - et ils sont majoritaires dans les pays soumis à de fortes épreuves politico-militaires - par l'impossibilité où ils se trouvent de réaliser leur « moi », sauf en s'engageant dans une voie très particulière, qui aboutit à la recherche du type « Héros ». Le climat préférentiel de cette voie se trouve être le climat correspondant à celui de l'état de guerre. C'est alors que se trouvent réunies les meilleures conditions pour l'apparition du « type héros ».
Intéressant, non ?
Amicalement

fadg

[MARÉCHAUX] NEY

Message par fadg »

Je pense que la campagne de Russie a traumatisé bon nombre d'officiers jusque là portés par la conviction inébranlable de la supériorité des armées françaises.
Le moral de Ney étant assez versatile, il a peut-etre difficilement digéré les temps difficiles (1813-1814) bien que s'étant superbement conduit en Russie : la coupe était pleine tout simplement.

Quand au retour de 1815, beaucoup d'hommes, même parmi les fidèles, se sont interrogés sur le bien fondé de leur cause : pour l'Empereur ? Pour la Patrie ? L'intérêt de la seconde était-elle vraiment celle du premier ? Que faire du serment au Roi ?
Le déchirement devait être terrible pour ces hommes qui avaient foi en Napoléon mais qui pressentait qu'une chute serait durement payée par la France... Ney n'a probablement pas échappé a cette dualité, d'où une conduite qui nous parait rétrospectivement incohérente.

Hypolite

[MARÉCHAUX] NEY

Message par Hypolite »

Je penses que c'est plutôt son ralliement contre nature de 1814 qui a rendu Ney complètement fou ! :fou:
Alors qu'il venait de dire au gros Louis qu'il lui ramènerait "l'usurpateur dans une cage de fer", il tombe sur la fameuse proclamation de l'Empereur:
"La victoire marchera au pas de charge, l'Aigle, avec les couleurs nationales, volera de clochers en clochers jusqu'aux tours de Notre-dame" !
La, Michel Ney se rappelle qu'il est le Prince de la Moskova ! Il dit a ses proches "pourquoi les Bourbons n'utilisent pas de tels mots ! C'est comme ça que l'on parle au coeur d'un soldat" ! :aime2: et il dit a ses disciples, heuuu ! :oops: pardon, à ses soldats:
"Soldats, la cause des Bourbons est à jamais perdue !!! :

Nora

Hypolite, nous sommes d'accord

Message par Nora »

Bonjour:
je pense comme vous, Hypolite. c'est son ralliement contre nature de 1814 a Louis XVIII qui a martyrisé son esprit... mais c'est le retour de Napoléon qui le comble de remords et lui fait perdre complétement la raison.... :fou:
malhereux! tu étais réservé aux balles françaises...
Amicalement :mrgreen:
Nora

corse

Ney devient-il fou aprés la Campagne de Russie?

Message par corse »

je ne pense pas que ce grand soldat ait perdu ses facultés aprés ce tournant de l'Histoire.
dire que ce cauchemar laissa de grands dégats psychiques me parait par contre vrai. .A compter de celle-ci tous les adversaires de l'Empire ont su que la Grande Armée pouvait être battue, et non seulement par les éléments.
L'impact psychologique a dû être important et effroyable pour ceux qui en revinrent.
Dans le cas de Ney, se doubla également une certaine culpabilité envers les Bourbons, et ce suite à cette fameuse allégation bien connue , proférée par le Maréchal.
Ney se retrouva, par la force des choses, le dos au mur, et il savait pertinemment qu'en cas de défaite finale de l'Empereur, ses jours étaient comptés...
il n'est, à mon sens, pas question de folie envers le Prince de la Moskowa, mais plutôt d'égarement psychologique qui le conduisit à des attitudes insensées, loin du personnage que l'on connaissait.
Corse.

Fabien

[MARÉCHAUX] NEY

Message par Fabien »

Chère Nora,
Ney, pour moi, n'est pas devenu fou :fou:
L'Infatigable était un militaire aguerri par plusieurs années de guerre : les atrocités et les rigueurs de la Campagne de Russie ne traumatisèrent pas notre maréchal. "Il en avait vu d'autres", si je puis m'exprimer ;-)
N'oublions pas, que Ney a fait une partie de la "sale" Guerre d'Espagne (de 1808 à 1811) et s'est également occupé de l'arrière-garde de l'armée française de 1810-11, après l'échec du Portugal. Il a pu ainsi assister, en premier plan, aux guérillas entre nos soldats et les Espagnols : ces évènements ne sont pas tendres... Donc, si Ney était fou, il l'aurait été depuis 1808.
En mars 1815, au retour de Napoléon, Ney avait en effet promis à Louis XVIII de ramener, s'il le fallait, Bonaparte "à Paris dans une cage de fer". Mais, le 10 de ce mois, lorsque le Brave des Braves rejoint sa division à Besançon, il ne reçoit aucun ordre du Roi, ni aucunes précisions sur les positions de Napoléon... Mettez-vous à sa place... :-|
Dans la soirée du 13 mars, des émissaires de l'Empereur lui apportent une lettre du maréchal du palais Bertrand, dans laquelle ce dernier lui explique que la France entière a rallié la cause Bonapartiste, que le Roi a quitté la capitale et que s'il ne se rend pas, il sera le seul responsable du sang qui coulera.... De plus, le Rougeaud n'a que 6,000 hommes à aligner contre les 14,000 de Napoléon :!:
Lorsque le Prince de La Moskova tombera dans les bras de l'Empereur à Auxerre, le 18 mars, ce dernier lui dira une phrase qui résume parfaitement la situation :
"Vous n'avez pas besoin d'excuses. Votre excuse, comme la mienne, est dans les évènements, qui ont été plus forts que les Hommes"
Amicalement ;-)

buddyop

Message par buddyop »

Je rejoins les commentaires de Fabien et de Corse, le maréchal Ney était un militaire, redoutable sur le champ de bataille mais faible en dehors. Pour autant sa conduite après la campagne de France n'a rien démente.
Selon Octave Levavasseur (un de ses aides de camp), il était bercé par un patriotisme ardent qui le fit changer et rechanger de camp après l'abdication. Il résume la conduite du maréchal ainsi (C'est relativement long mais les Souvenirs militaires d'Octave Levavasseur sont connus pour leurs qualités et leurs vérités) :
"<i>L'Empereur lui-même, pour qui il avait une vive affection, ne lui paraissait qu'une personnification de la France; la seule voix de la France était son oracle : il lui obéissait en esclave. Ne nous étonnons pas si, en 1814, connaissant la désaffection du pays pour l'Empereur et apprenant l'enthousiasme avec lequel les Alliés étaient reçus à Paris, il fut le premier à élever la voix devant Napoléon et à prononcer le mot d'abdication en faveur du roi de Rome. [...]
De même, au 6 mars 1815, croyant reconnaître dans la consternation de Paris un indice de la répugnance inspirée par Bonaparte et manquant d'ailleurs de notions complètes sur l'esprit public, par suite de sa retraite aux coudreaux, il partit avec la ferme volonté de combattre l'Empereur : il le supposait encore repoussé par l'opinion. Qu'on ne s'étonne pas non plus si, quelques jours après, sachant l'entrée et la réception de Bonaparte à Lyon, le soulèvement des villes d'Auxonne, de Mâcon, de Dijon et la défection de ses propres troupes, si, voyant le drapeau tricolore arboré et l'enthousiasme éclater de toutes parts, il comprit que la dynastie des Bourbons n'existait point dans le coeur français et que Bonaparte avait recouvré les sympathies nationales. Cependant, Ney venait d'imprimer aux populations qu'il avait traversées des sentiments contraires : quels furent ses regrets! Lui, le patriote par excellence, allait donc allumer la guerre civile! Il n'hésita pas; il crut devoir à sa patrie le sacrifice de ce qu'il avait fait et désabuser les populations impressionnées par son précédant langage. Das sa nature, le Prince de la Moskowa devait faire sa proclamation; il obéissait à son instinct patriotique en le prononçant avec véhémence. Ce n'était pas par affection personnelle pour l'Empereur qu'il agissait ainsi, c'était par dévouement pour la France.</i>"
"<i>Tout est surmonté par son courage et la gloire de ses actions immortelles.</i>"[/quote]

Hypolite

Message par Hypolite »

Je suis trés sceptique sur cette analyse ! :? Il ne faut pas oublier l'électro choc que fit la proclamation Imperiale sur le coeur de ce vieux Soldat ! :aime: C'est aprés sa lecture qu'il redevient "Prince de la Moscova" !
Si Ney n'étais pas devenu fou, comment expliquer ses tentatives de compromettre Soult pour l'entrainer, avec lui, dans la mort :? :o

Ronald Billuart

Ney fou ?

Message par Ronald Billuart »

Pourquoi Ney devrait-il être fou ? Pour garder sauf le génie militaire de Napoléon en accusant ses lieutenants de toutes les fautes en 1815.
La folie permet d'excuser Ney, lui , le "Brave des Braves", ce héros fusillé pour la noble cause de l'empire.
Pour Grouchy, il n'y a pas lieu d'avoir tant de scrupules : obscur maréchal à peine nommé, jalousé par ses collègues généraux (Van Damme et Gérard en tête), il constitue la parfaite tête de Turc !
Puisque ce sont Ney et Grouchy qui ont commis d'irréparables erreurs, la faute de l'échec de la campagne n'est donc pas imputable à Napoléon.
A mon sens Ney n'était absolument pas fou. En 1814, il se rend parfaitement compte de la situation de l'armée. Libéré de son serment à la 1ere abdication, il continue à servir son pays sous la royauté. Lorsqu'il part à la rencontre de Napoléon, c'est par fidélité à la nouvelle parole donnée. Plus que la proclamation de l'empereur, ce furent probablement son peu de sens critique, le manque d'ordres et les informations erronées relatives au ralliement de l'ensemble de la France qui le feront changer d'avis.
A l'aube de la campagne de Belgique, il est en demi-disgrâce. Napoléon daigne l'accepter mais il n'ira pas le chercher !
Son attitude sur le terrain peut paraître équivoque. En effet, le 15 juin vers 18 heures (la nuit tombe à 21 hr), il ne prend pas la position des Quatre-Bras, même si elle n'est défendue que par un faible détachement hollandais. On ignore souvent que celui de Ney n'était guère plus important : quand on dit que Ney est aux Quatre-Bras, on devrait préciser que c'est son avant-garde qui y arrive. Son arrière-garde est toujours à Thuin. Ses troupes s'étalent donc sur 25 km ! Comme l'a précisé un intervenant, Ney a connu l'Espagne et donc la tactique des Britanniques. Les Quatre-Bras se trouvent également sur une crête derrière laquelle il y a aussi une contre-pente. Et si toute l'armée de Wellington s'y trouvait ? Attaquer maintenant signifierait compromettre tout le dispositf français (il est en pointe de la progression). N'oublions pas qu'à la même heure, il entend le canon sur sa droite, un peu en arrière (c'est Grouchy qui arrive à Fleurus mais cela, il ne le sait pas !)
La matinée du 16, il ne fait rien : la preuve qu'il est fou ! A Ligny, Napoléon ne fait pas plus ! Est-il fou pour autant ? Ainsi que Grouchy ?
Quant aux charges de cavalerie du 18, il est vrai qu'elles sont curieuses. Ney croit les alliés en retraite et en profite ; il ne fait pas donner l'infanterie. Ney est-il fou ou simplement imcompétent pour exercer un commandement qu'il n'a jamais occupé auparavant ?
Le commandant en chef n'intervient pas. C'est donc qu il cautionne, ce qui est impossible pour un tel génie! Il ne sera donc pas là, tout simplement ! Absent du champ de bataille précisément à ce moment, le voici de nouveau disculpé. Mais quand on quitte un champ de bataille, on désigne son remplaçant. Il ne l'a pas fait ? Erreur !
Il l'a fait : mauvais choix ! Erreur !

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