Mme de Staël

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Prière d'indiquer le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur dans l’intitulé du message.

Modérateur : Général Colbert

Abraca

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par Abraca » 18 oct. 2009, 22:19

Comme elle l'avait redouté, Mme de Staël est morte en dormant; le 14 juillet 1817.

Sa cousine, Madame Necker de Saussure: "Jamais elle n'a pu rompre avec personne; jamais elle n'a pu cesser d'aimer."
...
"On n'a point connu Mme de Staël si on ne l'a pas vue avec Benjamin Constant, écrira Sismondi à Eulalie de Saint-Aulaire le 13 décembre 1830: lui seul avait la puissance par un esprit égal au sien, de mettre en jeu tout son esprit, de la faire grandir par la lutte, d'éveiller une éloquence, une profondeur d'âme et de pensée qui ne se sont jamais montrées dans tout leur éclat que vis-à-vis de lui; comme lui aussi n'a été lui-même qu'à Coppet."
...
Lorsqu'elle débutait dans la carrière des lettres, le pamphlétaire Cerutti avait écrit: "Mme de Staël a un plan: elle veut aller au-delà de son sexe. Elle consent qu'il y ait d'autres femmes d'esprit, mais elle leur laisse les fleurs et court aux lauriers."
...
"C'en est donc fait de ce séjour où j'ai tant vécu, où je me croyais si bien chez moi! écrit Sismondi à sa mère. C'en est fait de cette société vivifiante, de cette lanterne magique, du monde que j'ai vu s'éclairer pour la première fois et où j'ai appris tant de choses! Ma vie est douloureusement changée; personne peut-être à qui je dusse plus qu'à elle."
...
Pour Benjamin Constant, cette disparition sonne le glas d'une jeunesse dont sa passion pour Mme récamier avait été le dernier sursaut. Avec Mme de Staël, qui avait encouragé son ambition, c'est la meilleure partie de lui-même qui s'en va, laissant l'autre poursuivre une carrière dont les succès lui seront presque indifférents.
...
Avec son sens des formules, Châteaubriand résumera l'impression de ses contemporains en écrivant:"Avec Mme de Staël s'abattit une partie considérable du temps où j'ai vécu; telles de ces brèches q'une intelligence supérieure en tombant forment dans un siècle, ne se referment jamais."

Abraca

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par Abraca » 21 nov. 2009, 21:45

"Plus je connais les hommes, plus j'aime les chiens!" (Madame de Staël).

Sources? "Les chiens" citations,
une sélection de belles images et de beaux textes, réalisée par Helen Exley.

vélite

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par vélite » 07 juin 2011, 22:43

Bonjour,

peu avant le rattachement de la Hollande, Van Hogendorp se trouvait à Vienne, où il rencontra Germaine à quelques reprises. Ce gaillard aussi n'aimait guère à changer d'opinion. Devenu ensuite aide de camp de l'Empereur, rallié pendant les Cent-Jours, il s'exila du côté de Rio de Janeiro quelques mois après la seconde abdication. Il s'y éteindra en l'année 1822.

Voici ce qu'il rapporte :

"[...] Madame de Staël vint à cette époque figurer à Vienne, accompagnée de Mrs Schlegel, Sismondi et de quelques autres sectateurs, pour travailler à cette oeuvre mystérieuse qu'on tramoit, enfin à ce qu'on nommoit, entre les initiés, l'Allemagne contre Napoléon. Cependant elle tâcha en ùêùe temps d'obtenir du général Andréossy qu'il s'intéressât auprès de Napoléon pour lui faire accorder la permission de revenir à Paris, qui étoit, disoit-elle, le but suprême de ses désirs. [...]
Je ne m'étois pas empressé de rechercher sa compagnie. Mais un jour, placé à côté d'elle à la table du prince Kourakin, ambassadeur de Russie à Vienne, je liai naturellement conversation avec elle. Elle me reprocha obligeamment de n'être pas venu la voir, et me dit : qu'elle estimait beaucoup les Hollandais, qu'elle étoit même en correspondance avec deux de mes compatriotes, qui étaient réellement, ajouta-t-elle, des gens d'esprit. Je la félicitai d'avoir trouvé deux hommes d'esprit parmi mes compatriotes qui en général n'en ont pas la réputation. Elle me fit promettre d'aller la voir. J'y allai: et depuisj'y dînai plusieurs fois avec le prince de Ligne, ke général Andréossy et quelques autres hommes célèbres, des savants, des gens du monde, qui ne tenoient pas aux seize quartiers. Le prince de Ligne étoit extrêmement aimable à ces dîners à table ronde, de peu de convives et où le champagne ne manquoit pas. Sa conversation ressembloit à sa manière d'écrire: il étoit trop abondant, pour trouver toujours des idées neuves et piquantes; mais il ne couroit pas après l'esprit, et ne blessoit jamais la raison. Les grâces du naturel, une pointe de sel et de gaieté animoient tous ses propos. Tandis que Madame de Staël, voulant toujours être savante et profonde, alambiquoit ses expressions et s'entortilloit souvent dans ses phrases jusqu'à oublier ce qu'elle avoit voulu dire. C'étoit la célébrité qu'elle vouloit, à tout prix, par tous les moyens: elle se seroit fait martyriser pour qu'on parlât d'elle. Paris, Paris, le plus beau théâtre du monde pour les talents, le centre de la gloire, étoit le lieu où elle vouloit briller. Je l'ai vue, presque à genoux, devant le général Andréossy le supplier d'écrire en sa faveur à l'empereur Napoléon, fesant l'éloge le plus pompeux de ce prince et protestant de son dévouement et de son estime pour lui. Aux petits soupers du parti Anglois, chez Mr de Stadion et chez d'autres, avec les initiés, elle tenoit un langage bien différent. Et, indépendamment de sa propre célébrité, le but de ce voyage et des autres qu'elle a depuis entrepris dans le Nord, étoit de prêcher la croisade contre la France et l'empereur Napoléon. [...]"

:salut:

vélite

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par vélite » 07 juin 2011, 23:01

Méneval y va aussi de son anecdote, il s'agit cette fois de 1815 :

"[...] Ces réflexions à propos de l'acte additionnel me fournissent l'occasion de faire connaître en quels termes Mme de Staël y donnait son approbation. La persévérante ennemie de Napoléon écrivait de Coppet au roi Joseph ces propres paroles : "Les articles additionnels sont tout ce qu'il faut à la France, rien que ce qu'il faut, pas plus qu'il ne faut; le retour de votre frère est prodigieux et dépasse toute imagination...Je vous recommande mon fils....".

A noter que Germaine ne figure pas dans le "dictionnaire des Girouettes", contrairement aux deux principaux initiateurs de l'Acte additionnel, Benjamin Constant et Napoléon :lol:

:salut:

Abraca

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par Abraca » 11 juin 2011, 22:12

Il est vrai que Madame de Staël ne faisait rien à moitié, et mettait de la conviction, voire de la grandiloquence dans ses propos.
Elle a réellement souffert de son exil, elle qui aurait voulu faire partie du gouvernement.

vélite

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par vélite » 13 juin 2011, 22:43

C'est vrai, Germaine a fait ce que beaucoup d'hommes ont fait en même temps qu'elle (et depuis aussi). Courtiser et contester, combattre puis courtiser encore, directement ou indirectement. Elle a fait ce que les courtisans faisaient, mais aussi ce que les souverains eux-mêmes faisaient, à savoir se jurer amitié et paix, jusqu'à ce qu'ils se fassent la guerre.
Germaine fut donc un homme presque comme les autres, sauf qu'elle n'entra effectivement pas au gouvernement :lol:

:salut:

vélite

Re: Madame de Staël (Ghislain de Diesbach)

Message par vélite » 14 juin 2011, 22:57

eElle est bien conservée, "Corinne" de Staël, près d'un siècle et demi après son premier babil !
Un brin potelée, blanche carnation, selon les canons de l'époque. Un autre spécialiste des canons, Napoléon, qui ne l'avait jadis point trouvée suffisamment canon pour se laisser conter fleurette, disait ainsi, le 13 août 1816, selon Las Cases, concernant la blanche potelée :

"L'Empereur m'a retenu à déjeuner avec lui sous la tente ; il a fait ensuite apporter "Corinne" de Mme de Staël, dont il a lu quelques chapitres. Il ne pouvait l'achever, disait-il. Mme de Staël s'était peinte si bien dans son héroïne, qu'elle en était venue à bout de la lui faire prendre en grippe. "Je la vois, disait-il, je l'entends, je la sens, je veux la fuir, et je jette le livre. Il me restait de cet ouvrage un meilleur souvenir que ce que j'éprouve aujourd'hui. Peut-être est-ce parce que dans le temps je le lus avec le pouce, comme dit fort ingénieusement M. l'abbé de Pradt, et non sans quelque vérité. Toutefois je persisterai, j'en veux voir la fin; il me semble toujours qu'il n'était pas sans quelque intérêt [...]".
Mme de Staël était ardente dans ses passions, continuait-il ; elle était furieuse, forcenée dans ses expressions. Voici ce que lisait la police durant sa surveillance : "Je suis loin de vous, écrivait-elle à son mari apparemment. Venez à l'instant, , je l'ordonne, je le veux, je suis à genoux...je vous implore!...Ma main est saisie d'un poignard!... Si vous hésitez, je me tue, je me donne la mort, et vous serez coupable de ma destruction."
C'était Corinne, tout à fait Corinne [...]


Il ajouta aussi le 21 octobre suivant :

"[...] Et puis, en somme, il est vrai de dire que personne ne saurait nier , qu'après tout, Mme de Staël est une femme d'un très grand talent, fort distinguée, de beaucoup d'esprit : elle restera. [...] Puis il a ajouté encore : "Et malgré tout le mal qu'elle a dit de moi, sans compter tout celui qu'elle dira encore, je suis loin assurément de la croire, de la tenir pour une méchante femme : tout bonnement c'est que nous nous sommes fait la petite guerre, et voilà tout." [...]


Ce tableau de Corinne/Germaine, yeux aux cieux et prête à tirer lyre, prête à tirer l'ire de l'autre spécialiste des canons, non ?
En l'occurrence, ici, c'est l'Etna, à être cause de la fumée des batailles. Un volcan, Corinne/Germaine, c'est presque que l'a décrite Napoléon dans l'un des extraits. Et Napoléon tenait à ce que ce volcan-ci ne se mêle pas des affaires de l'Etna qu'il dirigeait.
Tout s'explique : l'une s'attire l'ire de l'autre et l'une rend à l'autre monnaie de sa pièce en se le payant, d'où sa tirelire, pendant plus de quinze ans. Mais Napoléon longtemps sut mener sa barque, n'ayant besoin d'écoper ni des Coppet.
Le feu du volcan et l'onde marine, alliage ayant de quoi donner des vapeurs à la vaporeuse Corinne/Germaine.
Sublime sublimation pour un tableau porteur d'un message subliminal ? Corinne transformée en Delphine, et Germaine toujours ?

:salut:

vélite

Re: Madame de Staël

Message par vélite » 23 juin 2011, 21:09

Bonjour,

voici un avis de Planat de la Faye :

"[...] Je viens de lire deux ouvrages de Mme de Staël : "De la Littérature et De l'Allemagne. Je ne les connaissais pas, malgré leur célébrité. La lecture du premier m'a fait grand plaisir ; j'y trouve moins d'exagération et d'enflure que dans les romans de Delphine et de Corinne. Il y a des pages d'une éloquence vraiment sublime et entraînante ; des aperçus fins et profonds ; des tours de phrases neufs et piquants, et quelques hardiesses heureuses ; mais ce qui rend ce livre recommandable, c'est qu'on y trouve partout une morale pure, de beaux sentiments, des idées généreuses et un enthousiasme vrai pour la vertu. Il me semble que je me trouve meilleur après avoir lu cet ouvrage.
Je n'ai pas lu l'autre avec un égal plaisir ; il me paraît de beaucoup inférieur sous les divers rapports des idées, des sentiments et des expressions. Ce qui doit surtout en rendre la lecture pénible à tout bon Français, c'est qu'on y trouve à chaque page cet esprit de dénigrement contre la France dont Voltaire et ses disciples ont donné le honteux exemple. Le dépit d'amour-propre blessé perce partout ; on voit une femme avide de gloire te de distinction, irritée d'être comptée pour rien par le gouvernement français, irritée de n'avoir pu opérer dans notre littérature la révolution sentimentale et mélancolique qu'elle avait tentée, irritée enfin, et peut-être avec raison, des critiques peu ménagées dont elle a été l'objet. Une femme auteur agitée par de tels sentiments ne saurait être impartiale ; aussi son injustice pour ses compatriotes est-elle extrême, et tout ce qu'elle leur retire de son affection est reporté sans mesure sur les Anglais et sur les Allemands. Elle établit constamment entre eux et nous des parallèles choquants, presque toujours accompagnés d'une ironie mordante; l'effet d'un pareil livre n'est pas de rendre les Français meilleurs, mais d'exciter leur indignation contre l'auteur, et de leur faire détester les objets de son admiration.
Il est pénible de voir un si beau talent se tourner contre la patrie, et surtout d'avilir par une préface et des notes écrites dans le style de ces pamphlets dont nous sommes inondés depuis deux ans.
Ces deux ouvrages, composés à des époques différentes, mais lus ensemble, font bien ressortir ce que nous avons si souvent remarqué dans nos lectures, c'est que les passions qui agitent l'auteur au moment où il écrit se montrent à chaque instant dans ses ouvrages, quelque soin ou quelque artifice qu'il emploie pour les cacher ; un enthousiasme vertueux a inspiré à Mme de Staël son livre De la Littérature, des passions haineuses ont présidé à la composition de son ouvrage sur L'Allemagne [...]".

:salut:

vélite

Re: Madame de Staël

Message par vélite » 25 juin 2011, 14:33

Bonjour dame Abraca,

il me sied de poursuivre (pour l'instant du moins :mrgreen: ). Pour ce qui est d'une opinion, Il faut bien nous fier à ceux qui vécurent cette époque, quels que soient leurs avis. Puis, savoir s'en distraire et en tirer plaisir avant tout, puisque les protagonistes ont rendu les âmes et avant, le cas échéant, les armes.

Le marquis de Maisonfort coucha ceci sur le papier (au moment du congrès de Châtillon) :

"[...] Je fis à cette époque nombre d'articles que le New Times publia après les avoir fait traduire. C'était renoncer au petit mérite du style, mais il fallait être utile avant tout, combattre les journalistes le matin, et madame de Staël le soir dans tous les cercles où je la rencontrais. Sa conduite fut détestable : elle avait envie de faire Bernadotte roi de France, et poursuivait avec acharnement la maison de Bourbon.
Elle m'avait accablé de caresses, d'amitiés à Pétersbourg, à Stockholm où nous nous étions retrouvés, à Londres, mais il n'y eut plus moyen d'y tenir et nous nous brouillâmes avec éclat. C'est dans cette circonstance que, me reprochant ma justice rigoureuse envers elle, elle me dit : "Vous êtes cependant bien persuadé, Monsieur, que je ne suis pas capable de faire battre ensemble deux enfants. -- Deux enfants, oui, lui répondis-je, mais deux peuples, tant que vous le pourrez."
[...].

Quant à Mlle Avrillion, elle y va de son couplet pour l'année 1810, lors du voyage où elle accompagna Joséphine notamment jusqu'en Suisse :
"[...] Nous visitâmes Ferney, Coppet, et Lausanne, lieux si souvent et si bien décrits, que je m'abstiendrais d'en parler, sans la circonstance assez remarquable qui signala les deux jours que nous passâmes dans cette dernière ville. J'eus l'honneur d'y recevoir une visite de madame de Staël, qui s'y trouvait alors ; madame de Staël se rendit en effet à l'auberge où Sa Majesté était descendue, et vint me trouver pour me prier de demander à l'Impératrice si elle voudrait ben la recevoir.
Je me hâtai de faire la commission de madame de Staël, sans succès ; Sa Majesté refusa de la voir, dans la crainte que cette visite ne déplût à l'Empereur, dont, comme on le sait, madame de Staël était, à cette époque, une des ennemies déclarées. Il en coûta à l'Impératrice de prendre cette détermination ; elle ne me cacha point la curiosité qu'elle aurait eue de s'entretenir avec cette femme célèbre, si elle avait pu compter sur sa discrétion : "Mais, me disait Sa Majesté, je connais trop madame de Staël, pour oser risquer une pareille démarche. Dans le premier ouvrage qu'elle publiera , elle ne manquerait pas de rapporter notre entretien, et Dieu sait combien elle me ferait dire des choses auxquelles je n'ai jamais pensé." Ce fut avec regret que je portai à madame de Staëlla réponse de l'Impératrice ; car pendant le peu de moments où j'eus l'honneur de la voir, elle fut pour moi très aimable ; il est d'ailleurs probable que la conversation de ces deux dames eût été d'un extrême intérêt ; mais en cette circonstance comme dans toutes celles de sa vie, Sa Majesté fut mue par la crainte de faire une chose qui déplût à l'Empereur, et rien n'était capable de la déterminer à triompher de cette considération."


Mes hommages :salut:

vélite

Re: Madame de Staël

Message par vélite » 09 juil. 2011, 16:35

Un petit tour cette fois dans les mémoires du sieur de Frénilly, ultraroyaliste à l'humour et à l'humeur corrosifs, et qui connut bien Germaine dans leur jeunesse, puisque les parents étaient voisins.
Extraits de l'édition Plon, 1987 :

"Mlle Necker passait donc sa vie chez nous. Elle nous aimait autant qu'elle pouvait aimer et, si elle nous a depuis oubliés, ce n'est pas sa faute, c'est que nous n'avons pas fait de bruit. Elle m'a, je crois, toujours regardé comme un sot. Sans quoi, elle m'eût recherché, comme les Benjamin Constant, les Schlegel et autres. Il est vrai de dire, pour la justifier, que je n'ai jamais possédé l'art de me faire valoir. Quelque trente ans plus tard, elle me rencontre au bureau d'esprit de Mme Suard, chez qui j'étais venu avec Mme Houdetot. Au bout d'un grand quart d'heure Mme d'Houdetot se lève et me prend par le bras en me disant : "Allons-nous-en." Voilà Mme de Staël pétrifiée. Elle me prend l'autre bras en me disant : "Est-ce que vous seriez homme d'esprit ?" [...]

Relatif au projet de mariage de la soeur de de Frénilly, convoitée par trois prétendants, dont .... : "Le troisième fut Mézy. [...] Ma soeur donna son aveu et déjà la négociation transpirait, quoique tenue fort secrète; Mme de Staël, qui voulait être de tout, faire du bruit de tout et qui enrageait de n'être pas dans la confidence, nous apostropha un soir, Mézy et moi, dans son salon, devant quarante personnes, pour nous faire compliment." [...]

Après Waterloo, le voyage de Napoléon vers Rochefort et le projet d'aller en Amérique :
"C'est dans ce temps que Mme de Staël disait : "J'avais voulu écrire la vie de Napoléon, mais maintenant j'écrirai les aventures de Bonaparte" et cette fois elle disait vrai, elle qui avait tant de fois mendié un de ses regards [...]

Enfin, au sujet de la mort de Germaine :
"Au commencement de ce mois de juillet les lettres perdirent la baronne de Staël, la première amie de mon enfance et infidèle au reste de ma vie; esprit brillant, tête folle, bonne et dangereuse femme. [...]

De son côté, Molé narre cette scène chez Mme de Récamier :notamment ceci :
"Elle donna un bal somptueux où j'allais, et où Mme de Staël, affichant son intimité avec elle, la suivait, l'accompagnait sans relâche, s'asseyant près d'elle, ou s'accrochant à son bras si elle marchait. Jamais on ne vit à côté l'un de l'autre une visage plus délicieux et une face plus repoussante, une physionomie plus douce près d'une figure de bacchante à laquelle il ne manquait que la beauté. [...] Au pourtour, deux degrés couverts d'un riche tapis sur lequel Mme de Staël était étendue. Son maintien plein de négligence et d'abandon contrastait avec celui de Mme de Récamier, calculé et tout apprêté. Cette soirée me plut si peu que je bornai là mes excursions dans un pareil monde. Je ne parus plus chez Mme de Récamier et me contentai de me faire écrire chez son portier, malgré les instances de quelques-uns de mes amis qui voulaient m'y attirer."

Il ajoute plus loin : "Delphine parut alors, et devint, par le nom de son auteur, l'objet d'une polémique de gazette et de salons, où chacun se passionna selon ses engagements de parti ou de coterie. Je ne dirai rien du livre -comme roman, il est mauvais, ce n'est ni un roman ni un livre- mais tant d'esprit s'y trouve renfermé, le style a tant de vie, Mme de Staël se voit si bien à travers l'auteur, qu'en lisant Delphine on croit la rencontrer, et qu'on se sent charmé ou irrité, fermentant ou captivé, comme on l'était en assistant à ses improvisations si téméraires. [...] Bonaparte ne voyait pas sans impatience un si grand bruit se faire où il ne fût pour rien; il redoutait aussi l'intrigue, la soif de renommée, la dévorante activité de l'auteur de Delphine, et il affecta pour ce livre te son succès un dédain qu'il était loin de ressentir."

Georgette Ducrest livre ce portrait :
"Admis dans l'intimité de Mme de Staël, nous fûmes à portée d'apprécier l'excellence de son coeur, et d'admirer le génie si brillant qui l'a rendue l'égale de nos grands prosateurs. Je suis persuadée de l'impossibilité de comparer son talent avec celui de Mme de Genlis, puisqu'ils sont entièrement différents, ainsi que le caractère de ces deux femmes si célèbres. Mme de Staël, dans les conversations générales, semblait vouloir éblouir plutôt que plaire par son esprit; rien n'était plus facile, car elle discutait sur tous les sujets avec une perspicacité rare. Elle ne "causait" jamais; improvisant des espèces de plaidoyers de son opinion quand il y avait beaucoup de monde autour d'elle, il fallait "écouter" toujours; si par hasard, dans ce mouvement de conversation, elle adressait une question, c'était avec une telle distraction, que l'on pouvait se dispenser de répondre, certain qu'elle n'écouterait pas la réponse. On état souvent entraîné à être de son avis, subjugué par son extraordinaire éloquence; tant qu'elle parlait, on pensait comme elle; il fallait en être éloigné pour s'apercevoir en réfléchissant qu'elle avait soutenu des opinions contraires à celles que l'on avait avant de l'avoir entendue. Ses impressions étaient mobiles; les objets lui paraissaient successivement sous des points de vue différents; ce qui provenait d'une impartiale sincérité, semblait quelquefois contradictoire : on aurait pu croire que par ce jeu d'esprit elle soutenait alternativement le pour et le contre.
Elle avait quarante-cinq ans quand je l'ai connue; et elle conservait tous les goûts de la jeunesse, et toute la coquetterie de toilette, qui eussent convenu à une jeune femme. Elle n'avait jamais pu avoir un visage agréable. Sa bouche et son nez étaient laid; mais ses yeux superbes exprimaient à merveille tout ce qui se succédait dans cette tête si riche en pensées élevées et énergiques. Ses mains étaient parfaites; elle avait soin de les mettre toujours en évidence, par l'habitude de tourner continuellement dans ses doigts une branche de peuplier garnie de deux ou trois feuilles, ce qui occasionnait un petit bruit qui lui plaisait. Elle prétendait que c'était "l'accompagnement obligé" de ses paroles, et qu'elle deviendrait muette si on lui ôtait sa branche chérie, qu'elle remplaçait en hiver par de petits morceaux de papiers roulés. Lorsqu'elle arrivait dans une maison, on lui apportait plusieurs de ces espèces de joujoux : elle choisissait celui qui devait lui servir toute la soirée.
Elle était bonne, obligeante, incapable de se venger d'un mauvais procédé; elle aimait ceux qui n'étaient pas habituellement du même avis qu'elle et savait discuter avec sincérité et avec esprit : bien sûre qu'elle brillerait encore plus dans ces combats de conversation, pour lui plaire, il fallait quelquefois la contredire : singulier moyen de réussir auprès d'une femme ! Mme de Staël voyait en général peu les Genevoises, dont la sévérité parfois légèrement austère, s'arrangeait mal avec l'idée qu'on se fait de la destinée d'une femme.
[...] Elle aimait le monde où elle brillait tant, mais pas beaucoup la société des femmes, qui offraient généralement peu de ressources à un esprit comme le sien. Tous les devoirs factices et les discours convenus des salons lui déplaisaient mortellement. Elle ne savait pas reconnaître ce qu'il peut y avoir de vrai ou de moral sous des apparences d'affectation. Le mot, les "convenances", lui était insupportable; et elle l'avait rayé de son dictionnaire, impatienté du sens étroit et hypocrite qu'on lui donne vulgairement. Mme de Staël n'était tout à fait à l'aise qu'avec les hommes capables de la juger, et de discuter sur des sujets étrangers à nos habitudes. Plus le cercle était étendu, plus son génie s'exaltait. La célébrité lui était nécessaire, et elle a su l'obtenir par une toute autre route que la rivale que l'on veut à toute force lui opposer. [...] "Du reste, je le répète, je ne pense pas que l'on puisse comparer Mmes de Staël et de Genlis. La première avait dans ses ouvrages toute l'énergie, toute la philosophie d'un homme; la seconde toute la grâce et la sensibilité qui conviennent à une femme. Mme de Staël n'aimait qu'un cercle nombreux et tous les plaisirs du monde où elle trouvait l'admiration qui lui était due; Mme de Genlis vivait dans la solitude, ne se plaisait qu'à la campagne. La première ne possédait aucun talent agréable, et dédaignait tous les ouvrages d'adresse, tandis que la seconde y excellait. Jouissons donc des productions de ces deux femmes illustres, sans faire un rapprochement qui nuit à nos plaisirs, en nous faisant chercher les défauts de chacune." [...] "Mme de Staël ne se consolait pas d'être exilée; n'aimant pas Genève, elle répétait souvent qu'elle préférerait cent louis de rente, rue Jean-Pain-Molet, à Paris, que cent mille livres de rente à Copet. Elle ne faisait assurément rien de qu'il fallait pour être rappelée. Elle logeait dans un hôtel garni, était servie par les garçons de l'auberge, devant lesquels elle disait tout ce qui lui passait par la tête sur le gouvernement, c'est-à-dire sur l'empereur. On avait beau lui représenter qu'elle était sans doute espionnée, et que tout ce qu'elle disait était rapporté aux Tuilleries; elle n'en continuait pas moins de critiquer tout ce qui se faisait, et de plaisanter sur "la peur" qu'elle inspirait à "Robespierre à cheval" [...]

:salut:

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