2 février 1754 : naissance de Talleyrand : prince immobile ou diable boîteux ?

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Joker
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2 février 1754 : naissance de Talleyrand : prince immobile ou diable boîteux ?

Message par Joker »

À la suite de certains commentaires “à la hussarde” sur Talleyrand, le Cercle Napoléon a offert une tribune libre, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Talleyrand, le 2 février 1754, à l’une de ses adhérentes, qui défend la mémoire du prince de Bénévent.

Talleyrand: Sphinx incompris ? Prince immobile ? Prince des diplomates ? Diable boiteux ?
“Je veux que, pendant des siècles, on continue à discuter sur ce que j’ai été, ce que j’ai pensé et ce que j’ai voulu.”
Beaucoup d’historiens se sont penchés sur le cas “Talleyrand” au cours des siècles passés, raconté beaucoup de bêtises, copié sur le précédent, mais, à mon avis, deux auteurs ont vraiment compris la personnalité de ce personnage exceptionnel, Jean Orieux et Emmanuel de Waresquiel. Sans oublier Sacha Guitry qui s’était glissé dans sa peau.
Incompris ? sûrement, rien qu’à lire les diatribes des napoléoniens contre lui, qui ne connaissent de lui que l’insulte de Napoléon à son retour d’Espagne en 1808, sans connaitre le contexte: alors que Napoléon avait disparu en Espagne, Talleyrand et Fouché, pourtant hostiles, se sont réunis pour savoir qui mettre à la tête de l’Empire si Napoléon ne revenait pas, et ils ont pensé à Murat. Napoléon l’apprend, furieux revient à bride abattue à Paris et fait la fameuse scène aux deux personnages.
Sphinx ? garder toujours un visage impassible alors qu’on a envie de rire ! “Ne me faites pas rire”, dit-il en célébrant la messe de la fête de la Fédération de 1790. Et il savait être impassible lors des négociations.
Immobile ? Pourquoi ? Parce qu’il a toujours été fidèle à lui-même et à la France, un grand serviteur de la France qui n’a pas hésité à chercher des alliances quand Napoléon s’égarait dans des conflits perdus d’avance. Lisez les recommandations de Talleyrand à Napoléon après 1805, après Austerlitz dont il a parcouru horrifié le champ de bataille jonché de blessés et de morts. Il était un homme de paix, la guerre lui faisait horreur.
La proposition de traité du 17 octobre 1805 de Strasbourg:
“J’ai médité sur la paix future, objet qui, étant dans l’ordre de mes fonctions, a de plus un attrait particulier pour moi, parce qu’il se lie plus étroitement au bonheur de votre Majesté.”
Mais Talleyrand, c’est aussi beaucoup plus que ça. C’est un homme du XVIIIème siècle, il l’a dit : “Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre.” Un homme qui aimait les femmes, la bonne chère et tous les plaisirs de la vie. Et l’argent qui permet d’en profiter. Les douceurs ? Oui certes, comme beaucoup de gens, il aimait l’argent, mais vous connaissez des hommes politiques contemporains qui sont morts pauvres ? Moi pas !
Né le 2 février 1754, Charles Maurice de Talleyrand Périgord, destiné à la carrière ecclésiastique à cause d’un pied bot congénital, “ma vocation, c’est ma jambe” disait-il, devient prêtre malgré lui, évêque grâce à son père et à Louis XVI, et administrateur des biens du clergé à la veille de la Révolution. Il adhère aux idées révolutionnaires, mais doit s’enfuir en Angleterre, puis en Amérique pour ne pas subir le destin de ces nobles à qui on coupait si vite la tête.
Un homme à l’intuition extraordinaire, un visionnaire, d’une exceptionnelle intelligence et d’un esprit clair, il n’y a qu’à relire ses bons mots, les citer tous ici serait trop long:
“Je ne me suis jamais pressé, mais je suis toujours arrivé à temps.”
“J’ai toujours porté malheur aux gouvernements qui me négligent.”
“La politique, c’est les femmes !”
“Quand je me contemple, je me désole, quand je me compare, je me console.”
Revenu en 1797 en France il est nommé ministre des relations extérieures du Directoire, se lie avec Bonaparte qu’il idolâtre, lui envoie des lettres enflammées et devient son ministre en 1802.
Il soutient Bonaparte lors du 18 Brumaire et lui écrira plus tard, Lettre du 9 Messidor an IX (28 juin1801): “Général, je pars avec le seul, mais bien vif regret de m’éloigner de vous. Le sentiment qui m’attache à vous, ma conviction que le dévouement de ma vie à votre destinée, aux grandes vues qui vous animent n’est pas inutile à leur accomplissement, m’ont fait mettre au soins de ma santé un intérêt que je n’avais jamais senti… Permettez-moi de vous répéter que je vous aime, que je suis affligé de partir, que j’ai la plus vive impatience de revenir près de vous et que mon dévouement ne finira qu’avec ma vie.”
Entretemps il s’est marié en 1801 avec sa maitresse Catherine Grand, sur l’injonction de Napoléon, car un ex-évêque à la cour avec sa maitresse, ça fait désordre ! Et en 1803, Il a acheté Valençay, ce magnifique château, avec l’aide de Napoléon, qui le chargera plus tard d’y garder les princes d’Espagne. En 1804, Il assiste au couronnement de l’Empereur, on le voit sur le tableau de David, avec un beau chapeau à plumes. Il est nommé grand chambellan.
Napoléon à Talleyrand: “Vous êtes un diable d’homme. Je ne puis éviter de vous parler de mes affaires, ni de m’empêcher de vous aimer”. Talleyrand à Napoléon: “Votre Majesté a depuis longtemps épuisé l’admiration; notre amour et notre reconnaissance pour elle sont seuls inépuisables…”
Napoléon dira à Caulaincourt en 1812 en revenant de Russie que c’était le meilleur ministre qui n’avait jamais eu et qu’il aurait mieux fait de l’écouter !!! Relisez les Mémoires de Caulaincourt messieurs les napoléoniens !
Il l’a dit lui-même, après Austerlitz, il n’est pas facile de quitter Napoléon. Ce n’est qu’en 1807 qu’il donne sa démission de ministre des relations extérieures. ! Il n’approuve pas la politique belliqueuse et expansionniste de Napoléon. Que fait-il alors ? Il a une cour de dames autour de lui, son sérail, avec qui il refait le monde sans quitter Paris. Il aime tellement leur compagnie.
En 1808 Napoléon l’emmène à Erfurt, il sait sa valeur comme diplomate, mais il se trompe, Talleyrand s’allie avec Alexandre. Il dit : “à Erfurt, j'ai sauvé l'Europe d'un complet bouleversement”.
Il accueille en 1809 sa nièce par alliance, épouse de son neveu Edmond, et sa mère la duchesse Anna de Courlande. La belle Dorothée de Courlande jouera ensuite un grand rôle dans sa vie jusqu‘à sa mort.
1814 Ce qu’il avait prévu arriva. Napoléon contraint d’abdiquer est envoyé à l’ile d’Elbe. Louis XVIII charge Talleyrand d’aller défendre les intérêts de la France vaincue. Il sait à qui il a à faire, que Talleyrand, champion de la légitimité saura défendre son pays. Arrivé à Vienne en septembre 1814, il s’installe au palais Kaunitz avec Dorothée. Et là, les négociations commencent, les plénipotentiaires sont très étonnés de le voir arriver avec sa nombreuse suite et son cuisinier. Il compte sur Dorothée pour charmer les hôtes de sa table et faire jouer ses relations européennes.
Metternich dira: “Nous aurions mieux fait de traiter nos affaires entre nous”. Friedrich von Gentz, le secrétaire du congrès dira: “Son intervention a furieusement dérangé nos plans” Le Congrès s’amuse, danse, et les négociations se traitent aussi sur l’oreiller, il durera jusqu’en juin 1815. Grâce à Talleyrand la France revient à ses frontières d’avant l’Empire et le pire est évité. Mars 1815 : Napoléon est revenu de l’ile d’Elbe, ce qui met Talleyrand dans une très fâcheuse position.
On ne soulignera jamais assez le rôle décisif de Talleyrand à Vienne. Oui, il fut bien le prince des diplomates, nul ne peut le nier. Ne pas humilier l’adversaire, c’était sa devise que certains ont bien oublié.
Louis Philippe l’envoie à Londres comme ambassadeur de 1830 à 1834, il y va accompagné de Dorothée. Et il finira sa longue vie réconcilié avec l’Eglise le 17 mai 1838. Lisez Emmanuel de Waresquiel, ou consultez le long article de Wikipédia, vous en saurez plus sur ce personnage extraordinaire et serez moins catégoriques dans vos jugements ! Il a dit: “On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien ; je jouis des honneurs de l’exagération."
Je l’admire pour sa grande intelligence, pour sa clairvoyance, pour l’amour qu’il porte à sa famille, pour son courage. Il aima la paix et détesta la guerre.

Françoise Aubret-Ehnert - Professeur retraitée,
ex- présidente de l’association des amis de Talleyrand.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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