Le mystérieux retour d'Hudson Lowe

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Modérateur : Général Colbert

Patrice kedzia

Re: Hudson Lowe

Message par Patrice kedzia »

Il parait étonnant que le gouverneur de Sainte Hélène ait reçu des consignes précises de son gouvernement sur l'embaumement, à moins qu'elles n'aient été antérieures au 6 mai 1821.
En effet c'est le capitaine W. CROKAT du 20ème, nommé officier d'ordonnance à Longwood qui reçut la mission de porter la nouvelle en Angleterre.
Le docteur Arnott ne se trouva préocuppé de l'état de santé de l'Empereur que le 28 avril 1815, puique Napoléon était simplement atteint de Hypocondrie.
La nouvelle de la mort de l'empereur surprit tout le monde sur l'île, tant Lowe faisait savoir qu'il allait bien alors qu'il ne l'avait pas revu depuis 1816.
Il est probable que le matériel nécessaire manquait, puisque même le plâtre nécessaire à la réalisation du masque n'était pas disponible.
Lowe est mort dans le besoin, ignoré de tous, et sur le discrédit dans lequel il tomba dès son retour de Sainte Hélène il faut citer le verdict prophétique de Napoléon
"Il y a des gens que les gouvernements utilisent pour servir leurs fins, mais qu'ils rejettent ensuite dès qu'ils n'ont plus besoin d'eux."
Lorsque l'on trouve que le seul reproche fait à Lowe par ses chefs est de s'être montré trop indulgent, il y a matière à réflexion, nulle doute que sans nomination au poste de gouverneur, le nom de Lowe serait resté attaché à la seule capitulation de Capri en 1808.
Albertuk

Re: Hudson Lowe

Message par Albertuk »

Bonjour

Je vais me faire un peu l'avocat du Diable pour Lowe ce matin... Ce doit être le thé anglais si bon aujourd'hui :-D
Il parait étonnant que le gouverneur de Sainte Hélène ait reçu des consignes précises de son gouvernement sur l'embaumement, à moins qu'elles n'aient été antérieures au 6 mai 1821.
Pas de consigne d'embaumement. Pourquoi le gouvernement anglais aurait-il souhaité une conservation de Napoléon?
Le docteur Arnott ne se trouva préoccupé de l'état de santé de l'Empereur que le 28 avril 1815, puisque Napoléon était simplement atteint de Hypocondrie.
La nouvelle de la mort de l'empereur surprit tout le monde sur l'île, tant Lowe faisait savoir qu'il allait bien alors qu'il ne l'avait pas revu depuis 1816.
C'est sur ordre de Lowe que Arnott vint à se préoccuper de l'état de santé de son patient. Lisez à ce sujet le rapport de Lowe sur les 40 derniers jours de l'Empereur. Le décès de Napoléon surprit tout le monde, y compris Lowe, vu que Arnott lui répétait pendant près de 4 semaines qu'il n'y avait aucune inquiétude sur la santé de Napoléon et que la seule chose que son patient souhaitait était de quitter l'île.
"Il y a des gens que les gouvernements utilisent pour servir leurs fins, mais qu'ils rejettent ensuite dès qu'ils n'ont plus besoin d'eux."
Exact, le gouvernement lâcha Lowe car le gouverneur geôlier était devenu impopulaire notamment avec les écrits de O'Meara. Politiquement, soutenir Lowe était devenu suicidaire. On préféra lui donner une autre mission au bout du monde, à Ceylan.
Lorsque l'on trouve que le seul reproche fait à Lowe par ses chefs est de s'être montré trop indulgent, il y a matière à réflexion, nulle doute que sans nomination au poste de gouverneur, le nom de Lowe serait resté attaché à la seule capitulation de Capri en 1808.
C'est l'Histoire de France qui attache le nom de Lowe à la seule défaite de Capri. Mais les pays de l'Alliance connaissaient plutôt Lowe comme l'officier qui avait apporté la nouvelle de la capitulation de Paris en 1814 seul à cheval en traversant la France encore impériale: comme le soldat de Marathon. De fait, Lowe fut comblé d'honneurs et, à ma connaissance, ce fut le seul officier anglais ayant reçu à la fois les meilleures médailles militaires anglaise, prussienne et russe. Personne, à part en France, n'a jamais sérieusement reproché à Lowe l'affaire de Capri, sauf les pamphlets et Stuart bien entendu. Il y a deux raisons à ceci, pour les Anglais: 1- ce fut une erreur de prendre Capri car, vu de l'Amirauté, cette île était indéfendable par la Navy à cause de son manque de port, et 2- au même moment de l'affaire de Capri, il y eut la déroute de toute l'armée anglaise en Espagne et la mort du général Moore. On pouvait bien excuser Lowe sur son rocher et sans renfort. Cependant il souhaita porter tout le blâme sur cette perte, afin de défendre ses officiers, et fut le seul à poser sa démission. On lui la refusa.
Latour-Maubourg

Re: Hudson Lowe

Message par Latour-Maubourg »

Bonjour, :salut:
Je suis actuellement en train de lire un petit livre de Françoise et Jean H. Fings intitulé "Napoléon et son temps" (Tome 2 Les acteurs). Cet ouvrage est une compilation de petits articles thématiques.

Dans un chapitre intitulé "Arthur Wellesley, Duc de Wellington", les auteurs écrivent :
"En gagnant Paris, il (Wellington) s'arrête en Belgique où Hudson Lowe lui signale une position favorable pour défendre Bruxelles : celle de Mont-Saint-Jean."

Quelqu'un pourait-il m'éclairer sur le bien fondé et les circonstances dans lesquelles ces informations auraient pu être fournies (fin 1814) par le "geolier" au "vainqueur" de l'Empereur ???
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Joker

Re: Hudson Lowe

Message par Joker »

Tout simplement parce que Lowe lors d'un séjour antérieur en Belgique avait reconnu les avantages de cette position.
Il s'en est souvenu fort opportunément en juin 1815 et en a fait profiter son supérieur avec les conséquences que l'on sait.... :cry:
Dominique T.

Re: Hudson Lowe

Message par Dominique T. »

N'oublions pas non plus que la position avait déjà servi à Marlborough en 1705 (?) et que Ney, jeune cavalier, y avait également combattu en 1792-1793 (je cite de mémoire).

Comme dit le dicton anglais "Once a battlefield, always a battlefield".

C'est une position de combat "logique", en ce sens que c'est le dernier endroit où on peut interdire l'accès à Bruxelles.
Dominique T.

Re: Hudson Lowe

Message par Dominique T. »

Honnêtement, je ne crois pas que cela aurait beaucoup changé.

Wellington avait ce coup d'oeil du grand général -surtout en défensive- pour repérer les bonnes positions.

C'est, pour un militaire, une des plus importantes qualités. Il l'aurait trouvée, même sans Hudson Lowe.
Joker

Re: Hudson Lowe

Message par Joker »

En effet, Wellington aurait certainement repéré cette position stratégique de lui-même.
Avec la forêt de Soignes en appui, le plateau de Mon-Saint-jean offrait tous les avantages d'une position défensive.
Par contre, en cas de défaite, la proximité de la forêt eut sans doute été fatale à l'armée britannique.
C'était donc un pile ou face et la chance fut anglaise (avec un solide coup de pouce prussien quand même). :)
Dominique T.

Re: Hudson Lowe

Message par Dominique T. »

Par contre, en cas de défaite, la proximité de la forêt eut sans doute été fatale à l'armée britannique.
Bien remarqué, Joker. En effet, il est (très fortement) déconseillé d'établir une position défensive le dos à un obstacle, (Benningsen semble avoir oublié cette règle élémentaire à Friedland - bien fait pour lui :lol: ).

Pour Wellington, il n'avait en fait pas le choix...
Albertuk

Re: Hudson Lowe

Message par Albertuk »

Bonjour

Je me permets de donner mon opinion ici, pas en tant qu'expert de Waterloo (loin de là) mais plutôt en connaissance de la carrière d'Hudson Lowe.

La contribution de Lowe à la victoire des Puissances Alliées à Waterloo ne s'arrête pas à une simple indication topographique d'un lieu propice à une ligne de défense. Il le fit, c'est vrai, car il parcourut toute cette contrée plusieurs mois avant la fuite d'Elbe. Le but alors était de vérifier les défenses possibles aux frontières du nord de la France. Son étude ne s'arrêta pas au seul Mont St Jean qui devint le champ de bataille que l'on connait. Wellington aurait pu en faire autant certes, comme en Espagne, mais avait-il suffisamment de temps pour étudier cette région en détails? Je pense qu'il appliqua les recommandations missionnées à Lowe par l'Etat Major anglais depuis belle lurette.

Mais la vraie contribution de Lowe dans cette campagne se trouve dans deux rôles majeurs qu'il joua:

1- son service auprès de l'armée prussienne: c'est bien grâce à Lowe que l'armée de Blücher fit les manoeuvres rapprochées de l'armée anglaise. Après leur défaite contre Napoléon, et contre toute attente, les Prussiens remontèrent en direction des anglais en laissant ouverte la route de l'Allemagne. Ainsi, pendant qu'on mangeait des fraises côté français en pensant faire tampon entre les anglais et les Prussiens, ces derniers retournèrent sur le front de Belgique au laissant leur propre pays à découvert. Ce plan fut soigneusement préparé par Lowe et approuvé par le général Kleist de l'armée prussienne. Même après le départ de Lowe, au début de cette campagne (à cause de Wellington), et malgré le manque d'engouement de Wellington envers Blücher, l'initiative de Lowe porta ses fruits et les prussiens suivirent à la lettre ses recommandations lorsque la campagne éclata (je dirais même: malgré Wellington!)

2- Napoléon essaya un temps d' "acheter" la Cour de Hollande, pour la rallier à sa cause avant l'ouverture de la campagne de Belgique. Ordre secret fut passé au Prince d'Orange par son père, sensible à l'appel de Napoléon, pour faire signifier que l'armée prussienne n'était pas autorisée à pénétrer dans leur pays. On imagine alors que Napoléon pouvait défaire l'armée anglaise en Belgique si celle-ci ne pouvait être appuyée par Blücher. Or, ce fut l'officier de liaison entre Orange et l'armée prussienne, donc Hudson Lowe, qui fut chargé de transmettre l'ordre d'Orange à l'Etat-Major prussien. Lowe refusa net, et délibéra avec Orange sur le mauvais fondement de cette décision prétextant que les Alliés devaient jouer cavalier commun dans cette campagne militaire imminente. Le temps qu'Orange mit à en référer à son père... joua contre Napoléon. Et aucune information ne parvint jamais aux Prussiens sur cette question épineuse. Ils manoeuvrèrent alors en Belgique eux aussi, en suivant l'armée anglaise à la trace.

Dans la bataille de Waterloo, ce fut la proximité des deux armées, anglaise et prussienne (que Napoléon essaya en vain de séparer) qui fit le sort de la campagne. Or ce rapprochement ne fut jamais le fait de Wellington, mais un travail de préparation de Lowe qui "conditionna" l'Etat-Major prussien pour décider leurs propres mouvements en fonction des manoeuvres anglaises.

Je laisse aux experts sur Waterloo d'analyser ces faits et les fondre avec le reste de leur connaissance de cette campagne.
Frédéric

Re: Hudson Lowe

Message par Frédéric »

Par contre, en cas de défaite, la proximité de la forêt eut sans doute été fatale à l'armée britannique.
C'était donc un pile ou face et la chance fut anglaise (avec un solide coup de pouce prussien quand même).
Bien remarqué, Joker. En effet, il est (très fortement) déconseillé d'établir une position défensive le dos à un obstacle, (Benningsen semble avoir oublié cette règle élémentaire à Friedland - bien fait pour lui ).
Ce principe est tout à fait valable dans le cas ou la ligne de retraite en cas de défaite doit systématiquement passer au travers de l'obstacle en question.
Il sembla bien que ce n'ait pas été le cas cette fois ci.

Wellington s'en est expliqué en 1825 au cours d'une conversation avec quelques-uns de ses meilleurs amis et qui fut rapportée par Lord Hatherlow : "Ils n'ont pas réussi à m'en faire donner la preuve. Cependant la route de Bruxelles était sur toute sa longueur utilisable pour faire retraite. Je connaissais chaque pouce de la plaine devant la forêt et de la route qui traverse celle-ci.
De chaque côté de la chaussée, la futaie est assez claire pour livrer passage à l'infanterie, à la cavalerie et même à l'artillerie, et la forêt est très facile à défendre. Si je m'étais retiré là, auraient-ils pu me suivre? Les Prussiens arrivaient sur leur flanc et se seraient trouvés sur leurs derrières.
Mes plans, dans les orpérations que j'avais entreprises, tenaient compte de la coopération des Prussiens et ceux ci ne m'ont pas déçu.
Mais je n'ai jamais projeté de me retirer sur Bruxelles. Si j'avais été refoulé de ma position, j'aurais effectué ma retraite sur ma droite, vers la mer, les vaisseaux et mes ressources. J'avais placé Hill là où il pouvait me rendre des services importants en maintes circonstances. La retraite aurait pu être une de celles-ci, et encore une fois, je le demande, si je m'étais retiré sur ma droite, Napoléon aurait il pu s'aventurer à me suivre?...Les Prussiens, qui étaient déjà sur son flanc, auraient pu être sur ses derrières"


Cette explication peut passer pour un justification "après coup" de Wellington.
Néanmoins, il semble que la disposition de ses troupes sur le champs de bataille lors de la bataille semble confirmer cette intention de retraite vers sa droite.
Hougoumont, qui a été solidement fortifié et qui est occupé par ses meilleures troupes, l'hypertrophie de son aile droite en direction de Braine-L'Alleud qui est encore occupée par toute une division et qui est en communication avec le corps laissé à Hal et la faiblesse de son aille gauche qui n'est composée que des troupes ayant combattu l'avant veille ou facilement "sacrifiables" et de cavalerie extrêmement mobile.

Cordialement

Frédéric
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