Revue de presse

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Modérateur : Général Colbert

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Bernard
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Re: Revue de presse

Message par Bernard »

Général Colbert a écrit : 02 avr. 2021, 17:10 C'est peut-être que la métropole ne s'est jamais ou pas souvent sentie concernée, ni culpabilisée, faute de présence massive d'esclaves, contrairement au continent américain et aux îles....(il s'agit d'un explication purement intuitive et non scientifique).
Par ailleurs, les propositions des dernières années ou des derniers quinquennats visaient plutôt à réduire le nombre de jours fériés,jugés excessif en France.
S'il fallait un jour férié pour tout commémorer, nous n'irions plus jamais au travail ! Ce n'est pas en instaurant des jours fériés qu'on pourra résoudre les problèmes mémoriaux. Fêtes des pères, des mères, etc. n'ont de fonctions que commerciales et ont été importées en l'état par qui en voulait bien. Les dates varient d'ailleurs d'un pays à l'autre, parfois dans des proportions extrêmes.

L'esclavage est un problème trop grave pour le réduire à un jour férié. C'est aussi réducteur de ne s'en indigner que pour stigmatiser le premier Empire. Nul n'évoque les armateurs nantais (tous de bons catholiques qui communiaient à la messe chaque dimanche et qui sont pourtant responsables de 1 744 expéditions durant tout le XVIIIe siècle), ceux de La Rochelle (premier port français actif dès le XVIe siècle), Bordeaux, Le Havre, Saint-Malo, Lorient, Honfleur, Marseille, Dunkerque, Bayonne, Rouen, Vannes, etc. Au total 1,5 million d'esclaves, moitié moins toutefois que la prude Angleterre, celle-là même qui rétablit l'esclavage dans nos îles...
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Cyril Drouet
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Re: Revue de presse

Message par Cyril Drouet »

Bernard a écrit : 02 avr. 2021, 18:21 Nul n'évoque les armateurs nantais
https://memorial.nantes.fr/
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Bernard
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Re: Revue de presse

Message par Bernard »

Cyril Drouet a écrit : 03 avr. 2021, 18:47
https://memorial.nantes.fr/
Merci, je connais cet endroit. Même si l'initiative est bonne, je regrette que le message y soit trop poli, trop propre...
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L'âne
 
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Re: Revue de presse

Message par L'âne »

Le Monde du 4 avril 2021

John Tolan Napoléon et le rêve d’une « République islamique » en Egypte

En cette année de célébration du bicentenaire de la mort de Bonaparte, l’historien francoaméricain raconte comment le général débarqua, près d’Alexandrie, en 1798, avec l’objectif de créer une tête de pont d’un Orient des Lumières


C’est le MawlidalNabi, la fête d’anniversaire du Prophète, le 12 Rabia al Awal 1213 selon le calendrier de l’hégire, le 23 août 1798 pour l’armée française et son général Bonaparte. La fête fut établie au Caire par les Fatimi des huit siècles plus tôt, mais les chefs musulmans du Caire occupé ne sont pas d’humeur à festoyer. Napoléon juge l’occasion bonne de soigner ses relations avec le peuple égyptien et insiste pour financer les réjouissances. La mosquée Al Azhar est allumée par mille lampes, Napoléon s’y rend en compagnie des ulémas, s’assoit parmi eux lorsqu’ils chantonnent des versets coraniques en l’honneur du Prophète.

Dehors, les pirouettes de derviches soufis à moitié nus côtoient le défilé des soldats français en tenue d’apparat et les chants des musulmans se mêlent aux airs martiaux de la fanfare. Comme le fait ironiquement remarquer un officier : « L’artillerie française salua Mahomet. » Napoléon, le « grand sultan », préside les festivités et se déclare le protecteur de toutes les religions. On lui décerne le nom d’« Ali Bonaparte ». Napoléon avait débarqué près d’Alexandrie le 1er juillet à la tête d’une armée de plus de 50 000 hommes : c’était la première expédition française en dehors de l’Europe depuis la Révolution, inauguration d’une nouvelle ère coloniale. L’effet de surprise a permis de prendre Alexandrie rapidement. L’armée se met en marche vers le sud et le 21 juillet, à la bataille des Pyramides, vainc les Mamelouks, qui gouvernaient l’Egypte sous l’autorité (théorique) du sultan ottoman. A la suite de cette défaite, les Mamelouks se retirent en Haute Egypte, laissant Le Caire aux Français.

Le 24 juillet, Napoléon entre dans la capitale et y établit son quartier général. L’armée française contrôle Le Caire et le delta du Nil, mais pour rester maître d’Egypte, il faut rallier le peuple égyptien. Déjà, le 18 août 1798, il y eut la fête de la crue du Nil, que les Egyptiens célébraient depuis l’Antiquité : Napoléon se mit au centre des festivités, comme l’avaient fait tant de pharaons, sultans et autres dirigeants du pays du Nil. Puis l’anniversaire du Prophète le 23 août. Et le 22 septembre, la fête de la République, marquant le sixième anniversaire de la République française. C’est à cette occasion que Napoléon conçoit un drapeau national pour l’Egypte française : un drapeau tricolore frappé d’un passage du Coran. Napoléon voulait donc que l’Egypte française soit une sorte de république islamique. Quelques jours après la fête du Prophète, il écrivit au cheikh ElMessiri, président du divan d’Alexandrie : « J’espère que le moment ne tardera pas où je pourrai […] établir un régime uniforme, fondé sur les principes de l’Alcoran, qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes. » Au chérif de La Mecque, avec qui il cherchait alliance, il affirme : « Nous sommes les amis des musulmans et de la religion du Prophète ; nous désirons faire tout ce qui pourra vous plaire et être favorables à la religion. »

Il lit ostensiblement le Coran. Il tente de séduire les ulémas, l’élite religieuse du Caire, leur demande d’expliquer des passages du Coran. Il fait de ces ulémas les membres de son divan à qui il délègue le gouvernement de l’Egypte. Il exige qu’ils portent la cocarde tricolore. Il fait ébruiter la rumeur qu’il serait prêt à se convertir. Comme ironise l’historien Juan Cole : « Les jacobins français, qui avaient célébré le culte de la raison à NotreDame de Paris, envahi et soumis le Vatican, étaient en train de créer la première république islamique moderne au monde ! »

Vive résistance

En même temps, il souhaitait importer les Lumières d’Europe en Egypte. L’équipe de scientifiques qu’il avait embarquée au sein de son armée était venue pour étudier l’Egypte, mais aussi pour y apporter la science et la culture européennes. Il fonde l’Institut d’Egypte, dont la bibliothèque ouvre ses portes à l’élite intellectuelle cairote : si certains ulémas rechignent à feuilleter des livres d’infidèles, Abd alRahman alJabarti, qui a laissé une chronique de l’occupation française d’Egypte, est fasciné par les instruments astronomiques et par les livres en sciences naturelles et en histoire. Il y converse avec des chercheurs qui étudient le Coran et l’histoire de l’islam : « Ils étaient de grands érudits et ils aimaient les sciences, surtout les mathématiques et la philologie. » Le rêve de Napoléon est de faire de l’Egypte française la tête de pont d’un Orient des Lumières, pour y apporter le progrès et la science, pour augmenter la gloire et la richesse de la France, et pour damer le pion aux Anglais.

Mais ce rêve se brise contre les réalités d’une résistance vive à cette première conquête coloniale française en terre d’islam. Le 21 octobre 1798, une révolte éclate dans les rues du Caire. Napoléon y oppose une répression féroce et n’hésite pas à pilonner la mosquée AlAzhar où une partie de la population espérait trouver refuge. Après quatre jours d’effusion de sang, les rebelles capitulent : l’armée française aurait perdu 800 hommes et aurait tué 5 000 ou 6 000 Egyptiens.

A la suite de cette révolte, le général met les Egyptiens sur leurs gardes ; leur résistance serait vouée à l’échec : « Aucun pouvoir humain ne peut rien contre moi. Mon arrivée de l’Occident sur les bords du Nil a été prédite dans plus d’un passage du Coran. Un jour, tout le monde en sera convaincu. » Napoléon tente une conquête en Palestine et en Syrie, mais l’alliance des Mamelouks de la Haute Egypte, des Ottomans et des Anglais met fin à ces rêves d’empire musulman républicain en Orient. Le 23 août 1799, Napoléon quitte l’Egypte pour revenir en France et préparer le coup d’Etat du 18 brumaire.

Napoléon semble avoir cru que l’islam des ulémas était un monothéisme pur, proche du déisme des philosophes des Lumières. Il espérait que quelques déclarations rassurantes de son admiration pour le prophète et le Coran pourraient convaincre les ulémas du Caire à l’accepter comme musulman, même comme une sorte de nouveau Mahomet. Il semble concevoir cette idée sur l’Orient, le navire qui l’amena en Egypte. Il avait embarqué avec lui le Coran, dans la nouvelle traduction de Claude Etienne Savary [17501788]. C’était dans la préface de sa traduction que Savary dressa un portrait de Mahomet qu’il présenta comme « un de ces hommes extraordinaires qui, nés avec des talents supérieurs, paraissent de loin en loin sur la scène du monde pour en changer la face et pour enchaîner les mortels à leur char. » Son Mahomet était un tacticien militaire brillant, un orateur hors pair qui savait motiver ses troupes, un sage législateur.

Nombre d’Anglais aux XVIIe et XVIIIe siècles avaient déjà dépeint le prophète de l’islam comme réformateur religieux qui chercha à rétablir un monothéisme pur et rationnel qui jeta les bases d’une société égalitaire, républicaine. C’est aussi le point de vue d’Henri de Boulainvilliers, dont la Vie de Mahomet (publié de façon posthume en 1730) est une diatribe à peine déguisée contre l’Eglise catholique : Mahomet aurait aboli la superstition, le culte des saints, le pouvoir des clercs. L’islam serait tout ce que le catholicisme n’est pas : iconoclaste, anticlérical, égalitaire, rationnel, en un mot, républicain.

Pour Emmanuel Pastoret, le Coran annonce « les vérités les plus sublimes du culte et de la loi morale », et définit l’unité de Dieu avec une « admirable concision » (Zoroastre, Confucius et Mahomet : comparés comme sectaires, législateurs, et moralistes ; avec le tableau de leurs dogmes, de leurs lois et de leur morale, 1787). L’historien britannique Edward Gibbon affirme que « le Coran est un glorieux témoignage de l’unité de Dieu » (Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, tome 5, 1788) ; sa doctrine était proche pour lui du déisme des philosophes.

Repoussoir et modèle

Cette lecture du Coran et de l’islam fit penser à Napoléon que les idéaux des philosophes et les doctrines des ulémas étaient semblables. Mais là où certains auteurs des Lumières ont vu, dans l’islam des origines, une religion naturelle et rationnelle qui favorisait une société égalitaire, Napoléon a retenu au contraire la figure du Prophète conquérant et législateur, le grand homme qui façonne l’histoire. Il rêve d’être un nouveau Mahomet.

Aujourd’hui, ce rêve d’une Egypte française, républicaine et islamique nous paraît saugrenu. Napoléon se prenait il pour un nouveau Mahomet ? Avait-il vraiment le projet de se convertir à l’islam ? Ou au contraire, n’était ce que calcul cynique, sans aucun respect réel ni pour le Prophète, ni pour le Coran, ni pour les ulémas ? Le 16 août 1800, le consul Bonaparte explique au Conseil d’Etat : « C’est en me faisant catholique que j’ai gagné la guerre en Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Egypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais un peuple juif, je rétablirais le Temple de Salomon. » Une des dames de la cour impériale, Mme de Rémusat, rapporte que l’empereur lui confie les sentiments qu’il a éprouvés pendant la traversée vers l’Egypte : « Je créais une religion, je me voyais sur le chemin de l’Asie parti sur un éléphant, le turban sur ma tête, et dans ma main un nouvel Alcoran que j’aurais composé à mon gré. » Henri IV a dit que Paris vaut bien une messe, dit-il ; la conquête de l’Orient justifierait bien la conversion à l’islam. A la fin de sa vie, exilé sur l’île de Sainte-Hélène, il écrit ses Mémoires, dont les Campagnes d’Egypte et de Syrie, où il fait les louanges du Prophète, si mal compris en Europe. « La religion de Mahomet est la plus belle, affirme-t-il à son compagnon d’exil Gaspard Gourgaud, elle est moins ridicule que la nôtre. »

Dans ses Mémoires, Napoléon évoque parfois un roi français qui avait envahi l’Egypte plus de cinq siècles plus tôt : Saint Louis. Il se vante d’être meilleur stratège que le roi croisé, et se targue surtout de se montrer ami des musulmans et de l’islam, non pas un ennemi fanatisé. Si tant de conquérants européens avaient affirmé vouloir christianiser les territoires qu’ils subjuguaient, Napoléon est le premier à vouloir y apporter les Lumières et les idées républicaines de la Révolution. Non pas sans son lot de paradoxes : il souhaite libérer les Egyptiens des Mamelouks en réprimant leurs révoltes dans le sang ; il cherche à leur inculquer les valeurs républicaines tout en les soumettant à un culte de sa personne – et en acceptant des esclaves en cadeaux.

Cette conquête éphémère laisse des traces. Le retrait français laisse l’Egypte dans le chaos, dont émergera un nouvel homme fort, Muhammad Ali, qui voit en Napoléon à la fois un repoussoir et un modèle : il envoie les jeunes espoirs cairotes se faire former en France, rejette les puissances européennes tout en s’inspirant d’elles pour l’organisation de l’armée et du fonctionnariat, l’établissement de l’imprimerie, le renouvellement des institutions éducatives. Une trentaine d’années après l’échec de l’Egypte, la France se lance dans une nouvelle conquête en Afrique du Nord, celle de l’Algérie. Avec la même contradiction entre les idéaux affichés et la brutalité pratiquée, qui mène l’intellectuel algérien Hamdan Khodja à dénoncer « le joug de l’arbitraire, de l’extermination et tous les fléaux de la guerre, et toutes ces horreurs commises au nom de la France libre ».

Dans ce bicentenaire de la mort de Napoléon, une année marquée par des polémiques sur l’islam en France et sur notre héritage colonial, le rêve mahométan de Napoléon nous questionne, il nous met devant ses contradictions et devant les nôtres.

John Tolan est professeur d’histoire à l’université de Nantes, membre de l’Academia Europaea et auteur de « Mahomet l’Européen. Histoire des représentations du Prophète en Occident » (Albin Michel, 2018)
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Re: Revue de presse

Message par L'âne »

Le Figaro - 5 avril 2021

Notre époque fabrique encore des héros


La fabrique des héros ressemble à toute industrie. Elle connaît des périodes de surchauffe et d’autres de vaches maigres, traverse (rarement) des crises de surproduction ou subit à l’inverse de longs cycles de reflux, est victime de contrefaçons, éprouve des phénomènes de mode, innove, se renouvelle… Elle possède ses filières d’excellence avec des gammes archisélectives de héros singuliers et inimitables, l’équivalent de ce qu’on appelle dans le secteur du luxe des « commandes spéciales », uniques et non reproductibles. Elle recèle des ateliers de plus grande série qui façonnent des « héros du quotidien ». Elle compte même une offre atypique, à la rubrique « antihéros ».

Et, comme pour la réindustrialisation, se pose avec acuité la question de son avenir et de son adaptation aux impératifs et aux goûts de notre temps. Nombre d’observateurs estiment, souvent pour s’en lamenter, que le temps des héros est révolu. Notre époque prosaïque, égalitariste, triviale, précautionneuse, ne serait pas propice à l’éclosion des héros en dehors de quelques grands sportifs, d’explorateurs intrépides, de généreux défenseurs des droits ou de scientifiques visionnaires. La Victime aurait pris la place du Héros - comme si les deux s’excluaient. Rien de nouveau sous le soleil. Les héros, c’était mieux avant ! Don Quichotte arrive trop tard ; la chevalerie est morte. Comment faire pour s’illustrer sans se ridiculiser ? Nous sommes des nains, dit Isaac Newton, mais juchés sur les épaules des géants des siècles passés, et nous voyons par conséquent plus loin qu’eux ; les vrais héros de la science et de la raison, c’étaient eux, pas nous. Dans sa célèbre Confession d’un enfant du siècle (1836), Musset pleure l’avènement d’une « humanité en léthargie », loin du tumulte et de l’éclat de l’épopée napoléonienne ; il décrit un « désenchantement », une « désespérance » qui glace le sang et paralyse toute énergie vitale ; adieu héros des armes, adieu exploits, place au héros romantique souffreteux aux prises avec le redoutable « mal du siècle » !

Avant de se demander si l’héroïsme a fait son temps, il n’est pas inutile de rappeler que l’usine à héros a rarement tourné à plein régime dans les séquences paisibles et prospères de l’histoire. Elle s’alimente à la source de la tragédie, puise ses forces dans les épreuves et les souffrances, atteint son plus haut niveau de production dans les moments de danger extrême. Aux grands maux, les grands héros ! Déplorer la disparition de l’héroïsme revient d’une manière ou d’une autre à regretter ces âges durs, obscurs, périlleux en tout, impitoyables au plus grand nombre. Jeanne d’Arc aurait sans doute préféré couler des jours heureux dans une France en paix. La plupart des héros de la Résistance se seraient volontiers dispensés de le devenir.

Les vrais héros, anonymes ou célèbres, s’enorgueillissent rarement de leurs hauts faits. D’ailleurs, ils répugnent le plus souvent à se voir eux-mêmes comme des héros et n’éprouvent généralement pas beaucoup de nostalgie pour ces moments d’héroïsme incandescent que connaissent les nations en danger de mort. Des moments, soit dit en passant, qui se manifestent aussi par d’ignobles déchaînements de lâcheté, comme si le meilleur et le pire, le héros et le salaud, allaient de pair, opposés mais indissolublement liés.

Une chose est sûre : le culte des héros et des grands hommes n’est pas mort, comme l’illustre assez bien l’exemple du dernier Français entré au Panthéon, Maurice Genevoix, héros juvénile de la Grande Guerre et héraut et peintre poignant de « Ceux de 14 ». Nos héros ne sont plus des seigneurs de la guerre ? À la bonne heure ! Ils s’appellent Thomas Pesquet, Roger Federer, Clarisse Crémer (meilleure navigatrice du dernier Vendée Globe), Cédric Villani, Emmanuelle Carpentier, etc. Ils sont aussi les jeunes Birmans qui défient la junte, les prisonniers politiques qui se battent à travers le monde pour la défense des idéaux démocratiques, les soldats de la liberté, les combattants d’un monde meilleur, etc.

Non, le courage, la force de caractère, la grandeur d’âme qui composent l’étoffe des héros ne sont pas morts ! Trop souvent l’héroïsme a consisté à faire couler le sang ou à lutter contre ceux qui le faisaient couler. Qu’il existe un héroïsme par temps calme et sans pathos ni carnages constitue une excellente nouvelle. Faut-il sérieusement regretter les héros de l’Union soviétique, les géants casqués de la mythologie, les bâtisseurs d’empire à coups de dague, ou encore ces héros plus qu’équivoques à la Che Guevara ? Plutôt que d’invoquer la résurgence des héros sans peur et sans reproche (trop souvent éclos dans des âges farouches), inspirons-nous de ces paroles d’un héros des lettres au sourire si doux, Victor Hugo, disant dans la préface d’Hernani : « Jeunes gens, ayons bon courage ! Si dur qu’on veuille nous faire le présent, l’avenir sera beau. » Des mots sans forfanterie, clairs, entraînants, précieux, pour nous donner du coeur à l’ouvrage. Héros d’aujourd’hui et de demain, en avant !

* Consultant associé chez LPM Communications, David Brunat est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, parmi lesquels « ENA Circus » (Éditions du Cerf, 2018).
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