SANTÉ : Témoignages de médecins

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Modérateur : Général Colbert

Christophe

SANTÉ : Témoignages de médecins

Message par Christophe » 12 avr. 2011, 14:44

Joseph de Kerchove

Bonjour,
Pour ceux que cela intéresse, je prépare une nouvelle édition d'un témoignage méconnu: celui du médecin Joseph de KERCKHOVE.
D’une famille noble originaire d’Allemagne, il est né le 3 septembre 1789 à Nuth (Limbourg) aux Pays-Bas. Kerckhove est reçu comme docteur en médecine en 1811 (à la Faculté de médecine de Strasbourg) .
"L’Empereur qui, à cette époque, faisait entrer dans ses armées tous les jeunes gens de famille, le désigna pour servir comme officier dans le 7ème régiment de chasseurs à cheval ; mais toujours porté par ses goûts vers la médecine, M. de Kerckhove sollicita et obtint une place de médecin au grand quartier-général de l’armée française, avec laquelle il fit les campagnes de 1812, 1813 et 1814."..."Pendant la campagne de Russie, il fut attaché comme médecin au quartier-général du troisième corps d’armée aux ordres du maréchal Ney, qu’il accompagna constamment pendant la retraite, depuis Moscou jusqu’à Kowno, et avec lequel il sortit un des derniers de la Russie". En 1813, Joseph de Kerckhove est nommé comme médecin au quartier-général du deuxième corps d’armée, sous les ordres du maréchal Victor, duc de Bellune. Il quitte les rangs de la Grande-Armée après la première abdication de l’Empereur. En 1815, l’auteur est nommé médecin de première classe au service des Pays-Bas, et fut en cette qualité chef du service de santé des hôpitaux militaires de Liège . En 1817, Kerckhove fut envoyé à Anvers comme officier de santé en chef des hôpitaux militaires et de la garnison de cette ville ; il occupa cette place jusqu’en 1822, année au cours de laquelle il donna sa démission. Après avoir quitté l’armée, il consacrera son existence à la rédaction d’ouvrages médicaux tout en devenant membre correspondant de très nombreuses sociétés savantes de par le monde.Joseph de Kerckhove s’éteindra à Malines (Belgique) le 10 octobre 1867.
Il a laissé un témoignage très réaliste sur les souffrances endurées par les soldats durant les campagnes de Russie et d'Allemagne.

("Edité par un Demi-Solde". A paraître fin avril 2011.
:salut:

Turos M. J.

Santé : Soins des blessés

Message par Turos M. J. » 01 sept. 2014, 17:01

Chirurgien - au rapport.
Le premier concept de ségrégation blessés en raison de la gravité de la blessure est associée avec le nom de JD Larrey, comme le concept de la «journée d'or», qui fait référence à «l'heure d'or". Certains types de blessures par exemple. Blessures abdominales ont été a priori considérés comme mortels.Collecteur de blessure existe en tant que concept, mais comme blessés traitée avec les chirurgiens les plus qualifiés. Et ainsi - et ce, malgré le passage d'un temps assez long après la blessure peut fournir un exemple de colonel d'Abboville (probablement fait l'erreur dans le nom) ou général Pajol. Mécanismes d'adaptation du corps, surtout lorsque l'on considère le stress de la bataille sont, cependant, tout à fait significatif.
Les courbes de survie par rapport à la blessure - divisé en mort avant et après 24 heures, malgré le développement des techniques de sauvetage en usage aujourd'hui.
J'espère que ce que j'ai dit, et il n'y a pas d'erreurs.
Amities et :salut:
Maria Joanna

vélite

Message par vélite » 02 sept. 2014, 16:20

Il faut attendre la découverte des antibiotiques -ainsi que la pratique régulière de la transfusion et l'usage de la morphine, notamment- pour améliorer le sort et les chances de survie des blessés, outre les progrès de la chirurgie de guerre. Larrey avait mis au point les ambulances volantes pour recueillir des blessés pendant le combat. Dunant et sa Croix-Rouge donneront un essor supplémentaire à l'amélioration du traitement des blessés.
Toutefois, ces évolutions essentielles valent pour autant qu'il soit possible de prendre en charge très rapidement les blessés, et cela dépend aussi des conditions dans lesquelles évolue le corps médical.
Il suffit de lire Duhamel ou Viguier pour 14-18 ou encore Grauwin, Aulong, Hantz et Thuriès à Diên Biên Phu, pour constater qu'en cas d'afflux important de blessés, la mort de nombre de ceux qui ne peuvent être pris en charge et évacués rapidement, est inéluctable. Les chirurgiens sont obligés de trier parmi les blessés et d'opérer en priorité ceux dont le diagnostic de survie à très court terme est supérieur à d'autres, que l'on laisse succomber parce qu'il n'est pas possible de faire autrement à ce moment.
Waterloo, Solférino, Verdun ou DBP -entre autres- présentent des similitudes sur ce point.

:salut:

Turos M. J.

Message par Turos M. J. » 02 sept. 2014, 17:14

vélite a écrit :Dunant et sa Croix-Rouge donneront un essor supplémentaire à l'amélioration du traitement des blessés.
Le premier mémoire sur la prise en charge des blessés et l'intégrité des médecins est aussi un travail de JD Larrey et P. Br Percy.
Amities et :salut:

Peyrusse

SANTÉ : Témoignages de médecins

Message par Peyrusse » 20 juil. 2017, 21:28

Joseph Tyrbas de Chamberet

On sait que les témoignages de membres du Service de santé, sous l’Empire, sont très souvent d’excellente qualité. Leurs auteurs possèdent toujours un sens développé de l’observation et une instruction permettant de les transcrire d’une façon précise. C’est le cas de Joseph Tyrbas de Chamberet (1779-1870) avec ses « Mémoires » qui étaient jusque là inédits. L’auteur sera notamment en Espagne, où il dépeint avec réalisme la misère qui règne dans les hôpitaux militaires, les concussions de certains fonctionnaires qui détournent argent et vivres à leur seul profit, laissant les malades sans confort, sur leur lit de douleur, rongés par la vermine. En 1815, Tyrbas de Chamberet fait partie de la 9ème division d’infanterie-2ème corps général Foy- et participe à la campagne de Belgique. Il est présent à la bataille de Waterloo mais il se trouvait « derrière les lignes de troupes dans une grande ferme sur la route même de Bruxelles, où l’on avait établi l’ambulance du quartier-général ». Le médecin raconte durant cette campagne, deux anecdotes ; la première se situe le 16 juin 1815 ; l’auteur est alors impressionné de voir « un malheureux soldat, qui depuis deux jours, gisait au beau milieu de la route, dont le sol était défoncé par la pluie et le passage de la cavalerie et l’artillerie de l’amère, dans une mare de boue. Il avait plusieurs membres défoncés et pilés par les chevaux et les fourgons qui étaient passés sur lui, il ne pouvait ni parler, ni remuer » (p.154). Plus loin, Tyrbas de Chamberet, raconte que Jérôme, frère de l’Empereur, passant à côté d’un prisonnier anglais (nous sommes sans doute le 19 juin 1815) et jugeant qu’il n’avançait pas assez vite l’abat froidement d’un coup de pistolet (p.164). Ce fait, réel ou inventé, auquel l’auteur n’a pas assisté visuellement, vient alimenter son anti-bonapartisme virulent. Un anti-bonapartisme qui finit par assombrir cet intéressant témoignage, tellement Tyrbas de Chamberet « assomme » le lecteur par la lourdeur de ses réflexions répétitives, se plaisant à appeler l’Empereur, « Bonaparte » et à le qualifier de « tyran » toutes les deux pages !

On regrettera aussi la légèreté de l’appareil critique, certaines dates ou noms de lieux inexacts énoncés par Joseph Tyrbas de Chamberet et qui auraient méritées d’être corrigées.Après la chute de cet Empire que l’auteur exècre tant, il est nommé professeur de médecine à Lille puis en 1831, il est envoyé en Pologne afin d’étudier une maladie qui ravage ce pays : le choléra. Il terminera sa carrière comme gouverneur du Val-de-Grâce.

Sur ce personnage on lira en complément deux notices (accessibles sur internet) le concernant :

« Notice biographique sur J.-B. Tyrbas de Chamberet », par M. le médecin-inspecteur Laveran, membre du conseil de santé des armées, in « Recueil de Mémoires de médecine… », Tome XXIV, IIIème série, Victor Rozier, Éditeur, 1870, accessible via le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.

« Jean-Baptiste Tyrbas de Chamberet (1779-1870), médecin militaire, acteur et témoin de son temps », in « Histoire des Sciences médicales, tome XLIII, n°2, 2008 », accessible sur l’excellent site de la BIUM : http://www.bium.univ-paris5.fr/

Joseph TYRBAS de CHAMBERET, « Mémoires d’un médecin militaire. Présentés et annotés par Erwan Dalbine », Editions Christian, 2001, 266 pages.[/color]

Peyrusse

SANTÉ : Témoignages de médecins

Message par Peyrusse » 07 janv. 2018, 20:04

Louis-Vivant Lagneau

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Durant la campagne de 1813, Louis-Vivant Lagneau (1781-1867), était chirurgien-major dans un régiment de fusiliers-grenadiers. Cela semble le contrarier. Dans son « Journal » il ajoute : « … bien que j’eusse dû être au 1er de grenadiers à pied, comme le plus ancien du grade de chirurgien-major dans la Garde. Dudangeon qui m'était titulaire étant mort en Russie. » Lagneau précise : « Mais je fus privé de cet avancement, assez médiocre d’ailleurs, puisque mon grade et mes prérogatives étaient absolument les mêmes, et cela par le général Friant, qui mit au 1er régiment un chirurgien-major de la ligne nommé Colasse, qui l’avait soigné de la blessure qu’il avait reçue à Witepsk. Je dus me conformer à cet ordre. Voici un extrait de son témoignage.

"Les hommes destinés à remplir notre cadre sont déjà en partie réunis à la caserne de Courbevoie. L’organisation de mon régiment est assez longue ; car on nous envoie beaucoup de conscrits des levées non-appelées des années antérieures, mais il y a encore un choix à faire ».

Transportons-nous au 18 octobre 1813 : « Deuxième bataille de Leipzig, plus meurtrière encore. Les corps d’armée divers se rapprochent de Napoléon et, suivis de fortes arrière-gardes, ne cèdent le terrain que pied à pied après avoir fait subir aux Alliés des pertes très sensibles. C’est dans une de ces affaires très chaudes que le Prince de Hesse-Hombourg est blessé à Dölzig. A Probstheida, l’ennemi perd dans de furieuses et nombreuses attaques 1 200 hommes, foudroyés presque tous par l’artillerie de la Garde (Drouot) qui les repousse trois fois de suite, aidée pourtant par l’infanterie, trop réduite, hélas !

A droite Blücher et Bernadotte, à gauche Schwartzenberg avec les Autrichiens et les Russes. L’ennemi nous attaque de tous côtés, nous resserrant progressivement et cette deuxième journée de la bataille de Leipzig, nommée « la bataille des Géants », se termine le soir tard encore, par une effroyable canonnade de 2 000 pièces d’artillerie, tant françaises qu’étrangères. On n’y voyait plus clair qu’on tirait encore sans faire perdre un pouce de terrain à nos braves soldats. Les deux armées étaient harassées et dans un état d’épuisement prodigieux, bien facile à comprendre. Retraite à travers Leipzig, du 18 au 19 octobre. Ma brigade, qui était restée avec le quartier-général, eut beaucoup de peine à franchir la ville. D’abord suivant la promenade qui la borde au-dehors, j’eus l’imprudence d’entrer pour essayer de traverser la cité, mais l’encombrement était le même qu’en dehors des remparts.

Nous vîmes là, sur la place, Napoléon dire adieu au bon et vénérable roi de Saxe, qui resta là avec sa Garde (elle avait des uniformes rouges) qui lui était restée fidèle, ce que n’avait pas fait sa division attachée au corps de Reynier, car elle avait déserté pendant cette dernière bataille et avait immédiatement retourné ses canons contre nous. C’était le général Tilman qui la commandait. Je ressortis de la ville par où j’étais entré, avec mon collègue Mondon, chirurgien de la Garde. Dieu sait comment j’ai pu m’en tirer, à travers des troupes de différentes nations, de différentes armes, de nombreux bagages, cantinières, etc.

Enfin, j’arrive, non sans grand peine, au pont de pierre ;, situé un peu au bas de la ville et le passe heureusement, pendant que les Russes , qui sont en amont, tirent sur le pont et sur ceux qui passent l’Elster, très encaissée sur ce point, à bords taillés à pied. Ce fut là que le brave Poniatowski, qui s’était si bien conduit pendant cette triste campagne, étant blessé au bras gauche, se noya en voulant passer cette fatale rivière, qui n’est pourtant presque pas plus large que la Nièvre. Nos troupes résistent tant qu’elles peuvent avec une bravoure extraordinaire et font subir d’énormes pertes au corps de Sacken et de Langeron, dans le faubourg de Halle. Napoléon traverse le pont et va plus loin assister au défilé de l’armée. Schwarzenberg et Bülow sont aussi fort maltraités à l’est et au sud de Leipzig. Tout allait encore passablement pour l’exécution de notre retraite ; malgré ce grand désordre, lorsque le pont, qu’avait fait miner le colonel Montfort sauta avec fracas, par l’erreur d’un caporal de sapeurs qui en était chargé, il est vrai, mais qui ne devait mettre le feu à la mine que lorsqu’il verrait l’ennemi se présenter pour passer ce pont. Il avait vu des Prussiens de Blücher mêlés à nos soldats qui étaient en retraite et il avait mis le feu aux poudres. Cette explosion prématurée de la mine préparée pour la destruction du pont de Leipzig me rappelle que j’y ai couru quelque danger d’être pris encore, car si je n’étais parvenu, en me poussant à travers les troupes qui en prenaient la direction dans le plus grand désordre et qui juraient et résistaient à la pression qu’exerçaient nos chevaux sur cette masse, si je n’avais pas un peu brusqué tout ce qui m’entourait, sans aucun doute je serais resté sur la promenade où toutes les troupes étaient si entassées, et j’aurais été fait prisonnier comme tant d’autres.

Heureusement je passai le pont, un petit quart d’heure avant qu’on le fit sauter. J’avais, bien entendu, mis pied à terre et conduisais mon cheval par la bride sur le côté droit, très près du parapet, le milieu étant embarrassé par l’artillerie et de l’infanterie.

J’arrivais sain et sauf à l’autre rive, malgré la fusillade des tirailleurs russes, qui nous canardaient des hauteurs où ils étaient sur notre gauche. Il y avait encore 20 000 hommes en arrière. Beaucoup passèrent la rivière en se jetant à l’eau où bon nombre périrent, comme le maréchal Poniatowski, le reste fut pris et entre autres les généraux Reynier et Lauriston.

Ces jours d’horribles batailles coûtent à notre armée 60 000 hommes y compris les prisonniers [selon A. Pigeard. Pertes françaises : 16 octobre : 20 000 tués et blessés ; 18 octobre : 50 000]. L’ennemi en a perdu autant, mais par la fusillade et le canon [selon le même auteur. Pertes alliées : 16 octobre : 30 000 tués et blessés ; 18 octobre : 60 000].

19 et 20 octobre. Nous nous retirons en passant autour de Lützen.

Le 21, nous passons la Saale à Weissenfeld. Nos soldats se débandent comme en Russie, la cavalerie ennemie en prend beaucoup, dont elle fait trophée comme des hommes pris sur le champ de bataille. Mon corps et notre division de la Jeune Garde sont sous les ordres du maréchal Oudinot. Le général Bertrand force le passage à Kossen, où les Autrichiens l’attendaient.

Le 23 octobre, nous sommes à Erfurt. Il fait froid et la terre est couverte de neige. Nous nous y reposons pendant trois jours. On se réorganise un peu, mais l’ennemi avançant en masses profondes, il faut songer à suivre notre chemin. Départ de Murat pour l’armée de Naples. L’armée bavaroise, dont les alliés ont enfin obtenu la défection, se trouve placée à cheval sur la route de Mayence, avec 60 000 hommes, tant Bavarois qu’autrichiens. Oudinot, Mortier et nos divisions de Jeune Garde soutiennent les efforts de Blücher à notre arrière-garde. Nous traversons heureusement les défilés de Thuringe. Nous n’avons plus que 70 000 hommes armés, tout le reste suit en traînards et nous gêne fort.

Le 26 octobre, nous sommes à Vacha, le 27 à Hunnfeld, le 28 à Schlütern.

30 octobre. On avait appris dès la veille que les Austro-Hongrois nous barraient le passage. Nous sommes réduits alors, par la désertion croissant à chaque instant, à 45 000 combattants. Nous partons de Panselbold, sur la route de Hanau, avec le tiers de nos soldats, Napoléon ne voulant pas attendre les corps éloignés. Vu le danger de la position, il faut forcer le passage. De Wrède a 52 000 hommes présents, le reste de son armée s’étant dirigé sur Würtzbourg. Les Austro-Bavarois sont mis dans une grande déroute par nos troupes et surtout par la Garde et son artillerie, qui, un moment attaquée de front par toute la cavalerie ennemie, est préservée par les canonniers eux-mêmes, que Drouot, le brave, a postés en avant de son front, faisant feu avec leurs carabines, ce qui donne le temps à notre infanterie de venir la dégager."

(Louis-Vivant LAGNEAU, « Journal d’un chirurgien de la Grande Armée, 1803-1815…», LCV Services, 2000, p.159 et pp.169-172).
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Ce personnage est enterré au Cimetière du Père-Lachaise (Paris). En 2000, sa sépulture en très mauvais état, faisait l'objet d'une mesure de reprise. Elle a été sauvée et restaurée par le biais d'une souscription publique: http://lestafette.unblog.fr/2015/08/31/ ... t-lagneau/


Peyrusse

SANTÉ : Témoignages de médecins

Message par Peyrusse » 09 janv. 2018, 22:01

Jacques Duret


Ce témoignage a été rédigé par le docteur Jacques Duret né à Nuits-Saint-Georges (département de la Côte-d’Or) le 21 mars 1794. Cet érudit, botaniste, archéologue, fut premier magistrat de cette ville, puis conseiller général. En janvier 1813, alors qu’il est concerné par la conscription, le jeune Duret est étudiant en médecine à Paris.« Au tirage [au sort] à Dijon, domicile de mon père, le N°3 m’est échu », écrit l’auteur. Et il poursuit :«N’ayant aucune chance de réforme, et ne voulant pas sacrifier dix mille francs pour acheter un homme, dont quelques mois après j’aurais été obligé de prendre la place, je pris le parti de demander du service, en qualité de chirurgien militaire, il en fallait beaucoup à cette époque, c’était la ressource des étudiants en médecine et on n’était pas très sévère pour l’admission. Avec la recommandation des compatriotes que mon père et moi nous avions l’honneur de connaître, le sénateur Monge, le conseiller d’État Prieur, et le professeur de l’École de Médecine Chaussier, auprès des chefs du service médical de l’armée, Larrey, Percy et Parmentier, j’ai été immédiatement commissionné et attaché en qualité d’aide-chirurgien au 148ème régiment de ligne, 5ème division du 3ème corps d’armée. En février 1813, je suis parti pour rejoindre le régiment qui tenait campagne dans le royaume alors de Westphalie, aux environs de Magdebourg ; j’ai trouvé le régiment dans la petite ville de Celle, près de Hanovre et Brunswick, j’ai fait la dernière campagne d’Allemagne en Silésie, Saxe, Bavière, etc., j’ai assisté aux batailles de La Katzbach près de Lawenberg, de Dresde, de Leipzig, de Hanau, et suis enfin rentré à Mayence, malade du typhus, et évacué d’hôpital en hôpital jusqu’ à Haguenau, d’où mon père m’a ramené à Dijon, où j’ai passé presque toute l’année 1814, pendant la campagne de France » . Il est bon que de préciser que ces lignes, donnant un premier aperçu de la vie du docteur Jacques Duret, ont été, comme les suivantes, rédigées le 5 octobre 1864, à la demande de Guillaume Jacquinot, secrétaire de la mairie de Nuits-Saint-Georges.

Mais laissons de nouveau la parole à l’auteur : « Dégagé en fait du service par la restauration royaliste, je suis revenu à Paris, en novembre 1814, reprendre mes études médicales ; j’ai assisté à la rentrée de Napoléon en mars 1815, lors de son retour de l’île d’Elbe, et enfin en juin, après la bataille de Waterloo, engagé volontaire dans les fédérés des Écoles [celles de Polytechnique et de Saint-Cyr], j’ai terminé ma carrière militaire par la courte et dérisoire campagne des fortifications aux Buttes de Belleville, avec un fusil sans cartouches ! Mes services militaires m’ont rapporté quarante francs, des poux, de la misère, la perte du gros orteil droit, la fièvre typhoïde, et enfin, la médaille de Sainte-Hélène, honorable récompense du peu de services que j’ai pu rendre, qui me dédommage de tout ce que j’ai pu souffrir et qu’aujourd’hui je suis heureux d’avoir souffert. La croix d’honneur m’est venue trouver en 1847, par les soins de M. de Champlouis, préfet de la Côte-d’Or, en témoignage des services civils qu’il m’a jugé avoir rendus dans les diverses fonctions qui, dès 1819, m’ont été confiées comme médecin, maire, conseiller général, etc. Je jure sur elle et sur l’honneur que je n’ai jamais fait la moindre démarche, ni le moindre mot pour l’obtenir. J’étais loin de penser que je puisse y prétendre. Elle m’a frappé comme la foudre. » Le 7 juin 1817, Jacques Duret reçoit le diplôme de docteur en médecine de la Faculté de Paris. Il revient aussitôt dans sa ville natale « pour y répandre le bien et se dévouer au service des malheureux ». « Attaché dès 1818 à l’hospice de Nuits, comme médecin-adjoint, il succède en 1832, à M. Pignot, son beau-père en qualité » de médecin ». Le 1er janvier 1854, Duret quitte ses fonctions médicales « pour se consacrer entièrement à l’administration de la ville et des établissements de bienfaisance ». Duret fut maire de la ville de Nuits-Saint-Georges, de 1833 à 1864, au gré des fluctuations politiques, tantôt comme maire en titre ou maire provisoire. Il représenta le canton de cette même ville au Conseil général de la Côte d’Or de 1838 à 1848. Enfin, Duret est nommé chevalier de la Légion d’honneur le 30 avril 1847. Il quitte la vie publique pour raison de santé en janvier 1864. Il est à noter que Duret fut également un botaniste éclairé. Il s’éteint en 1874.

Voici le texte intégral de son témoignage qui porte le titre de « Souvenirs Chirurgico-Militaires d’un jeune étudiant de 19 ans, en 1813 ». Il est paru la première fois en 1902 dans le « Bulletin de la Société d’Histoire, d’Archéologie et de Littérature de l’arrondissement de Beaune [Côte d’Or] ».

« Les souvenirs que je recherche à rassembler remontent à une époque déjà bien ancienne, mais ils m’ont laissé une impression si profonde, que je n’ai pu les oublier jusqu’à présent, année 1871. Ces souvenirs n’ont rien d’historique, et si je les confie au papier, c’est pour laisser à mes petits-fils quelques notions sur une des branches de leur famille dont le nom va s’éteindre… [s’en suit un développement généalogique d’un intérêt limité]. De 1815 à 1825, j’ai encore pu recueillir les noms de Duret, médecin en chef de la marine, à Brest ; Mme Duret, célèbre cantatrice aux opéras de Paris ; Duret, inspecteur des finances, à Paris, mon cousin ; le capitaine Duret, mon cousin, mort à la retraite de Moscou, en 1812 ; une tante Duret, auprès de Montbard, etc., etc. Pour revenir à mon but personnel, de développer les circonstances qui m’ont conduit aux études médicales, je dois dire qu’à l’âge d’environ quinze à seize ans, la création à Dijon de cours d’histoire naturelle et de botanique, m’a tellement attiré, que les études médicales ont été la conséquence des études botaniques.-A dix-huit ans, les études médicales m’ont conduit à Paris, et à dix-neuf sans, les levées militaires, conscriptions, tirages au sort, m’ont conduit à l’armée en qualité de chirurgien militaire sous-aide, malgré les instances de ma mère, qui, disait-elle, avait trouvé à me racheter un remplaçant, aux prix de dix mille francs. Ma pauvre mère ne pensait pas que les levées d’hommes enlevaient à cette époque toutes les générations masculines, et que ceux qui se rachetaient étaient tous repris sous une forme ou sous une autre : Garde Impériale, Gardes d’Honneur, employés dans les administrations Militaires, etc. Je suis donc parti gaiement, et fièrement, en qualité des chirurgiens sous-aides, avec les galons, collet et parements de velours rouge, chapeau à corne, et l’épée au côté- c’était le beau côté ! Me voilà donc en route sur le chemin de la gloire, par Besançon, Belfort, Colmar, Strasbourg, et de là à Wesel, par Mayence, Coblentz, Cologne, Düsseldorf, etc., sur le Rhin, c’était charmant !... et en effet c’était un beau voyage. Mais là, ont commencé les déceptions, les fatigues :-Nous n’étions plus dans la vraie France, bien que cette grande partie nord de l’Allemagne, annexée à la France jusqu’à Hambourg, ait été subdivisée en départements français ; les routes étaient mauvaises, le terrain sablonneux, facilement défoncé par les pluies, de vastes bruyères. Enfin, nous arrivâmes dans cette partie nord de l’Allemagne, convertie en royaume de Westphalie jusqu’à l’embouchure de l’Elbe à Hambourg, et là, incorporés enfin dans nos régiments, nous entrâmes en fonctions et eûmes l’occasion de voir les principales villes de cette partie de la Prusse, Hanovre, Brunswick, Celle, Magdebourg, dont le souvenir m’est profondément resté.-Hanovre, ville gothique très remarquable par son caractère architectural du Moyen-Age, m’a fortement impressionné. Je vois encore ses rues étroites et tortueuses, ses pignons aigus, ses portes et fenêtres à moulures ciselées, et son ensemble triste. Ses alentours offrent de jolies promenades, de belles avenues, mais mortes et désertes.-Brunswick, ville moderne, larges rues, maisons à belles façades plates, mais n’éveillant aucun souvenir artistique.-Magdebourg, forte place de guerre, ville enterrée dans ses remparts, tours et bastions.-Celle, enfin, jolie petite ville, sans fortifications, ancienne résidence des vice-rois Anglais, alors que cette partie de l’Allemagne (le grands duché de Hanovre), appartenait à l’Angleterre. Enfin, ce fut à Celle, qu’au nombre de quatre ou cinq carabins, nous fûmes incorporés et répartis dans nos régiments, pendant un armistice de deux ou trois mois, qui n’aboutit à rien, et les hostilités recommencèrent, mais nous eûmes d’abord quelques succès, mais, forcés d’abandonner le Hanovre, je fus détaché du régiment avec un convoi de malades et de blessés à conduire en arrière, jusque dans la petite ville de Paderborn. Arrivé à ma destination, l’intendant militaire fit entrer mes malades à l’hôpital, et me mit en logement chez le baron d’Haxthausen. Ici commence, pour moi, l’époque la plus curieuse de ma vie, celle qui me laisse les souvenirs les plus précieux et les plus vivaces.-Mon entrée chez le baron d’Haxthausen fut naturellement aussi froide, aussi insignifiante que pour tout autre. Un français attaché à la maison avec sa femme, en qualité de précepteur des enfants, me conduisit à la chambre destinée aux militaires en logement, me fit servir à manger, et à cette première journée, je ne vis pas même le maître de la maison, qui occupait avec sa nombreuse famille un corps de bâtiments isolés, donnant sur un grand et beau jardin, aboutissant à un ruisseau qui le séparait d’une vaste prairie lui appartenant. Le lendemain, le précepteur me demanda, de la part du Baron, si je voulais bien me réunir à sa famille, et prendre place à sa table. -J’acceptai avec empressement et reconnaissance ; je demandai si M. le Baron voulait bien recevoir ma visite et mes remerciements, et dès cet instant, commensal de la maison, je passai, de la manière la plus agréable et la plus instructive, les quelques jours que je devais rester à Paderborn.-Mais il fallait repartir, rejoindre le régiment, et le Commissaire des Guerres, aujourd’hui Intendant militaire, me fit remettre ma feuille de route. -Je partis donc avec regret, je pris congé de M. et de Mme de Haxthausen-Dedinghausen, et de leur nombreuse famille, (six ou sept enfants) du précepteurs et de sa femme l’institutrice, mais sous promesse que si quelques circonstances me ramenaient à Paderborn, je reviendrais prendre ma chambre et nos adieux furent faits. Un singulier concours de circonstances amena la réalisation de cette prévision : le nord de l’Allemagne était abandonné par nos troupes, et le théâtre de la guerre était porté au centre, sur la ligne de Leipzig, Dresde, Görlitz, Liegnitz, Buntzlau, Goldberg, et jusqu’aux frontières de la Pologne .-Les communications entre le transitoire royaume de Westphalie, l’Allemagne centrale, la Saxe et la Silésie étaient interrompues, il n’était plus possible de rejoindre l’armée française ; les commissaires des guerres ne savaient où diriger les militaires isolés, et, d’étapes en étapes, je me trouvai ramené au Bercail de Paderborn !

C’était pour moi le paradis !-Je courus chez le commissaire des guerres, et selon la recommandation de mon excellent ami Haxthausen, je demandai le logement en sa maison ; mais grande fut ma déception ! -Le Baron s’était plaint d’être surchargé de logements militaires et le billet me fut refusé. -Le commissaire m’envoya chez un perruquier. Installé chez mon perruquier, je me disposais à aller faire au moins ma visite au Baron, lorsqu’un domestique de sa maison vint m’enlever au perruquier, et me ramena, corps et bagages, chez son maître.-Le domestique m’avait vu et reconnu en ville, et s’était hâté d’en aller prévenir le Baron, qui fit changer le billet, ce dont le perruquier ne se trouva pas offensé. Rentré chez le Baron d’Haxthausen, j’y restais fort longtemps, les communications étant totalement interrompues entre le nord de l’Allemagne et le centre, jusqu’à la Saxe et à la Silésie, près des frontières de la Pologne ; puis enfin, vint une trêve qui permettait aux hommes isolés de rejoindre leurs régiments. Je reçus un ordre de départ cette fois, je fis mes tristes adieux à toute la famille de Haxthausen, et j’y laissai en dépôt un excédent de bagage, dont, en soldat inexpérimenté, je m’étais surchargé, et que je croyais pouvoir reprendre plus tard.- Là, s’arrêtent les relations si intimes avec toute la famille de Haxthausen, nos causeries si instructives pour moi, si bienveillantes, et nos promenades aux alentours !-Je dus reprendre la route de Leipzig et de Dresde, mais je lui laissai encore mon pauvre excédent de bagage, consistant en quelques vêtements superflus, des livres de médecine et de chirurgie dont j’avais cru devoir me munir. J’espérais vaguement pouvoir revenir encore à Paderborn, mais je ne devais plus le revoir. Je terminai la campagne de Prusse par la funeste bataille de Leipzig qui nous ramena en déroute inexprimable à Mayence, où nous pûmes trouver asile, et de Mayence, rentrer dans nos familles. Ici, j’arrête ces tristes détails : blessé, malade, et évacué de ville en ville, je finis enfin par rester à l’hôpital de Haguenau, salle des gardes d’honneur, où régnait le typhus des armées. Là, porté sur les épaules d’un infirmier, un employé me dit de repartir bien vite. Je lui répondis que j’aimais mieux crever à l’hôpital que sur une charrette, et je pris possession d’un lit, je n’y suis pas mort. En ce même temps, mon père s’était mis à ma recherche dans les hôpitaux de la ligne du Rhin, et vint même à Haguenau !... Mais il y avait un tel encombrement de malades, que les registres d’entrées ne pouvaient être mis au courant, et qu’il ne put avoir sur moi aucun renseignement, mais il laissa au bureau de l’hôpital de Haguenau ses noms et adresse à tout événement.-Bien fut pour moi !-Trois jours après, en travaillant aux registres d’entrée, le commis auquel mon père s’était adressé, frappé d’un nom, vint immédiatement à mon lit, constata ma présence, et me fit signer une lettre du bureau, sur laquelle il écrivit à mon père l’heureuse découverte de son fils. Quelques jours après, mon père était à Haguenau ; je sortis de l’hôpital, je me restaurai par une alimentation plus substantielle, d’après les conseils du médecin, et huit jours après, je rentrais à Dijon, en la maison paternelle ! Mais, phénomène remarquable, l’affaiblissement cérébral était si grand, qu’en approchant de Dijon, au débouché du Val-Suzon, la vue des clochers de la ville, St.-Bénigne, St.-Philibert, St-.Jean, me causa une telle impression, que, livré à une hallucination singulière, ces clochers se montraient à mes yeux, puis disparaissaient. J’en voyais trois, puis j’en voyais cinq ou six, tantôt bien plantés devant mes yeux, tantôt sautillant, dansant comme une vraie sarabande ! Quelques mois de calme et de soins rétablirent l’état de mes facultés morales et physiques, mais, par la chute d’une pièce de bois près d’un bivouac, j’avais été fortement blessé au gros orteil du pied gauche, et la carie s’en était suivie. Je profitai de mon bon état sanitaire, pour me débarrasser d’une infirmité qui devait s’aggraver et me nuire toute ma vie. Je me fis amputer cet orteil dans l’articulation métatarsienne en 1814, et ne poussai qu’un seul cri au premier coup de bistouri… Mâlin ! Je m’en suis bien trouvé toute ma vie. Médecin pédestre dans les campagnes, j’ai fait des centaines de lieues sans broncher, et quelquefois 12, 15 et 20 lieues par jour. L’eau des fontaines me désaltérait et je n’acceptais rien chez mes clients de la campagne, ou très exceptionnellement. -Si on veut être respecté, il ne faut pas trop de familiariser dans une certaine classe, il ne faut pas dire que le médecin se paie avec les dents.- Avec un morceau de pain dans la poche, je ne craignais pas la faim, et j’allais la nuit comme le jour. Ici se termine ma vie d’étudiant aux Écoles de Paris. »

DURET.
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Turos M. J.
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Re: SANTÉ : Témoignages de médecins

Message par Turos M. J. » 10 janv. 2018, 18:37

Je lis plusieurs fois "Journal d’un chirurgien de la Grande Armée, 1803-1815" de L-V. Lagneau. Je voudrais Vous remercier d'avoir rappelé ce Personnage et pour des complémentaires informations.

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