Un crime d'Etat sous l'Empire

Donnez un avis critique sur les ouvrages napoléoniens, les articles.
Prière d'indiquer le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur dans l’intitulé du message.

Modérateur : Général Colbert

Joker

Message par Joker » 25 août 2016, 19:57

Napoléon était tout, sauf un naïf !
Je n'en disconviens pas !
Mais cette politique répressive à tout crin ne pouvait qu'engendrer la désapprobation des peuples soumis et par conséquent alimenter les mouvements de révolte.
Il faut parfois savoir composer et se montrer plus souple si l'on veut préserver la paix à long terme...

Joker

Message par Joker » 26 août 2016, 14:12

Les paysans bavarois ne paraissent pas s'être émus beaucoup du sort de Palm...
Encore eut-il fallu qu'ils en fussent informés !
L'exécution de Palm avait surtout pour but de frapper l'imagination des classes plus aisées et plus instruites afin que cela leur serve d'exemple.
Les paysans sont plutôt des suiveurs que des meneurs...

Joker

Message par Joker » 26 août 2016, 17:36

J'avoue avoir quelques difficultés à assimiler un début de révolte nationaliste dans l'Allemagne du XIXème siècle à une jacquerie moyenâgeuse.
Mais chacun est bien évidemment libre de penser autrement... :)

Bastet

nationalisme

Message par Bastet » 26 août 2016, 18:16

Il me semble aussi que c'est difficile :roll:

Le cas Palm (1806) m'a fait penser à Johan Gottlieb Fichte aussi je ne peux pas imaginer que le livre que je n’ai d’ailleurs pas encore reçu n’en parle pas. Donc j'attends ce qu'il va en être dit.... :idea: :roll:
Le philosophe invita ses compatriotes ( Discours à la nation allemande 1807-1808) à affirmer leur identité nationale et à refuser toute acculturation française .
Pour lui Napoléon était l’homme qui avait trahi les idéaux de la Révolution, là se trouverait l'origine de la résistance de Fichte contre Napoléon.... Fichte avait du Saint Empire Romain une conception claire, précise et positivement connotée. Dans les Discours à la nation allemande, il parle de la "Providence et [du] plan universel divin qui ont présidé à la création d'une espèce humaine et qui n'existent que pour être pensé par l'homme et réalisé par lui". Napoléon est donc pour lui " l'usurpateur des droits des autres monarques: il veut passer pour leur égal et par là capte leur réputation." Et c’est parce que Napoléon n’est ni monarque ni Imperator que Fichte le qualifie de «sans nom» (Namenloser). Il n'a pas de titre légitime à ses yeux bien qu’il contribue à la victoire et à la diffusion des idéaux de la Révolution comme il soutient qu’un patriotisme prussien au lieu d'un patriotisme allemand est un "mensonge".
Pour Fichte les Français ont un besoin maladif de gloire. Leur fierté nationale repose sur la vanité. Aussi avec ce caractère, les Français devaient nécessairement devenir la proie d'un personnage tel que Napoléon. :roll:
Fichte ne conteste pas que Napoléon ait été porté par l'esprit et animé de la "foi en sa mission divine", seulement c'était l'esprit de l'égoïsme.
Fichte a également admiré son génie technique et pratique. Il a, à plusieurs reprises, repris les qualités de Napoléon pour les servir en modèles et en exemples aux Allemands mais dans son appel à la résistance il compare leur lutte contre lui à la lutte des Germains contre Rome. Entre les mains de l’usurpateur, pense-t-il, la France a rejeté les idéaux de la Révolution et elle est devenue oppresseur .... :roll: C’est pourquoi il en appelle à la nation allemande, cette Allemagne morcelée qui doit s’unir pour préserver la liberté, surtout refuser de se la laisser confisquer par " l’homme sans nom" car l’occupation napoléonienne représente le summun de l’oppression… :roll:
Les Discours, dès la Préface, font allusion aussi à la censure dans l’Allemagne occupée par les Français. Fichte associe l’émancipation nationale à la question de la liberté de pensée et d’expression.
De sorte qu' au moment où Fichte prononçait son Discours il ne pouvait pas ne pas avoir à l’esprit le libraire Palm condamné à mort pour un livre qui dénonçait l’occupation française….
Fichte a toujours mis en garde ses compatriotes contre ce qu’il appelle la "collaboration" culturelle :" Je sais que les balles peuvent m’atteindre aussi comme elles ont atteint Palm, mais ce n’est pas cela que je crains…. » c'est la plus grave des défaites qui fait perdre la conscience de son identité nationale. :tourne:

Joker

Message par Joker » 26 août 2016, 19:22

Je remettais simplement en perspective les mouvements paysans et leur importance, pour nier que les paysans soient seulement des suiveurs...
Alors là, nous sommes d'accord !
C'est d'ailleurs bien pourquoi j'ai pris la peine de préciser que les paysans étaient plutôt et non pas seulement des suiveurs... :)

Moundir Pacha

Message par Moundir Pacha » 26 août 2016, 20:16

Saklam aleikoum :salut:

La citoyenne "Bastet" a oublié d'ajouter un substantif important au titre de son "fichtien" ( :? ) éditorial : celui de pangermanisme en l'occurrence :langue:


Salut et fraternité ! Vive "LUI" ! :salut:

Bastet

Message par Bastet » 26 août 2016, 20:49

Oui, citoyen Moundir Pacha, ce fut la suite de l'histoire mais moi je me suis contentée de relever les idées de Fichte en 1807... :lol: parce que je m'interroge sur le livre " Un crime d'Etat sous l'Empire" et que l'on ne peut pas faire comme si J.G. Fitche ou le poète Leopardi qui dénonça Napoléon comme l'oppresseur de l'italie ou Pouchkine qui montra comment la guerre a réveillé le patriotisme russe et leurs idées n'avaient pas existé, :roll: c'est tout simplement la lecture du développement des nationalismes dans l'Europe napoléonienne...En Allemagne justement en 1808 le Tugenbund se formera en réaction à l'occupation...Non, on ne peut pas faire comme si tout cela n'avait pas existé... :tourne:

Maria Kel

Message par Maria Kel » 26 août 2016, 21:26

On ne peut pas nier que le pangermanisme existe depuis longtemps, rêve tour à tour de l'Autrichien et du Prussien. :roll:

Moundir Pacha

"Sturm und Drang"

Message par Moundir Pacha » 27 août 2016, 13:47

:shock: :razz:
Bastet a écrit :Non, on ne peut pas faire comme si tout cela n'avait pas existé... :tourne:
Je sais bien citoyenne. Je sais bien. Mais que voulez-vous, j'ai senti une bonne odeur de "XIXème siècle" s'échapper de la rôtisserie et ça m'a quelque peu mis en appétit. :tourne:

Au moment où la "choucroute" est en train de mijoter, nous sommes encore au XVIIIème et l'idée de nation allemande est alors essentiellement le fait d'intellectuels (qui se passionnent pour Herder et Kant et s'insurgent contre l'esprit français des "Lumières"). Celle-ci ne s'est pas encore diffusée parmi les couches populaires (hormis peut-être en Rhénanie), lesquelles perçoivent toujours l'armée française comme une alliée (au moment des faits qui nous intéressent içi). En outre, selon le premier des deux philosophes, elle traduit essentiellement une vision "ethnique" de cette nation allemande (faute d'union politique, d'assise territoriale et même d'unité linguistique, puisque la langue majoritaire chez les princes et barons allemands reste le Français et que dans les campagnes chaque "pégu" parle un dialecte différent... :) ).
Ce sont surtout les deux simultanées déculottées d'Iena/Auerstaedt, le blocus continental, puis la retraite de Russie, qui vont conduire le peuple allemand à se révolter contre l'occupation française. Bien que j'y vois plus du "patriotisme" que véritablement du "nationalisme"...
En outre, la Prusse étant malheureusement toujours debout ( :furieux: ), les classes dirigeantes protestantes bénéficieront désormais d'une certaine hégémonie politique Outre-Rhin (et là, "ça craint" comme a dit de Gaulle en voyant le costume de "Super Résistant" :razz: )
Au revoir le rationalisme (de Descartes :aime: ) et bienvenue à l'irrationnel et à la métaphysique !!! :shock: :cry:

Salut et fraternité ! :salut:

PS : Quoi qu'il en soit, désolé d'avoir grillé le feu rouge en voyant un "illuminé" nationaliste germain traverser la rue (en dehors des passages cloutés)...

Bastet

Message par Bastet » 27 août 2016, 14:22

:salut: Moundir Pacha. Il me semble que l'on parle plutôt de mouvements nationalistes :roll:

Université populaire de l'Aube:

" Le nationalisme apparaît à partir du milieu du XIXe siècle comme un sentiment national plus ou moins répandu et exalté au sein de la population d’un pays. Le sentiment national, très différent à ses débuts entre France et Allemagne, devient semblable dans les années précédant la guerre de 1914-18.

1. Les conditions de naissance du sentiment national sont très différentes entre l’Allemagne et la France.

En Allemagne, le sentiment national semble inscrit dans la réalité puisqu’il existe un très ancien empire germanique. Or, à la veille de la Révolution, le Saint Empire romain germanique comprend 28 états : principautés, duchés, royaume de Bohème, archiduché d’Autriche, souvent en guerre, pour certains d’entre eux jusqu’au milieu du XIXè siècle, ainsi de la Prusse, Saxe, Bavière, Hanovre, Autriche. Il n'est germanique que de nom : avec trente-cinq millions d'habitants environ, il réunit vingt à vingt-cinq millions d'Allemands, cinq millions de francophones – dans les Pays-Bas autrichiens, l'actuelle Belgique – quatre millions de Slaves en Bohême et en Slovénie, et plus d'un million d'Italiens dans le Trentin.

Jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, le sentiment national n’est le fait que d’intellectuels à partir d’une langue, le Haut Allemand, devenu la langue littéraire et la langue dans laquelle communiquent les régions linguistiques et du sentiment de communauté développé par plusieurs courants religieux.

Les conquêtes de Napoléon contribuent à étendre le sentiment national à l’ensemble de la population car l’occupation française, si elle s’accompagne de nouveaux droits tels que la suppression des privilèges, fait peser de nouveaux impôts ainsi que la conscription. La défaite de la Prusse soulevée contre l’occupant est vécue comme une humiliation.

Le sentiment national se construit en réhabilitant l’histoire et les traditions germaniques, notamment guerrières, et prend un caractère francophobe. Deux états peuvent prétendre au leadership du monde germanique : l’Autriche et la Prusse. L’homogénéité linguistique de la Prusse, sa détermination après la défaite de Napoléon à Leipzig à la fin 1813, en font l’élément moteur du sentiment national allemand.

En France le sentiment national est porté par la bourgeoisie qui impose l’idée de Nation contre la noblesse qui prône les états séparés : noblesse, clergé et Tiers état. Jean-Jacques Rousseau met en avant l’unité du peuple à travers le contrat social que tout le monde est appelé à signer. Ce sentiment s’étend à l’ensemble de la population lorsque celle-ci se mobilise contre les monarchies qui envahissent la France en 1792 pour mettre un terme à la Révolution. A Valmy, les troupes françaises mènent l’assaut au cri de Vive la Nation. Le sentiment national est, à la fois, défense de la patrie et défense de la Révolution. Il a un caractère messianique. En défendant la Révolution, il se veut libérateur des peuples opprimés.

2. Evolution du sentiment national après 1814 et 1815

Le Congrès de Vienne qui réorganise l’Europe après les défaites de Napoléon déçoit les populations séduites par les idées de la Révolution française en établissant un nouvel ordre européen basé sur les monarchies. Le sentiment national qui exprime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se manifeste à travers les mouvements de 1830 et 1848 en Europe centrale et méditerranéenne. Il est partout réprimé par les pouvoirs en place.

Dans la Prusse le sentiment national est porté par le monde des enseignants, des lycéens (deux fois plus nombreux qu’en France à la même époque) et les étudiants. Le nationalisme allemand se construit sur une vision nouvelle de la société fondée sur l’amour du sol allemand et de la civilisation rurale, une émotion basée sur l’histoire de la nation allemande, l’exaltation de la discipline, de l’autorité, l’exaltation de la discipline, de l’autorité, du militarisme et la méfiance de l’étranger.

Un discours se développe sur la glorification de la guerre, sur le sacrifice de soi dans les écrits de Hegel, Fichte provoquant l’inquiétude de certains intellectuels tels que le poète Heine préoccupé par l’essor de la philosophie de la nature accompagnant le développement du sentiment national. Dans un ouvrage intitulé De l’Allemagne, au début des années 1830, il prédit un véritable cataclysme « à côté duquel la révolution Française ne sera qu’une plaisante idylle ». Prémonition hallucinante du premier carnage européen qui commence en 1914.

Le sentiment national est porté par la Prusse qui accroit sa domination sur l’Allemagne jusqu’à la victoire sur l’Autriche en 1866. Puis la Prusse crée la Confédération de l’Allemagne du Nord en intégrant les états qui ont soutenu l’Autriche durant la guerre et, après la guerre 1870 intègre l’Alsace, la Lorraine et les états du sud de l’Allemagne. A la fin du XIXe siècle, le nationalisme allemand, fondé essentiellement sur une vision culturelle de la nation intègre l’idée de race accompagnée d’une volonté de puissance soutenue par l’essor économique.

En France, le sentiment national connaît deux périodes :

- Un nationalisme de tradition révolutionnaire qui s’exprime surtout sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

- Un nationalisme de la Revanche après la guerre de 1870 qui se rapproche du nationalisme allemand.

Le nationalisme de tradition révolutionnaire affirme le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, revendique le retour aux frontières naturelles acquises durant quelques années sous Napoléon, soutient l’unification de l’Italie libérée de la domination autrichienne, et l’indépendance de la Pologne occupée pour partie par la Prusse et l’Autriche après le Congrès de Vienne.

Après la défaite de 1870, un nationalisme d’une nature différente se développe. De nombreux humanitaires se repentent d’avoir proclamé des idées libérales. L’universalisme révolutionnaire, le peuple au sens de classes populaires (cf. Michelet), le suffrage universel sont rejetés comme responsables de la défaite et de la Commune. Beaucoup de Français ressentent un amour exclusif et jaloux pour une patrie humiliée et blessée. L’évolution du sentiment national français conduit à un rapprochement avec celui de l’Allemagne. On valorise le déterminisme historique, le lien avec les ancêtres, la continuité des traditions. Ernest Renan considère qu’une dynastie est la mieux à même d’incarner l’âme de la nation. Dans certains milieux, la République parlementaire, fraîchement établie, est accusée d’oublier les grands impératifs nationaux. Le culte de la revanche est retourné, dressé contre les institutions politiques existantes.

Alors se définit une doctrine cohérente et systématique du germanisme et s’affirme l’idée d’un antagonisme éternel entre une Allemagne engagée dans une perpétuelle conquête et une France toujours menacée. En dehors du mécanisme des alliances, la guerre de 1914-18 est l’aboutissement catastrophique de cette évolution des sentiments nationaux allemand et français. "

:salut:

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