La vie de Napoléon par Stendhal et Chateaubriand

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Modérateur : Général Colbert

la remonte

Re: Stendhal

Message par la remonte » 31 mars 2017, 17:44

on ne peut aller en Italie sans son Condottière .
ses vues sur Napoléon sont les miennes . malgré sa drôle de bobine :salut:

Bastet

Re: Stendhal

Message par Bastet » 31 mars 2017, 21:00

Pour conclure quelques "vues" violemment dénigrantes dans l'excessif d'une critique aveuglée par une curieuse exécration... :fou:
" Un homme comme Napoléon n'est pas un climat respirable pour une âme grande.[...].On ne peut accepter un maître qui ne souffre autour de lui que des serviteurs et des esclaves. Je ne veux pas de ce sac d'os et de viande qui prétend penser et vouloir pour moi. Napoléon fait le vide humain. Il est toujours seul, fût-il entouré d'une multitude; car il n'accepte que des automates à ses côtés, des machines " (XLVIII)
" Pour un instant, je veux être aussi généreux qu'il est égoïste, et ne penser qu'à lui-seul comme il fait toujours lui-même. C'est alors, même en le haïssant, qu'on l'admire le plus; il est le monstre sans mélange. A la Moskowa il ne pense qu'à guérir son rhume. A Waterloo, la bataille perdue, il fait aussitôt le calcul de ce qui lui reste,et du gain qu'il peut espérer encore. jamais ce joueur ne cesse de supputer ses chances" ' (XLIX)
" Quand il manque d'âme, son vide est révoltant. Le héros ne fait rien à demi. Il faut le voir commander, par lettre de service, à une jeune fille, de venir le soir coucher avec lui: il ne lui a jamais parlé; il l'a rencontrée au bal, la veille; il ne la désire même pas; elle lui paraît bonne à prendre ou à laisser, à faire en tout cas une proie: on est le maître et on le prouve [...] Jamais femme n'a aimé cet homme [...] En Napoléon de tout temps, on aime le général vainqueur, le premier Consul, l'Empereur. on n'aime pas Napoléon Bonaparte [...]. Quand elle s'exerce dans l'ordre du sentiment, la puissance du grand homme d'action tourne en mortel outrage; dans le héros on aperçoit une espèce d'ogre. Sans doute le héros a son revers d'ombre, qui est peut-être le monstre. Qui prend l'une des faces doit accepter l'autre; mais il ne faut pas nous forcer à la voir" (LI)

:salut:

la remonte

Re: Stendhal

Message par la remonte » 31 mars 2017, 23:49

Ses vues se lisent facilement. Paragraphes après paragraphes , il alterne critiques massacrantes et admiration béate . Tant , tour à tour on est partagé avec ce diable d'homme .
Qu'on voudrait le haïr , on ne peut que l'admirer . Il est désarmant.
Les Chateaubriand et Hugo , ont fini par succomber à sa magie . Nous mêmes , tellement sensibles aux injustices et aux brutalités , lui trouvons toutes sortes d'excuses . :idea:

Bastet

Re: Stendhal

Message par Bastet » 01 avr. 2017, 10:08

Oui, son livre exprime très bien la fascination/ répulsion qui s'éprouve face Napoléon, ici de manière conjointe , fascination ou répulsion que suscite " la manifestation de quelque chose de "tout autre" " , ce " quelque chose de sacré (qui) se montre à nous" comme l'écrit Mircéa Eliade, soit une "hiérophanie" selon le terme qu'il a proposé pour cette expérience, terme qui " n'exprime que ce qui est impliqué dans son contenu étymologique, à savoir que quelque chose de sacré se montre à nous" , le sacré équivaut à la puissance "et en définitive à la réalité par excellence" ( Mircea Eliade), le sacré se distinguant d'abord et avant tout du profane.
" la force du caractère et la grandeur de l'esprit font ensemble une puissance invincible: la mystique de la victoire. Elle passe infiniment la mystique de l'étoile, la mystique égoïste du Moi. C'est en quoi Napoléon est à Austerlitz ce qu'il n'avait pas été si pleinement jusque -là, ce qu'il n'a plus été depuis. Il n'a pas encore quarante ans. [...].. Il est maître de ses nerfs, maître de sa pensée, maître de ses plans. [...]. Au soleil d'Austerlitz, son potentiel est celui de la nation: il les confond au service du même intérêt. Tel est alors le secret de sa victoire et de sa puissance: elle n'a jamais été plus vraie ni plus pleine; et jamais il n'a eu si bon style. Car le style puissant est le miroir de la puissance de l'homme. le peuple ne s'y est pas trompé: le soleil d'Austerlitz, midi de Napoléon, Illumine toute l'épopée." ( LIV )

:salut:

Bastet

Re: Stendhal

Message par Bastet » 02 avr. 2017, 17:44

Très peu d'hommes sont devenus des mythes,- le mythe se différencie de la légende- ,et Napoléon fait partie de ces héros.... De son vivant même il pénètre dans ce groupe légendaire où se côtoient Prométhée, Heracles , Ulysse et ...Don Juan avec lequel Napoléon n'est pas sans présenter quelques saisissantes analogies ainsi que le note Suarès : " Et la redoutable figure de Don Juan fait face,dans mon esprit, à celle de Napoléon. Lui aussi, le joueur d'amour,poursuit une éternelle victoire; et il en dissipe le prestige dès qu'il la touche. [...]. Il faut qu'il aille de triomphe en triomphe, pour n'être fixé par aucun: car sa nature est insatiable. Et Napoléon, non moins que celui du destin, est l'homme de la catastrophe de la puissance" ( LVII)
Ces hommes-là ne cessent de projeter leur ombre sur l'imagination, dans l'admiration ou l' exécration, sentiments qui relèvent tous deux de la fascination, y suscitant une exaltation certaine, ainsi ce mythe du héros se répercute dans le psychisme humain tel que la psychologie le présente, comme.... la grenouille eut cultes et mythes en Grèce et ailleurs :roll: :)
Ainsi au fur et à mesure que grandissait la puissance de Napoléon et de la Grande Armée une mise en forme écrite du mythe par la littérature (plus tardivement dans les grandes oeuvres littéraires) ou par les brochures, les journaux, les libelles succéda à son expression orale. L'image de Napoléon y garde toujours sa grandeur épique plus qu'humaine mais y apparaît aussi comme un fléau à la force destructrice, despote insensible, omniprésent et solitaire, tel que le montre encore Suarès :" Un pays qui brûle, cent mille vies fauchées ou versées par la pluie de feu, des cris, des râles, les acclamations lointaines, les fumées de l'incendie pour les vaincus et celles de la soupe au bivouac pour le vainqueur,voilà un beau paysage, une belle musique, les plus beaux noirs et les plus beaux jours. Une nature puissante, si elle a pris le goût d'une volupté si terrible, si pleine et si rare,elle ne pourra plus s'en priver. Elle le sépare de tout, et l'attache d'autant plus qu'elle le réduit à une solitude plus immense" ( LXXXII)

:salut:

Bastet

Re: Stendhal

Message par Bastet » 09 avr. 2017, 19:25

" Napoléon Buonaparte l’étranger" dit Chateaubriand, "Napoléon est le prince du siècle " répond Senancour .....
Deux œuvres paraissent en 1814 De Buonaparte et des Bourbons et De Napoléon , deux images de l’Empereur s’ y affrontent et à travers elles s’exprimerait aussi une rivalité très personnelle entre les auteurs , Chateaubriand et Senoncour, qui appartiennent à la même génération nourrie de toute une mythologie autour de la réussite , de l’énergie et du destin exceptionnel .....notions fondamentales du romantisme ainsi dès 1814 tous deux participent à l’expression du mythe napoléonien . :tourne:
L’un et l’autre ont subi l’enchantement du vainqueur, puis du vaincu, l’illumination de la gloire napoléonienne. Tous deux sont des romantiques.... :oops:
Senoncour, avec justesse, ne voit pas en Napoléon un "exécrable tyran" et devant les trahisons, les abandons subis par l’Empereur il éprouve un profond dégoût, il le voulut donc juger équitablement. C’est surtout l’ homme de guerre que Senoncour exalte mais il manque à cette voix , dans ces seize pages consacrées à Napoléon, la force et l’éclat de celle de Chateaubriand :

" Un étranger nous gouvernerait ! Ce mot tant répété n’est qu’une vraie allégation de l’esprit de parti. Est-ce que comme étranger que le général le consul l’empereur s’éleva parmi nous ? est-ce que comme vainqueur de la France, que né ou naturalisé français, ce soldat de nos armées rendit la France victorieuse ? S’est-il emparé du pouvoir à l’aide de troupes étrangères, ou bien l’a-t-il saisi avec ses deux bras ?[…]. Il y a dans ce mot étranger beaucoup de mauvaise foi. Si c’est comme français que Bonaparte a toujours agi, s’il n’a jamais arboré sur nos bastions que le drapeau français évidemment il est l’un de nous ; et si même il l’est devenu par adoption, cette adoption n’a rien qu’on puisse reprocher à la France
Il est vrai que je n’ai pas vu sans impatience que, depuis la retraite de l’Empereur,on voulût l’abaisser. L’eût-il mérité même,, cela n’eût pas convenu à des français ; trop d’idées se rattachaient à sa grandeur parce qu’il y a des lignes funestes dans l’histoire de son règne, on veut en arrcher les belles pages ! Annibal eut des revers plus opiniâtres, et il passe encore comme l’un des premiers capitaines que le monde ait vus !
Et d’ailleurs c’est encore une grande question de savoir, si l’Empereur mieux obéi n’eût pas réduit les ennemis à se retirer. Enfin, il n’a réellement pas démembré l’empire il a laissé à d’autres le soin de renoncer à la force de la France, et il lui reste encore cet avantage qui, seul, peut effacer une partie de ses torts, de n’avoir pas signer l’étrange paix de 1814, l’abandon de la rive gauche du Rhin, et le despotisme maritime de l’Angleterre
A la place des armées, les vaisseaux apportent la loi ; la prépondérance anglaise tient lieu de prépondérance française
Quand il convient aux intérêts de ceux qui écrivent, de répéter que l’Empereur a dû tous ses succès à ce qu’ils appellent des crimes politiques, cette convenance même leut impose l’obligation de fournirdes preuves positives ; ce que pourtant on a bien négligé
Napoléon est plus prêt qu’un autre d’être le grand homme de nos jours. Qu’il le soit donc ! Qu’il achève par une heureuse conception, ou, si l’on veut, par une fantaisie sublime, le bel ouvrage de son audace et de sa fortune [....] "

Senoncour est aussi l’auteur d’Oberman (1804) classé dans les romans par lettres, bien que ne présentant ni les caractères d'un roman ni ceux du genre épistolaire.
Confession d'un désenchanté, épanchement lyrique d'une sensibilité riche. Comme beaucoup de romantiques, Senoncour fut un oisif et un rêveur aussi Oberman s’offre comme le journal d'une pensée narcissique , " mon cœur plein de lui- même", emprisonnée dans le moi " La vie réelle de l'homme est en lui-même, celle qu'il reçoit du dehors n'est qu'accidentelle et subordonnée. Les choses agissent sur lui bien plus encore selon la situation où elles le trouvent, que selon leur propre nature ", un être à la recherche d'un bonheur illusoire "j’aspire à ce qui m’est refusé" par une dissolution du moi dans l’univers....C'est la méditation d'un homme seul,- ce thème de la solitude que développera plus
tard l’existentialisme-, insatisfait de sa finitude, donc moins sensible au monde extérieur, " rien de ce qui existe n’a pleinement mon affection et un vide inexprimable est la constante habitude de mon âme altérée " , qu’à lui-même habité du désir d’un " bien inconnu " jamais atteint lui laissant dans le cœur ce vide irrémédiable " étranger dans la nature réelle ; ridicule au milieu des hommes ". De plus le correspondant à qui les Lettres sont adressées n’a aucune présence et si un dialogue semble exister il est intérieur et renvoie à Oberman, tourmenté par "l’ennui d’exister " , à la recherche d’un accord avec lui-même et avec l’univers, mais entre l’homme et l’univers le contact est rompu, d'où le malaise profond de la vie...

Ce "mal du siècle ", que traduisent ces expressions : "l'intolérable vide que je trouve partout " ; " un vide inexprimable est la constante habitude de mon âme altérée " ; " habitude de tristesse " ; "irrémédiable ennui " ; "dégoût de toutes choses" , condamne Oberman à vivre malheureux "Je ne sais ce que je suis, ce que j'aime, ce que je veux ; je gémis sans cause, je désire sans objet, et je ne vois rien, sinon que je ne suis pas à ma place".
Ce sentiment d’être exclu du monde se retrouve chez la plupart des romantiques… Seulement le style de Senoncour n’a pas les beautés de celui de Chateaubriand… : " Un secret instinct me tourmentait : je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : « Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. "
" Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! ".

Oberman, avec René ou Adolphe est l’un des "premiers enfants du siècle " mais sa quête du bonheur nimbée de la mélancolie de ne pas être intégré au monde nous reste familière…
Proust ne dira-t-il pas "Senoncour, c’est moi "..... :volatilize:

:salut:
Modifié en dernier par Bastet le 11 avr. 2017, 14:28, modifié 1 fois.

la remonte

Re: Stendhal

Message par la remonte » 11 avr. 2017, 14:21

" Le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage (...) Les pays qu'il traverse ne sont que ce qu'il est. " Suares
Parme , est effectivent très décevant , il n'y a pas de Chartreuse . Stendhal nous a dupé . Proust aussi : " « Le nom de Parme, une ville où je désirais le plus aller depuis que j'avais lu La Chartreuse, m'apparaissant compact, lisse, mauve et doux... " :?
peu importe .
visiter des contrées assez moches que sont les marches de l'Est ou les plateaux arides d'Espagne et les trouver enthousiasmants , c'est incompréhensible à qui n'est pas nourri des exploits de Napoléon :idea:

une autre remarque de Suares , répondant à un détracteur , il lui dit ; " c'est votre esprit brumeux qui vous le fait croire " .
c'est toute la philosophie de Socrate qui ressort en quelques mots . nous sommes esclaves de nos affects . ce qui rend toute communication difficile . on le voit sur ce forum à petite échelle comme à plus grande dans le débat politique :idea:
ce n'est pas l'intellect qui raisonne mais trop souvent l'affect . :roll:

Bastet

Re: Stendhal

Message par Bastet » 11 avr. 2017, 15:02

Qu'importe qu'il n'y ait pas de Chartreuse à Parme :lol: puisque durant les mois qui ont précédé la rédaction de ce roman la pensée de Stendhal s'est orientée avec force vers les souvenirs de Napoléon!
Il fréquente alors, en 1836, le salon de la comtesse de Montijo dont les deux filles lui font raconter l'Epopée qu'il a vécue sous le règne de Napoléon , ainsi ce serait pour elles que l'idée de composer une description de la dernière grande bataille livrée par l'Empereur fut conçue.... :roll: et que le roman commencera avec l'entrée de Bonaparte à Milan, le 15 mai 1796, puis ce sera le long épisode de la bataille de Waterloo, l'influence du mythe napoléonien sur la conduite des personnages passionnés et audacieux bien que Stendhal ait été poussé vers l'écriture de ce roman pour d'autres raisons plus secrètes, plus personnelles comme l'amour qu'il a éprouvé pour l'Italie au temps où il était officier de dragon " entre les colonnes d'une armée de Napoléon" et par la pensée que c'est en Italie que l'oeuvre de Napoléon fut la moins critiquable .... :roll: :" C'est le livre de la cinquantaine de Stendhal. Il enferme tous ses expériences, les anciennes et les récentes. La mort s'annonçait prochaine, et il voulait passionnément ressaisir tout son passé, le panorama moral et intellectuel de sa vie, les choses qu'ils avaient le plus aimées" ( Pierre Martino).

:salut:

" En Italie au cours de sa glorieuse campagne, il a été vraiment amoureux, et ne le fut que cette fois: c'est qu'il avait la gale. cet effet est bien connu.Quel triste aphrodisiaque pourtant. La gale a du bon: elle sauve cet amour de Bonaparte, elle le purge de la Joséphine, de tous ces ravaudages à la grosse laine, "ma bonne, ma chère épouse, ma sensible amie" . Ainsi il peut y avoir remède au style bas-bourgeois? On accepte tout du commun; mais non d'un héros. Nous devons au grand homme d'être difficile pour lui" ( Suarès) :lol:

la remonte

Re: Stendhal

Message par la remonte » 11 avr. 2017, 16:17

les démangeaisons de la gale + la jalousie ... il n'a pas du dormir beaucoup , je plains ses aides de camps :?

Moundir Pacha

Re: Stendhal

Message par Moundir Pacha » 11 avr. 2017, 18:44

[quote="Bastet"]Il fréquente alors, en 1836, le salon de la comtesse de Montijo dont les deux filles lui font raconter l'Epopée qu'il a vécue sous le règne de Napoléon , ainsi ce serait pour elles que l'idée de composer une description de la dernière grande bataille livrée par l'Empereur fut conçue.... :roll: /quote]

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Grazie mille cittadina ! :salut: :fleur3:

:Vive-L-Empereur2 :viva-italia: :Napoleon3:

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