La vie de Napoléon par Stendhal et Chateaubriand

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Modérateur : Général Colbert

Hypolite

Henri Beyle - STENDHAL

Message par Hypolite » 02 mai 2003, 18:45

Bien sur, les Grands Esprits se rencontrent ! ;-)
Ceux qui admirent Napoléon: Nietzsche, Hegel, Goethe, Beethoven (même si il a un peu changé d'avis en route), Stendhal et j'en passe, la liste serait trop longue !
Ceux qui ne l'aiment pas du tout :Caratini, Guillemin, Isabelle Alonzo etc ..
Décidemment, il n'y a pas photo !!!

Etrigan

La vie de Napoléon par Stendhal et Chateaubriand

Message par Etrigan » 27 déc. 2006, 16:28

Je viens de "découvrir" le personnage Napoléon récemment et je me passionne pour son histoire. Voici mon avis sur les deux premiers livres que j'ai lu sur l'Empereur :

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La vie de Napoléon par Stendhal présente une différence majeure d’avec elle de Chateaubriand. Là où le chantre du romantisme exaltait la langue française pour qu’elle résonne de la destinée napoléonienne, Stendhal se lance dans un petit opuscule assez froid, dont le but est de restituer une vision juste et honnête de l’Empereur.

On dit Stendhal bonapartiste. C’est difficile à admettre à la lecture de cet ouvrage (il écrivit un deuxième livre sur l’Aigle) très critique vis-à-vis de Napoléon. Stendhal a connu l’armée napoléonienne, s’est battu sous les ordres de l’Empereur et l’admire réellement. Néanmoins, il a suffisamment d’honnêteté pour relever les nombreux travers despotiques de l’homme auquel il n’épargne pas quelques mots terribles. Etrangement, dans le même mouvement, il en excuse certains points ô combien litigieux.

Ce petit livre est, reconnaissons-le, particulièrement maladroit. D’une part, Stendhal écrit trop vite, passe de nombreux faits sous silence, et pis encore que Chateaubriand, s’adresse à des gens censés bien savoir de quoi il parle. De fait, il mange certains événements ou points d’explications, rendant la compréhension de ses propos fort mal aisée… Le témoignage n’est pourtant pas inintéressant en ce sens qu’il restitue une vision d’un homme d’armée intellectuellement accompli et qui, bien qu’attaché à la liberté nouvelle de la France, ne peut s’empêcher de regarder avec envie le souvenir pourtant pas toujours glorieux de la vie d’un despote assimilé finalement à un père.


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Présentation de l’éditeur
"Après Napoléon, néant : on ne voit venir ni empire, ni religion, ni barbares. La civilisation est montée à son plus haut point, mais civilisation matérielle, inféconde, qui ne peut plus rien produire, car on ne saurait donner la vie que par la morale. On n'arrive à la création des peuples que par les routes du ciel, les chemins de fer nous conduisent seulement avec plus de rapidité à l'abîme."
Aucun bonapartiste n'a jamais osé écrire cela. Le bonapartisme est un culte rétrospectif de la personnalité. Il n'a d'horizon ni métaphysique, ni poétique. Or Chateaubriand, poète de Napoléon, est aussi son ennemi métaphysique. Il le restera toujours, même quand il écrit ces phrases trompeusement nostalgiques, dans la "Vita Napoleonis" en six livres qui a surgi au beau milieu de ses Mémoires vers 1840.

On peut publier ces six livres en les séparant des Mémoires. Ils forment un tout qui se suffit à lui-même. C'est à la fois le chef-d'oeuvre de l'épopée romantique, et l'histoire la plus critique du cyclone Napoléon. Seul un poète métaphysicien a été à la hauteur de celui qu'il qualifie, prenant rétrospectivement son parti contre les trahisons de Talleyrand, d' "un des plus grands hommes de l'histoire ".


Commentaire
A l’origine de ce livre, il y a un drame : ce drame, c’est celui d’une France dont l’acte révolutionnaire aura coûté au pays sa dimension et sa religiosité. En mettant fin à la monarchie, notre pays s’est amputé de son histoire, de son honneur et de sa place dans l’Europe. Lorsque arrive Napoléon, Chateaubriand voit en lui celui qui aurait pu être un nouveau roi, mais qui a préféré trahir et l’idéal révolutionnaire, et l’idéal monarchique.

C’est que Napoléon, sous la plume de Chateaubriand, apparaît certes comme un géant dans un monde de nains, mais surtout comme un parvenu, un homme sans honneur, sans amour de la France, uniquement motivé par son appétit du pouvoir, par son goût de la destruction, par son souci d’humilier et de faire plier les autres devant sa force.

Destins parallèles ? En contant la vie de Napoléon, Chateaubriand nous parle de la sienne : alors que le tyran étend son joug sur l’Europe, le poète et royaliste tente de le déstabiliser. Lorsque la restauration aura lieu, Chateaubriand est là, au côté de Louis XVIII et semble observer un Napoléon qui, sans trop lui accorder d’intérêt, connaît son nom et son importance.

Et Chateaubriand ? S’il honnit Napoléon, il lui rend aussi justice : ainsi en va-t-il dans ses Mémoires de deux mouvements : la gloire de Napoléon, Chateaubriand la condamne ; sa descente aux enfers, il la soutient. C’est que pour le poète, l’honneur n’est pas un vain mot : on ne soutient pas un jour un homme que l’on conspue le lendemain. Contre les sycophantes, Chateaubriand fait le choix de l’objectivité et de l’honnêteté intellectuelle. La figure de Napoléon, il lui dénie le génie de l’antiquité, mais lui reconnaît un génie de la modernité, mais sans aucune assise morale. C’est donc en moraliste qu’il en fait le récit.

Servi par une écriture magnifique, enivrante de beauté, de sensualité, de poésie et d’amour, Chateaubriand conte une destinée de héros maudit ; en fait le panégyrique, comme la critique ; et, par la même occasion, se raconte sur le chemin, et trace le récit de la fin d’un monde, de la perte du sacré dans la France, condamnée à n’être plus rien qu’un ersatz de nation. Un ouvrage extraordinaire dont on ressort ivre de mots. De plus, le récit de l’amour contrarié entre Napoléon et la France reste d’une surprenante actualité.

la remonte

Message par la remonte » 28 déc. 2006, 10:03

Bonjour et bienvenu sur ce Forum Etrigan , pour une premiére intervention c'est pas mal , vous évoquez les deux plus grands écrivains de la période .
Tout comme pour Victor Hugo , trop jeune , je reste convaincu que nos deux compéres surtout le " demi bossu" restent aprés coup comme frustrés de ne pas avoir participé à la geste impériale , de ne pas s'être laissés entraîner par la course solaire de Napoléon .
Dans mon petit post sur " sabrer l'esprit " , j'y fais allusion , il y aura toujours ceux qui resteront spectateurs de leur époque , voire critiques , c'est là , la différence entre la réflexion et l'action qu'incarne si bien Napoléon .
Certes il est criminel aux yeux de l'Empereur qu'un ci-devant gentillâtre lui refuse l'hommage d'une obéissance sans réserve !
il devait dédier son "Génie " à Napoléon Bonaparte , ce Chateaubriand est un mauvais esprit , il a trop d'orgueil pour un sujet , d'ailleurs : " nous n'aimons pas ces provinces de granit , on ne régne bien que sur les alluvions ."
il faut que le Corse se venge du Breton , et pourtant pour un tyran , Napoléon n'est pas trés cruel .
L'insupportable Staël , ennemie déclarée de la France qui souhaîte sa défaite à Iéna et à Waterloo , il l'a mise en exil à quelques kilométres de Paris , Benjamin constant , Chateaubriand même n'ont pas souffert de traitements plus mortels .
les tyrans barbares on les trouve à Moscou à Berlin à Istambule , jamais à Paris .
pourtant la menace de Napoléon continue à faire de l'ombre à sa gloire .
Pour l'auteur de Julien Sorel , c'est un peu différent ... mais je dérive .
continuez , c'est un plaisir de vous lire .
.

Etrigan

Message par Etrigan » 28 déc. 2006, 10:10

Merci, votre accueil est très chaleureux ! C'est bien agréable d'être reçu de la sorte.

N'étant encore guère très au fait de ce qui concerne Napoléon, je ne suis pas à même de discuter avec vous de son comportement concernant ses détracteurs, même si je suis tout près à vous croire. Néanmoins, l'assassinat d'Enghien me semble avoir été pour le moins suspect, non ? (j'espère ne pas me tromper sur son nom : je fais référence à ce royaliste mis à mort pour sa prétendue participation aux attentats contre Napoléon).

Enfin, Stendhal a lui fait partie de l'armée napoléonienne. En tout cas, c'est ce qu'il affirme dans sa vie de Napoléon. Donc, contrairement à Chateaubriand, il a tout de même vu les choses de l'intérieur, non ?

Au plaisir de vous recroiser...

la remonte

Message par la remonte » 28 déc. 2006, 10:27

Vous avez raison , Henri Beyle participa aux campagnes de l'époque mais dans l'uniforme méprisé des commissaires des guerres . Notre romancier Patrick Rambaud dans son " la bataille " nous le fait apparaître à un moment , je crois , on est effectivement loin des représentations romanesques de Géricault .
Pour ce qui est de " l' assassinat légal du Duc d'Enghien " , cela reste effectivement la grande " faute " de Napoléon , et la mort de ce petit Duc pése plus lourd que celles de milliers de braves soldats .

Viphi

Message par Viphi » 28 déc. 2006, 11:07

Je possède le Napoléon de Chateaubriand dans ma bibliothèque. Je suis entièrement d'accord avec Etrigan. Il s'agit d'un déçu royaliste qui, sous couvert d'honnêteté, admire l'Empereur et regrette de n'avoir pu participer à l'Epopée.
C'est triste l'idéologie!

Etrigan

Message par Etrigan » 28 déc. 2006, 11:15

Viphi, ce n'est pas moi qui assimile Chateaubriand à un déçu du royalisme qui aurait aimé servir Napoléon.

En fait, je crois que Chateaubriand s'assimile à un géant dans un monde de nain : l'Empereur étant un géant, il se reconnaît en lui et ne peut totalement le déclasser. La superbe écriture de Chateaubriand n'a en fait d'égale que la haute opinion qu'il a de lui-même.

la remonte

Message par la remonte » 28 déc. 2006, 11:36

C'est moi le trublion .
Chateaubriand serait capable de faire un croche-pied aux Bourbon pour être seul à les remettre debout .c'est ainsi chez les courtisans , avoir ainsi la gloire d'être le seul fidéle à son Dieu et à son Roi .
Napoléon le traite durement , encore moins dans la sévérité que l'indulgence . il ne le prend pas au sérieux . " il a l'air d'un conspirateur descendu par le tuyau de la cheminée ".
Henri Beyle est le nom de Stendhal , c'est un bon nom pour un commissaire des guerres , pas pour un romancier .
Stendhal est une ville de Saxe-Anhalt , de passage sur l'Elbe lors de la campagne de 1809 ( La Bataille ) Henri Beyle l'aurait utilisé comme pseudonyme .
Modifié en dernier par la remonte le 28 déc. 2006, 13:05, modifié 1 fois.

Etrigan

Message par Etrigan » 28 déc. 2006, 11:41

Ah, j'ignorais cela pour Stendhal : merci !

LeKap

Message par LeKap » 02 janv. 2007, 15:10

Bonjour La Remonte

Lorsque vous dites " les tyrans barbares on les trouve à Moscou à Berlin à Istambule , jamais à Paris "

C'est vite oublier Robespierre et sa clique durant la terreur

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