"Mémoires du général-major russe Baron de Löwenstern" par Woldemar von Löwenstern (Editions Albert Fontemoing - 1903)

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Espagne
 
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"Mémoires du général-major russe Baron de Löwenstern" par Woldemar von Löwenstern (Editions Albert Fontemoing - 1903)

Message par Espagne »

Bonjour.
Ce livre est en deux tomes et représente un peu moins d'un millier de pages. Après nous avoir présenté ses origines baltes, l'auteur nous décrit ses premières années de militaires, au service de la grande Catherine, puis de Paul 1er. Il quitte l'armée après avoir participé à la campagne de Suisse à la tête de cuirassiers et à la bataille de Zurich. Sa jeunesse semble se passer comme celle de tous ses camarades : jeux, alcool et femmes. Il reconnait que tout n'était que débauche dans la noblesse russe de l'époque. Mais, Woldemar s'en lasse bien plus vite que les autres (même s'il replongera parfois !), et ses mémoires sont notablement plus intéressantes que celle d'un de ses frères, "Eduard", au sujet duquel j'avais écrit, sur l'autre Forum ... (si cela intéresse quelqu'un, je peux "bisser" ici ;) ).
Mais revenons à Woldemar. Il démissionne en 1804 pour se marier. Malheureusement, son épouse décéda en 1809, après plusieurs opérations et une convalescence en Autriche, à Vienne. Il la fit embaumer par le chimiste qui s'était occupé du maréchal Lannes. Décidé à reprendre du service, il fut volontaire au quartier général de Napoléon, avec trois autres militaires, représentant ainsi "l'allié" Alexandre, et apprit énormément de chose sur l'armée française et son organisation, qui lui seront utiles plus tard !
L'armée française y est vu au travers du prisme des Russes, ce qui mène l'auteur à des erreurs : Lannes mourant dans les bras de Napoléon, peu après sa blessure et Bernadotte principal artisan de la victoire de Wagram ! Il met en avant l'honneur des Russes pour ne pas avoir plié sous le despotisme de Napoléon. Après cette campagne, il hésite à s'engager à nouveau et reprend une vie oisive, jusqu'en 1812, où la sauvegarde de la Mère Patrie, l'appelle et il devient un des aide de camp du général Barclay de Tolly. On le suit alors de Wilna à Valoutina, grande victoire russe pour Löwenstern, car si les commandants français (en particulier Junot) avaient fait correctement leur travail, l'armée russe aurait dû être anéantie. Il indique que la politique de retraite et de terre brulée, non planifiée, ne s'est imposé à Barclay, qu'afin de réunir l'armée russe en une seule masse.
Après la début de la cabale qui pénalisera sa carrière et qui l'envoya à Moscou, sous la surveillance de Rostopchine, il fait preuve d'une certaine mauvaise foi, ou d'un oubli, à son arrivée à Borodino, en parlant de la prise de la redoute de Chewardino, qui n'existe pas pour lui, puisqu'il dit que les troupes napoléoniennes furent repoussées. Borodino est bien une défaite russe, mais seulement dû au retrait le lendemain de l'armée de Koutousov, sinon, c'est match nul. En page 281, il confirme bien que le décision de détruire Moscou, fut prise lors d'un conseil, dès l'arrivée de l'armée à Moscou. C'est l'avis de Barclay de Tolly et du colonel Toll qui prévalut sur celui de Rostopchine, qui voulait défendre la ville. Puis, vint le temps de la retraite. Koutouzov y est décrit comme vivant bien, dans le vaste, à l'arrière des combats. L'auteur nous dit toute son admiration pour Ney et sa troupe, qui passent le Dniéper au nez et à la barbe des russes. Il décrit les rapines qu'il fit avec ses hussards, tombant un jour sur un rapport parlant du crâne et du squelette du Cid trouvés en Espagne. De même, pour le passage de la Bérézina, il rend hommage à Napoléon et à ses soldats, que Wittgenstein aurait dû prendre plutôt que de se focaliser sur Partouneaux. Ensuite, c'est une longue liste d'horreurs auxquelles il assista jusqu'à Wilna. Il décrit à cette occasion l'état des troupes russes que seule la mort séparait de l'état des troupes française. Il dit son admiration pour les Français qui eurent à souffrir de choses effroyables. Ainsi se termine le premier tome, qui trouve Löwenstern en totale disgrâce (jalousie envers un protégé de Barclay de Tolly), renvoyé de l'armée par Alexandre.
Le second tome démarre avec un Löwenstern rentré en grâce, et passant le Niémen avec les troupes de Winzingerode, pour se lancer dans la campagne de 1813, en Allemagne. Après quelques combats et prises de ville de peu d'importances. Löwenstern se trouve à Weissenfels, où il ordonne de tirer sur un général français ... et c'est ainsi que le lieutenant d'artillerie Gorski tua le maréchal Bessières. Puis l'auteur est à Lützen et Bautzen, et participe au retrait des troupes coalisées. Ensuite, il est au blocus de Magdebourg, pendant Leipzig, ce qui lui vaut d'être fait chevalier de l'ordre militaire de l'Epée de Suède. Puis, il s'opposera à Davout, bloqué dans Hambourg.
Après avoir participé aux combats menant à l'armistice avec le Danemark, il fut appelé par Winzingerode en Belgique, à Liège, au début de 1814. puis, il fut temps d'entrer en France, par Avesnes et Laon, avant de participer à la prise de Soissons (une première fois !), puis de se rapprocher de l'armée de Silésie, qui avait bien souffert à Champaubert et à Montmirail. Il revint ensuite à Soissons, qu'il fit capituler, ce qui sauve l'armée de Silésie. Puis, sans commandement, il participa aux batailles de Craonne et de Laon. Il joua ensuite un rôle important dans la reprise de Reims à Belliard. Il participe aussi au combat de Fère-Champenoise contre le général Pacthod. Puis, il marche sur Meaux, Ville-Parisis, accompagnant la cavalerie de Pierre de Pahlen, où officiait son frère, Edouard, et cela sans aucun commandement, une sorte d'électron libre, ce qui explique en partie ses problèmes récurrents d'avancement, bien qu'il fut très souvent à la pointe des combats et au rendez-vous de la bravoure.
Puis vint la bataille de Paris. Il fut un témoin privilégié de la capitulation et de l'entrée des souverains alliés à Paris, ayant rejoint Barclay de Tolly. Il visita Paris, et comme beaucoup de Russes, y passât de bons moments avec la gente féminine.
L'original de la suite de ses mémoires ayant été envoyé au Tsar Nicolas 1er, il se perdit dans un palais quelconque. C'est donc grâce à ses papiers, et en particulier une lettre de 194 pages, conservés dans la famille Löwenstern, que le présentateur des mémoires, le commandant Weil, put poursuivre. Donc 1815, et retour en France. Il fit partie des troupes qui y restèrent jusqu'en 1819, sous les ordres de Wellington, et à ce titre, il occupa avec des troupes russes, Charlemont et Givet, puis eut son QG à Maubeuge, d'où il organisa l'embarquement des troupes russes par Amsterdam.
C'est un cultivateur, Löwenstern ayant quitté l'armée dégoûté de promesses jamais tenues à son égard (sombres rivalités dans l'entourage d'Alexandre 1er), qui reçut Alexandre à Revel, en 1825, peu avant le décès de ce dernier. Ce fut son successeur, Nicolas 1er, qui le nomma enfin général, et le rappela à l'armée en 1826, pour une dernière campagne face au Turcs, puis la gestion de la Roumanie. Après sa mise en retraire, en 1834, il disparut en 1858.

Une belle et longue carrière, où il laissa partout de bons souvenirs de son passage, comme en attestent les annexes de ce second tome, qui le voient défendre le peuple français face aux Prussiens, et cela avec ses cosaques, pas toujours très tendres non plus, mais qu'il punira toujours à bon escient. Très souvent dans l'entourage de Barclay de Tolly, puis de Koutousov, et donc proche du Tsar, cela rend son récit important, surtout comparé à celui de son soudard de frère, Edouard.
I'll be back !
"Le grand art d'écrire, c'est de supprimer ce qui est inutile" Napoléon Bonaparte-1804

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