Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Faites part de l'actualité napoléonienne dont vous avez connaissance.
Prière d’indiquer les références dans l’intitulé du message.

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C-J de Beauvau
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Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par C-J de Beauvau »

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L'âne
 
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Re: Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par L'âne »

Éric de CHASSEY : « C’est un geste, en fait, extrêmement respectueux envers Napoléon… c’est-à-dire passer par l’animal pour retrouver ce qu’il y a d’humain dans Napoléon et en particulier dans cet endroit qu’est le Dôme des Invalides qui est démesuré… Pascal Convert ré-humanise Napoléon... »

"extrêmement respectueux"... ré-humanise Napoléon"...

PAUVRE FRANCE !

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Aurea mediocritas
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Cyril Drouet
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Re: Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par Cyril Drouet »

Pascal Convert donne ces explications :

"Quand on m'a proposé d'intervenir dans le cadre du bicentenaire de la mort de Napoléon, j'ai été honoré mais surtout stupéfait : autant mon travail artistique a porté sur des périodes historiques récentes, la Résistance par exemple, autant l’épopée napoléonienne était confuse dans mes souvenirs. La curiosité m’a conduit sur le chemin de la découverte. J’ai lu quelques biographies historiques, en particulier la Mémorial de Sainte-Hélène, j’ai regardé l’iconographie portant sur Napoléon Bonaparte. Mais je n’ai commencé à vraiment travailler qu’à partir du moment où je suis venu, pour la première fois, au Dôme des Invalides et, plutôt que de m’improviser expert de la période, je me suis laissé habiter par ce lieu très puissant.

Quand le visiteur entre dans le Dôme, son regard est aimanté : au lieu de lever la tête vers la voûte 90 mètres plus haut et vers les décors peints par Charles de Lafosse, il marche vers le centre de l’église de Louis XIV jusqu’à une margelle en marbre qui dessine un cercle de 23 mètres de diamètre, découpant le pavement en mosaïques anciennes et ouvrant sur un trou. Arrivé au bord de la balustrade, le regard plonge six mètres plus bas, aspiré vers le monumental tombeau en quartzite rouge qui repose sur une dalle de granit vert entourée de rayons solaires.

Ainsi la composition imaginée par l’architecte Visconti pour accueillir le tombeau de Napoléon produit une inversion des gestes effectués quand on entre dans une église : alors que le mouvement naturel est de lever les yeux au ciel vers la voûte, à la recherche d’un signe de lumière divine, ici on baisse les yeux et on s’incline vers l’empereur. Le soleil n’est plus en haut mais en bas.
Cette rotation de l’espace et de sa dimension symbolique, qui échange les places entre un roi de droit divin et un empereur, m'a conduit à m’intéresser à la question du ciel, en particulier aux cieux dans les tableaux qui représentent les batailles napoléoniennes, peut-être à la recherche d’ancestraux présages de victoire ou de défaite. Le format panoramique des tableaux de Louis-François Lejeune qui se trouvent aujourd’hui au château de Versailles rend particulièrement présent le ciel. C’est en observant ces œuvres que je me suis rendu compte de l’importance de la cavalerie durant les batailles napoléoniennes. La cavalerie française composée de 2.500 à 3.000 cavaliers à Marengo a augmenté de plus de dix fois pour atteindre 30.000 cavaliers lors de la bataille de Borodino. Ils étaient environ 23.000 à Waterloo. Victor Hugo décrit dans Les Misérables cette imbrication des « cavaliers et chevaux [qui roulent] pêle-mêle se broyant les uns les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre ». Chevaux et cavaliers souffrent et meurent ensemble. Cette fusion des émotions donne une dimension archaïque aux liens qui se tissent entre eux. J’ai découvert toute une mythologie autour des chevaux de Napoléon. Le plus célèbre, baptisé Marengo, a été capturé lors de la bataille d’Aboukir. C'est un petit cheval Arabe-Barbe originaire du Maghreb, race qui avait la préférence de Napoléon du fait de son endurance. Marengo est le cheval avec lequel Napoléon a mené le plus grand nombre de combats : Marengo, Iéna, Wagram, Moscou, la retraite de Russie, Waterloo. À l’issue de cette dernière bataille, Marengo a été capturé par les troupes de Wellington et conduit en Angleterre. Considéré comme un trophée de guerre, une légende s’est immédiatement construite autour de lui. Exposé à de multiples reprises, il est devenu une attraction, on payait pour le voir ou même le monter. En 1831, à sa mort, il fut conservé comme une relique sacrée. Dépecé et réarticulé, son squelette est aujourd'hui conservé au National Army Museum à Londres.

Le destin de Marengo m’a rappelé certains rituels ancestraux qui voulaient que les combattants soient enterrés avec leur monture, comme on le voit pour la tombe gauloise des cavaliers de Gondole, pour celle de la nécropole de Piovego à Padoue - ou des rituels plus récents : il existe une photographie prise dans l’Altaï qui montre une tombe surmontée de poteaux en pyramide au sommet desquels est suspendue la dépouille d'un cheval, comme un véhicule céleste qui porterait l'esprit du défunt vers d'autres combats. Cette photographie est certainement à l’origine de mon projet de suspendre le squelette de Marengo au-dessus du tombeau de Napoléon. Ramener le cheval de la dernière défaite vers la tombe de son cavalier accomplit un rituel. La position du squelette évoque Pégase, cheval de l’envol et de la chute du demi-dieu Bellérophon, victime de la colère de Zeus. Le Bellérophon est d’ailleurs le nom du bateau anglais sur lequel Napoléon a été embarqué à Rochefort après sa reddition. J’avais aussi en mémoire une autre référence, celle du cheval blanc suspendu en haut d’un pont articulé, dans le film de Serguéi Eisenstein, Octobre.

J’aurais préféré qu’on puisse suspendre la relique originale mais sa fragilité rendait la chose impossible. J’ai donc demandé à mes amis de la société Iconem, avec lesquels j’ai travaillé en Afghanistan et en Arménie, de réaliser un scan 3D du squelette. Nous étions en période de confinement, ce qui rendait le déplacement difficile, et je me suis vite rendu compte qu’une relique de guerre est un trophée dont le pays vainqueur ne se défait pas facilement. Une équipe anglaise a donc fait le scan de cet élément symbolique de leur victoire à Waterloo, et, avec Iconem et CHD Art Maker, nous en avons tiré un fac-similé quasi parfait.

Cette empreinte numérique permet que l’objet soit physiquement présent, double de l’original et fantôme revenant de Marengo. L’arrivée dans le dôme de ce squelette articulé, suspendu à hauteur de regard au-dessus du tombeau de l’empereur, introduit une légèreté dans l’espace architectural glorieux imaginé par Jules Hardouin-Mansart. La légèreté des os, leur finesse, leur articulation vectorisent l'espace qui est comme redessiné au trait, rappelant que toute vie reste une esquisse. Dans cette architecture massive et immobile qui est celle d’un tombeau, un objet tremblant vient perturber la pompe qui accompagne les défunts illustres. Memento Marengo n’est pas une statue majestueuse mais le blanc dessin d’un destin.

L’association avec sa monture, en passant par l’animalité, ré-humanise le cavalier. Comme la suspension d’un objet de taille modeste, d'un vraiment petit cheval, bloque le regard et ré-humanise l'espace. Rendre à l’histoire son échelle humaine ne lui enlève rien de sa grandeur. Cela peut permettre au contraire de comprendre que nous en sommes, parfois à notre corps défendant, les héritiers directs. Dans notre société qui souhaite évoluer vers un fonctionnement démocratique plus horizontal, les processus de symbolisation sont le plus souvent perçus comme autoritaires et peu capables de construire du commun. Or, la réalisation du Monument à la mémoire des résistants et otages fusillés au Mont Valérien entre 1941 et 1944 m’a fait comprendre que ce processus soulève des conflits enfouis, seul chemin fertile pour produire du commun.

Le travail artistique ne consiste pas à imposer quelque chose, c'est-à-dire une visibilité, à tout prix. Memento Marengo est un objet dialectique pour réfléchir au processus de symbolisation, selon moi."
http://www.pascalconvert.fr/temps/marengo.html
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Cyril Drouet
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Re: Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par Cyril Drouet »

Le communiqué de presse du Musée de l'Armée :
https://www.musee-armee.fr/fileadmin/us ... eon_v3.pdf
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Bernard
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Re: Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par Bernard »

Cyril Drouet a écrit : 25 avr. 2021, 11:49 C’est en observant ces œuvres que je me suis rendu compte de l’importance de la cavalerie durant les batailles napoléoniennes. La cavalerie française composée de 2.500 à 3.000 cavaliers à Marengo a augmenté de plus de dix fois pour atteindre 30.000 cavaliers lors de la bataille de Borodino. Ils étaient environ 23.000 à Waterloo. Victor Hugo décrit dans Les Misérables cette imbrication des « cavaliers et chevaux [qui roulent] pêle-mêle se broyant les uns les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre ». Chevaux et cavaliers souffrent et meurent ensemble. Cette fusion des émotions donne une dimension archaïque aux liens qui se tissent entre eux.
Il y a quelque chose d'intéressant dans cette démarche, même si on peut se poser la question du choix du lieu et du moment, c'est l'hommage rendu aux centaines de milliers de chevaux qui ont payé un lourd tribu lors de ces guerres. On cite régulièrement le nombre de 50 000 rien que pour la campagne de Russie mais probablement 200 000 uniquement dans le camp français lors des guerres du premier Empire. A tel point que les haras ont peiné à reconstituer les pertes et que la pénurie de chevaux a duré bien au-delà de cette période.
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L'âne
 
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Re: Un projet débile pour le tombeau des Invalides

Message par L'âne »

Je vous rejoins cher Bernard quant à l'idée de rendre hommage aux chevaux.
En revanche, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure des façons et qu'il faille accepter tout et n'importe quoi pour assurer la survie du patrimoine.
Aurea mediocritas
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