Napoléon "antisémite" ?

Faites part de l'actualité napoléonienne dont vous avez connaissance.
Prière d’indiquer les références dans l’intitulé du message.

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Joker
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Napoléon "antisémite" ?

Message par Joker »

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Cyril Drouet »

Etonnant que Thierry Lentz pour répondre à cette question n'ait pas rappelé le côté "antijudaïque" (sic) de Napoléon comme il le fait dans sa "Nouvelle histoire du Premier Empire", poursuivant d'ailleurs (avec Poliakov à l'appui, "Histoire de l'antisémitisme") ainsi :
"On peut trouver sous sa plume des épithètes défavorables ou méprisantes qui, "assemblées bout à bout [...], fourniraient la matière d'un petit catéchisme antisémite". "
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Cyril Drouet »

Lentz a écrit : 10 avr. 2021, 11:25 "On peut trouver sous sa plume des épithètes défavorables ou méprisantes qui, "assemblées bout à bout [...], fourniraient la matière d'un petit catéchisme antisémite". "

Sans doute Lentz pensaient à ces mots :

«Le gouvernement français ne peut voir avec indifférence une nation avilie [celle des Juifs], dégradée, capable de toutes les bassesses, posséder exclusivement les deux beaux départements de l’ancienne Alsace […] il est trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile.
[…]
Ce sont de véritables nuées de corbeaux.
[…]
[Les Juifs] risqueraient d’être massacrés un jour par les chrétiens d’Alsace, comme ils l’ont été souvent, et presque toujours par leur faute.
[…]
Il serait dangereux de laisser tomber les clefs de la France, Strasbourg et l’Alsace, entre les mains d’une population d’espions qui ne sont pas attachés au pays. »
(Séance du Conseil d'Etat du 30 avril 1806 ; Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration)


«Je dois la même protection à tous les Français et je ne puis regarder comme des Français ces juifs qui sucent le sang des véritables Français.
[…]
Des usuriers rapaces et sans pitié. Ce peuple juif, dont l'existence est si singulière, présente de grands problèmes à résoudre. Jusqu'à quel point des gouvernements éclairés et chrétiens pourraient-ils le relever quelque peu de son abaissement ? Puisque vous avez fait des recherches sur eux, vous devez savoir que le mal vient surtout de cette compilation indigeste appelée le Talmud, et où se trouve, à coté de leurs véritables traditions bibliques, la morale la plus corrompue dès qu'il s'agit de leurs rapports avec les chrétiens.
[…]
Je ne prétends pas, dit-il en finissant, dérober à la malédiction dont elle est frappée cette race qui semble avoir été seule exceptée de la rédemption, mais je voudrais la mettre hors d'état de propager le mal qui ravage l'Alsace»
(Noailles, le comte Molé 1781-1855 Sa vie – ses mémoires)


« La nation juive est constituée, depuis Moïse, usurière et oppressive
[…]
Le mal que font les juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution même de ce peuple: ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France.»
(Séance du Conseil d'Etat du 7 mai 1806 ; Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration)


« J’ai entrepris l’œuvre de corriger les Juifs ; mais je n’ai pas cherché à en attirer de nouveaux dans mes Etats. Loin de là, j’ai évité de faire rien de ce qui peut montrer de l’estime aux plus misérables des hommes. »
(Napoléon à Jérôme, 6 mars 1808)


« Je lis la Bible : […] les Juifs sont un vilain peuple, poltron et cruel. »
(Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)




Ce « petit catéchisme antisémite » (pour reprendre l’expression de Poliakov, citée par Lentz) ne fut pas oublié, et une partie de ces propos fut notamment reprise à dessein dans le numéro du Matin du 6 septembre 1940.
Il convient cependant de grandement nuancer les propos et de rappeler, qu’au final, la politique napoléonienne, malgré le caractère discriminatoire de certaines mesures, visait, dans un souci d’ordre public, à l’assimilation des Juifs à la nation française ; rappel que se garda bien de faire un journal antisémite et collaborationniste comme le Matin.
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Bernard
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Bernard »

Cyril Drouet a écrit : 12 avr. 2021, 11:39 «Le gouvernement français ne peut voir avec indifférence une nation avilie [celle des Juifs], dégradée, capable de toutes les bassesses, posséder exclusivement les deux beaux départements de l’ancienne Alsace […] il est trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile.
[…]
Ce sont de véritables nuées de corbeaux.
Il faut donner l'intégralité de ce passage (voir Maurice Liber, “Napoléon Ier et les juifs”, Revue des études juives, 1921) :
Napoléon déclare ainsi, lors d’une séance du Conseil d’État qu’il préside, en avril 1806 : « La législation est un bouclier que le gouvernement doit porter partout où la propriété publique est attaquée. Le gouvernement français ne peut voir avec indifférence une nation avilie, dégradée, capable de toutes les bassesses, posséder exclusivement les deux beaux départements de l’ancienne Alsace ; il faut considérer les Juifs comme nation et non comme secte. C’est une nation dans la nation ; je voudrais leur ôter, au moins pendant un temps déterminé, le droit de prendre des hypothèques, car il est trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile. Des villages entiers ont été expropriés par les Juifs ; ils ont remplacé la féodalité ; ce sont de véritables nuées de corbeaux. »
Est-ce que ce texte est avéré ? Je le vois repris par Pierre Birnbaum et bien d'autres mais je ne retrouve guère la source initiale. Vous qui êtes si bien informés, pouvez-vous nous en donner les références précises ?
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Cyril Drouet »

Bernard a écrit : 12 avr. 2021, 13:03
Cyril Drouet a écrit : 12 avr. 2021, 11:39 «Le gouvernement français ne peut voir avec indifférence une nation avilie [celle des Juifs], dégradée, capable de toutes les bassesses, posséder exclusivement les deux beaux départements de l’ancienne Alsace […] il est trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile.
[…]
Ce sont de véritables nuées de corbeaux.
Il faut donner l'intégralité de ce passage

Je ne faisais ici que rebondir sur les "épithètes défavorables ou méprisantes" évoquées par Lentz, d'où la sélection.

De plus larges extraits :
« La législation est un bouclier que le gouvernement doit porter partout où la postérité publique est attaquée. Le gouvernement français ne peut voir avec indifférence une nation avilie, dégradée, capable de toutes les bassesses, posséder exclusivement les deux beaux départements de l’ancienne Alsace : il faut considérer les juifs comme nation et comme secte ; je voudrais leur ôter, au moins pendant un temps, le droit de prendre des hypothèques, car il est trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile. Des villages entiers ont été expropriés par les juifs ; ils ont remplacé la féodalité, ce sont de véritables nuées de corbeaux. On en voyait au sabbat d’Ulm, qui étaient accourus de Strasbourg pour acheter des maraudeurs ce qu’ils avaient pillé.
Il faut prévenir, par des mesures légales, l’arbitraire dont on se verrait obligé d’user envers les juifs. Ils risqueraient d’être massacrés un jour par les chrétiens d’Alsace, comme ils l’ont été souvent, et presque toujours par leur faute.
Les juifs ne sont pas dans la même catégorie que les protestants et les catholiques. Il faut les juger d’après le droit politique, et non d’après le droit civil, puisqu’ils ne sont pas citoyens.
Il serait dangereux de laisser tomber les clefs de la France, Strasbourg et l’Alsace, entre les mains d’une population d’espions qui ne sont pas attachés au pays. Les juifs autrefois ne pouvaient pas même coucher à Strasbourg ; il conviendrait peut-être de statuer aujourd’hui qu’il ne pourra pas y avoir plus de cinquante mille juifs dans le Haut et le Bas-Rhin ; l’excédent de cette population se répandrait à son gré dans le reste de la France.
On pourrait aussi leur interdire le commerce, en se fondant sur ce qu’ils le souillent par l’usure, et annuler leurs transactions passées comme entachées de fraude. »
(Séance du Conseil d'Etat du 30 avril 1806 ; Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration)


« Vous avez examiné, me dit-il, ces affaires des juifs ? C'est grave. Je ne puis pas souffrir que tous les propriétaires d'Alsace et d'une partie de la Lorraine soient spoliés par l'usure, eux et leurs enfants. Ce serait une corne à mon front que de le tolérer davantage. Je dois la même protection à tous les Français et je ne puis regarder comme des Français ces juifs qui sucent le sang des véritables Français. Le moyen à employer est, je le sais, très difficile. Les légistes m'opposent le respect des engagements souscrits librement, quelles que soient les conséquences que ces engagements entraînent. Mais, moi, je ne vois que le résultat pratique, et si je ne faisais rien, ce résultat ici serait la spoliation d'une multitude de familles par des usuriers rapaces et sans pitié. Ce peuple juif, dont l'existence est si singulière, présente de grands problèmes à résoudre. Jusqu'à quel point des gouvernements éclairés et chrétiens pourraient-ils le relever quelque peu de son abaissement ? Puisque vous avez fait des recherches sur eux, vous devez savoir que le mal vient surtout de cette compilation indigeste appelée le Talmud, et où se trouve, à coté de leurs véritables traditions bibliques, la morale la plus corrompue dès qu'il s'agit de leurs rapports avec les chrétiens.
- Sire, interrompis-je, le Talmud, si je ne me trompe, est en effet une diffuse et volumineuse collection des commentaires de la loi fondamentale par des docteurs ou des rabbins de toutes les époques, et si quelques-uns montrent quelques lumières et quelque érudition véritable, un grand nombre est inspiré par la haine du christianisme, et on y trouve les plus indignes raffinements sur l'art d'extorquer l'argent d'autrui et de s'enrichir des dépouilles de tout ce qui n'est pas juif.
- Oui, reprit l'Empereur, cela est vrai, mais aussi pourquoi le gouvernement qui surveille l'enseignement public, laisse-t-il en dehors de cette surveillance les écoles des juifs ? Ne pourrait-on pas soumettre leurs rabbins à des examens, s'assurer qu'ils n'enseignent pas une morale que toutes les religions réprouvent et qui entretient leurs coreligionnaires dans la haine des chrétiens, en un mot épurer les rabbins dont on ferait, pour ainsi dire, un corps et une hiérarchie ? Je ne prétends pas, dit-il en finissant, dérober à la malédiction dont elle est frappée cette race qui semble avoir été seule exceptée de la rédemption, mais je voudrais la mettre hors d'état de propager le mal qui ravage l'Alsace, et qu'un juif n'eût plus deux morales différentes, l'une dans ses rapports avec ses frères, l'autre dans ses rapports avec les chrétiens. »
Je me permis ici de répondre, que cette malédiction que l'Empereur venait de rappeler, pourrait bien mettre un point d'arrêt à ses nobles vues sur l'amendement des juifs, que, dans mon opinion cependant, il y avait quelque chose à faire et quelque chose à obtenir. Alors il me fit le signe par lequel il congédiait. »
(Noailles, le comte Molé 1781-1855 Sa vie – ses mémoires)


« On me propose d'expulser les juifs ambulants qui ne justifieront pas du titre de citoyens français, et d'inviter les tribunaux à employer contre l'usure leur pouvoir discrétionnaire; mais ces moyens seraient insuffisants. La nation juive est constituée, depuis Moïse, usurière et oppressive ; il n'en est pas ainsi des chrétiens: les usuriers font exception parmi eux et sont mal notés. Ce n'est donc pas avec des lois de métaphysique qu'on régénérera les juifs; il faut ici des lois simples, des lois d'exception; on ne peut rien me proposer de pis que de chasser un grand nombre d'individus qui sont hommes comme les autres; la législation peut devenir tyrannique par métaphysique comme par arbitraire. Les juges n'ont point de pouvoir discrétionnaire; ce sont des machines physiques au moyen desquelles les lois sont exécutées comme l'heure est marquée par l'aiguille d'une montre : il y aurait de la faiblesse à chasser les juifs; il v aura de la force à les corriger. On doit interdire le commerce aux juifs, parce qu'ils en abusent, comme on interdit à un orfèvre son état lorsqu'il fait du faux or. La métaphysique a égaré le rapporteur au point de lui faire préférer une mesure violente de déportation à un remède plus efficace et plus doux. Cette loi demande à être mûrie; il faut assembler les états-généraux des juifs, c'est-à-dire en mander à Paris cinquante ou soixante, et les entendre; je veux qu'il y ait une synagogue générale des juifs à Paris, le 15 juin. Je suis loin de vouloir rien faire contre ma gloire et qui puisse être désapprouvé par la postérité, comme on me le fait entendre dans le rapport. Tout mon conseil réuni ne pourrait me faire adopter une chose qui eût ce caractère; mais je ne veux pas qu'on sacrifie à un principe de métaphysique et d'égoïsme le bien des provinces. Je fais remarquer de nouveau qu'on ne se plaint point des protestants ni des catholiques comme on se plaint des juifs ; c'est que le mal que font les juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution même de ce peuple: ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France.»
(Séance du Conseil d'Etat du 7 mai 1806 ; Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration)
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Bruno Roy-Henry
  
  
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Bruno Roy-Henry »

Pour quelqu'un d'antisémite, il a fait une curieuse politique... Surtout pour celui qui avait lu Voltaire et le relisait avec une prédilection certaine par rapport aux écrits de Rousseau. Car enfin, Voltaire était antisémite, et si Napoléon avait suivi son mentor, il n'aurait pas manqué de purger la France de cette "lèpre judaïque", expression du père Voltaire...
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Cyril Drouet »

Bruno Roy-Henry a écrit : 12 avr. 2021, 16:54 Pour quelqu'un d'antisémite, il a fait une curieuse politique...
Politique qu'il commentait ainsi :
« Le principal but qu'on s'est proposé a été de protéger le peuple juif »
(Napoléon à Champagny, 29 novembre 1806)
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon "antisémite" ?

Message par Cyril Drouet »

Un torchon de l’année 1900 (en pleine affaire Dreyfus) : « Napoléon antisémite », d’André de Boisandré.
Quelques extraits :

« En écrivant Napoléon Antisémite, j'ai eu pour but de montrer que le vainqueur d'Iéna avait deviné la race fatale, que les Antisémites d'aujourd'hui peuvent hardiment le revendiquer comme un ancêtre, et que les bonapartistes, s'ils veulent rester fidèles à la mémoire du grand Homme, ne devront jamais séparer ces deux cris qui retentissent si souvent dans leurs réunions : « Vive l'Empereur ! » et « A bas les juifs! ».
[…]
Je démontrerai jusqu'à l'évidence que le vainqueur d'Austerlitz n'avait à l'égard de la postérité d'Abraham d'autres sentiments que la méfiance, l'aversion et le mépris. S'il voulut, à un certain moment, doter les Juifs d'un statut civil et religieux, ce fut à coup sûr beaucoup moins dans un sentiment de bienveillance pour ces affranchis de la Constituante que dans un but de protection pour les Français dévorés par l'usure, troublés dans leur tranquillité et dans leur bien-être, menacés dans leur existence même par l'invasion d'une horde qui ne connut jamais ni lois, ni préjugés, ni morale. »
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