Napoléon et le confinement

Faites part de l'actualité napoléonienne dont vous avez connaissance.
Prière d’indiquer les références dans l’intitulé du message.

Modérateur : Joker

Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le jeudi 3 août 1820, paradoxalement, le simple fait que Napoléon se porte mieux attise chez le gouverneur sa suspicion naturelle. Et cette suspicion est amplifiée par le comportement incompréhensible du docteur Antommarchi qui s'applique à confirmer la mauvaise impression de sa première audience. Étouffant dans Longwood, il avait sollicité du gouverneur l'autorisation de visiter les hôpitaux et passait le plus clair de ses journées à Jamestown, où sa faconde, sa réputation de « professeur » et sa jolie figure pouvaient lui valoir cent conquêtes féminines. Il boudait, en revanche, l'étiquette de la Maison et Napoléon qui avait toléré une certaine désinvolture quand les consultations se réduisaient à des conversations, perdit patience quand il fut sérieusement malade durant le mois de juillet et, Bertrand fit au dottoraccio une leçon qui porta ses fruits. « Le professeur Antommarchi, qui rendait quotidiennement visite au général Bonaparte en habit du matin, pantalons et bottes, a troqué ce costume contre des culottes noires, des bas de soie et des souliers bas... De la journée, il ne voit plus le général. » Cette insouciance, ces absences prolongées renforçaient la thèse de Lowe, qui tenait la maladie pour feinte et ne s'en cachait pas.
Aussi, lorsque Antommarchi évoque les effets du climat de Longwood, « qui engendre, nourrit et accroît le mal », on lui rit au nez.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le lundi 7 août 1820, Le Gouverneur accepte le principe d'« une extension des limites pour les chevauchés de Napoléon jusqu'à Rock Rose Hill, et autour du pic de Diana par Sandy Bay.
Il a également demandé que certaines sentinelles soient retirées, à la limite de ses limites actuelles, ou que les routes soient modifiées de telle sorte que le général Bonaparte, en sortant, puisse ne pas à subir la déconvenue d’en rencontrer ».
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le mardi 8 août 1820, Souvenirs du Mameluck Ali : « étant de service, l'Empereur me sonna et me demanda un potage ; il était dans son lit de la chambre à coucher. J'allai sur-le-champ éveiller le cuisinier pour qu'il en préparât un. En attendant, je disposai sur un plateau d'argent ce qui était nécessaire. Tout étant prêt, l'Empereur se mit sur son séant, et j'étendis sa serviette de manière qu'il pût s'en servir ; ensuite je plaçai le plateau sur les coussins comme je l'avais fait mainte et mainte fois. Sur le plateau était la casserole contenant le potage, une grande cuiller pour le servir, une assiette et un couvert. L'Empereur s'était servi, il avait déjà avalé quelques cuillerées de son potage, lorsqu'il prit le plateau et le jeta sur le tapis en me disant que je le brûlais. Au travers du plateau, il avait senti la chaleur de la casserole. « Appelez Marchand », ajouta-t-il, avec un mouvement d'humeur. Quelque peu étourdi de ce que l'Empereur venait de faire, j'allai éveiller Marchand, qui vint aussitôt. À mon retour, je ramassai le plateau ainsi que les autres pièces, je ramassai aussi le riz ou le vermicelle et nettoyai la place tant bien que mal. Après quoi j'allai faire préparer un autre potage, que Marchand lui servit, mais en mettant seulement sur le plateau l'assiette remplie et le couvert. Ce moment d'humeur passa comme tous les autres, la cause n'ayant rien de sérieux ; ce qu'il y avait de bon chez l'Empereur, c'est que, la main tournée, il ne pensait plus à rien. J'en fus pour la peine du nettoyage. »
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le lundi 14 août 1820, en plus des chevauchées, Napoléon ne renonçait pas à l'exercice du fusil. Un jour il fit venir un bouc qui lui appartenait et que l'officier d'ordonnance avait gardé quelque temps avec son troupeau. On le lâcha sur la pelouse et Napoléon le tua du second coup.
Charmé de ce succès, il ordonna d'en lâcher un autre, mais il le manqua et laissa l'animal s'échapper sain et sauf. A un autre moment de la journée, il dirigea lui-même la construction d'un pavillon chinois qu'il faisait élever dans son jardin. Situé au sud-est, ce pavillon lui permettait d'observer au loin, sur la ligne d'horizon océane, tous les bateaux qui approchaient de l'île.. et tout ça, en étant dans cette bâtisse, sans être lui-même vu..

Photographie du Pavillon Chinois situé à l'extémité sud des jardins de Longwood House.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le mercredi 16 août 1820, désirant une extension des limites pour avoir plus de variété dans ses promenades à cheval, le comte Montholon eut une ou deux conversations nouvelles, à ce sujet, avec le Gouverneur.
Comme le comte faisait observer que Napoléon avait surtout besoin de distraction et d'un changement de décor, sir Hudson Lowe lui répondit "qu'il ne pouvait étendre les limites de la manière demandée sans l'autorisation de son Gouvernement ; on avait donné tant d'informations, dressé tant de plans de l'île, qu'elle était aussi connue en Europe que sur les lieux mêmes ; la question des limites pouvait donc être aussi bien résolue en Angleterre qu'à Sainte-Hélène ; mais s'il ne pouvait complaire à cette requête, il était prêt à accueillir plusieurs suggestions faites par Montholon, quant à la manière la plus convenable de placer certaines sentinelles pour les soustraire à la vue. Il proposa, en outre, de faire réparer une route nommée le chemin militaire, qui donnerait à Napoléon l'aspect de scènes plus variées et plus agréables. Cette route traversait la crête de quelques collines, d'où l'on jouissait des plus belles vues de l'île.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le jeudi 17 août 1820 - Malgré les traverses que l’Empereur avait eu à essuyer dans tant de circonstances, le souvenir de sa puissance était toujours pour lui un songe très agréable. Napoléon dit alors [mémoire d’Ali] « Je mettais toute ma gloire à faire des Français le premier peuple de l’univers ; tout mon désir, toute mon ambition était qu’ils surpassassent les Perses, les Grecs, les Romains, tant dans les armes que dans les sciences et les arts. La France était déjà le pays le plus beau, le plus fertile ; les mœurs y étaient parvenues à un degré de civilisation inconnu jusqu’alors ; en un mot elle était déjà aussi digne de commander au monde que l’avait été l’ancienne Rome… Je serais arrivé à mon but, si des brouillons, des intrigants, des hommes de parti, des gens immoraux, ne fussent pas venus me susciter obstacles sur obstacles et m’arrêter dans ma marche. Je sens bien qu’un pareil projet était gigantesque ; mais que ne peut-on pas faire avec des Français ? C’était déjà beaucoup d’être parvenu à gouverner la partie principale de l’Europe et de l’avoir soumise à une unité de lois. Des peuples dirigés par un gouvernement juste, sage, éclairé, eussent, avec le temps, entraîné d’autres peuples, et tous n’eussent fait qu’une même famille. Une fois que tout aurait été disposé, j’aurais établi un gouvernement où le peuple n’aurait eu rien à redouter de l’autorité arbitraire ; tout homme eût été homme et simplement soumis à la loi commune ; il n’y aurait eu que le mérite de privilégié. Mais, pour faire réussir un tel projet, il fallait être heureux et avoir une vingtaine d’années devant soi. La religion portait un peu obstacle à mon système ; mais il y avait un moyen dont on pouvait user ; c’était de fermer les yeux et de favoriser toutes les sectes qui se fussent présentées et eussent eu pour base la saine et vraie morale. Les hommes, ainsi divisés pour ce qui est de la conscience, n’en eussent été que plus soumis aux lois. Cela étant, on aurait eu l’avantage de pouvoir diminuer les abus et d’atteindre à la perfectibilité possible aux hommes. En religion, une juste et sage tolérance est un bienfait des gouvernements. Une religion n’est qu’une loi qui dirige la conscience. Dès le moment qu’elle vise à suivre l’impulsion de la nature dans tout ce qu’il y a de bon et social, qu’elle épure les mœurs, qu’elle rejette tout ce qui peut porter atteinte à la propagation de l’espèce humaine, à l’ordre, à la liberté, elle doit être adoptée, protégée et soutenue. N’avons-nous pas vu, dans les siècles qui nous ont précédés, combien il était dangereux d’être intolérant, exclusif ? Dieu nous garde d’avoir à supporter un tel fléau qui est la destruction des nations ! Soyons plus sages que nos ancêtres ; ne voyons que le bien et le bonheur publics. C’est beaucoup trop sans doute d’avoir des démêlés pour les affaires politiques. Plus les choses sont simplifiées, et moins de tourments elles nous donnent. Hélas ! Hier nous sommes entrés dans ce monde, aujourd’hui nous le possédons, et demain nous disparaîtrons de sa surface, lâchons donc d’être heureux sur cette terre, où nous ne restons que quelques instants. »
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le samedi 19 août 1820, après avoir lu "les Vénitiens", la discussion entre Napoléon et Montholon tourne une nouvelle fois autour de l’auteur, Antoine Vincent Arnault, que l’Empereur dit apprécier. Le général de Montholon ajoute immédiatement son nom à la liste des hypothétiques candidats à son remplacement sur l’île. En fait, entre Madame Bertrand, son mari (le Grand-Maréchal) et Montholon, le sujet de conversation tourne en boucle autour des deux questions : quand partir et par qui être remplacés.

Illustration : Antoine Vincent Arnault (né le 1er janvier 1766 à Paris et mort le 16 septembre 1834 à Goderville) est un homme politique, poète et auteur dramatique français, deux fois élu à l'Académie française.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le mardi 22 août 1820, Napoléon en apparente bonne santé, se promène dans ses jardins et passe quelques minutes à scruter l’horizon sud-est depuis son pavillon Chinois.
Durant cette journée, l’Empereur apprend la nouvelle des ventes des tableaux de Joséphine au Tsar par son beau-fils, le Prince Eugène. Son serviteur, Ali s’en souviendra quelques années plus tard : « Quand l’Empereur apprit que le prince Eugène avait fait mettre en vente le musée de la Malmaison, il en fut outré. « Est-il possible qu’Eugène, mon fils adoptif, aille se salir en faisant de l’argent des objets précieux que renferme ce château ? Ne l’ai-je pas fait assez riche pour qu’il se dispense de faire une pareille vilenie ? Malheureux intérêt ! Toutes ces belles choses, qui, pour la plupart, ont été acquises au prix du sang français, devaient-elles avoir une pareille destination ? Il eût été digne, il eût été noble à Eugène d’en faire hommage à la France, et le musée de Paris eût été quelque peu indemnisé des pertes qu’il a faites en 1815. À cet acte, on eût reconnu un cœur français et un des miens. Il ne lui reste plus maintenant que d’en faire autant de la Malmaison. Cette habitation pour lui doit être sacrée et doit lui être chère à plus d’un titre ; il doit la transmettre, à ses descendants ; mais, non ! il semble que ceux qui m’appartiennent et ceux qui m’ont entouré se donnent la main pour se confondre dans la foule la plus abjecte. On dirait qu’ils prennent à tâche de se montrer incapables de sentiments élevés. O homme ! Seras-tu donc toujours insensé ? »

Notons ici qu’Eugène n’a pas vraiment eu la volonté de vendre Malmaison et tout au plus de louer cette propriété coûteuse et improductive qu’il ne pouvait habiter étant alors cantonné en Bavière. Il a fait venir quantité de meubles et de souvenirs pour son palais de Munich, puis a procédé en effet à de nombreuses ventes pour payer les 3 millions de dettes de sa mère. La vente la plus fameuse était bien entendu celle des tableaux de la galerie au tsar Alexandre.
Malmaison n’a été vendu qu’en 1828, quatre ans après la mort d’Eugène, par sa veuve, Auguste de Bavière.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Jeudi 24 août 1820, Napoléon se porte bien en apparence. Son médecin ne se leurre toutefois pas car il estime que « la maladie n'arrêtait pas : sa marche était lente, mais continuelle, et ses progrès sensibles. » et d’ajouter que « C'était surtout au moral que l'effet en était marqué ; Napoléon ne parlait plus que des objets qui avaient frappé son enfance, de ses amis et de ses proches. Les nouvelles qu'on avait débitées au sujet de son fils l'avaient accablé ; il se plaignait, déplorait le sort de cet enfant, dont le berceau avait été entouré de tant d'espérances ; il apprit enfin qu'il était nommé caporal. — « Ah ! Je respire ! » Et, comme s'il eût craint de laisser voir son émotion, il se mit à discourir sur la Corse, et les souvenirs qu'il en avait gardés.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2377
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le dimanche 27 août 1820, comme pour affirmer la rumeur du départ de Lowe et des troupes régulières britannique postées à Sainte-Hélène qui s’amplifie en Grande-Bretagne, le London Sunday Gazette reprend une dépêche venue de France cette fois-ci selon laquelle « on affirme avec assurance à Paris, que l'un des objets de la dernière audience que le prince Esterházy, ambassadeur d'Autriche à notre Cour, a eue avec sa Majesté, était de faire savoir au roi d'Angleterre que les cinq ans d'emprisonnement de Bonaparte, convenus en 1815, étant expirés, l'Autriche ne serait plus partie prenante à cette détention. »


« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Avril 1799 : Joséphine choisit son lieu de "confinement"...
    par Joker » 27 avr. 2020, 20:17 » dans Monuments Napoléoniens
    1 Réponses
    151 Vues
    Dernier message par Saint Clair
    27 avr. 2020, 22:39
  • Napoléon 1er – Revue du Souvenir Napoléonien n°93 : la naissance de Napoléon
    par Le Briquet » 23 juil. 2017, 21:54 » dans Livres - Revues - Magazines
    10 Réponses
    2087 Vues
    Dernier message par Général Colbert
    03 nov. 2019, 13:02
  • L’art au service du pouvoir – Napoléon I – Napoléon III
    par C-J de Beauvau » 23 avr. 2018, 14:08 » dans L'actualité napoléonienne
    0 Réponses
    1406 Vues
    Dernier message par C-J de Beauvau
    23 avr. 2018, 14:08
  • Napoléon à table et Napoléon cuisinier
    par Joker » 02 sept. 2020, 20:09 » dans Livres - Revues - Magazines
    1 Réponses
    124 Vues
    Dernier message par Turos M. J.
    03 sept. 2020, 14:52