Napoléon et le confinement

Faites part de l'actualité napoléonienne dont vous avez connaissance.
Prière d’indiquer les références dans l’intitulé du message.

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Re: Napoléon et le confinement

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Le samedi 28 avril 1821, L'idée que Napoléon soit sérieusement malade devient, dans l'esprit du Gouverneur, une possibilité... Hudson Lowe demande donc à ce qu'un comité de médecins soit créé afin d'en vérifier le bien fondé.
De son côté, « Lady Lowe en revenant des courses est venue voir Mme Bertrand. Elle a dit qu'elle avait été constamment étrangère à tout ce qui s'était fait, ignorant même tout ce qui était relatif à Longwood ; que, lorsqu'on en voulait parler, on la faisait sortir de l'appartement, ou bien le Gouverneur passait avec Reade dans une autre chambre ; qu'elle regrettait beaucoup de n'être pas partie, s'il devait y avoir une catastrophe ; qu'il était bien pénible de voir périr si misérablement un aussi grand homme.
Elle a versé des larmes.
Elle admirait le courage et la patience de Mme Bertrand d'avoir supporté une aussi pénible situation, ne pouvant voir personne et accablée de toutes espèces de privations. Elle viendrait la voir volontiers. Elle serait déjà venue si elle n'avait pas été malade ; elle n'était pas sur le pied de l’étiquette… .
Elle regrettait que l'Empereur ne vît pas M. Shortt ; que c'était l'homme le plus habile qui est paru dans l'île depuis son arrivée, y compris M Baxter qui avait sauvé M de Montchenu, qui était excellent, surtout pour les enfants.
Mme Bertrand était chez l'Empereur quand Lady Lowe est arrivée. Elle est allée le recevoir, et est ensuite revenue chez l'Empereur jusqu'ê 6 h 1/2. On a parlé à l'Empereur de la recevoir ; on a parlé aussi d'un oiseau (le faisan), que Lady Lowe avait envoyé, la veille. Il a dit que "ce n'était pas le moment". »

[Extrait de « Le dernier témoin, Henri Gatien Bertrand », Éd. intégrale des Cahiers (1820‑1821), Texte établi, présenté et commenté par François Houdecek, Perrin, 2021]
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Re: Napoléon et le confinement

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En ce dimanche 29 avril 1821, alors que Napoléon agonise toujours un peu plus chaque jour, revenons sur le renvoi et le rendez-vous manqué avec la postérité du Capitaine Lutyens remplacé, comme nous l’avons vu le 26 dernier, par le Capitaine Crokat qui aura l'honneur de porter en Europe la nouvelle de la mort de Napoléon quelques jours plus tard.
Lutyens était très bien vu par les Français et Montholon a écrit « il ne nous offre que des motifs de louange sur ses procédés ».
C'était l'époque où Napoléon, malade, était devenu invisible et l'officier de surveillance devait cependant se porter garant de sa présence, chaque jour.
Un incident regrettable, gonflé à plaisir avec malignité par Hudson Lowe, mit un terme à la mission de Lutyens à Longwood : le 12 avril 1821, trois semaines avant sa mort, Napoléon offre au Dr. Arnott un bel exemplaire relié de "Life of Marlborough" par Cox, en 3 volumes, pour la bibliothèque du 20ème régiment.
- On verra par là que j'honore les braves de toutes les nations. Combien avez-vous de volumes dans la bibliothèque du régiment ?
- Sept cent volumes.
- Tous anglais ?
- Quelques-uns français.
En accord avec les instructions permanentes de Lowe, Arnott dépose les livres chez Lutyens, en l'absence de celui-ci. Ces ouvrages sont envoyés à Lowe pour inspection et comme les couvertures portent les armes de l'Empire, ordre est donné de les retourner et l'échange de lettres qui s'ensuivit ne se termina qu'avec le départ de Lutyens de Longwood.
Les 3 volumes de la Vie de Marlborough sont aujourd’hui dans les archives du Lancashire Fusiliers, régiment héritier du 20ème d'infanterie.
Il ressort de la correspondance de Lutyens qu'il lui répugnait, en tant qu'officier, d'avoir à espionner un mourant. La sympathie que lui montraient les Français devait attirer sur lui les foudres de Lowe bien entendu, mais surtout celles de Reade qui choisiraient la première occasion de le déplacer.
Après la mort de Napoléon, la comtesse Bertrand lui envoya un petit morceau de corail avec une mèche du grand homme.
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Re: Napoléon et le confinement

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Le lundi 30 avril 1821, à minuit, Napoléon fut soudain saisi de frissons et devint aussi froid que la glace. Son pouls était à peine sensible ; il semblait suffoquer. Le docteur Antommarchi, qu'on appela, crut qu'il allait mourir. Le docteur Arnott, appelé également, accourut aussitôt près du lit, mais il trouva le malade revenu de cette attaque et dans le même état qu'il l'avait laissé le soir ; le pouls n'avait guère plus d'élévation.
Les accès de vomissement étaient moins fréquents.
Le comte Montholon dit alors au docteur Arnott qu'il avait communiqué à Napoléon la lettre du Gouverneur, offrant les services de plusieurs médecins, mais que Napoléon avait répondu : « Non, je sais que je suis mourant. J'ai confiance dans les personnes qui m'entourent et je ne désire pas qu'on en appelle d'autres.»
Pour la toute première fois, le docteur Arnott jugeait la situation très-alarmante, surtout à cause du refus du malade de prendre aucune nourriture, aucun remède. Il avait arraché le vésicatoire appliqué sur son estomac avant qu'il pût produire aucun effet important, et il eut durant la nuit un accès de hoquet, qui dura environ dix minutes.
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Longwood, Sainte-Hélène, le dimanche 29 avril 1821. J- 6
Les événements s’enchainent ; chez les Français, la certitude de la gravité de l’état de santé de l’Empereur ; chez les Anglais plane un doute, comme s’ils craignaient que l’Empereur mort sous leur garde serait leur acte d’accusation.

• La nuit du 28 au 29, l’Empereur ne peut trouver le sommeil et attribue son insomnie à son changement d’appartement. Suivons le témoignage de Marchand : « …Lorsque j’entrai chez lui à 3 h, je trouvai le comte de Montholon écrivant sous sa dictée, j’allais me retirer lorsqu’il me dit de rester – Montholon, mon fils, allez-vous reposer vous en avez besoin, je vais continuer avec Marchand – Après avoir pris la place de M. de Montholon, l’Empereur me dit d’intituler cette dictée : Seconde rêverie. Pendant une heure et demie, il me dicta avec beaucoup d’abondance sur une organisation des gardes nationales dans l’intérêt de la défense du territoire de la France…En terminant, il me dit de la remettre au net et de la joindre à celle du comte de Montholon resté debout près de son lit ; il me dit – J’étais si faible hier et si bien aujourd’hui, que je serais de force à monter à cheval - Le jour venu, j’ouvris les persiennes ; comme il avait changé de lit la nuit, le jour lui faisait mal aux yeux et il me demanda d’en changer de nouveau, ce qu’il fit avec beaucoup de peine en s’appuyant sur moi et Saint-Denis. La nature venait de faire un dernier effort, ces deux dictées étaient le chant du cygne. Il est regrettable qu’elles se soient égarées. Le comte de Montholon revint à 11 h, l’Empereur se plaignit d’un peu de faiblesse, mais voulant toutefois s’occuper d’ajouter un huitième codicille à son testament, ses forces ne tardèrent pas à le trahir après ces quelques lignes…Le codicille inachevé est ainsi conçu : - Malade de corps, mais sain d’esprit, j’écris de ma propre main ce huitième codicille à mon testament : 1° J’institue mes exécuteurs testamentaires MM. Bertrand, Montholon et Marchand, et Las Cases ou son fils, trésorier. 2° Je prie Marie-Louise de prendre à son service Antommarchi et de lui payer une pension de 6 000 francs, que je lui lègue … » Puis, il envoya Montholon se reposer et resta seul avec Marchand. « …Le général Montholon , avant de sortir, me prit à part pour me remettre deux brouillons de lettres que l’Empereur lui avait dit de faire l’une pour M. Laffitte, accréditant les exécuteurs de l’Empereur et l’autre pour M. de la Bouillerie, de les remettre au net, afin qu’à son retour il pût les présenter à la signature de l’Empereur, car s’il ne les signait pas aujourd’hui, il ne le pourrait peut-être plus demain. L’Empereur s’étant un peu assoupi, je laissai Saint-Denis auprès de lui et je passai dans la bibliothèque pour transcrire les deux lettres suivantes : - M. Laffitte. Je vous ai remis, en 1815, au moment de mon départ de Paris, une somme de près de six millions, dont vous m’avez donné un double reçu et je charge le comte de Montholon de vous présenter l’autre reçu que vous ayez à lui remettre, après ma mort, ladite somme, avec les intérêts à raison de cinq pour cent, à dater du 1er juillet 1815, en défalquant les paiements dont vous avez été chargé en vertu d’ordres de moi. Je désire que la liquidation de votre compte soit arrêté d’accord entre vous, le comte de Montholon, le comte Bertrand et le sieur Marchand et, cette liquidation réglée, je vous donne par la présente décharge entière et absolue de ladite somme. Je vous ai également remis une boite contenant mon médailler, je vous prie de le remettre au comte de Montholon… » Il date la lettre du 25 avril [Je vous l’ai communiqué effectivement le 25 avril dernier]. Voici l’autre lettre : « …Monsieur le baron La Bouillerie, trésorier de mon domaine privé, je vous prie d’en remettre le compte et le montant après ma mort, au comte de Montholon que je charge de l’exécution de mon testament… » (« Mémoires de Marchand » - Bibliothèque napoléonienne – Tallandier – Paris – 1991 – p.317 à 319) Puis Marchand continue : « …Je remis au comte Montholon lorsqu’il rentra, les deux lettres qu’il m’avait données à copier sans autre observation sinon que je les avais datées du 25 comme elles étaient bien que nous fussions le 29. Si je me suis appesanti sur ces deux lettres, c’est que le comte de Montholon, dans 2 volumes qu’il a publiés sur Sainte-Hélène, où sa mémoire est souvent en défaut, dit que ces deux lettres m’ont été dictées par l’Empereur, ce qui n’est pas… » (« Mémoires de Marchand » - Bibliothèque napoléonienne – Tallandier – Paris – 1991 – p.317 à 319)

• Dans l’après-midi les médecins vinrent accompagnés du grand maréchal ; l’Empereur les entretient de son insomnie qui, leur dit-il avait été mise à profit en nous dictant à chacun pendant deux heures. (« Mémoires de Marchand » - Bibliothèque napoléonienne – Tallandier – Paris – 1991 – p.319 à 320)

• « …Entre 8 et 9 heures du soir, préoccupé de sa matinée, plein d’une tendre sollicitude pour son fils et bien que le docteur Antommarchi et moi nous fussions auprès de son lit, sans lumière, il me dit de prendre du papier pour écrire ; je lui répondis que j’en avais, sans cependant en prendre, pensant que sa tête était peu présente ; mais un moment s’étant écoulé, et m’ayant demandé de nouveau si j’avais du papier, je répondis que oui et je saisis une carte à jouer et un crayon…Il me dicta les lignes suivantes que j’ai conservées écrites sur cette même carte : «--Je lègue à mon fils ma maison d’habitation d’Ajaccio et ses dépendances, deux maisons aux environs des salines avec jardins, tous mes biens dans le territoire d’Ajaccio pouvant lui donner 50 000 livres de rente. Je lègue à mon fils… --- Il s’arrêta là en me disant : -- Je suis bien fatigué, nous continuerons demain… » (« Mémoires de Marchand » - Bibliothèque napoléonienne – Tallandier – Paris – 1991 – p.320 - Société royale Belge d’Etudes Napoléoniennes – Périodique année 2010 – n° 57 – p. 5-6)

• Il pose plusieurs fois les mêmes questions au chef d’office Pierron qui s’est rendu à Jamestown. Il confond les noms. (Jacques Macé – « Dictionnaire historique de Sainte-Hélène » - Tallandier – 2004 – p. 82)

• Le capitaine anglais Crokat envoie son premier rapport au major Gorrequer : « …J’ai vu le comte Montholon ce matin, quand il est sorti de chez le général Bonaparte. Il a dit que le général a passé une très mauvaise nuit et qu’il n’a pas pu trouver de repos, qu’il a parlé tout le temps, dans un véritable délire, et qu’il est resté dans le même état jusqu’à environ 7 h ce matin lorsqu’il a sombré dans un profond sommeil ; il venait de le laisser, calme, tranquille et non perturbé, au moment où j’ai parlé avec lui à 10 h 30 environ… » (« Lowe Papers » ADD 20 133 - Albert Benhamou - « L’autre Sainte-Hélène » - Albert Benhamou Publishing – Londres - 2010 – p. 308)

• Gorrequer écrit dans son journal : « …Ninny [Surnom qu’il donnait à Thomas Reade écrit à Mach [surnom de Hudson Lowe] – Mon opinion est que le Voisin [Surnom de l’Empereur] va guérir – bien qu’Arnott le grand oracle, ait déclaré la veille qu’il était en danger. Son opinion, vraiment !... » ajoute ironiquement le major. (Joseph de Mougins-Roquefort- « Napoléon prisonnier vu par les Anglais » - Tallandier – 1978 et 2002 – p. 298)

• Arnott fait son rapport à Lowe : « …D’après ce que j’ai compris, le général Bonaparte a passé une nuit sans repos. Cependant, il a eu trois heures de sommeil ce matin. Ses vomissements sont moins fréquents qu’hier et, en général, je pense qu’il va un peu mieux. Il parle de façon moins incohérente qu’hier… » (« Lowe Papers » ADD 20 214 - Albert Benhamou - « L’autre Sainte-Hélène » - Albert Benhamou Publishing – Londres - 2010 – p. 309)

• Profitant de la lucidité de leur malade, les médecins réussirent à le convaincre de se laisser appliquer un vésicatoire au-dessus de l’estomac. [aujourd’hui, nous ne supporterions plus un tel supplice] Antommarchi en applique deux autres, un sur chaque cuisse. Lors de la visite du soir, Arnott exprime son pessimisme à Bertrand, à l’inverse de l’optimisme qu’il affichait auprès du gouverneur : « …Je vous ai dit hier que je ne voyais pas de danger immédiat. Je dois vous dire aujourd’hui que la maladie a changé de caractère ; qu’elle est plus sérieuse ; que je crains beaucoup, quoique je ne puisse dire qu’il y ait encore indice de dissolution ni d’une mort très prochaine. Mais je crois de mon devoir de vous prévenir, afin que si vous avez des dispositions à prendre, vous le fassiez… » (Bertrand 390 AP25 - Albert Benhamou - « L’autre Sainte-Hélène » - Albert Benhamou Publishing – Londres - 2010 – p. 309)

• Bertrand constate aussi la maigreur de Napoléon : « …L’Empereur s’est couché sur le côté droit, ce qu’il faisait assez rarement depuis sa maladie, se couchant presque toujours sur le côté gauche et regardant la ruelle. Sa figure relative [ ?] dans cette position, par le biais des croisées, ma montré un profil d’une maigreur et d’une altération plus grandes que celles que j’eusse encore vues… » (Bertrand 390 AP25 - Albert Benhamou - « L’autre Sainte-Hélène » - Albert Benhamou Publishing – Londres - 2010 – p. 309)
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Re: Napoléon et le confinement

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Le mardi 1er mai 1821, Napoléon n’a avalé pour toute la journée et la nuit que deux biscuits secs et quelques cuillères de vin rouge…
Sir Hudson Lowe informe enfin les officiels de la gravité de l’état de santé en ces termes : « Depuis que j'ai eu l'honneur de m'adresser à Votre Seigneurie, par le bateau de la Compagnie des Indes Canning, le 25 avril, les désordres du général Bonaparte ont pris un aspect très sérieux et alarmant. »
Après que Bertrand et Montholon soient sortis déjeuner entre 1 heure et demie et 2 heures et demie, Napoléon fait appeler Vignali qui arrive, peu après, dissimulant quelque chose sous ses vêtements. Le tête-à-tête entre les deux hommes va durer une demi-heure. En sortant, l'abbé déclare à Montholon avoir donné la Sainte-Communion au moribond, et précise, par souci de la vérité : « L'Empereur a témoigné le désir de recevoir le sacrement (de la communion), mais il a été surpris par le délire plus tôt qu'on ne le pensait. »
Le prêtre demande alors aux serviteurs de dresser l'autel dans la salle à manger, et, – au grand dam du Grand maréchal – après avoir revêtu ses habits sacerdotaux, commence à réciter les prières des Quarante Heures.
Bertrand, furieux, s’entretient longuement à ce sujet avec Montholon et l’abbé Vignali.
Le Grand Maréchal estime qu’il ne faut pas dire que l’Empereur ait reçu la communion, « ce qui n’est pas vrai et n’est peut-être pas bon à dire ». (ligne biffée dans le texte original des cahiers de Bertrand)
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Le mercredi 2 mai 1821
Au milieu de la nuit du 1er au 2 mai, Napoléon eut une crise effrayante. Dans son délire, il rejeta ses couvertures et se mit sur ses jambes. Montholon et Vignali l'agrippèrent.
- Ne me brutalisez pas ! cria-t-il.
L'abbé, terrifié, se jeta à genoux. Antommarchi pensa que c'était la crise finale car il étouffait et gémissait :
- « Mon Dieu, mon Dieu », puis récitait d'une voix éteinte : - « Bonnet blanc et blanc bonnet... » « C'est une cause perdue. »
Puis, sur un ton menaçant plein de reproche, le Grand Maréchal Bertrand entreprit Marchand sur le testament.
- « L'Empereur m'a dit de remettre tout au comte de Montholon », expliqua le valet. « Le général de Montholon est l'exécuteur testamentaire. »
- « Mais nous sommes trois ! » protesta Bertrand.
- « Oui. Depuis, l'Empereur a dit que c'était bon pour la régularité, mais le testament, mais la lettre à M. de La Bouillerie ne parlent que de Montholon. C'est lui qui les a écrits, ainsi que les instructions, la lettre à Laffitte également (à ce que je crois). L'Empereur a chargé M. Vignali de dire à sa mère que Montholon était l'exécuteur testamentaire. »
- « Oui, telles ont été les premières dispositions, mais depuis le 26, quand l'Empereur m'a dit de faire le procès-verbal, il a dû les rectifier. »
- « Non. »
Bertrand s'éloigna, pensif...
Puis le docteur Antommarchi arriva — L'empereur lui donna alors quelques instructions : « Rappelez-vous ce que je vous ai chargé de faire lorsque je ne serai plus. Faites avec soin l'examen anatomique de mon corps, de l'estomac surtout. Les médecins de Montpellier avaient annoncé que le squire au pylore serait héréditaire dans ma famille ; leur rapport est, je crois, dans les mains de Louis ; demandez, comparez-le avec ce que vous aurez observé vous-même ; que je sauve du moins mon fils de cette cruelle maladie. Vous le verrez, docteur, vous lui indiquerez ce qu'il convient de faire ; vous lui épargnerez les angoisses dont je suis déchiré : c'est un dernier service que j'attends de vous. »
Et docteur Antommarchi d’ajouter : « Sa fin approchait ; nous allions le perdre, chacun redoublait de zèle, de prévenances, voulait lui donner une dernière marque de dévouement. Ses officiers, Marchand, Saint-Denis et moi, nous nous étions exclusivement réservés les veilles ; mais Napoléon ne pouvait supporter la lumière; nous étions obligés de le lever, de le changer, de lui donner tous les soins qu'exigeait son état au milieu d'une profonde obscurité.
L'anxiété avait ajouté à la fatigue ; le grand-maréchal était à bout, le général Montholon n'en pouvait plus, je ne valais pas mieux : nous cédâmes aux pressantes sollicitations des Français qui habitaient Longwood, nous les associâmes aux tristes devoirs que nous remplissions. Piéron, Coursot, tous en un mot veillèrent conjointement avec quelqu'un de nous. Le zèle, la sollicitude qu'ils montraient, touchèrent l'empereur ; il les recommandait à ses officiers, voulait qu'ils fussent aidés, soutenus, qu'on ne les oubliât pas. « Et mes pauvres Chinois ! Qu'on ne les oublie pas non plus, qu'on leur donne quelques vingtaines de napoléons : il faut bien aussi que je leur fasse mes adieux. »
Dans la maison les médicastres argumentaient : Arnott déclarait « qu'il y avait symptômes de mort » et Antommarchi prédisait « que le coup de foudre succéderait rapidement au bien-être ». Ils s'accordèrent cependant pour ordonner un lavement. Puis l'un s'en fut passer la nuit chez le capitaine Crokat, qui remplaçait Lutyens depuis le 15 avril, l'autre dans la bibliothèque.
Notons aussi qu’en ce 2 mai 1821, personne sur l’île ne met plus en doute que Napoléon soit au plus mal. Personne, sauf… le commissaire Français représentant officiel sur l’île de Louis XVIII et des souverains alliés d’Europe. Aussi incroyable que cela puisse paraitre (même à l’époque parmi les officiers présents alors à Sainte-Hélène), le marquis de Montchenu, en ce soir du 2 mai 1821, écrit, le plus imperturbablement du monde, au prince de Metternich : « J'ai eu l'honneur de mander à Votre Altesse que Napoléon avait recommencé à se dire malade. Comme nous sommes accoutumés, depuis cinq ans, à ces prétendues maladies, quand il méditait un plan nouveau, cela ne voulait dire, pour nous, que : Tenons-nous sur nos gardes. »
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Aujourd'hui, symptôme de mort

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2 mai 1821. "Dans la pénombre de la chambre du malade, Arnott glisse ces mots à Antommarchi.
Tristement, le Corse hocha de la tête, redoutant un "coup de foudre" pouvant survenir bientôt. Tandis que les médecins s'inquiétaient à voix basse, Marchand s'approcha de son maître pour lui demander s'il acceptait un nouveau lavement. Aucune réponse.
Sans bruit, le valet se retira et rangea sa seringue.", nous raconte Pierre Branda dans l'article dont il est l'auteur sur l'agonie de Napoléon dans le catalogue de l'exposition "Napoléon n'est plus" (Gallimard/ Musée de l'Armée, 2021 - un ouvrage #2021AnnéeNapoléon - https://tinyurl.com/nnpcatago)

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Re: Napoléon et le confinement

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Le jeudi 3 mai 1821
Durant la nuit du 2 au jeudi 3 mai 1821, Marchand veilla, seul, jusqu'à trois heures du matin…
Montholon assura la relève jusqu'à l'aube quand Antommarchi se présenta avec du vin sucré, que le malade but avec plaisir, en répétant : « Good, bon, very well » après chaque gorgée.
Quand les médecins se mirent à panser le vésicatoire du ventre, Bertrand et Marchand crurent, cependant, que tout allait finir : inanimé, l'Empereur fixait son valet avec un regard qui semblait dire :
- « Vous avez la cruauté de me tourmenter. »
On lui fit boire du sirop d'éther pour arrêter le hoquet et il grommela :
- « Coquin de Marchand... Vous avez bien chaud... Mon ami, chassez les mouches... »
S’en suivirent ensuite d’interminables polémiques entre les médecins dont nous épargnons ici nos lecteurs…
Au début de l'après-midi, Lowe fait irruption chez Montholon : il sait par Arnott que le « général » est mourant et il vient, conformément aux ordres de son gouvernement, offrir les services des deux principaux médecins de l'île, les docteurs Shortt et Mitchell.
Par déférence, il n'enverra pas les deux hommes de sa propre autorité mais il les a installés à Alarm House, et ils sont prêts à prendre part à une consultation.
En cette fin d’après-midi, l’abbé Vignali se rapproche de Napoléon qui, comme nous l’avons vu avant hier, avait déjà reçu la Dernière Communion. C’est à ce moment-là qu’il aurait aussi reçu l’extrême onction de l'Église Catholique.
L'abbé Vignali aimerait rester seul avec le malade. Bertrand l'en dissuade… et nous explique qu’il ne tenait surtout pas à ce « les malveillants, les libellistes et les ennemis de l’Empereur ne puissent pas dire que l’Empereur, cet homme si fort, mourait comme un capucin et voulait toujours avoir un prêtre avec lui ». – ce qu’il a fort bien compris
Vers cinq heures et demie, conformément à ce qui avait été prévu par le Conseil de médecins, on administra du calomel (c’est un chlorure mercureux sous forme de grains blancs utilisés autrefois comme purgatif) avec de la crème et du riz.
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Re: Napoléon et le confinement

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Le vendredi 4 mai 1821
Durant la nuit du 3 au vendredi 4 mai 1821, A une heure du matin, le calomel administré la veille avec de la crème et du riz n'a pas encore produit son effet. Arnott parle, ni plus ni moins, de renouveler la dose.
Antommarchi s'y oppose : il a donné son consentement pour dix grains de calomel, mais pas pour vingt. En pleine nuit donc, Shortt et Mitchell sont invités à venir trancher le débat. Fort heureusement, avant leur arrivée, l'Empereur évacue une énorme selle. Les Anglais se félicitent d'un tel résultat et ne sont pas éloignés de considérer le malade comme sauvé !
Napoléon, dans son agonie, demande comment s’appelait son fils. Plusieurs fois dans la journée on parvient à lui faire ingurgiter du bouillon et de l’eau de fleur d’oranger.
Pourtant, point n'est besoin d'être grand clerc pour se rendre compte de la réalité. Hagard, épuisé, le malade git sur son lit, incapable d'un mouvement.
Bertrand note dans ses cahiers de ce jour-là : « L’Empereur a l’air de souffrir. »
Durant les dernières heures du 4, le docteur Arnott rédige la note suivante écrite au crayon : « Bonaparte se meurt. Montholon me prie de ne pas quitter son chevet. Il désire que je lui voie rendre le dernier soupir. »
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Le samedi 5 mai 1821
Pendant la nuit du 4 au samedi 5 mai 1821, la dernière, Napoléon est à l'agonie. De la main gauche il s'essuie parfois la bouche, après avoir craché ; il se plaint, bâille et paraît souffrir beaucoup.
Il murmure : « Qui recule » et « A la tête de l'armée » mais à l'aube il a déjà toutes les apparences d’un cadavre. Dr Antommarchi qui palpe le ventre, assure que la fin approche.
A sept heures du matin, Madame Bertrand vient prendre place dans un fauteuil et à huit heures tous les membres de la Maison se rangent en cercle pour voir mourir l'Empereur, même Noverraz, qui relève de maladie et qui est hagard. Lowe, prévenu par signal, se hâte vers Longwood, suivi de Reade et de Gorrequer, quand un dragon lui tend un pli d'Arnott : « Il est mourant. Montholon demande instamment que je ne quitte pas son chevet. Il désire que je lui voie rendre le dernier soupir. »
Les trois hommes pressent leurs montures et vont s'installer dans la nouvelle maison.
Dans la petite chambre, faiblement éclairée par la lumière du matin, règne maintenant l'atmosphère oppressante qui entoure l'approche du grand mystère. Napoléon, la tête droite sur l'oreiller, fixe sans voir et ses yeux voilés s'arrêtent, parfois sur Bertrand, parfois sur le portrait du roi de Rome. Un gémissement lui arrache une larme que Bertrand essuie doucement. Etendu sur le dos, une main sur le lit, une autre le long du corps, il est raide comme un gisant.
Vers midi, Arnott place des sinapismes aux pieds et Antommarchi deux vésicatoires à la poitrine et au mollet et, cherchant au col un pouls à peine perceptible, les deux hommes s'étonnent que le moribond retienne la vie aussi longtemps. Montholon rafraîchit les lèvres à l'aide d'une éponge trempée dans de l'eau sucrée, puis se rassoit dans un silence que ponctue le tic-tac de la pendule dorée. Tous les regards convergent sur le visage de l'homme qui livre son dernier combat. A cinq heures Arnott informe le gouverneur : « Il est au plus mal. La respiration est plus rapide et plus difficile. »
A cinq heures cinquante, le bruit du canon d'Alarm House déchire l'air pour annoncer le coucher du soleil. Les yeux sur sa montre, Arnott compte les intervalles entre les soupirs. Il y en a trois, suivis d'un léger mouvement des prunelles et d'une crispation du visage. C'est la fin, le sommeil sans souffle et sans songe de la mort.
Bertrand s'approche du lit, met un genou à terre et baise la main morte. Tous les Français l'imitent. Un enfant se trouve mal.
Arnott, impassible, griffonne le plus véridique de ses bulletins : « Il vient d'expirer, à cet instant. »
Quelqu'un a déjà immobilisé le balancier de la pendule. Peine perdue. « Ce n'est pas l'homme qui arrête le temps ; c'est le temps qui arrête l'homme. »
Napoléon meurt à Longwood à 17h49.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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