Napoléon et le confinement

Faites part de l'actualité napoléonienne dont vous avez connaissance.
Prière d’indiquer les références dans l’intitulé du message.

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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le vendredi 17 novembre 1820, à 10h00, Napoléon « se met au bain où il reste une heure. L'atonie devient générale, la douleur au foie se fait sentir avec violence ; elle s'étend sur la région épigastrique. L'estomac est distendu par des flatuosités qui produisent des renvois fréquents et insipides. Pouls petit et nerveux. » [Antommarchi]
La veille, l’Empereur avait tenu dit à son médecin : « « Eh bien, docteur, me voilà donc à bout ? Plus d'énergie, plus de force, je plie sous le faix. » […] « je m'éteins ; je le sens, mon heure est sonnée. »
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le samedi 18 novembre 1820, journée quasi identique à la précédente. Lassitude générale.
Comme nous l’avions vu le mois précédent, Napoléon semblait s’être rapproché de Madame Bertrand… et pourtant, depuis deux semaines, l’Empereur ne la reçoit plus. Les demandes répétées du grand-maréchal qui ne lui parlait plus que de son projet de départ ne sont pas étrangères à ce changement d’attitude.
Si les gouvernements d'Europe gardaient l'œil ouvert sur Sainte-Hélène, l'attention du public s'était détournée de Napoléon. Le remplacement des généraux de Montholon et Bertrand tardait… Cette indifférence croissante à l'égard de l'Empereur était bien ce que redoutaient le plus ses derniers compagnons. L'exil, à se prolonger sans terme visible, leur devenait insupportable.

Menacé d'un isolement total, l'Empereur se confiait de plus en plus à son serviteur, Louis Marchand dont il éprouvait à toute heure le dévouement et qui, lui du moins, ne l'abandonnerait pas.
- Ils partiront tous, mon fils, disait Napoléon à Marchand, tu resteras seul pour me fermer les yeux.

Et nous ne pouvons qu’être d’accord avec l’historien Octave Aubry lorsqu’il écrit : « Ce que fut Marchand dans ces pénibles jours n'a point été assez dit et lui-même, modeste, ne s'en vanta jamais. Toujours d'humeur égale, il supportait les caprices de son maitre, cherchait à détourner ses pensées quand il voyait monter le chagrin. Il protégeait son mauvais sommeil. Quand l'Empereur ne pensait plus à le renvoyer, il lui arrivait de veiller jusqu'à l'aube . Il était témoin des songes qui le replongeaient dans l’impérissable passé. »
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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le lundi 20 novembre 1820, le docteur Antommarchi note : “20 novembre. 10 h00. L'empereur est plongé dans une tristesse profonde ; il ne prononce pas une parole.”
L’Empereur se prête difficilement aux soins. Il ne croit pas aux remèdes, sauf à la fameuse « eau de poulet », bouillon que Mme Letizia jadis appliquait à ses indispositions d'enfant. Il en fait demander au cuisinier. Ses membres s'engourdissent, il a toujours froid. La clarté le blesse ; il exige à présent que sa chambre soit hermétiquement close, stores et rideaux tirés. Montholon, Marchand errent à tâtons dans cette ombre. Même dans le parloir, les volets sont fermés. Il passe la majeure partie des journées sommeillant ; le moindre bruit lui coûte un murmure d'impatience.

Illustration : il est des matins où Longwood House ressemble à une maison très agréable... confortable même. Et pourtant, l’humidité demeure omniprésente. et c'est une maison qui pourrit sur place.

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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le dimanche 26 novembre 1820, malgré tous les témoignages inquiétants, Lowe persiste à ne pas croire à la maladie de Napoléon. Il envoie à l’officier de garde cette note : « Comment le général Bonaparte se comportait et paraissait, lorsque vous l'avez vu dans le Jardin ce soir, et que vous le signalerez dans votre prochain rapport. Avait-il la même apparence - meilleure ou pire - que la dernière fois que vous avez mentionné son apparence ? »
L’officier répond alors : « il marche toujours très lentement dans le jardin. Surby est passé près du général peu de temps avant que je ne le voie, il dit que son visage est très pâle, et mince, et qu'il a l'air mal en point, et très différent de ce à quoi il ressemblait lorsqu’il l’a vu il y a environ deux mois".
Et cependant sir Hudson n’en démord pas et pense toujours que « le général Bonaparte » joue la comédie.
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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le lundi 27 novembre 1820 à Londres sort le livre « Buonapartephobia » qui, après une première mouture publiée en 1815, est une satire du langage excessif des articles antinapoléonien de Sir John Stoddart pour "The Times".

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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le mercredi 29 novembre 1820, Napoléon est « somnolent toute la journée. Le malade reste longtemps au lit : il se lève et sort une heure en calèche. — Bain accoutumé. »
Ses maux s'aggravent inexorablement. Les vomissements se font plus fréquents, les douleurs plus nettes, l'assoupissement plus marqué, bien diffèrent des « sommeillages » constatés jusqu'alors. L'appétit devient presque nul. Les troubles circulatoires se traduisent par une pâleur des gencives, des ongles et des lèvres, ainsi que par des œdèmes et des refroidissements des extrémités. La marche est lourde, dandinante. Une toux sèche, irritante, fatigante, apparait dès que la conversation se poursuit un peu trop longtemps.
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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Le dimanche 3 décembre 1820, Lowe qui persiste toujours à soupçonner que Napoléon joue la comédie lit – sans y croire – la note de son officier de surveillance à Longwood : « Ce matin, j'ai fait venir Tapp, le garçon d'écurie, pour qu'il me livre des articles qui sont arrivés aux écuries ; il m'a informé que jeudi dernier, alors qu'il conduisait la calèche, il a reçu l'ordre d'arrêter les chevaux à trois reprises, en raison du fait que le général Bonaparte avait été à chaque fois pris de vomissements et que vendredi, le docteur Antommarchi avait assisté à la sortie de la calèche du général Bonaparte - mais le général était tellement indisposé qu'il n'est resté dehors que très peu de temps et que le comte Montholon et le serviteur l'ont aidé à sortir de la calèche, il avait alors l'air extrêmement pâle et faible. »
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Re: Napoléon et le confinement

Message par Joker »

Mardi 5 décembre 1820, le général de Montholon écrit à sa femme : « La maladie de l’Empereur a pris une mauvaise tournure, à son infection chronique s’est joint une maladie de langueur bien caractérisée, sa faiblesse est devenue telle qu’il ne peut plus faire aucune fonction vitale sans éprouver une fatigue extrême et souvent perds connaissance son estomac ne garde plus rien depuis quelques jours il se nourrit avec des choses fort légères qu’on lui fait prendre tous les 6 heures ; il reste toujours couché ou au lit ou sur un canapé, et est constamment assoupi ; on lui a mis 3 vésicatoires, les chairs du dernier sont cadavéreuses le pouls ne peut plus se sentir qu’avec la plus grande difficulté, ses gencives, ses lèvres, ses ongles sont tout à fait décolorés, ses pieds et ses jambes sont continuellement enveloppés dans de la flanelle et des serviettes chaudes et cependant froids comme de la glace, quelques fois le froid monte jusqu’au milieu des cuisses, les mains sont également de glace, j’emploie tous mes efforts pour lui faire prendre l’air tous les jours ce que le Docteur recommande fort pour ranimer la vitalité mais souvent il s’en trouve mal ; il paraît que le cœur et le foie ne font plus leur fonction, et que, ce qu’il dit est malheureusement trop vrai « il n’y a plus d’huile dans la lampe » ; il me rappelle ma pauvre sœur dans les 6 mois qui ont précédés sa mort ; c’est assez te dire, mon Albine ; combien mon âme est péniblement affectée ; je suis tout à fait garde-malade. Quant à Bertrand – il est invariable dans son genre de vie : à 1 h précise, il se présente, est reçu ou pas reçu et peu lui importe ; quant à sa femme elle se remue par occasion et puis ensuite deux mois sans qu’on la voie. [Les Bertrand] sont vraiment de singuliers gens ; leurs égoïsme les absorbe à un degré qu’on ne peut imaginer. Quoique leur jalousie de moi augmente tous les jours nous vivons fort bien ensemble. Romps ma chaîne. »
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Re: Napoléon et le confinement

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Le mercredi 6 décembre 1820, Dr Antommarchi parle de cautère et pria l’officier de surveillance Lutyens, intrigué, de lui procurer de petites billes d'ivoire; la gravité de la maladie lui faisait perdre sa belle assurance et passant d'un optimisme exagéré à un affolement tout latin, il assurait que si l'Empereur refusait cette médication « il n'aurait pas trois mois à vivre ». L'opération moliéresque n'alla pas sans ennuis car, pansement terminé, le « professeur » courut à ses distractions et ce fut Marchand qui dut nettoyer la plaie, changer le pois et ajuster le bandage. Une fois encore, l'appétit revint mais il ne fallait pas être grand clerc pour constater les ravages de la maladie.

Illustration : version en bronze de la statue « Napoléon mourant » par Vincenzo Vela

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Re: Napoléon et le confinement

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Le dimanche 10 décembre 1820, l'Empereur semble continuer de se porter un peu mieux. Par contre, psychologiquement, il est très abattu et inquiet. Tout est sombre. La salle à manger convertie en chapelle dans laquelle est servie la messe à 10h00 est obscure (une seule porte-fenêtre dans un angle), éclairée par des bougies, des lampes à pétrole et les flammes du bois qui se consume dans le foyer de la cheminée de marbre noir. Napoléon sommeille dans une maison qui se désagrège sur place. Sous les planchers les rats prolifèrent dans une eau stagnante putride. Les lattes des planchers moisis se désagrègent et doivent sans cesse être remplacées par des planches de bois hétéroclites. Les tissus de mousseline dont on se sert pour recouvrir les murs des chambres à coucher pourrissent en quelques semaines et doivent sans cesse être remplacés. Les papiers peints qui recouvrent les murs se décollent et doivent être recollés quasi quotidiennement.

Un environnement déprimant et malsain propre à développer la neurasthénie et à accélérer les symptômes de la maladie.

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