Bicentenaire des jardins de Longwood

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Joker
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Bicentenaire des jardins de Longwood

Message par Joker » 12 oct. 2019, 20:21

Il y a deux cents ans exactement, Napoléon s’impliqua personnellement dans la création et la réalisation de jardins autour de sa maison/prison à Longwood.

Les interminables disputes au sujet d’un titre impérial que les Anglais, par la voix de la Reine Victoria, ne reconnaitront et prononceront officiellement que posthumément, des conditions de surveillance et de soins médicaux, semblèrent s’être apaisées. Napoléon jardinait.

Lisons son docteur qui, en cette fin d’année 1819, était à son service : « J'arrivai ; « Eh bien, docteur, » êtes-vous content du malade ? Est-ce assez de docilité? » Il tenait sa bêche en l’air, riait, me regardait, secouait la tête, montrait de l'œil ce qu'il avait fait. « Voilà qui vaut mieux que vos pilules, dottoraccio ; vous ne me droguerez plus. » Il reprit, continua, et cessant au bout de quelques instants : « Le métier est trop rude ; je n'en puis plus. Mes mains sont d'accord avec mes forces ; elles me font mal. A la prochaine fois. » Et il jeta la bêche. « Vous riez, me dit-il ; je vois ce qui vous égaie, mes belles mains, n'est-ce pas ? Laissez; j'ai toujours fait de mon corps ce que j'ai voulu ; je le plierai encore à cet exercice.» En effet, il, s'y habitua, et y prit goût. Il charriait, faisait transporter la terre, mettait tout Longwood à contribution. Il n'y eut que les dames qui échappèrent à la corvée; encore avait-il peine à s'empêcher de les mettre à l'œuvre. Il les plaisantait, les pressait, les sollicitait; il n'y avait sorte de séductions qu'il n'employât, auprès de madame Bertrand surtout. Il l'assurait que cet exercice valait mieux pour la santé que les remèdes que je ne cessais de prescrire ; que d'ailleurs il entrait dans mes formules, que c'était moi qui l'avais commandé.
Il nous poussait, nous excitait ; tout eut bientôt changé de face. Là était une excavation ; ici un bassin, une chaussée. Nous fîmes des allées, des grottes, des cascades ; le terrain prit de la vie, du mouvement. Ce ne fut que saules, chênes, pêchers; nous ménageâmes de l'ombre autour de l'habitation. Nous avions achevé l'agréable ; nous travaillâmes à l'utile. Nous divisâmes la terre ; nous la fumâmes, l'ensemençâmes; nous la couvrîmes de haricots, de pois, de toutes les plantes potagères qui se cultivent dans l'île.
Le gouverneur entendit parler de nos plantations. Elles lui parurent suspectes. Ce grand mouvement devait cacher une conspiration, un complot; il accourut. Je faisais ma promenade accoutumée. Il m'aperçut, pressa le pas et me joignit. « C'est vous qui avez conseillé ce violent exercice au général Bonaparte. » J'en convins. Il leva les épaules, et m'assura qu'il n'y concevait rien. —« S'exterminer, transplanter des arbres dans une terre sans humidité, sous un ciel brûlant ; c'est peine perdue, ils mourront : vous n'en élèverez pas un. » Je remerciai son excellence de sa touchante sollicitude, et l'assurai qu'il présumait trop mal du pays qu'il commandait ; que nos élèves venaient à merveille, que plusieurs bourgeonnaient déjà. Il secoua la tête, et s'éloigna. Je rendis compte à l'empereur de la rencontre que j'avais faite. « Ce misérable m'envie les instants qu'il ne m'empoisonne pas. Il veut, il appelle ma mort ; elle tarde au gré de son impatience. Qu'il se rassure ; ce ciel horrible est chargé du forfait. Il le consommera plus tôt qu'il ne pense. »
Au train dont nous allions, nous eussions bientôt exploité l'ile entière et nous n'en avions qu'une fraction. Napoléon s'en aperçut, ralentit les travaux, nous restâmes seuls pour achever les semis. J'ouvrais le sillon, il répandait la semence, la couvrait, raisonnait, contait une anecdote et n'arrêtait que pour me faire une plaisanterie. Un jour qu'il disposait une touffe de haricots, il aperçut des radicules et se mit à discourir sur les phénomènes de la végétation. Il les analysait, les discutait avec sa sagacité ordinaire, et en concluait l'existence d'un être supérieur qui présidait aux merveilles de la nature. » [Mémoires du Docteur F. Antommarchi ou les derniers moments de Napoléon, Paris, Barrois L'ainé, 1825 – p.I ; 279-282]

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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