Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

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Joker
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Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Joker » 24 juin 2019, 19:57

La cuisine de Longwood House restituée, maintenant incluse dans le circuit de la visite.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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Royal Scot's Guard
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Royal Scot's Guard » 25 juin 2019, 08:30

Excellent merci Cher Joker !
Ne manque que les odeurs des petits plats concoctés pour l'Empereur !
Sait-on qui oeuvrait dans cette cuisine durant la captivité ?
:salut:
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Cyril Drouet » 25 juin 2019, 08:49

Royal Scot's Guard a écrit :
25 juin 2019, 08:30
Sait-on qui oeuvrait dans cette cuisine durant la captivité ?
:salut:
Un point sur la question par Albertuk :
"- Le Page: piètre cuisinier, arrivé en 1816 avec Napoléon

- Jeannette, une Belge (de vrai nom Catherine Sablon), qui fut envoyée en juin 1816 des cuisines de Hudson Lowe pour remplacer Lepage malade; Longwood apprécia sa cuisine et la garda comme assistante de Lepage; les deux cuisiniers se marièrent en fin 1816, eurent une fille en septembre 1817, et quittèrent tous trois Longwood le 28 mai 1818.
Lepage serait mort une année après son retour de Sainte-Hélène.

- des Chinois qui remplacèrent Lepage et Jeannette pour environ 2 mois.

- La Roche, un Anglais, fils de Français, qui faisait partie de la mission Amherst (arrivée en fin juin 1817); il entra au service de Longwood en juillet 1818, était piètre cuisiner lui aussi, et il quitta Longwood en mars 1819 à cause des fumées de ses poêles qui l'indisposaient.

- des Chinois à nouveau, jusqu'à l'arrivée de Chandellier 6-7 mois plus tard.

- Chandellier, envoyé par Pauline avec les prêtres de Fesch et Antommarchi. Arrivé à Longwood en septembre 1819, ce cuisinier tomba aussi gravement malade en mars 1820. Jacques Chandelier est né à Melun en 1798, arrive à Sainte-Hélène le 20 septembre 1819.
Comme il avait rencontré Laroche qui lui avait parlé des difficultés qu'il rencontrerait sur place, Chandelier avait apporté du matériel et il parvint à améliorer les conditions de son travail. Il essaie aussi de préparer des aliments qui pourraient plaire - cela a été agréable le temps de la nouveauté mais ensuite cela déplut.
De plus, malgré qu'il fût jeune et qu'il parût en bonne santé, il fut atteint presque tout de suite par le climat: moins de sept mois après son arrivée, il était à réformer (avril 1820). (p279)

- Perrasset (orthographe selon Bathurst et Perrasset lui-même) ou Peyrusset (selon Masson), qui est envoyé de Londres pour Sainte Hélène en début décembre 1820, en aide à Jacques Chandellier souvent malade, et aussi accompagné de Louis Chandellier, cousin junior du premier. Leur convoi passe par le Cap de Bonne Espérance; ils n'arriveront pas à Longwood avant le décès de Napoléon. "
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

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Bernard
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Bernard » 25 juin 2019, 09:57

Article paru dans Le Messin, 6-7 décembre 1908 :

"De nouveau, ce furent des privations, qui amenaient une aigreur croissante dans les rapports des exilés. Puis, à la fin de 1819, arriva un cuisinier envoyé par Pauline, la sœur préférée de Napoléon. Il s'appelait Jacques Chandelier et il avait des talents. Il avait d'ailleurs été prévenu de la médiocrité de l'installation, à Sainte-Hélène, et il s'était précautionné d'ustensiles pratiques. Mais il était dès lors bien difficile de plaire à Napoléon, miné par le mal. Au demeurant, comme ses prédécesseurs, Chandelier fut cruellement éprouvé par le climat, et il cessa de se piquer d'amour-propre, plus occupé à se soigner qu'à composer des menus de haut goût. Il fut obligé d'abandonner son service. On retombait dans tous les hasards et dans les impatiences fébriles, dans les accès, dans les plaintes de l'Empereur.
"Les autorités anglaises mirent tant d'obstacles à l'arrivée de deux autres cuisiniers mandés d'Europe, un certain Peyrusset et un cousin de Chandelier, que, lorsqu'ils débarquèrent, leurs soins étaient devenus inutiles: la mort avait fait son œuvre. Cette histoire des cuisiniers de l'exilé ne contribue pas peu à peindre les misères de Sainte-Hélène. Les autres, plus grandioses et plue tragiques, ont été retenues par la postérité ; mais peut-être, parfois, n'y a-t-il rien de plus expressif et de plus significatif que ces particularités qui semblent précisément médiocres et terre à terre quand il s'agit des péripéties d'une existence de héros..."

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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Bernard » 25 juin 2019, 10:05

Il est manifestement copié sur cet article paru dans Le Petit Parisien le 19 novembre 1908 :

"Les cuisiniers de Napoléon

"Il y a toujours une supériorité que les étrangers ne nous contestent point c'est celle de notre cuisiné. Evidemment, il en est d'autres qui sont plus importantes, mais celle-là, après tout, n'est point dédaignable. Voici encore, successivement, que deux souverains ont tenu a attacher à leur personne des « chefs » français, et les ont disputés aux grands cercles où ils exerçaient magistralement leur office. Peut-être, au fond, est-ce un événement qui n'est pas sans avoir quelque rapport avec la politique, l'estomac joue un certain rôle dans les affaires de ce monde, et un chef d'Etat, satisfait par un menu délicat, apporte plus de bonne humeur et, parfois, plus de sagesse, dans sa façon de traiter les affaires. L'influence de la cuisine sur le caractère peut être le thème de réflexions qui ne seraient point si vaines. On a encore un exemple de cette constatation par les curieuses notes de M. Frédéric Masson, l'historien à qui rien de la vie de Napoléon n'est étranger, sur les cuisiniers de l'exile de Sainte-Hélène. La vie, à Longwood, ne fut jamais aussi triste, le prisonnier ne fut jamais aussi irritable que daus les périodes ou les fourneaux furent confiés à des mains ignorantes ou insoueieuses. Et Napoléon, cependant, n'était ni gourmand, ni gourmet, et se croyait à peu près indifférent aux recherches culinaires.
"C'est un chapitre de l'histoire du grand homme déchu qui ne va pas sans qu'il s'en dégage quelque philosophie. L'honneur de ie servir n'était point sollicité et, quand il était accepté, il ne tentait pas longtemps. Dans les six années de captivité, il y eut de nombreux interrégnes dans la direction de la cuisine, et elle fut souvent déplorable. Napoléon, vaincu, avait voulu faire encore figure d'empereur, sur son rocher, en face du geôlier que l'Angleterre lui avait donné, et c'est pourquoi, si diminuée que fût sa maison, il avait tenu à garder une étiquette de cour mais cette prétention même, si platonique qu'elle fût, ne lui fut guère permise par la réalité des choses. Cette étiquette se trouva peu à peu singulièrement réduite par les départs et par des circonstances qu'il n'avait pas prévues, même en se croyant au bout du malheur. La table, pour laquelle il avait fixé des règlements rappelant le cérémonial d'antan vaisselle plate, Sèvres à vues de villes ou de champs de bataille, service fait par les officiers de bouche en habit vert brodé d'argent, gilet blanc, culottes de soie noire cette table en vint à être dérisoire. La vaisselle plate dut être vendue et les assiettes et les tasses de Sèvres furent distribuées, en souvenirs, aux derniers fidèles.
"Dès le début, des difficultés s'étaient présentées pour le choix du chef de service des cuisines. Rousseau, qui avait été le chef aux Tuileries pendant les Cent-Jours, ne voulut plus partir, au dernier moment, se plaignant d'avoir été insuffisamment rémunéré à l'île d'Elbe. C'était peu de chose, en apparence, que ce refus, mais combien déjà il faisait mesurer l'abîme de la chute. Ce fut le cuisinier du roi Joseph. Lepage, qui alla à Sainte-Hélène, où il eut grand mal à organiser le service, devant s'accommoder d'auxiliaires chinois, n'ayant à sa disposition qu'une installation rudimentaire. Il se mit vaillamment à l'œuvre, cependant, et sur le papier, tout au moins, présenta d'admirables menus. Mais ils ne correspondaient guère à la réalité. Tout cela sentait le vieux (Lepage usait forcément beaucoup de conserves) et Napoléon s'en plaignait. Superbement ingrat, il menaçait de chasser son cuisinier. Il imaginait encore qu'il était facile de le remplacer. Il n'allait pas tarder à voir qu'il s'abusait.
"L'organisation défectueuse de la cuisine rendit Lepage malade. Il fut obligé de renoncer quelque temps à ses difficiles occupations, et on s'aperçut alors de ce qu'il valait. Il y eut des dîners lamentables, où la mauvaise qualité des mets n'était plus ingénieusement dissimulée. Les digestions pénibles aigrissaient le captif et son entourage. Les soirées étaient terribles dans le morne isolement de Longwood. Que faire ? L'intransigeance des principes capitula devant la nécessité, et on accepta une cuisinière belge, Catherine Sablon, venant de la maison d'Hudson Lowe, de qui, pourtant, on ne voulait rien recevoir. Catherine Sablon, ce cordon bleu, fut accueillie avec enthousiasme, et les visages devinrent moins sombres au premier repas confectionné par elle. On en était là, que l'humeur dépendit d'un rôti cuit à point, dans l'immense ennui qui pesait Le désir d'une généreuse émulation guérit Lepage, et les talents de la cuisinière lui inspirèrent une telle admiration qu'il épousa sa rivale. Ce furent des jours heureux, au point de vue de la table. Mais la santé de ces artistes culinaires, suppléant, par leur génie, aux ressources qui manquaient, s'était délabrée sous un pénible, climat ils'avaient été soupçonnés aussi de n'être pas suffisamment discrets. Ils quittèrent l'ile, et les difficultés recommencèrent.
"On en fut réduit quelque temps aux Chinois et Napoléon avait même voulu qu'ils cuisinassent à la chinoise. Mais les hôtes de Longwood eurent le coeur soulevé de dégoût. Les colères de l'empereur redoublèrent et on le voyait poursuivre, une queue de billard à la main, les gens de sa maison.
"Un ancien aide de cuisine, Pierron, s'employa autant qu'il put à remplacer les Chinois. Puis il y eut un certain Laroche, Français d'origine, cédé par un Anglais à l'ancien maître du monde. C'était un habile homme on était plein d'espoir en lui. Napoléon, déjà malade, reprenait un semblant d'appétit, mais Laroche, lui non plus, ne put supporter le climat, sa vue s'abima, et, après un court service, il regagna l'Europe. De nouveau, ce furent des privations, qui amenaient une aigreur croissante dans les rapports des exilés. Puis, à la fin de 1819, arriva un cuisinier envoyé par Pauline, la sœur préférée de Napoléon. Il s'appelait Jacques Chandelier et il avait des talents. Il avait d'ailleurs été prévenu de la médiocrité de l'installation, à Sainte-Hélène, et il s'était précautionné d'ustensiles pratiques. Mais il était des lors bien difficile de plaire à Napoléon, miné par le mal. Au demeurant, comme ses prédécesseurs, Chandelier fut cruellement éprouvé par le climat, et il cessa de se piquer d'amour-propre, plus occupé à se soigner qu'à composer des menus de haut goût. Il fut obligé d'abandonner son service. On retombait dans tous les hasards et dans les impatiences fébriles, dans les accès, dans les plaintes de l'empereur. Les autorités anglaises mirent tant d'obstacles à l'arrivée de deux autres cuisiniers mandés d'Europe, un certain Peyrusset et un cousin de Chandelier, que, lorsqu'ils débarquèrent, leurs soins étaient devenus inutiles la mort avait fait son œuvre.
"Cette histoire des cuisiniers de l'exilé ne contribue pas peu à peindre les misères de Sainte-Hélène. Les autres, plus grandioses et plus tragiques, ont été retenues par la postérité mais peut-être, parfois n'y a-t-il rien de plus expressif et de plus significatif que ces particularités qui semblent précisément médiocres et terre à terre quand il s'agit des péripéties d'une existence de héros."

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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Royal Scot's Guard » 25 juin 2019, 11:23

Ha oui quand même ! :shock:
Merci beaucoup Messieurs.
:salut:
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Soldat Inconnu » 25 juin 2019, 12:41

Un Longwood en France et la possibilité de visiter le "dernier palais" de l'Empereur ne serait-elle pas une bonne attraction :roll: :?:
:salut:
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Joker » 25 juin 2019, 19:06

Soldat Inconnu a écrit :
25 juin 2019, 12:41
Un Longwood en France et la possibilité de visiter le "dernier palais" de l'Empereur ne serait-elle pas une bonne attraction :roll: :?:
:salut:
Vous apprécieriez qu'il y ait un Fontainebleau au Pakistan et un Versailles au Cachemire ?
Ce qui fait tout l'intérêt d'un site, c'est aussi le terroir dont il est issu.
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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par Demi-solde » 25 juin 2019, 21:49

Joker a écrit :
25 juin 2019, 19:06
Vous apprécieriez qu'il y ait un Fontainebleau au Pakistan et un Versailles au Cachemire ?
Il y a bien un Louvre à Abu Dhabi... ;)

Cordialement

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Re: Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.

Message par L'âne » 26 juin 2019, 02:35

Pas moins de 10 villes européennes ont été reproduites en Chine.
Il ne s'agit là que d'une demeure se trouvant dans une partie du monde accessible si l'on peut débourser une somme conséquente.
Le domaine de Longwood est Français qui plus est...
J'aimerais bien, à défaut de ne pouvoir me déplacer à Sainte-Hélène pour diverses raisons, pouvoir visiter une fidèle reprodruction.
D'ailleurs, c'est le cas sur place en ce qui concerne les pièces et les décors à proprement parler.
La dalle de la Tombe n'est pas l'originale non plus...Elle se trouve aux Invalides ! Ce qui est discutable.
Comme quoi...
Aurea mediocritas

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