Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

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C-J de Beauvau
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Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par C-J de Beauvau » 01 déc. 2017, 19:50

JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ STATISTIQUE DE PARIS
JEAN BOURODON
Levées et pertes d'hommes en France de 1792 à 1815 comparées à celles de 1914 à 1918
Journal de la société statistique de Paris, tome 77 (1936), p. 207-215

Communication faite à la séance du 15 janvier 1936.

M. MEYNIER a pu obtenir le nombre exact de soldats français ayant servi sous Napoléon. Ce chiffre lui a été fourni par Hargenvilliers, qui était chargé de dresser la liste des conscrits au ministère de la Guerre. Hargenvilliers avait réuni quantité de documents et réparti ses renseignements en des tableaux très complets publiés sous forme de petites brochures. Hargenvilliers était célibataire et, à sa mort, ses papiers furent dispersés et probablement détruits car ils demeurent introuvables, on n'en trouve pas trace aux Archives nationales. M. MEYNIER n'a pu mettre la main que sur quelques-unes des petites brochures. Dès le début de ses recherches, il a été frappé par un chiffre, celui du nombre des conscrits de 1800 à 1815, qui est de 1.486.000, par conséquent inférieur à celui de 1. 700.000 donné par Taine comme étant le nombre de Soldats décédés de 1804 à 1815.
Continuant ses recherches, M. MEYNIER a trouvé un ouvrage publié en langue allemande, composé avec grand soin par M. Bodart, Français d'origine naturalisé Autrichien, qui donne les listes de blessés et de morts des guerres qui se sont déroulées depuis le xvie siècle. D'après cet ouvrage, le nombre des blessés et des morts pendant l'Empire est de 700.000, mais c'est un nombre global pour les blessés et les morts; cependant, les renseignements sont plus précis en ce qui concerne les officiers.
M. MEYNIER a en outre consulté un ouvrage de Martinien, qui fut chef de bureau au ministère de la Guerre, donnant la liste nominative de tous les officiers tués de 1800 à 1815.
Au surplus, connaissant le nombre total des morts pour la période 1800 à 1815, si on fait la différence entre le nombre d'hommes et le nombre de femmes, on trouve que celui des hommes est supérieur à celui des femmes de 470.000, chiffre qui peut être considéré comme étant approximativement celui du nombre de morts à la guerre.
L'enregistrement des morts sur les champs de bataille était fait avec beaucoup de soin. Après chaque engagement, les commandants de compagnie devaient s'informer des hommes tués et, sur les déclarations de trois témoins, dresser un procès-verbal destiné à la Préfecture qui le réexpédiait à la mairie de l'homme tué. Le chiffre donné pour les soldats tués sur les champs de bataille peut donc être considéré comme très vraisemblable. Mais il y a au surplus les disparus, dont il faut tenir compte.
Par un de ces heureux hasards qui récompensent quelquefois les recherches historiques, M. MEYNIER a trouvé des renseignements dans un rapport adressé à la Chambre des Pairs. Il y avait donc un certain nombre de soldats dont le décès n'était pas certain et dont cependant on n'avait plus de nouvelles depuis des années; leurs successions étaient ouvertes et, pour que les ayants droit puissent toucher les héritages, on fut dans l'obligation de faire des lois spéciales afin de régler ces cas particuliers. Dans le rapport fait au sujet de cette loi, on cite une communication faite par les bureaux de la guerre et que voici : ces bureaux avaient constaté que, de 1793 à. 1815, il avait été appelé 22 classes de 100.000 hommes sous les drapeaux, et que dans cette même
Période il était mort 2 millions de soldats sur 2,2 millions. Ces estimations du ministère de la Guerre sont sujettes à caution; en effet, de 1793 à 1815, ce n'est pas 22 classes qui ont été appelées, mais 26 classes, se répartissant comme suit : 7 classes ont été appelées au début de la Révolution et sous la Convention, 3 classes sous le Directoire, soit 10 classes pour la période révolutionnaire, et enfin 16 classes sous l'Empire, au total 26 classes appelées jusqu'en 1815 inclusivement. Donc, s'il y avait eu 2 millions de morts, il serait encore resté 600.000 hommes; mais sur ces 2 millions de morts le ministère de la Guerre ne pouvait présenter qu'un million d'actes de décès, le deuxième million représentant les disparus.
M. MEYNIER a travaillé sur ces chiffres et a essayé de les serrer de plus près.
Il a pu établir, d'après des documents des Archives nationales, qu'il restait, en 1815, 700.000 soldats de Napoléon. Admettant même qu'il y ait eu 2 millions de soldats morts de 1793 à 1815, ce nombre est très inférieur à celui de 1. 700.000 donné par Taine pour la seule période de 1804 à 1815. S'il en est mort un million sous l'Empire, il en est mort un autre million sous la Révolution. Nous avons vu que, pour l'Empire, le nombre de morts officiels est de 470.000, ce qui supposerait qu'il y a eu 530.000 disparus; au premier abord ce chiffre paraît énorme, puis, à la réflexion, il ne semble pas du tout exagéré.
Pendant la guerre 1914-1918, il y a eu, d'après le rapport de M. Marin, 260.000 disparus pour 1.350.000 victimes. Parmi eux, il y en eut un grand nombre qui furent réduits en miettes par les obus. Cependant tous n'ont pas péri; certains ne sont pas revenus parce qu'ils ne voulaient pas revenir, et pourtant ils n'ont combattu que sur le sol national, tandis que les soldats de l'Empire ont eu pour champs de bataille l'Europe entière, et ceux qui désiraient déserter pouvaient le faire très aisément.
Donc, si sous Napoléon il y a eu 470.000 tués et si la proportion de disparus était la même que sous la guerre 1917-1918, leur nombre s'élèverait à 240.000; mais, pour les raisons exposées plus haut, ce nombre paraît insuffisant, d'au-tant plus si l'on tient compte qu'à quatre reprises différentes les armées françaises ont perdu leurs fourgons :
1 ° dans le département du Rhin; 2° au passage de la Bérésina,
3° à la bataille de Leipzig,
40 enfin en Espagne, à la défaite de Vittoria, où Joseph perdit en outre tout son trésor.
Nous pouvons donc admettre comme très vraisemblable le nombre de 530.000 pour les disparus. Il est certain qu'un grand nombre de ces disparus sont des morts pour lesquels la constatation du décès a été très difficile. Mais il faut surtout tenir compte des mœurs militaires du temps et se dire qu'il y avait parmi eux un très grand nombre de déserteurs, dont beaucoup sont restés dans les pays que nous avions envahis : les Français étaient très appréciés du sexe faible et fréquemment, après avoir déserté, ils se sont mariés et ont fondé de nouvelles familles. Le fait qu'il existe en Pologne une quantité considérable de descendants de soldats français venus à la suite de Napoléon, a d'ailleurs été signalé au dernier Congrès international de Varsovie.
En définitive, M. MEYNIER estime que le nombre de soldats tués et disparus
pendant l'Empire de 1800 à 1815 ne dépasse pas 900.000, ce qui équivaut à peu près à la moitié de celui donné par Taine pour 1804 à 1815.
Il a été beaucoup plus difficile de déterminer le nombre des morts sur les champs de bataille pendant la Révolution parce que, à cette époque, les registres de l'état civil étaient très mal tenus, et que le recensement officiel présentant quelque garantie ne date que de 1801.
La communication à la Chambre des Pairs, dont il a été question plus haut, donne quelques éléments sur le nombre d'hommes mobilisés pendant la Révolution. Le nombre des soldats procuré par les différentes réquisitions jusqu'au Directoire peut être évalué à environ 1 million; sous le Directoire, il a de nouveau été appelé 300.000 hommes. Le nombre des volontaires indiqué par ce document est de 700.000, mais en réalité il n'a pas dû dépasser 100.000; au début de la Révolution, les paysans ne montraient aucun empressement à s'engager, ce n'est qu'en 1793, après avoir compris que la France était réelle¬ment menacée, que si l'ennemi triomphait les émigrés rentreraient dans leurs droits et dans leurs biens, qu'ils se sont levés en masse pour défendre le sol national, mais aussi pour défendre les biens nationaux ou communaux qu'ils venaient d'acquérir, et ils se sont admirablement battus jusqu'en 1795.
A partir de ce moment, les armées françaises ont fondu dans des proportions considérables: rien que pour l'année 1795 on peut évaluer à 400.000 le nombre de déserteurs. De très grandes facilités étaient accordées aux soldats par les chefs de corps, qui étaient très coulants et ne retenaient pas leurs hommes s'ils avaient un motif à peu près valable à présenter; souvent, ils leur permettaient de se retirer sans en référer au ministère. D'un autre côté, les soldats trouvaient des appuis complaisants du côté du corps médical : les médecins militaires de carrière n'existaient pas; la plupart étaient des praticiens venus à la guerre sans l'avoir souhaité et n'étaient pas insensibles à la corruption. Parmi les hommes qui quittaient leurs régiments, il y en a beaucoup qui auraient parfaitement pu rester à l'armée, mais qui ont tout simplement préféré rentrer chez eux. Le Directoire même, qui trouvait que les charges militaires étaient trop lourdes, laissait s'établir ces pratiques.
M. MEYNIER est persuadé que le nombre de morts donné pour l'époque révolutionnaire comporte en réalité beaucoup de déserteurs. Il ne peut donner un chiffre exact, mais estime approximativement à 700.000 le nombre de soldats morts et disparus pendant la Révolution; si on y ajoute 1 million de soldats morts et disparus pendant l'Empire, on obtient 1. 700.000. Or, c'est le nombre que donne Taine .pour les années 1804 à 1815, et voici comment Taine l'a indiqué : il l'aurait reproduit d'après Passy, qui prétendait que le chiffre de 1.700.000 avait été donné par Hargenvilliers en 1832, donc vingt-sept ans auparavant; au bout de vingt-sept ans, une confusion peut bien se produire et le nombre total des morts et disparus pendant une période donnée de l'Empire a peut-être été confondu avec celui de la Révolution et de l'Empire. M. MEYNIER pense que c'est ainsi que l'erreur s'est produite.
M. MEYNIER évalue par conséquent le nombre de soldats tués ou disparus à un peu moins d'un million sous l'Empire et à 700.000 sous la Révolution, soit un total de 1. 700.000 tués sur 2.600.000 soldats mobilisés de 1789 à 1815.
Il y a d'ailleurs plusieurs remarques à faire : d'abord, sous la Révolution et sous l'Empire, tous les Français ne furent pas convoqués; sous la Révolution il n'y eut que 7 classes d'appelées et sous le Directoire 3 classes. Sous l'Empire, à partir d'une certaine époque, les hommes mariés furent dispensés du service militaire et, en 1812, comme le nombre de soldats appelés augmentait, les jeunes gens s'empressaient de se marier, si bien que le nombre de mariages s'éleva considérablement et le nombre des naissances s'accrût; mais, en 1800, on comptait une moyenne de 1 conscrit sur 900 habitants, cette proportion augmenta progressivement jusqu'en 1814 où elle atteint 51 mobilisés.
Les conscrits une fois partis rentraient rarement chez eux; en effet, ceux qui étaient désignés pour être incorporés avaient la faculté de se faire rem¬placer et, fréquemment, ils s'adressaient à des soldats dont le temps allait finir; aussi beaucoup de soldats ont-ils suivi Napoléon jusqu'en 1814.
Si on compare avec la guerre de 1914-1918, on constate que durant cette dernière guerre le nombre d'hommes appelés a été beaucoup plus grand; chaque classe comportait environ 260.000 hommes et il y eut 32 classes d'appelées. La proportion d'hommes tués fut beaucoup moins grande, le nombre en fut de 1.300.000 sur 7. 754.000 mobilisés. Mais il faut tenir compte que sous la Révolution et sous l'Empire les 1.700.000 tués se répartissent sur 23 années de guerre, soit environ 62.000 morts par an, tandis que, pendant la guerre de 1914-1918, il y a eu plus de 300.000 tués par an.
Au point de vue démographique, voici une autre constatation intéressante : à la fin de l'Empire, après vingt-trois années de guerre, malgré les pertes de l'armée, la population française avait augmenté de 3 millions; sous l'Empire, l'augmentation annuelle fut de 17 % par an, et pendant la Révolution elle fut plus importante, alors qu'après la Grande guerre le recensement cons¬tatait que la France comptait 2 millions d'habitants de moins qu'en 1914, même en comprenant l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine.
Voilà les résultats auxquels est arrivé M. Meynier. Il regrette de n'avoir pu trouver tous les documents qui lui auraient permis d'arriver à des chiffres plus précis, et il espère bien qu'un autre historien aura plus de chance que lui.
Il est évidemment regrettable que les pertes aient été aussi fortes sous la Révolution et sous l'Empire, mais Napoléon est loin d'être le grand massacreur, l'ogre, comme il a été appelé quelquefois. Jusqu'en 1914 on pouvait, évidemment, être effaré par le nombre de soldats tués sous l'Empire, mais la guerre 1914-1918 fut autrement meurtrière. M. MEYNIER serait heureux s'il pouvait contribuer à dissiper la réputation faite à Napoléon que, pour sa part, il a toujours aimé.
M. SIX estime que M. Meynier a été très généreux dans son évaluation du nombre des morts et pense qu'il y a surtout eu des disparus et des déserteurs. Il est convaincu qu'il se forme autour des faits historiques des légendes dont il faut se méfier, et il cite comme exemple le désastre de Reichshoffen, sous Napoléon III, où, dans la fameuse charge des cuirassiers, il y eut, soi-disant, tant d'hommes tués. Or, depuis 1871, chacun a pu lire dans les journaux, très fréquemment, l'annonce de la mort d'un cuirassier de Reichshoffen, et M. Six est convaincu qu'avec tous ces cuirassiers de Reichshoffen morts dans leur lit on aurait pu composer toute une division <le cuirassiers. Il est donc d'avis qu'il faut se tenir sur ses gardes et, en particulier, il n'a qu'une foi très limitée dans les documents d'ordre politique, qu'il ne considère pas comme absolu-ment exacts.
Le nombre des déserteurs a été considérable pendant toutes les campagnes de l'Empire, pour ne parler que de la campagne de Russie où il y a eu des pertes pouvant s'évaluer à 150.000 hommes avant qu'il y ait eu une bataille importante. Les soldats disparaissaient avec une facilité effroyable et les régi¬ments qui ont comporté le plus de déserteurs sont ceux composés de Français d'apport venant des provinces récemment conquises où les officiers n'étaient pas plus consciencieux que les soldats. Même sous la Révolution, dans les bataillons originaires du Centre de la France, il y a eu une grande proportion de déserteurs; ils étaient loin de la frontière et ils ne voulaient pas quitter leur coin de terre pour défendre d'autres départements.
Le nombre des volontaires a été moins important qu'on serait tenté de le croire, beaucoup d'hommes s'engageaient pour toucher de l'argent, beaucoup étaient trop jeunes, infirmes ou hors d'état de faire campagne; on était forcé de les renvoyer, et il arrivait que le même homme s'engageait plusieurs fois. Parmi les hommes appelés par conscription, et sans parler des réfractaires de plus en plus nombreux à partir de 1808, il y eut beaucoup d€ désertions : un bataillon d'un département du Centre, parti avec 550 conscrits et 14 officiers pour l'accompagner, fondait au fur et à mesure qu'il s'éloignait du point 1 de départ. Arrivé à Nice, il ne restait plus que le cadre des conscrits. En somme, le nombre de déserteurs était très élevé.
Dernier point, plus sérieux : comment expliquer pourquoi tant d'individus ne sont pas rentrés dans leurs foyers? Il ne faut pas oublier que sous la Révolution, sous l'Empire, sous le Consulat le remplacement était admis, et que beaucoup de soldats qui étaient partis pour une longue période recherchaient, lorsqu'elle était terminée, de nouveaux engagements car ils n'avaient plus de pays, plus de famille; bien souvent d'ailleurs ils étaient devenus soldats, soit parce qu'ils n'avaient plus de parents, soit parce que leurs parents voulaient s'en débarrasser; certains d'ailleurs de ceux là sont devenus généraux. Mais après avoir servi pendant vingt ans, lorsqu'ils quittaient leurs régiments avec un congé définitif, ils n'avaient plus aucune raison pour retourner dans leur village où ils n'avaient plus personne.
En résumé, M. Six pense que M. Meynier a donné pour les morts un nombre trop élevé; il est d'accord avec lui pour le nombre des disparus et il insiste sur le fait que le nombre des déserteurs a été considérable.
M. CARON est d'accord avec ses collègues.
En ce qui concerne les déserteurs, il conviendrait toutefois de préciser que le sens du mot déserter » diffère de celui qu'on lui donne aujourd'hui; on lui a attribué une notion d'honneur qui n'existait pas à l'époque.
En outre, on sera certainement amené à réduire l'importance des statistiques historiques faites jusqu'ici et qui, d'après M. CARON, sont destinées à succomber les unes après les autres après un examen critique. Cependant les Méthodes statistiques sont appelées à rendre de très grands services aux historiens.
Le terme de disparu n'exprime pas une réalité précise, mais seulement une ignorance; il signifie qu'un homme manque au corps sans qu'on sache s'il est mort, prisonnier ou déserteur. Si l'on pouvait dissiper cette ignorance, on obtiendrait le chiffre exact des tués et des morts de maladie (en campagne ou en captivité) : avec quelle approximation peut-on l'obtenir?
2° Les tués.- Le point de départ est ici la liste des officiers tués. Ne continuelle que des tués? Le général Lecourbe, qui a succombé à une maladie, a été porté mort à l'ennemi, sans doute pour que sa veuve obtînt plus aisément une pension : y a t-il d'autre cas analogues?
M. Six. - Peut-être, mais très rarement.
M. BOURDON. - On peut donc ne pas tenir compte de ces exceptions et prendre la liste de Martinien pour une liste sûre. Pour en déduire le chiffre des soldats tués, il faut deux raisonnements.
Combien trouvait-on de soldats en ligne pour un officier? La proportion réglementaire variait d'une arme à l'autre : pour la calculer dans l'ensemble de l'armée, il faudrait tenir compte du nombre d'unités de chaque arme et ce nombre a varié d'une campagne à l'autre, notamment par l'augmentation de la proportion d'artillerie de 1805 à 1813. Ce calcul assez malaisé donnerait l'effectif réglementaire qui, en campagne, n'est pour ainsi dire jamais atteint. Il semble qu'on ait presque toujours remplacé très vite les officiers disparus : les cadres étaient ordinairement au complet, tandis que la troupe ne l'était presque jamais. La proportion des soldats aux officiers a été invraisemblablement faible dans certaines unités squelettiques, comme dans la brigade de grosse cavalerie que commandait Kellermann fils à Marengo et qui se réduisait à 400 cavaliers; elle est toujours restée au dessus.de ce que prévoyaient les règlements.
Supposons cependant cette proportion établie; pourra-t-on affirmer que, s'il y avait au combat x soldats pour un officier, on doit aussi trouver parmi les tués x soldats pour un officier? Ce serait poser en principe que le risque était exactement le même pour les uns et les autres. La supposition est invraisemblable : il y a eu différence de risque pour les officiers et les soldats, différence qui a varié d'une campagne à l'autre.
M. Six répond que la proportion des officiers tués a été moindre pendant les premiers temps de l'Empire que pendant les dernières années. Les classes appelées récemment n'avaient pas d'expérience et les chefs étaient obligés de payer de leur personne; de plus, les cadres subalternes étaient bien jeunes à la fin et sè sont souvent comportés ainsi que nous l'avons pu constater en 1914, lorsque les jeunes Saint-cyriens sont arrivés au front : par leur inexpérience, leur insouciance du danger, ils se sont souvent fait tuer inutilement. Durant toute la guerre 1914 1918, nous avons pu assister au même phénomène, les jeunes en arrivant au feu faisant toujours preuve de la même imprudence.
M. BOURDON. - Ces précisions, très intéressantes, condamnent la tentative qu'on a faite jadis de comparer entre elles les batailles de l'Empire d'après le nombre d'officiers tués dans chacune d'elles : la proportion des soldats tués aux officiers tués a dû être plus petite à Wagram ou à La Moskowa qu'à Eylau. Pour l'ensemble des guerres de l'Empire, une approximation est cepen¬dant possible. S'il y a eu 15.000 officiers tués de 1805 à 1815 et en ligne x soldats pour un officier, le nombre des soldats tués n'a pu dépasser 15.000 x x; il a sans doute été notablement plus petit et fort inférieur aux 375.000 morts que M. Albert Meynier avait d'abord admis pour ces dix années.
3° Les morts de maladie. - Sur ce point il n'y a pas de liste analogue à celle que fournit Martinien. Nous n'avons pas de liste des officiers morts de maladie, et peut-être les privations sont-elles moins atteint les cadres que la troupe.
M. Six. - Non, en Russie un général est mort d'inanition, un autre général et un inspecteur aux revues ont été portés disparus.
M. Bou RD ON. - Il est seulement vraisemblable que dans les campagnes de l'Empire, comme dans presque toutes les guerres antérieures au xxe siècle, il soit mort plus de soldats par maladies que par blessures.
Conclusion. - En tenant compte de cette obscurité, on ne peut prétendre donner des pertes de guerre en 1805 et 1815 qu'une évaluation approximative se situant entre deux limites, l'une trop basse, l'autre trop élevée. Le chiffre de 375.000 morts, trop fort pour les seules pertes au feu, est sans doute trop faible pour les pertes totales. A la limite supérieure on doit considérer comme trop forts non seulement le chiffre de 1.700.000 morts, mais même celui d'un peu moins d'un mil-lion auquel M. Meynier s'était finalement rallié.
Cette évaluation vaudrait pour les Français tués. Si l'on voulait en déduire, comme Taine prétend le faire, les morts des départements réunis, il faudrait d'abord préciser les levées ordonnées dans ces départements (chose relativement facile), ce qu'elles ont donné (chose beaucoup plus difficile) et le coefficient de pertes particulier à ces troupes (probablement plus faible que celui des Français de l'intérieur, à cause de désertions plus nombreuses).
M. BOURDON a présenté quelques objections contre certains chiffres de M. Meynier, mais il tient à redire l'ingéniosité de ses recherches et le résultat capital auquel il est parvenu en détruisant la légende des 1.700.000 soldats originaires de l'ancienne France morts dans les guerres de l'Empire.
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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par Bernard » 01 déc. 2017, 20:30

Merci pour ce document très intéressant !

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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par L'âne » 01 déc. 2017, 20:32

Merci beaucoup C-J de Beauvau.
Ce document est en effet très intéressant.
Ce sujet est et restera l'un des plus importants.
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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par Bernard » 01 déc. 2017, 20:55

Il est intéressant de mettre en rapport cette source avec celle-ci, plus récente :
http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_ ... 27_1_15097
Cette étude très poussée estime à 900 000 hommes les pertes de ces campagnes. Ce qui est intéressant, c'est :
- l'analyse de l'impact sur la population: 42,5 % des hommes nés entre 1790 et 1795 auraient participé à ces guerres, un chiffre énorme, supérieur à celui de la Grande Guerre,
- le détail par pays et par région d'origine et par type de pertes,
- la prise en compte des retours (prisonniers, hôpital, disparus, déserteurs),
- la comparaison entre la campagne de Russie et la campagne d'Allemagne de 1813 qui aurait peut-être été encore plus meurtrière,
- la rigueur de la démonstration basée sur l'analyse des registres matricules.
L'un des éléments les plus marquants est le nombre des hommes concernés : 1 915 000 Français et 389 000 étrangers auraient servi durant les guerres de l'Empire !

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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par C-J de Beauvau » 01 déc. 2017, 21:38

Je ne suis pas historien, et ne prétends que donner des informations pour susciter un débat "serein" Votre source semble divergente de la mienne, l'important pour connaitre la vérité, est de savoir pourquoi ces divergences existent :demande Politique, nouveaux documents, ou autres? Qu'en pensez vous ?
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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par C-J de Beauvau » 01 déc. 2017, 21:38

L'âne a écrit :
01 déc. 2017, 20:32
Merci beaucoup C-J de Beauvau.
Ce document est en effet très intéressant.
Ce sujet est et restera l'un des plus importants.
Merci pour cet encouragement
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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par Bernard » 01 déc. 2017, 21:45

C-J de Beauvau a écrit :
01 déc. 2017, 21:38
Je ne suis pas historien, et ne prétends que donner des informations pour susciter un débat "serein" Votre source semble divergente de la mienne, l'important pour connaitre la vérité, est de savoir pourquoi ces divergences existent :demande Politique, nouveaux documents, ou autres? Qu'en pensez vous ?
Attention, les deux sources ne divergent pas tant que cela. Pour moi, elles sont très complémentaires. Le travail de Jacques Houdaille évoque d'ailleurs la source que vous avez citée mais il va plus loin avec le dépouillement des registres qui n'existait pas en 1936. Il est vrai qu'aujourd'hui les informations sont plus nombreuses et plus accessibles. Regardez par exemple ceci (qui provient du même dépouillement) : https://www.geneanet.org/archives/relev ... d5&lang=fr

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Re: Lévées et pertes d'hommes "stats 1936"de 1792 à 1815

Message par C-J de Beauvau » 01 déc. 2017, 22:18

Bernard a écrit :
01 déc. 2017, 21:45
C-J de Beauvau a écrit :
01 déc. 2017, 21:38
Je ne suis pas historien, et ne prétends que donner des informations pour susciter un débat "serein" Votre source semble divergente de la mienne, l'important pour connaitre la vérité, est de savoir pourquoi ces divergences existent :demande Politique, nouveaux documents, ou autres? Qu'en pensez vous ?
Attention, les deux sources ne divergent pas tant que cela. Pour moi, elles sont très complémentaires. Le travail de Jacques Houdaille évoque d'ailleurs la source que vous avez citée mais il va plus loin avec le dépouillement des registres qui n'existait pas en 1936. Il est vrai qu'aujourd'hui les informations sont plus nombreuses et plus accessibles. Regardez par exemple ceci (qui provient du même dépouillement) : https://www.geneanet.org/archives/relev ... d5&lang=fr
Merci pour ce complément " d' enquête"
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    Dernier message par L'âne
    30 juil. 2018, 10:07
  • L’épopée des généraux de cavalerie de Napoléon, 1792-1815
    par Eric LM » 15 févr. 2019, 14:23 » dans BIBLIOTHÈQUE EMPIRE - L'actualité du livre napoléonien
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    Dernier message par Espagne
    27 févr. 2019, 17:56
  • [ Napoléonothèque ] Les Généraux morts au Champ d'honneur de 1792 à 1815
    par L'âne » 06 nov. 2017, 05:28 » dans Napoléonothèque
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  • la carte de Minard sur les pertes en Russie
    par fanacyr » 05 juin 2017, 12:00 » dans L'actualité napoléonienne
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    Dernier message par Moundir Pacha
    08 juin 2017, 14:21