Napoléon, piètre stratège ?

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
Bruno Roy-Henry
  
  
Messages : 213
Enregistré le : 19 févr. 2021, 22:56

Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bruno Roy-Henry »

Pour la critique de l'Empereur : Napoléon est indépassable sur le champ de bataille (tactique) et excellent dans la gestion opérative d'une campagne. Il pêche au niveau supérieur, le stratégique, en ne réussissant pas les combinaisons qu'il tente et qui sont, de leur point de vue, convenues et malhabiles - l'alliance russe est une excellente idée, mais il fallait dans ce cas tout lui subordonner au lieu de tenter en sus un "coup" ottoman et la fiction polonaise. Son aventure espagnole est une erreur gravissime, sans parler de la russe. Mais il y avait déjà eu le coup de semonce portugais en 1807. Il n'avait certes pas la tâche facile, mais force est de constater qu'il n'a pas réussi et doit donc être jugé à l'aune de son échec.
Il est fait allusion à l'art opératif (ou "opératique") qui est une distinction nouvelle entre stratégie et tactique.

En gros, la stratégie est de l'ordre des grandes décisions politiques, diplomatiques et militaires, l'art opératif est la manière de mobiliser, d'organiser et de concentrer les forces en vue d'un but déterminé et la tactique demeure l'art d'employer les troupes sur le terrain et sur le champ de bataille.

J'aurais tendance à en rester à l'ancienne définition, selon laquelle la stratégie est la manière de continuer la politique par d'autres moyens... Et donc, également, la manière de mouvoir les troupes en vue de les concentrer pour l'affrontement principal. De ce point de vue, je considère que Napoléon était meilleur stratège que bon tacticien. Pour être précis, je dirais qu'il était un excellent stratège et un bon tacticien. Il avait surtout le don d'utiliser le terrain de la meilleure manière pour y régler l'emploi de ses forces. Ce qui fait qu'il était souvent vainqueur sur des terrains accidentés ou présentant quelques reliefs (Rivoli, Austerlitz, Dresde), mais que ses qualités de stratège étaient limitées sur des terrains plats ou présentant peu de reliefs (Marengo, Wagram, La Moskowa, Leipzig, Waterloo).

Pour s'en tenir à la définition ci-dessus, nous retiendrons l'aspect politique, diplomatique et les prolongements militaires de son action. Je crois comprendre que notre critique s'en prend à la manière dont il définissait ses buts de guerre et les alliances qu'il formait dans ce but.

Pour l'instant, je retiens donc une soi-disant incapacité à créer un système durable : comme si Napoléon -de but en blanc- avait dû définir son objectif ! Au départ, le 1er Consul a pourtant rempli celui-ci : faire reconnaître à l'Europe (Angleterre comprise) les conquêtes révolutionnaires. Savoir, les frontières du Rhin et la satellisation de l'Italie du Nord. C'est chose faite en 1802.

Malheureusement, dès 1803, ceci est remis en cause par la perfide Albion, qui jette le gant ! L'objectif est donc de vaincre l'Angleterre et lui imposer la paix. La stratégie mise en place a-t-elle été mauvaise ? A-t-elle échoué ? Pour ce faire, il fallait, soit débarquer en Angleterre, soit vaincre sa marine... Le second objectif était inatteignable, compte-tenu de la supériorité qualitative et quantitative de la Royal Navy. Par quelque bout que l'on prenne l'affaire, il ne fallait pas l'espérer avant dix ans ! Et durant ce laps de temps, fallait-il attendre l'arme au pied, le temps que nos arsenaux navals produisent une centaine de vaisseaux ? Évidemment, non !

Il fallait donc débarquer et, tout au moins le tenter. On sait ce qu'il en advînt ! Pendant ce temps-là, Albion ne restait pas inactive et fomentait une 3ème coalition qui empêchait le nouvel empereur de mener son plan jusqu'à son terme. L'Autriche, la Russie, la Suède et Naples rentraient en lice pour nous ramener aux frontières de 1792 ! L'Empereur déjouait ces projets, ménageant la Prusse, obtenant ainsi sa neutralité et dissolvait la coalition à Austerlitz ! Qui peut contester le résultat et la façon prodigieuse dont il fut obtenu ?

L'année 1806 aurait donc du être celle de la paix. Des négociations furent engagées avec l'Angleterre et la Russie. Elles furent sur le point d'aboutir. Avec la Russie, la paix fut signée, mais ne fut point ratifiée par le Czar. La mort de Fox empêcha le processus d'aboutir avec l'Angleterre. C'est alors que la Prusse se précipita -tête baissée- dans la guerre. Jamais provocation ne fut plus insolente et imprévisible... On sait comment Napoléon y fit face : après Iéna et Auerstaedt, la Prusse avait cessé d'exister ! Napoléon lui proposa pourtant un armistice et une paix très convenable : la Prusse aurait été restaurée dans ses états, moyennant seulement la renonciation au Hanovre et aux territoires isolés en Allemagne. Mais l'or de l'Angleterre et les promesses mirifiques du Czar convainquirent encore la cour de Potsdam de résister et de lier son sort à la Russie ! Quels donneurs de leçons auraient fait mieux ? Même de Gaulle ne s'y est pas risqué...

En 1807, la 4ème coalition fut dissoute, par la victoire de Friedland. Le Czar, écoeuré, mit les pouces ! Napoléon inaugura la grande alliance avec la Russie. Il fut question de se partager l'empire ottoman... Les diplomates français et russes furent bien près d'y parvenir. Le projet achoppa sur Gallipoli. En attendant, pour répliquer au blocus des côtes européennes par la Royal Navy, Napoléon décréta le blocus continental. Ah, là, se déchaînent les historiens et les stratèges en chambre ! Cette mesure fut, est et sera décriée. Voilà la faute suprême, celle dont découlent toutes les autres !!!

Examinons-donc ce blocus continental abhorré.
Modifié en dernier par Bruno Roy-Henry le 09 avr. 2021, 09:35, modifié 2 fois.
Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1832
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bernard »

Bruno Roy-Henry a écrit : 09 avr. 2021, 09:30 ...ses qualités de stratège étaient limitées sur des terrains plats ou présentant peu de reliefs (Marengo, Wagram, La Moskowa, Leipzig, Waterloo).
Deux remarques :
1) La Moskova, avec un "v" car la lettre "w" n'existe pas dans l'alphabet russe.
2) Le terrain de bataille est loin d'être plat à Borodino. Les Russes ont très bien profité du nivellement important en plaçant leurs redoutes. Sur le détail du champ de bataille, voir l'excellent Gloire & Empire n°77 dont le dossier est consacré à la prise de la grande redoute. Les auteurs y présentent en détail un champ de bataille au relief particulièrement marqué.
Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 4263
Enregistré le : 30 janv. 2021, 10:36

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Cyril Drouet »

Force est de constater que la stratégie napoléonienne a abouti à un cuisant échec.

Bruno Roy-Henry, d'où est issu le texte auquel vous avez répondu s'il vous plaît ?
Avatar du membre
Bruno Roy-Henry
  
  
Messages : 213
Enregistré le : 19 févr. 2021, 22:56

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bruno Roy-Henry »

Il s'agit d'un officier en activité qui -pour cette raison- ne souhaite pas s'exprimer publiquement. Mais, en fait, c'est un résumé.

Pour Bernard, vous avez raison : mais je reste fidèle à l'orthographe marquée sur nos drapeaux.. :salut:
Avatar du membre
Bruno Roy-Henry
  
  
Messages : 213
Enregistré le : 19 févr. 2021, 22:56

Napoléon, piètre stratège ? Suite...

Message par Bruno Roy-Henry »

Le blocus continental :

Cette mesure consistait à interdire toute importation de marchandise anglaise sur le continent. La ruine totale du commerce extérieur d'Albion devait donc en découler. Encore fallait-il contrôler toutes les côtes de l'Europe. A court terme, Napoléon avait peu d'espoir de réussir. Mais, à moyen-terme, la possibilité d'une crise majeure économique et financière à Londres pouvait inciter l'Angleterre à négocier. En 1807, Albion se retrouvait sans allié sur le continent, hormis la Suède et le Portugal. De plus, la flotte russe pouvait apporter une certaine assistance, forte qu'elle était d'une quarantaine de vaisseaux et de cinquante frégates. Dans ces conditions, Napoléon pensait que la paix serait inéluctable. Ne demandant plus rien sur le continent, il était même prêt à certaines concessions. Les deux empereurs offrirent donc la paix à Londres, qui refusa ou ne répondit même pas.

L'alliance russe était peut-être trop mirifique, mais fallait-il la négliger pour autant ? Est-ce donc une faute stratégique que de l'avoir scellée sur le radeau de Tilsitt ? En attendant, il fallait s'attaquer au Portugal, dernier état européen dans les mains de Londres. Là encore, il ne me semble pas que la conquête de Lisbonne ait été une piètre stratégie. Ce qui allait devenir problématique, c'était le guêpier espagnol. Le blocus nécessitait l'alliance de l'Espagne, mais une alliance solide et durable qui fît de son armée et de sa marine, un concours absolu et efficace. Or, précisément, l'Espagne s'enfonçait dans une crise de régime avec une dynastie chancelante où le père qui ne régnait plus que de jure, s'affrontait avec son héritier.

La tentation était grande d'intervenir dans les affaires espagnoles pour y imposer le parti le plus favorable à la France. Et là, surgit le pas de trop, l'entrée de nos troupes en Espagne, sous prétexte d'alliance et la décision de détrôner les Bourbons au profit d'un Bonaparte, en l'espèce Joseph, alors roi de Naples. Quels qu' aient été les bons motifs pour une telle entreprise, elle se révéla catastrophique ! Mais pouvait-on le prévoir à l'avance ? Sans-doute. Cette décision fut plus un coup de poker qu'une réflexion échiquéenne...

Le vin étant tiré, il fallait le boire, si amer qu'il fut. Il n'était plus possible de revenir au statut quo ante ! Pour des raisons de prestige, pour des questions de personnes, il était impossible de remettre l'éphémère Ferdinand VII sur le trône. L'imbroglio espagnol eût tourné à la farce. Le problème, c'est que la cour de Vienne en conçut une grande frayeur et décida de réarmer, sans même s'assurer d'alliances possibles et du concours de la cavalerie de Saint-Georges. A la vérité, si François 1er d'Autriche eut vraiment peur, son entourage le poussa à la guerre, alors même que le danger d'un agression française disparaissait avant même que d'être conçu. L'Autriche avait trop perdu pour se contenter de ce qui lui restait. S'illusionnant sur les difficultés de Napoléon en Espagne, peu convaincue de la réalité d'une alliance militaire réelle entre la France et la Russie, l'Autriche -retrouvant une vigueur qu'on ne lui connaissait plus- était décidée à jouer son destin sur les champs de bataille contre le premier soldat du monde à l'époque !

De cela, Napoléon était-il responsable ? Indirectement, certainement, par l'inextricable problème qu'il s'était créé en Espagne. L'alliance ruse pouvait et aurait du dissuader l'Autriche. Mais, depuis l'entrevue d'Erfurt, le Czar était décidé à ne plus jouer l'alliance franco-russe à fond. Avait-il seulement été sincère à Tilsitt ? Il semble que non. Et du moment où l'alliance ne lui apportait pas tout ce qu'il en avait conçu, notamment la possession de Constantinople, il était évident qu'il allait jouer petit bras, accordant le moins possible à la France, tout en récupérant tout ce qui était possible de conquérir, comme les provinces danubiennes ou la Finlande...

Sans attendre la guerre, était-il possible de changer de stratégie et d'offrir des gages à l'Autriche pour la ramener au système de Choiseul ? Un stratège avisé aurait-il pu l'oser ? C'est ce que préconisait Talleyrand, mais il était trop tard. Et quel gage offrir ? Le Tyrol ? Mais c'était mécontenter la Bavière, jusque-là fidèle et allié modèle. La Vénétie ? Mais c'était saborder le royaume d'Italie. La Vénétie n'était certes pas possible, ne serait-ce que pour le succès du blocus continental.
Le Tyrol restait le seul lot envisageable. L'Autriche s'en fut-elle contentée ? N'aurait-elle pas considéré cette offre comme une preuve de faiblesse ? Bien malin le stratège qui aurait passé outre ! Du moins, si l'Autriche faisait la folie d'attaquer, elle serait seule cette fois, sans l'aide de la Russie, ni de la Prusse, réduite à la portion congrue ! On a peine à imaginer, encore aujourd'hui, comment l'Autriche a pu se lancer seule dans le conflit, en défiant l'empire français triomphant et en ne jouant pas moins que son existence ! Et pourtant, c'est tout un pays qui s'est levé pour courir aux armes... Du moins, dans ses parties germaniques, car il n'apparaît pas que l'enthousiasme viennois se soit communiqué à Budapest.

Après un début de campagne foudroyant (Eckmühl, Ratisbonne), ce fut l'échec d'Essling, célébré dans toute l'Europe comme une grande victoire germanique et prélude de la levée en masse de toute l'Allemagne, dans le dos des Français. Mais rien ne vînt, et ce fut Wagram. La bataille fut dure, les combats âpres, mais enfin l'archiduc Charles n'eut pas le dessus sur l'échiquier danubien. L'armée autrichienne était battue, mais pas détruite. François 1er, réalisant enfin la vanité de son audace, proposa un armistice sans trop y croire lui-même... A sa grande surprise, il lui fut accordé. Là encore, notre tenant de l'art opératif pourrait s'écrier : "quelle piètre stratégie !" Car quoi, puisque nous étions vainqueurs, ne fallait-il pas suivre l'armée autrichienne jusque sous les murs de Prague ou de Budapest, voire jusqu'aux confins de la Transylvanie ? Et ainsi, en finir une bonne fois pour toute, avec cette monarchie habsbourgeoise, coeur battant de la réaction européenne ? Ou tout au moins, la fracasser en trois royaumes, celui d'Autriche, de Bohême et de Hongrie ? Oui, Napoléon y a songé et on peut soutenir que cela aurait été mérité. Des notables hongrois ont même été sondés, mais le projet n'a pas paru déclencher un enthousiasme débordant. La noblesse hongroise, dans son ensemble, à cette époque, paraissait encore tenir pour les Habsbourg...

Napoléon s'est contenté de rogner l'aigle à deux-têtes, en prenant la Carinthie et la Croatie, ainsi qu'une partie de la Galicie au profit des Polonais. Fixant en outre une indemnité de guerre à 600 millions de francs, avec l'interdiction d'entretenir une armée de plus de 150 000 hommes. L'Autriche devenait ainsi une puissance de second ordre et l'on pouvait croire que ce serait d'une manière définitive, cette fois-ci. C'est alors que le génial Metternich s'est révélé, poussant tout d'abord à la paix, puis proposant carrément à la France son alliance, en attendant de lui fournir une impératrice !

Mais comment Napoléon a-t-il pu croire à l'alliance autrichienne, comment a-t-il pu tomber, tête baissée, dans ce piège fleuri ? C'est qu'il ne se faisait plus aucune illusion sur l'amitié du Czar. Vainement, il a encore tenté d'aller en ce sens, en sollicitant la main d'une grande-duchesse, la plus jeune soeur de l'autocrate de toutes les Russies. Les deux empereurs ont joué à qui perd, gagne. Le Czar a promis de fléchir la volonté de l'impératrice-mère, hostile au projet, à condition que la demande soit officielle, mais dans des termes sibyllins. Napoléon, impatienté, s'est rejeté vers l'offre de la nouvelle Iphigenie autrichienne, la jeune Marie-Louise.

Piètre stratégie que voilà ! Renoncer à l'alliance russe pour celle de l'Autriche, alors que Napoléon venait de rabaisser, d'humilier la cour de Vienne ! N'était-ce pas déraisonnable, douteux, voire ridicule ? Nous pensons que Napoléon n'avait pas le choix et ne s'illusionnait pas sur la sincérité d'un Metternich. L'alliance russe avait été un mirage qui s'évaporait, du moins la Russie avait-elle été neutralisée depuis trois ans. Sans en avoir fait l'essai, l'empereur aurait-il pu empêcher Autriche et Russie de se coaliser contre lui en 1809 ? Du moins, cette perspective désolante était-elle écartée, pour quelques temps encore...

Car c'est toujours à cela que la diplomatie impériale s'est employée : éviter la grande coalition de la Prusse, de la Russie et de l'Autriche, ce qui aurait été mortel ! Est-ce donc un piètre stratège, celui qui a évité ce péril extrême, pendant dix ans ?
Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 4263
Enregistré le : 30 janv. 2021, 10:36

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Cyril Drouet »

Bruno Roy-Henry a écrit : 09 avr. 2021, 11:27 Il s'agit d'un officier en activité qui -pour cette raison- ne souhaite pas s'exprimer publiquement. Mais, en fait, c'est un résumé.
Merci.
Je pensais qu'il s'agissait de LCL_EMB qui, sur le forum de Passion-Histoire, a écrit sur le sujet des propos plutôt justes :

« Quant à Napoléon Ier, il s'agit, de mon point de vue, d'un piètre stratège (mais d'un génie tactique et opératif), ce que confirme son incapacité à créer un système durable et à vaincre. »

« Il est ridicule de mettre en doute les qualités de tacticien de Napoléon, tant les preuves de son excellence dans le domaine abondent : par exemple, le choix successif de la manoeuvre en position centrale, puis de celle sur les arrières en Italie du nord en 1796-1797 dénote une parfaite maîtrise de l'art de la guerre de l'époque, avec des succès décisifs qui précipitent la fin - temporaire - du conflit quasiment selon ses propres termes. Ou encore, la manoeuvre d'Ulm, qui anéantit la force autrichienne principale sans même avoir eu à livrer une bataille générale, sans même parler de l'utilisation du dispositif refusé et du coup d'oeil génial qui amènent la victoire à Austerlitz. Ou encore, la manoeuvre de Landshut en 1809, qui témoigne d'une conception brillante et dont le succès intégral n'a tenu qu'à la prise de Ratisbonne et de son pont sur le Danube. Ou encore la maestria avec laquelle il vainc successivement tout ce qu'on lui oppose en 1814 dans une série de batailles dont l'enchaînement est devenu célèbre en dépit de la défaite finale.

Comme stratège, on peut évidemment lui reprocher sa défaite finale, liée à son incapacité à briser les coalitions successives qui lui sont opposées ; et surtout ses aventures espagnole et russe, qui précipitent son échec. Mais il a quand même réussi à étendre sa gloire et la loi française pendant dix ans de manière ininterrompue et contre de formidables coalitions...»

« Napoléon est un tacticien d'exception, qualité que tous ses ennemis lui reconnaissent sans aucune tentative d'affirmer le contraire. Il est le "dieu de la guerre", comme le qualifie même Clausewitz.
Ses éminentes qualités tactiques et organisationnelles ne sont pas aussi nettes dans le domaine stratégique, et c'est ce qui provoquera sa perte. A sa décharge, les coalitions qui lui sont opposées, les uns après les autres, sont formidables. C'est même un exploit que la France révolutionnaire et impériale aient pu tenir, victorieuse et indomptée, aussi longtemps. »
« Napoléon Ier est pour moi un tacticien de génie, et un piètre stratège.
Quasiment imbattable sur un champ de bataille, il n'a jamais su penser stratégie, sur le temps long. L'eut-il fait qu'il n'aurait jamais initié les aventures espagnole et russe, et eût-il mis le doigt dans l'engrenage ibérique, il se serait assuré de la clore par une victoire décisive plutôt que d'y laisser son armée s'y consumer au point de ne plus être capable de vaincre à l'Est quand le besoin fut venu. Il avait compris que la sécurité de la France passait par l'alliance russe mais a ô combien pauvrement affaibli ses chances de la réaliser en soutenant l'idée d'une Pologne capable de faire pièce à la Prusse et à l'Autriche, et en fantasmant sur le mirage ottoman. En outre, si le principe du blocus continental était compréhensible intellectuellement, il aurait fallu le tempérer par une bonne dose de réalisme pour espérer qu'il sape la puissance britannique sans s'aliéner toutes les cours européennes.

Il était encore trop prisonnier des raisonnements d'Ancien Régime, et n'avait pas dans le concert des nations le coup d’œil génial qui était le sien sur un champ de bataille. »

« Napoléon, par exemple, était un génie tactique (par ses préparations minutieuses initiales, son coup d'oeil et sa capacité à agir sur le cours d'une bataille) et un expert opératif (par sa capacité à s'assurer de la supériorité sur un théâtre d'opérations et la cohérence des différentes actions tactiques, ce qui débouche sur ce qu'on a appelé ses "manoeuvres") mais s'est révélé in fine un piètre stratège (sauf qu'à l'époque, vu qu'on confondait échelon stratégique et "opératique", on vantait ses qualités dans ce domaine !). Il n'en a jamais eu conscience et s'en moquait bien, surtout que la révolution dans la pensée militaire apportée par Clausewitz ou Jomini est directement inspirée de ses décisions de chef militaire (ces deux penseurs étant moins des penseurs, surtout le second, que des analystes et des commentateurs de la geste napoléonienne qu'ils ont vécu de l'intérieur). »

Avatar du membre
Bruno Roy-Henry
  
  
Messages : 213
Enregistré le : 19 févr. 2021, 22:56

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bruno Roy-Henry »

Vous pensiez bien... Mais à vous d'assumer votre perspicacité !
Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 4263
Enregistré le : 30 janv. 2021, 10:36

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Cyril Drouet »

Bruno Roy-Henry a écrit : 09 avr. 2021, 19:33 Mais à vous d'assumer votre perspicacité !
C'est à dire ?
Avatar du membre
Bruno Roy-Henry
  
  
Messages : 213
Enregistré le : 19 févr. 2021, 22:56

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bruno Roy-Henry »

Je n'ai pas voulu être trop précis pour respecter une discrétion qui m'était demandée. Rien de plus...
Avatar du membre
Bernard
Scribe
Scribe
Messages : 1832
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:29
Localisation : Alsace

Re: Napoléon, piètre stratège ?

Message par Bernard »

Bruno Roy-Henry a écrit : 09 avr. 2021, 11:27 Il s'agit d'un officier en activité qui -pour cette raison- ne souhaite pas s'exprimer publiquement. Mais, en fait, c'est un résumé.
Vu le texte, c'est plutôt quelqu'un qui serait resté dans une époque dépassée...
Tilsitt avec deux "t", c'est daté.
Idem pour le "czar", écriture erronée mais fréquente au XIXe siècle. Voltaire était convaincu que le mot venait du latin caesar et reprenait, comme beaucoup d'autres auteurs, l'écriture proposée par Sigmund von Herberstein dans son Rerum Moscoviticarum Commentarii (1549). Le mot russe царь (soit les lettres “ts”, “a”, “r” et le signe mou qui influence la prononciation : tsaar'), désigne un autocrate, initialement le “basileus”, c'est-à-dire l'empereur byzantin. En polonais, la forme “csar” existe mais c'est une autre histoire...
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Exposition: Napoléon stratège
    par Le Briquet » » dans L'actualité napoléonienne
    3 Réponses
    579 Vues
    Dernier message par Raoul Jacques
  • Exposition en ligne - Napoléon Stratège
    par Joker » » dans L'actualité napoléonienne
    1 Réponses
    197 Vues
    Dernier message par Turos M. J.
  • Napoléon Bonaparte – Homme d’état, stratège militaire
    par Eric LM » » dans BIBLIOTHÈQUE EMPIRE - L'actualité du livre napoléonien
    12 Réponses
    1237 Vues
    Dernier message par Eric LM
  • Expo en ligne : "Napoléon stratège"
    par Joker » » dans L'actualité napoléonienne
    1 Réponses
    537 Vues
    Dernier message par Turos M. J.
  • Musée Armée "Napoléon stratège"
    par C-J de Beauvau » » dans L'actualité napoléonienne
    8 Réponses
    903 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet