3 mai 1802 : Meneval devient le secrétaire intime du Premier Consul

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Joker
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3 mai 1802 : Meneval devient le secrétaire intime du Premier Consul

Message par Joker »

Claude François Menneval nait à Paris le 8 avril 1778.
Très jeune, il apprend l’anglais par sa nurse. Doué pour les lettres, il rencontre, chez l'écrivain Palissot de Montenoy, le grammaticien François Domergue, ami de Louis Bonaparte.
Lorsque vient le temps de la conscription, il sert sous les ordres du colonel du 5e régiment de dragons, qui n'est autre que Louis Bonaparte, pendant six mois.
Il est ensuite journaliste au Journal de Paris, puis devient secrétaire de Joseph Bonaparte. Il est présent à ses côtés aux négociations et à la signature des traités de Mortefontaine, entre la France et les États-Unis (3 octobre 1800), de Lunéville, entre la France et l'Autriche (3 février 1801), du Concordat (15 juillet 1801) et du traité d'Amiens, entre la France et l'Angleterre (27 mars 1802).
A peine est-il de retour à Paris, que lui est proposé, par l’intermédiaire de Joseph, la fonction de secrétaire du portefeuille, auprès de Napoléon, en remplacement de Bourrienne, qui vient d’être compromis dans des affaires financières.
Le 2 avril 1802, à 17 heures, Méneval est invité à se rendre aux Tuileries. Joséphine le retient à dîner, puis Bonaparte, après l’avoir longuement interrogé, lui demande de revenir le lendemain, dès 7 heures du matin.
Ce 3 avril 1802, Napoléon lui dicte une note pour Gaudin, le ministre des Finances. Menneval a un certain mal suivre les propos volubiles du Premier Consul, mais néanmoins Napoléon, satisfait, fait prévoir pour lui un logement aux Tuileries. Menneval aura désormais l’écrasante charge de suivre Napoléon en tous lieux et toutes heures et d'assurer la rédaction de sa correspondance.

• Menneval nous bosse le portrait de Napoléon:
On a fait si souvent le portrait de Napoléon que je n’apprendrai rien de nouveau en disant qu’il était de taille moyenne (cinq pieds deux pouces).
À l’époque où j’ai été attaché à son cabinet, il jouissait d’une santé vigoureuse; il était récemment guéri d’un mal interne, dont il avait commencé à souffrir sérieusement pendant la seconde année du Consulat. […]
Napoléon avait alors un embonpoint médiocre, que développa plus tard le fréquent usage des bains, qui le délassaient de ses fatigues de corps et d’esprit. Il contracta, en effet, l’habitude de se baigner tous les jours à des heures irrégulières. Sur l’observation de son médecin, que la haute température de ses bains, leur fréquence et leur longue durée tendaient à l’affaiblir et le disposaient à l’obésité, il en usa depuis plus sobrement.
Son cou était un peu court, ses épaules larges, et le développement de sa poitrine annonçait une constitution robuste, moins forte cependant que son moral. Il avait les bras bien attachés, la jambe bien faite et le pied petit. Sa main, dont il tirait un peu de vanité, était ferme et potelée, avec des doigts effilés. Il avait le front haut et large, les yeux gris et investigateurs, le nez droit et bien conformé, d’assez belles dents, l’arc de la bouche parfaitement dessiné et le menton légèrement proéminent.
Son teint était sans couleur, mais d’une pâleur transparente, sous laquelle on voyait circuler la vie. Ses cheveux châtains, très fins, qu’il avait portés longs et recouvrant ses oreilles jusqu’à l’époque de son expédition en Égypte, étaient alors coupés court et laissaient à découvert son front, siège de hautes pensées. Le galbe de son visage et l’ensemble de ses traits étaient d’une régularité irréprochable. Enfin, sa tête et son buste ne le cédaient en noblesse et en dignité à aucun des plus beaux bustes que nous ait légués l’Antiquité.
Quand il était excité par quelque passion violente, sa figure prenait une expression sévère et même terrible. Il s’exerçait comme un mouvement de rotation sensible sur son front et entre ses sourcils; ses yeux lançaient des éclairs. Les ailes du nez se dilataient, gonflées par l’orage intérieur; mais ces mouvements passagers, quelle que fût leur cause, ne portaient point de désordre dans son esprit. Il paraissait en régler à son gré les explosions qui, du reste, avec le temps, devinrent de plus en plus rares. Sa tête restait froide; le sang ne s’y portait jamais, il refluait toujours vers le coeur.
Dans l’état ordinaire, son visage était calme, doucement sérieux. Il s’illuminait du plus gracieux sourire quand il était déridé par la bonne humeur ou par le désir d’être agréable.
Dans la familiarité, il avait le rire bruyant et railleur. […]
Le portrait de Napoléon serait incomplet si je passais sous silence son chapeau, sans bordure ni galons, qu’ornait une petite cocarde tricolore retenue par une ganse de soie noire, et sa redingote grise qui recouvrait le simple uniforme de colonel de sa Garde. Ce chapeau et cette redingote, devenus historiques avec lui, brillaient au milieu des habits chargés de broderies d’or et d’argent de ses généraux et des officiers civils et militaires de sa maison. […]

Napoléon écrivait rarement lui-même. Écrire était pour lui une fatigue; sa main ne pouvait suivre la rapidité de sa conception. Il ne prenait la plume que quand, par hasard, il se trouvait seul, et qu’il avait besoin de confier au papier le premier jet d’une idée; mais après quelques lignes il s’arrêtait et jetait la plume. Il sortait alors pour faire appeler son secrétaire, ou le secrétaire d’État, ou le général Duroc, quelquefois l’aide de camp de service, selon la spécialité du travail dont il s’occupait.
Il accueillait le premier qui se rencontrait à son appel, sans humeur, mais plutôt avec une satisfaction visible d’être tiré d’embarras.
Son écriture était un assemblage de caractères sans liaison et indéchiffrables. La moitié des lettres manquaient aux mots. Il ne pouvait se relire, ou il ne voulait pas en prendre la peine.
Si une explication lui était demandée, il reprenait son brouillon qu’il déchirait ou jetait au feu, et dictait sur nouveaux frais; c’étaient les mêmes idées, mais avec des expressions et une rédaction différentes.
L’orthographe de son écriture était incorrecte, quoiqu’il sût bien en reprendre les fautes dans l’écriture des autres. C’était une négligence passée en habitude; il ne voulait pas que l’attention qu’il aurait donnée à l’orthographe pût brouiller ou rompre le fil de ses idées.
Dans les chiffres, dont l’exactitude est absolue et positive, Napoléon commettait aussi des erreurs. Il aurait pu résoudre les problèmes de mathématiques les plus compliqués, et il a fait rarement une addition juste.
• À Sainte-Hélène, Napoléon a dit :
Menneval était doux, réservé, zélé, fort secret, travaillant en tout temps et à toute heure. Il ne m'a jamais donné que satisfaction et agrément et je l'ai fort aimé. 

En 1821, l'Empereur l'inscrit dans son testament pour un legs de cent mille francs.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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Bernard
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Re: 3 mai 1802 : Meneval devient le secrétaire intime du Premier Consul

Message par Bernard »

Joker a écrit : 02 avr. 2021, 19:00 Son écriture était un assemblage de caractères sans liaison et indéchiffrables. La moitié des lettres manquaient aux mots. Il ne pouvait se relire, ou il ne voulait pas en prendre la peine.
[…]
L’orthographe de son écriture était incorrecte, quoiqu’il sût bien en reprendre les fautes dans l’écriture des autres. C’était une négligence passée en habitude; il ne voulait pas que l’attention qu’il aurait donnée à l’orthographe pût brouiller ou rompre le fil de ses idées.
Dans les chiffres, dont l’exactitude est absolue et positive, Napoléon commettait aussi des erreurs. Il aurait pu résoudre les problèmes de mathématiques les plus compliqués, et il a fait rarement une addition juste.
Merci de nous rappeler ces passages tellement significatifs !
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