Eylau, le récit de la bataille heure par heure

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Cyril Drouet
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Eylau

Message par Cyril Drouet »

William Turner a écrit : 11 nov. 2017, 13:58 Eylau, c'est une victoire ou pas ?
La définition que j’ai pu donnée sur ce que j’entends par victoire ne permet pas de trancher sans mal dans tous les cas de figures.
Au regard du fait que l’armée française reste maître du terrain face à un ennemi l’évacuant, l’avantage pourrait être considéré comme appartenant à la France ; mais ce point (qui sera mis logiquement en avant par l’Empereur pour démontrer à l’opinion le caractère victorieux de l’affaire) doit être grandement relativisé par le fait que Napoléon a envisagé lui aussi de se replier, non certain d’être en mesure de reprendre le combat le lendemain. Le départ de l’ennemi permit finalement de résoudre le problème.
Le champ de bataille reste donc français, mais les pertes sont grandes et l’état sanitaire de l’armée particulièrement inquiétant. En somme, les Français ne peuvent poursuivre la campagne (d’autant plus qu’à cette heure on ignore véritablement l’état de l’adversaire (qui a grandement souffert) et sa capacité de réserves) et Napoléon écrit même dès le 9 février à Talleyrand afin d’accepter les ouvertures prussiennes et de « mettre un terme à la guerre ».
De ce point de vue, à l’échelle tactique, au regard des pertes respectives, il est particulièrement délicat de trancher, notamment du fait que, même si les forces ennemies sont rejetées, leur écrasement n’est pas obtenu, et ce d’autant plus, qu’à l’échelle des opérations, la marche de la Grande Armée, en raison des résultats de la bataille, est stoppée et Bennigsen parvient à retraiter.
Peyrusse

Eylau, une victoire française.

Message par Peyrusse »

".... l’avantage pourrait être considéré comme appartenant à la France "
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Pour information,il existe une Avenue d'Eylau à Paris. On peut en déduire qu'il s'agit bien d'une victoire française.
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Bernard
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Re: Eylau

Message par Bernard »

Voici des extraits de la définition que donne Alain Rey du mot "victoire" :
- "Le mot désigne, comme en latin, l'issue favorable d'un combat, d'une bataille [...]
- "avantage remporté sur un rival"
- "Dans l'ensemble, le mot est un intensif solennel de succès et remédie avec triomphe à l'absence de substantif usuel et général correspondant à gagner (gain s'étant spécialisé autrement)."


Même chose pour l'Académie française :
"Avantage qu'on remporte sur les ennemis dans une guerre, dans une bataille [...]
Il se dit aussi de tout avantage qu'on remporte sur un rival, un concurrent, etc."


Le Larousse est plus sobre :
"Issue favorable d'une bataille, d'une guerre"
"Succès remporté dans une lutte, une compétition"


Alors Eylau ? Sans chercher à creuser davantage, Wiki résume de la manière suivante : "Napoléon Ier reste maître du terrain mais au prix de très lourdes pertes, et n’a pas la victoire décisive qu’il attendait". Puis "La victoire est française. Elle est réelle dans la mesure où Napoléon reste maître du terrain, mais c'est une victoire à la Pyrrhus et elle a coûté fort cher : dix mille tués ou blessés chez les Français, douze mille morts et quatorze mille blessés, dont beaucoup mourront faute de soins, chez les Russes." Plus sobrement, R. G. Grant écrit : "Bennigsen dut battre en retraite, sans que Napoléon soit en mesure de le poursuivre. D'où une victoire française incomplète".

Donc, en se fiant aux définitions de spécialistes (qui ne sont tout de même pas tous des imbéciles), le mot victoire n'est pas usurpé. Le mot correspond à un avantage, pas nécessairement à un écrasement de l'adversaire...
Peyrusse

Le visiteur d'Eylau...

Message par Peyrusse »

Une nuit, peu de temps avant la bataille d'Eylau, le Commandant Jean-Stanislas Vivien (1777-1850), du 55ème de ligne, et ses hommes reçoivent la visite d'un visiteur anonyme. Cet épisode est relaté dans l'excellent témoignage qu'il a laissé et qui fut publié la première fois en 1907 et réédité en 2003.
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"La nuit au bivouac du 5 au 6 février 1807 « Bien des gens savent que la bataille de Preussich-Eylau s'est donnée le 8 février 1807, mais un plus grand nombre ignore les souffrances inouïes que les troupes eurent à supporter par quinze degrés Réaumur de froid [presque quinze degrés C° ], pour venir converger sur ce point de la corde de l'arc où cent cinquante mille Russes et Français se sont escrimés à outrance sur un champ de bataille qui n'avait guère plus d'une lieue d'étendue [environ 4 kilomètres], dans la neige ensanglantée, et où ils ont laissé, de part et d'autre, plus de trente mille morts sur le champ de bataille.

Le 1er février, la division Saint-Hilaire, dont mon régiment faisait partie, avait quitté ses cantonnements situés à une journée de marche en avant et à gauche de Varsovie.

Tous les jours qui ont suivi jusqu'au 7 inclus, ont été marqués par des marches lentes et saccadées mais toujours pénibles, de quinze à seize heures, et par des bivouacs tellement malheureux. Les soldats, sans rations la plupart du temps, avaient une peine infinie à allumer le feu, tant la couche de neige était épaisse et le bois sec difficile à se procurer . Un jour non, c'était une nuit, car il était encore que six heures du matin, un homme à pied, seul, enveloppé d'une ample redingote grise fourrée d'astrakan, et coiffé d'un bonnet aussi d'astrakan à larges oreillères rabattues, de sorte qu'on ne lui voyait guère que les yeux, le bout du nez et la bouche, s'approcha du feu du bivouac où j'étais blotti et qui ne faisait plus que fumer, parce que la neige qui l'environnait et qui fondait à mesure, empêchait le bois de brûler.

Cet homme, dis-je, adressant la parole à un caporal de ma compagnie, qui n'avait pas moins de cinq pieds dix pouces, lui dit : -Eh bien, grenadier, le fournisseur qui a livré la capote que tu portes là, a bien volé le quart du drap, n'est-ce pas ?

-Ma foi, je n'en sais rien, répondit le caporal ; tout ce que je sais, moi, c'est qu'il a fait boug…froid cette nuit ! Vous n'avez pas senti ça comme nous, vous, avec votre redingote et votre casquette doublées de poil !

-On s'est bien battu, hier soir, n'est-ce pas, sur le bord de ce ruisseau ? Les Russes devaient être nombreux : je gage qu'ils étaient au moins douze cents. -Ah ! je vous en f… : douze cents, dites donc plutôt douze mille, reprit un grenadier, car nous nous y sommes mis toute la division pour les f… de l'autre côté et nous n'étions pas de trop : je ne sais pas si vous le savez.
-Mais, dites-moi donc, grenadier, il doit y avoir ce moulin à quelques cents pas d'ici, sur ce ruisseau, et un poste pour en défendre le passage !
-Ah ! Bien oui, un moulin, reprit un autre grenadier : vous n'aurez pas d'indigestion si vous ne mangez à votre déjeuner que le pain fait avec la farine qui s'y moudra, car nous l'avons joliment fait danser, cette nuit, le moulin !

L'officier qui commande le poste voulait bien nous empêcher de le démolir pour en faire du feu ; mais, moi, je lui dis avec respect :
- Mon lieutenant, par le temps qui court, faut pas être si dur aux pauvres soldats : si vous ne permettez pas que nous emportions le moulin, vous êtes sûr de nous trouver tous gelés demain matin, raides comme des barres de fer ; et en indiquant les bûches qui fumaient plutôt qu'elles ne brûlaient :

-Tenez, dit-il, en v'là les restes. -Oui, le moulin devait être là, et j'ai fait dire à Soult de n'établir ses bivouacs qu'après y avoir fait placer une grand'garde.
J'étais roulé dans mon manteau, et couché, grelottant sur une poignée de paille mouillée.

J'avais entendu à peu près tout ce qui s'était dit : et, jusque-là, j'étais bien loin de tout soupçonner quel était leur interlocuteur, mais lorsque je l'entendis : qu'il avait à faire à Soult … Je me levai d'un bond et je reconnus l'Empereur.

Mes grenadiers l'avaient aussi reconnu et chacun s'empressait de s'excuser et de rassembler les tisons pour obtenir un peu de flamme ; mais, par excès de zèle, un maladroit, en se courbant, pour souffler de la bouche, renversa sa giberne par côté.

Comme elle était restée non bouclée de la veille, une douzaine de cartouches qui se trouvaient encore dedans, tombèrent dans les cendres et firent explosion, sans blesser personne, parce qu'il n'y eut pas de résistance relative ; deux souffleurs eurent seulement les cheveux et les moustaches grillés, ce qui fit rire tout le monde, l'Empereur aussi. Le prince Berthier, le grand maréchal du Palais, les généraux aides de camp, les officiers d'ordonnance, le mameluck Rustan [Roustam] et tous les officiers ordinaires de la Maison, cherchaient l'Empereur !

A ce moment, la diane battit sur toute la ligne, l'Empereur fut rejoint par son escorte, la division prit les armes ; et un quart d'heure après, nous étions en marche pour continuer notre route sur Eylau. L'Empereur aimait à s'échapper furtivement et à venir causer familièrement avec les soldats dans leur bivouac. Tout le jour, mes grenadiers n'ont cessé de parler de la visite nocturne de l'Empereur et regrettaient bien qu'il ne fût pas venu une heure plus tôt ; alors, la fournée de pommes de terre n'était pas encore dévorée, et ils l'eussent invité à prendre sa part et à se faire une bosse ["bosse" est pris ici pour "ventre"] avec eux, ce qu'il n'aurait probablement pas refusé."



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Bernard
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Re: Eylau

Message par Bernard »

La citation complète est "Dans l'ensemble, le mot est un intensif solennel de succès et remédie avec triomphe à l'absence de substantif usuel et général correspondant à gagner (gain s'étant spécialisé autrement)." Les mots en gras sont soulignés par Alain Rey qui entend souligner ici l'absence de substantif pour dire "gagner". C'est peut-être cette nuance qui vous pose problème. Moi, je respecte les définitions classiques qui ne me posent aucun problème, sachant que je ne pourrais que très difficilement écrire si je devais remettre en question le sens de chaque mot...
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Cyril Drouet
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Re: Eylau

Message par Cyril Drouet »

Voici comment Napoléon annonça la « victoire » d'Eylau et fit évoluer ses commentaires :

« La victoire m’est restée, mais j’ai perdu bien du monde. La perte de l’ennemi, qui est plus considérable encore, ne me console pas. »
(à Joséphine, 9 février)

« J'ai eu hier une bataille où la victoire m'est restée, mais j'ai perdu du monde. »
(à Cambacérès, 9 février)

« Il y a eu hier une bataille où la victoire nous est restée ; le champ de bataille a été très sanglant. »
(à Clarke, 9 février)

« Il y a eu hier à Preussich-Eylau une bataille fort sanglante. Le champ de bataille nous est resté, mais, si on a de part et d'autre perdu beaucoup de monde, mon éloignement me rend ma perte plus sensible. »
(à Duroc, 9 février)

« Il est deux heures du matin ; je suis fatigué ; je ne puis vous écrire qu’un mot. Le maréchal Duroc vous fera part de la victoire remportée hier sur l’armée russe »
(à Talleyrand, 9 février)

« La bataille d'Eylau aura probablement des résultats heureux pour la décision de ces affaires-ci. L'ennemi s'est retiré en pleine déroute, pendant la nuit, à une marche d'ici. Différents détachements de cavalerie sont à ses trousses. Les résultats en seront 40 pièces de canon et 12 000 prisonniers. On a évalué la perte de l'ennemi à 10 000 blessés et à 4 000 morts; ce n'est pas exagéré. Malheureusement notre perte est assez forte, surfont en gens de marque. Je l'évalue à 1 500 tués et à 4 000 blessés.
Si le bulletin n'était pas arrivé, faites mettre dans le Moniteur qu'une grande bataille a eu lieu dans la vieille Prusse, que l'armée russe a été mise dans une déroute complète. 40 pièces de canon, 16 drapeaux et 10 ou 12 000 prisonniers, sont le résultat de cette action, qui a eu lieu le 8 février, et qui est une des plus mémorables de la guerre. »
(à Cambacérès, 9 février)

« Je profite du courrier que j'envoie à Paris pour vous faire connaître le résultat de la bataille d'Eylau, qui nous a coûté du monde. L'ennemi a éprouvé une horrible boucherie. Il a passé toute la nuit sans pouvoir se rallier. Il est déjà à une marche de nous. Il a perdu 35 à 40 pièces de canon, 10 drapeaux et 10 000 blessés. Porter sa perte à 30 000 hommes, c'est plutôt la diminuer que l'exagérer. »
(à Clarke, 9 février)

« L'ennemi a perdu la bataille, quarante pièces de canon, dix drapeaux, douze mille prisonniers. Il a horriblement souffert. J'ai perdu du monde, seize cents tués et trois à quatre mille blessés. »
(à Joséphine, 9 février)

« Le mal de l'ennemi est immense; celui que nous avons éprouvé est considérable. Trois cents bouches à feu ont produit la mort de part et d'autre pendant douze heures. La victoire, longtemps incertaine, fut décidée et gagnée lorsque le maréchal Davout déboucha sur le plateau et déborda l'ennemi, qui, après avoir fait de vains efforts pour le reprendre, battit en retraite.
[…]
Tous sont morts avec gloire. Notre perle se monte exactement à 1 900 morts et 5 700 blessés, parmi lesquels un millier, qui le sont grièvement, seront hors de service. Tous les morts ont été enterrés dans la journée du 10. On a compté sur le champ de bataille 7 000 Russes.
Ainsi l'expédition offensive de l'ennemi, qui avait pour but de se porter sur Thorn en débordant la gauche de la Grande Armée, lui a été funeste : 12 à 15 000 prisonniers, autant d'hommes hors de combat, 18 drapeaux, 45 pièces de canon, sont les trophées trop chèrement payés sans doute par le sang de tant de braves.
[…]
Cette expédition est terminée, l'ennemi battu et rejeté à cent lieues de la Vistule. L'armée va reprendre ses cantonnements et rentrer dans ses quartiers d'hiver. »
(58e Bulletin, 9 février)

« J'ai battu l'ennemi dans une mémorable journée, mais qui m'a coûté bien des braves. »
(à Joséphine, 11 février)

« Tout ce qui revient des détails de la bataille est que la perte de l'ennemi a été triple de la nôtre, et la nôtre a été considérable, comme vous l'avez vu. »
(à Cambacérès, 12 février)

« Le résultat de la bataille d'Eylau m'a donné 6 000 blessés. »
(à Daru, 12 février)

« Nous avons eu une affaire fort chaude. La canonnade a fait de part et d'autre un mal épouvantable. Nous sommes restés douze heures nous mitraillant sans coups de fusil. L'ennemi a laissé sur le champ de bataille 4 000 cadavres; nous en avons laissé 12 ou 1 500. Il nous a laissé 16 pièces de canon et quelques drapeaux. «
(à Lannes, 12 février)

« La perte de l’ennemi a été énorme. La mienne n’a été que trop considérable ; telle qu’elle est évaluée dans le bulletin, elle est plutôt exagérée qu’atténuée. »
(à Talleyrand, 12 février)

« Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la belle partie de la guerre; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de victimes. »
(à Joséphine, 14 février)

« [L’ennemi] avoue avoir perdu 20 000 hommes, tués et blessés. Sa perte est beaucoup plus forte. »
(59e Bulletin, 14 février)

« La bataille d’Eylau a été fort sanglante. »
(à Cambacérès, 17 février)

« Nous avons eu ici une bataille assez sanglante, puisqu'elle me coûte plus de 1 500 hommes tués et pas loin de 6 000 blessés.
[…]
L'ennemi a perdu 15 ou 16 généraux tués. Sa perte a été immense; cela a été une véritable boucherie. »
(à Fouché, 17 février)

« La bataille d'Eylau a été très-sanglante et fort opiniâtre. »
(à Joséphine, 17 février)

« Par la bataille d'Eylau, plus de 5 000 blessés russes restes sur le champ de bataille, ou dans les ambulances environnantes, sont tombés au pouvoir du vainqueur. Partie sont morts, partie, légèrement blessés, ont augmenté le nombre des prisonniers. 1 500 viennent d'être rendus à l'armée russe. Indépendamment de ces 5 000 blessés, qui sont restés au pouvoir de l'armée française, on calcule que les Rosses en ont eu 15 000. »
(61e Bulletin, 18 février)

« Nous avons eu une affaire fort sanglante à Eylau. »
(à Fouché, 20 février)

« J'ai eu une bataille très-sanglante le 8, à Eylau, où l'ennemi a été battu. »
(à Mortier, 20 février)

« Les ennemis n’ont pas perdu 14 000 hommes, mais plus de 30 000. »
(à Talleyrand, 20 février)

« .Je verrai avec plaisir que vous, ou le ministre de l'intérieur, ou quelqu'un, donniez une grande fête pour la bataille d'Eylau. »
(à Cambacérès, 21 février)

« J'ai perdu du monde à la bataille d'Eylau. La victoire a été longtemps disputée et l'ennemi a fait des efforts de toute espèce. »
(à Jérôme, 25 février)

« Tous les rapports que l'on reçoit s'accordent a dire que l'ennemi a perdu à la bataille d'Eylau 20 généraux et 900 officiers tués et blessés, et plus de 30 000 hommes hors de combat. »
(63e Bulletin, 28 février)

« Après la bataille d'Eylau, l'Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer tous les morts. On a trouvé un grand nombre de cadavres d'officiers russes avec leurs décorations. Il parait que parmi eux il y avait un prince Repnine. Quarante-huit heures encore après la bataille, il y avait plus de 500 Russes blessés qu'on n'avait pas encore pu emporter. On leur faisait porter de l'eau-de-vie et du pain, et successivement on les a transportés à l'ambulance.
Qu'on se figure, sur un espace d'une lieue cariée, 9 ou 10 000 cadavres, 4 ou 5 000 chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d'obus, de munitions, 24 pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever; tout cela avait plus de relief sur un fond de neige : ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre.
Les 5 000 blessés que nous avons eus ont été tous évacués sur Thorn et sur nos hôpitaux de la rive gauche de la Vistule, sur des traîneaux. »
(64e Bulletin, 2 mars)

« Les relevés faits, il en résulte que la perte que nous avons éprouvée à la bataille d'Eylau, telle qu'elle est portée dans le bulletin, est plutôt exagérée qu'atténuée. Elle se trouve être de 3 000 blessés et de 1 500 morts. »
(à Cambacérès, 11 mars)

« Selon M. Daru, je n'aurais pas eu plus de 3 000 blessés à la bataille d'Eylau. »
(à Clarke, à Duroc, 11 mars)

« Il paraît qu'à Paris on se fait de bien fausses idées sur nos pertes; elles ont été, au contraire, exagérées. Il résulte du relevé des états de l'intendant général que le nombre des blessés, qui est porté dans le bulletin à 5 700, n'est que de 4 300; et, d'après les états des corps, le nombre des morts, au lieu de 1 900, n'est que de 1 500. »
( à Cambacérès, 13 mars)

« J'ai vu, dans vos lettres et dans différents articles de journaux, qu'on se fait à Paris une bien fausse idée de notre position. Le fait est que le bulletin a plutôt exagéré que diminué nos pertes. »
(à Fouché, 13 mars)



De la même manière qu’il convenait d’amoindrir les pertes françaises, il était également nécessaire de peindre la situation russe sous le jour le plus sombre.

Le 27 février, Napoléon écrivait à Talleyrand :
« Le général russe Korff [général major d’un régiment de chasseurs], qui a été pris hier à Peterswalde [au saut du lit, par les hommes du 6e léger, du corps de Ney] vient d'arriver. J'ai longtemps causé avec lui. Il avait sous ses ordres dix bataillons d'infanterie légère qui n'avaient sous les armes que 1 500 hommes, c'est-à-dire 150 hommes par bataillon, tandis que leur complet est de 900 hommes. Cela donne une idée de la perte de l'armée russe. Il a confirmé qu'ils avaient perdu 20 généraux et 900 officiers, perte irréparable pour eux. Il a ajouté qu'on se garderait bien de faire venir les Gardes qui sont encore à Saint-Pétersbourg; que toute l'armée était extrêmement fatiguée, et que les principaux généraux avaient, il y a huit jours, expédié Bagration pour représenter à la cour le mauvais état de l'armée et l'impossibilité de reprendre l'offensive, et appuyer sur la nécessité de s'arranger promptement avec la France et de profiter du moment actuel. Ce général nous a très bien expliqué comment il ne restait plus de troupes en Russie; que le corps même d'Essen était composé de recrues qui ne tiennent pas, ce qui est vrai; que le corps de Michelson était de même nature; que les forces de cet empire colossal consistaient dans cette armée à demi détruite [Napoléon transmit ces informations quasiment mot pour mot le même jour à Bernadotte]. Faites faire des articles pour les journaux de France et d'Allemagne; mais il faut en bien taire la source. »

Les mêmes ordres étaient donnés le lendemain à Fouché :
« Faites courir les nouvelles suivantes, mais d'une manière non officielle; elles sont cependant vraies. Répandez-les d'abord dans les salons : faites-les mettre après dans les journaux. L'armée russe est tellement affaiblie, qu'il y a des régiments qui sont réduits à 150 hommes. Il ne reste plus de troupes en Russie; tous les bons régiments sont à l'armée près de Kœnigsberg; le corps même d'Essen n'est composé que de recrues, comme on l'a vu au combat d'Ostrolenka, où il ne s'est pas fait honneur. L'armée russe demande la paix; elle accuse quelques grands seigneurs d'être achetés par l'Angleterre et de vendre le sang russe pour l'or anglais [cette information se retrouve également dans la missive de la veille à Bernadotte]. Les généraux, après la bataille d'Eylau, ont expédié le général Bagration à Saint-Pétersbourg, pour représenter que l'armée est presque détruite et ne pourrait soutenir la campagne prochaine, et que c'est sans raison qu'on veut soulever une nouvelle guerre contre une nation plus populeuse que la Russie, qui a plus de moyens de se recruter, et qui a plus de ressources en officiers et en hommes habiles. »


Les instructions de Napoléon furent exécutées. Ainsi, on pouvait lire dans le Journal de l’Empire du 14 mars :
« Le 26 février, quelques cavaliers français ont enlevé un courrier qui portait des dépêches à Pétersbourg. La plupart des lettres interceptées parlent des pertes énormes et du découragement de l'armée russe; mais on remarque surtout la suivante, datée de Braunsberg; et adressée à M. Cordier de Launay, secrétaire de S. M. l'empereur de Russie à Pétersbourg:
« Nous continuons nos succès, mon ami. Des circonstances imprévues nous ont empêché de profiter de la victoire d'Eylau pour exécuter le beau plan que nous avions formé de pénétrer à Berlin, et de couper ainsi l'armée française; mais nous marchons de nouveau vers le même but, et vous verrez, par la date de ma lettre, que les Français se flattent en vain de nous retenir derrière la Prégel. Combien notre position actuelle serait favorable pour opérer notre réunion avec l'armée anglaise, qui doit venir nous joindre par la Baltique ! La saison s'y oppose; mais au printemps une flotte formidable viendra appuyer nos flancs et inquiéter ceux de l'ennemi. Nous en avons reçu depuis peu de jours une nouvelle assurance. Je n'ai pas besoin de vous dire que toutes ces victoires ont été chèrement achetées. J'ai perdu mon frère Alexis; il est mort en brave, et je m'en console; mais ce qui m'afflige davantage, c'est de voir notre armée tellement affaiblie, avant le commencement de la campagne, qu'un grand nombre de nos bataillons sont réduits à 200 hommes.
Les Français se vantent d'avoir battu le général Essen à Ostrolenka; ils disent même que cette partie de notre armée ne s'est pas fait honneur; mais nous savons tous qu'elle n'est composée que de recrues. Tous les bons régiments étaient à la belle bataille d'Eylau. Cependant, je me suis bien donné de garde de communiquer votre dernière, par laquelle vous m'annoncez qu'il ne reste plus de troupes en Russie, et que désormais nous ne pouvons attendre que des recrues qui n'ont jamais vu le feu.
Mais malgré ces précautions l'esprit de l'armée, n'est pas bon. Au lieu de l'enthousiasme que devraient exciter nos victoires, je vois avec douleur le nombre des mécontents s'augmenter chaque jour. L'armée ose, accuser assez hautement les auteurs de la guerre d'avoir vendu le sang russe pour l'or anglais ; elle prétend que notre auguste souverain est trompé : enfin, elle va jusqu'à demander la paix. On assure que, nos généraux effrayés de ces dispositions et de nos pertes ont député vers S. M. le prince Bagration, pour prendre de nouveaux ordres. Nous avons contre nous un général habile et entreprenant. Nous nous attendons à une attaque générale vigoureuse, dès que la saison le permettra. Mais quelque soit l'événement, vous savez que votre ami remplira son devoir et mourra à son poste s'il le faut. Tâchez de trouver l'occasion de mettre aux pieds de S. M. l'assurance de mon dévouement sans bornes. Adieu mon ami, le canon se fait entendre. Je vous écrirai dans quelques jours.
Signé : Askof.

Nota : il n’est pas besoin de rappeler que le beau plan dont parle cette lettre, a de nouveau et pour toujours été dérangé par les dernières victoires de la Grande-Armée. »





Voici comment on accueillit les premières nouvelles d'Eylau à Paris :
« [Napoléon] venait de recevoir de Paris la nouvelle de l'arrivée du bulletin de la bataille d'Eylau dans cette capitale; les esprits en étaient retournés: ce n'étaient que lamentations partout; les fonds publics avaient éprouvé une baisse notable. Il comprit bien qu'il arriverait pis encore, si, à la suite de cela, il repassait la Vistule: sa position morale était horrible ; il luttait contre tous; il tint tête à l'orage, eut du courage pour tout le monde, et son inflexible opiniâtreté fit rentrer la raison dans les têtes d'où elle était sortie.
Il écrivit d'une manière sévère au ministre de la police sur la baisse des fonds, lui faisant observer qu'il ne pouvait qu'y avoir inertie de sa part, puisqu'il n'y avait pas lieu à un pareil discrédit, ou bien qu'il avait laissé le champ libre à la malveillance, habile à saisir tout ce qui peut nuire à l'autorité souveraine.
Le ministre, effrayé par la seule pensée de voir, pour la seconde fois de la campagne, l'empereur de mauvaise humeur contre lui, se procura une lettre du général Defrance à son beau-père, dans laquelle il lui racontait l'événement d'Eylau, ajoutant qu'il allait, avec sa brigade de carabiniers, reprendre les cantonnements qu'il avait auparavant derrière la Vistule. Il envoya cette lettre à l'empereur, comme la cause du mouvement des fonds publics, parce que, disait-il, le beau-père du général Defrance l'avait fait circuler.
L'empereur gronda le général Defrance; mais le ministre avait fait un lourd mensonge : il aurait mieux fait de dire que cette baisse provenait de la frayeur dont tout le monde était atteint, chaque fois que l'on voyait les destinées de la France et de chaque famille soumises à un coup de canon.»
(Savary, Mémoires) :

On retrouve également trace des mauvaises impressions parisiennes dans la correspondance de Cambacérès :

1er mars :
« La nouvelle de la bataille d’Eylau a laissé dans les esprits, une sorte d’impression de tristesse qui ne pourra se détruire qu’avec le temps. On sait que la perte de notre côté a été considérable ; mais on l’exagère.
[…]
Je diffère [le départ de 180 dragons de la Garde ordonné par l’Empereur] de quelques jours, afin de ne pas donner un nouveau motif à la sollicitude du public. »

3 mars :
« [La publication des 60 et 61e Bulletins] produira dans le public u très bon effet qui, je ne crains point de le dire à Votre Majesté était nécessaire, à cause de l’inquiétude qu’avaient répandues dans tous les esprits les premières relations de la bataille d’Eylau. »

7 mars :
« Depuis les pertes faites à Eylau et auxquelles Votre Majesté a donné de justes regrets, l’impression de tristesse que la lecture de Bulletins avait faite naître, l’inquiétude de plusieurs familles sur le sort de leurs enfants dont on n’a point encore de nouvelles, enfin le défaut d’ordre pour un Te deum avaient été pour moi autant de motifs d’ajourner l’exécution de ces projets [la célébration d’une grande fête ordonnée par l’Empereur, à l’occasion de la bataille d’Eylau].
Aujourd’hui, qu’il n’y a plus de doutes sur les résultats de la victoire d’Eylau, que le combat du 16 présente de nouveaux avantages et que la rentrée des troupes de Votre Majesté dans leurs quartiers d’hiver nous donne lieu de penser qu’il n’y aura plus de quelques temps d’opérations militaires, je vais, encouragé par l’opinion que vous daignez me témoigner, donner une fête aussi nombreuse et aussi brillante qu’il me sera possible. »


La fête souhaitée par l’Empereur le 21 février (missive à laquelle Cambacérès répondit comme vu plus haut le 7 mars) eut finalement lieu le dimanche soir 15 mars, au palais du Petit-Luxembourg, chez Joseph. Joséphine, Julie Clary, rène de Naples, Pauline et Caroline y assistèrent. Les festivités commencèrent par un bal et se prolongèrent au milieu de la nuit par un souper auquel furent conviés près de 600 invités. La fête continua par des danses jusqu’au petit matin.
Le Moniteur publia à cette occasion les lignes suivantes :
« La victoire mémorable remportée sur les Russes à la journée d'Eylau, les succès qui , dans les combats livrés depuis cette journée, ont constamment couronné les armes de Sa Majesté l’Empereur et Roi, la conquête des trophées glorieux dus à l’inébranlable constance et au courage héroïque de la Grande Armée, méritaient de nouvelles actions de grâces : la reconnaissance et l’admiration publique avaient besoin de s’exprimer.
S.A.S. le prince archichancelier de l’Empire a saisi l’occasion que lui offraient ces nouveaux triomphes, pour se rendre l’interprète des sentiments qui inspirent à tous les Français, et particulièrement aux habitants de cette grande capitale. »

Outre cette fête, la bataille d’Eylau fut également célébrée par le concours lancé par Denon le 2 avril :
« La bataille d'Eylau est un de ces événements qui occupent dans l'histoire une place signalée ; elle devient par cela le patrimoine des arts, particulièrement de la peinture, qui peut seule rendre l'âpreté du site et du climat, et la rigueur de la saison pendant laquelle cette mémorable bataille a été donnée.
Le directeur général du Musée Napoléon a cru de son devoir de se saisir de ce sujet et, étant absent, de le proposer, par la voix publique, aux peintres d’histoire.
Comme toutes les batailles ont un caractère de ressemblance, il a pensé qu'il était préférable de choisir le lendemain de celle d'Eylau, et le moment où l'Empereur, visitant le champ de bataille, vient porter indistinctement des secours et des consolations aux honorables victimes des combats.
Le directeur général a donc demandé à Sa Majesté la permission de proposer aux artistes d'en faire chacun une esquisse, qui sera jugée parla 4e classe de l'Institut national. On voudrait que le» esquisses fussent dans la proportion la plus rapprochante de 4 pieds (12 décimètres) et calculées de manière à ce que les figures du premier plan soient dans le tableau, d'une proportion de forte nature. Le tableau sera de même grandeur que celui de l'hôpital de Jaffa, et le prix sera de 16 000 francs. Il sera de même exécuté en haute lisse par la manufacture des Gobelins. Les deux esquisses que la classe de l'Institut jugera avoir mérité un premier et un deuxième accessit seront honorées chacune d'une médaille d'or de 600 francs.
Lesdites esquisses devront être déposées au secrétariat du Musée Napoléon, où elles seront reçues jusqu'au 15 mai 1807 inclusivement. Ce terme est de rigueur.
Le directeur général joint ici une description faite sur le champ de bataille d'Eylau, au moment où, le lendemain de celle bataille, l'Empereur a fait la revue des corps qui y avaient combattu.
Pour donner une idée juste des positions, le directeur général a fait déposer à la direction du Musée Napoléon un croquis du champ de bataille. Chaque artiste qui voudra concourir pourra le consulter, en s'adressant au secrétaire général, qui lui communiquera une note détaillée pour le site et les costumes. Les groupes de figures du croquis, tels vrais qu'ils soient, ne doivent pas gêner les artistes dans leurs compositions. Tout ce qui est mobile dans le premier plan est absolument à la volonté du peintre et au choix qu'il fera des situations énoncées dans la description ci-après.


Notice pour les concurrents.
L'Empereur visite le champ de bataille de Preuss-Eylau, le 9 février 1807.
L'armée française, victorieuse le 8 février 1807 à Preuss-Eylau, avait bivouaqué pendant la nuit sur le champ de cette mémorable bataille, que l'armée russe, complètement battue, avait abandonné précipitamment pendant cette même nuit.
Le 9, à la pointe du jour, l'avant-garde de l'armée française poursuivait l'ennemi sur tous les points, et trouvait les routes de Kœnigsberg couvertes de morts, de mourants et de blessés russes abandonnés, ainsi que canons, caissons et bagages.
Vers midi, l'Empereur monta à cheval : il était accompagné des princes Murat et Berthier, des maréchaux Soult, Davout, Bessières, du général écuyer de Caulaincourt, de ses aides de camp généraux Mouton, Gardanne, Lebrun, de plusieurs autres officiers de sa maison, ainsi que d'un piquet de chasseurs de la garde, et des princes et officiers gardes d'honneur polonais. Il passa en revue plusieurs divisions des corps des maréchaux Soult, Augereau et Davout, qui se trouvaient encore sur le champ de bataille, et parcourut successivement toutes les positions qu'avaient occupées, la veille, les différents corps français ou russes. La campagne était entièrement couverte d'une neige épaisse sur laquelle étaient renversés des morts, des blessés et des débris d'armes de toute espèce; des traces de sang contrastaient partout avec la blancheur de la neige; les endroits où avaient eu lieu les charges de cavalerie se remarquaient par la quantité de chevaux morts, mourants ou abandonnés; des détachements de Français et de prisonniers russes parcouraient en tout sens ce vaste champ de carnage, et enlevaient les blessés pour les transporter aux ambulances de la ville. De longues lignes de cadavres russes, de blessés, de débris d'armes et de havresacs abandonnés dessinaient d'une manière sanglante la place de chaque bataillon et de chaque escadron. Les morts étaient entassés sur les mourants au milieu des caissons brisés ou brûlés et des canons démontés. L'Empereur s'arrêtait à chaque pas devant les blessés, les faisait questionner dans leur langue, les faisait consoler et secourir sous ses yeux. On pansait devant lui ces malheureuses victimes des combats : les chasseurs de sa garde les transportaient sur leurs chevaux; les officiers de sa maison faisaient exécuter ses ordres bienfaisants. Les malheureux Russes, au lieu de la mort qu'ils attendaient d'après l'absurde préjugé qu'on leur a imprimé, trouvaient un vainqueur généreux. Étonnés, ils se prosternaient devant lui, ou lui tendaient leurs bras défaillants en signe de reconnaissance. Le regard consolateur du grand homme semblait adoucir les horreurs de la mort et répandre un jour plus doux sur cette scène de carnage. Un jeune hussard lithuanien, auquel un boulet avait emporté le genou, avait conservé tout son courage au milieu de ses camarades expirants. Il se soulève à la vue de l’Empereur : « César, lui dit-il, tu veux que je vive ; eh bien ! qu'on me guérisse, je le servirai fidèlement comme j'ai servi Alexandre. »

Le 18 mai, l’exposition publique commença dans la grande galerie du musée Napoléon. Vingt-cinq esquisses étaient présentées et le public au rendez-vous : « La foule des curieux est immense : à peine peut-on approcher de celles qui appellent le plus l'attention. Jamais exposition semblable n'avait attiré un si grand nombre d'amateurs » (Journal de l’Empire, 20 mai)
Même avis dans la Gazette du lendemain : « Le public se porte e» foule, pour voir les esquisses exposées depuis lundi, dans la grande galerie du Louvre » ; qui poursuit ainsi : « les suffrages paraissent se réunir en faveur de l'esquisse qui se trouve placée la dernière en entrant; on y reconnaît effectivement un talent déjà exercé en ce genre ; mais il faut convenir que toutes se ressentent plus ou moins de la grande précipitation avec laquelle elles ont été faites. D'autres aussi attestent que l'amateur comme l'artiste a été admis au concours, car on ne peut se dissimuler que quelques-unes ont l'air de véritables caricatures.»
Le Journal de l’Empire (22 mai) fut également séduit par l’œuvre mise en avant par la Gazette :
« Il faut je crois, considérer comme une heureuse inspiration du génie le développement que l'un des concurrents a osé donner à l'idée fournie par le programme.
L'action du jeune Lithuanien est d'un homme de courage, qui sent le prix de la vie à l'instant de la douleur, dont l’âme ne s’est point abattue à l'aspect de la mort. Il y a dans son discours un mélange de finesse et de naïveté que la situation rend singulièrement touchant, on ne pouvait rien imaginer de plus spirituel pour fixer les regards du monarque, et appeler sur soi les soins de ceux qui distribuaient les secours à cette multitude de blessés. Mais cette anecdote n'est pas, il s'en faut de beaucoup, la grande action de la journée, elle tient, il faut le dire, trop de place dans la composition indiquée par le programme. Ce qui appartient à l'histoire, ce que la peinture pouvait exprimer bien plus sûrement que de vaines paroles, c'est le sentiment de cette noble douleur dont le vainqueur se sentit ému à l'aspect de tant de destructions et de souffrances causées par la guerre : trait ineffaçable de caractère, qui ne fut point l’effet d'un mouvement passager, que l'on retrouve profondément empreint dans les discours et dans les actions de plusieurs jours, que la postérité ne pourra révoquer en doute, qu'il faudra qu’elle admire comme font les contemporains.
L'auteur de l’esquisse dont nous parlons a saisi ce trait: l'Empereur embrasse d'un regard plein d’émotion le vaste champ de carnage ; il exprime du reste la résolution prise avec lui-même de mettre un terme à ces désastres. Cette action intérieure et silencieuse, qui se manifeste seulement par le mouvement de la physionomie, est de celles qu’un peintre habile peut rendre avec plus de précisions que ne ferait l’écrivain : c'est une de ces circonstances infiniment rares et précieuses pour l’art, où la peinture est plus puissante que le discours et peut ajouter quelque chose aux récits de l'historien et même aux chants du poète : le reste de la composition est sagement ordonné. Le jeune Lithuanien se distingue dans la foule des malheureux qui se pressent sur les pas du héros consolateur ; les pertes de la journée précédente et les douleurs de la nuit, sont reproduites par d’ingénieux épisodes. La neige s'élève en monticules sur un grand nombre de morts ; les blessés en sont couverts, il faut la faire tomber de dessus leurs membres pour reconnaitre les plaies ; l'exécution est facile et vigoureuse, la disposition pittoresque, la couleur brillante. Les suffrages et les vœux se réunissent, en génaral, pour cette esquisse. »

Il est probable que cette esquisse (dont l’auteur, conformément au règlement du concourt devait rester secret) était celle de Gros.
Le 23 juin, ce dernier remportait finalement le concours ; victoire commentée ainsi par le Mercure de France (27 juin) : « Jamais jugement d Académie n'a été plus conforme à l'avis unanime du public »

Gros commença son tableau six mois plus tard et l’acheva durant l’été 1808. L’œuvre fut présentée au Salon et Gros fut décoré de la Légion à l’occasion de la visite de Napoléon le 22 octobre.


Le célèbre tableau :
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Pour mémoire, le 1er accessit avait été accordé à Meynier :
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Dans la lignée des directives de Denon, on peut aussi citer cette œuvre réalisée, sous la direction de Longhi, par Calliano (gravure) et Anderloni (dessin) :
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Les trois artistes italiens, Napoléon ayant accepté l'hommage, reçurent chacun en 1812 une médaille d’or.




Il convenait également, afin d’amoindrir les mauvaises impressions nées du 58e Bulletin, d’offrir une nouvelle version aux Français. Napoléon s’y attacha et écrivit le 25 mars à Cambacérès :
« On a dû envoyer au dépôt de la guerre à Paris trois planches de la bataille d'Eylau, qui donnent une idée claire de cette bataille. Veillez à ce qu'en trois fois vingt-quatre heures ces trois planches soient gravées à l'eau forte et répandues dans Paris. Vous pouvez aussi ordonner qu'on fasse un livret des bulletins qui ont trait à cette bataille et de la relation qui en a été faite par un officier français, avec ces trois planches. Vous l'enverrez à Milan au prince Eugène, qui le fera traduire en italien, et au roi de Hollande, qui le fera traduire en hollandais. »

Les trois planches correspondaient aux plans suivants :
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Pour ce qui est de la relation, elle fut dictée par Napoléon à Bertrand et intitulée « Relation de la bataille d’Eylau, par un témoin oculaire, traduite de l’allemand »
En voici quelques extraits :
« Tel est le récit de la bataille d’Eylau. La moitié de l’armée française n’a point donné : l’autre moitié n’a ressaisi la victoire que par des efforts de courage et des dispositions du moment. L’ennemi a attaqué, a été battu, et; a échoué dans tous ses projets. Il eût été détruit, si l’officier porteur: des dépêches pour le prince de Ponte-Corvo les eût brûlées; car tout était calculé pour que l’ennemi ne comprit que quarante-huit heures plus tard ce qu’il apprit par ces dépêches. L’armée russe a échappé à sa perte par un de ces événements que se réserve le hasard pour rappeler aux homme qu’il est pour quelque chose dans tous les calculs, dans tous les événements, et que les grands résultats qui détruisent une armée et changent la face d’une campagne, sont sans doute le fruit de l’expérience et du génie, mais qu’ils ont besoin d’être secondés par lui.
[…]
L’ennemi a laissé sur le champ de bataille 7 000 morts, plusieurs milliers de blessés, et avoue lui-même en avoir plus de 16 000 à Kœnigsberg. C’est exagérer notre perte que de la porter de 16 à 1 800 hommes. Il est constant que les blessés ne montent pas même au nombre qu’on croyait d’abord : il y en a moins de 5 000.
Depuis le mois de décembre, l’ennemi a perdu 175 pièces de canon, plus de 25 drapeaux et 40 000 hommes. On conçoit facilement les raisons qui ont rendu la perte de l’ennemi si considérable. Outre qu’il a été plusieurs jours en retraite et vivement poursuivi, il a perdu le champ de bataille, où il a laissé un grand nombre de ses blessés, dont beaucoup ont péri par l’impossibilité de les soigner. Il faut ajouter à cela que l’ennemi ayant été presque toujours en bataille sur quatre et cinq lignes entremêlées de colonnes serrées, l’artillerie, qui a été l’arme particulièrement en jeu dans cette journée, a été et a dû être plus meurtrière pour lui que pour l’armée française, qui, moins nombreuse, était en bataille dans l’ordre mince.
Le lendemain, l’armée française eût marché sur Kœnigsberg, si les chemins n’étaient devenus impraticables par le changement de la saison. D’ailleurs, le général français n’avait point levé ses cantonnements pour prendre l’offensive, mais pour repousser l’agression faire sur le bas de la Vistule; son but était rempli. Il sentait bien qu’une campagne ouverte au milieu des frimas du nord, dans la saison la plus rigoureuse, avait contre lui beaucoup de chances que feraient disparaître le soleil du printemps et la belle saison. Les projets du général français ont été combinés après la bataille de Pultusk comme après celle d’Eylau : il a toujours cherché à se rapprocher de ses dépôts plutôt qu’à s’en éloigner. Il est une position dans une campagne où l’on n’a plus d’intérêt à gagner du terrain ; et telle était alors la position de l’armée française. »

Cette relation associée aux planches ainsi qu’aux bulletins de la campagne fut finalement publiée sous le titre de « Bataille de Preussisch-Eylau, gagnée par la Grande Armée, commandée en personne par S.M. Napoléon 1er, Empereur des Français, roi d’Italie, sur les armées combinées de Prusse et Russie, le 8 février 1807 »





Pour terminer, alors que Napoléon, suite à la boucherie d'Eylau, revendiquait la victoire et amoindrissait ses pertes, voici ce que l'on écrivait dans le camp d’en face :

« Sire,
J’ai la satisfaction d’annoncer à V. M. I. que l’armée dont V. M. a. daigné me confier le commandement, vient de remporter une nouvelle victoire. Le combat qui vient d’avoir lieu a été sanglant et destructeur. Il a commencé le [7 février] à trois heures de l’après midi et a duré jusqu’au [8] à six heures du soir.
L’ennemi à été complètement défait. Mille prisonniers et 12 étendards que j’ai l’honneur d’envoyer à V. M. I. sont tombés entre les mains des vainqueurs. Aujourd’hui, Buonaparté à la tête de ses meilleures troupes a attaqué mon centre et mes deux ailes; mais il a été repoussé et battu partout. Ses gardes ont attaqué plusieurs fois mon centre sans le moindre succès. Après un feu très vif, ils ont été repoussés sur tous les points, par la baïonnette et par les charges de cavalerie. Plusieurs colonnes d’infanterie et des régiments de cuirassiers d’élite ont été détruits.
Je ne manquerai pas de transmettre à V. M. le plutôt possible, un rapport détaillé de la bataille mémorable de Preussisch Eylau.
Je crois que notre perte peut excéder 6 000 hommes, je ne crois pas exagérer lorsque j’évalue la perte de l’ennemi à plus de 12 000 hommes. »
(Bennigsen à Alexandre, 8 février 1807)

Bennigsen transmit par la suite un rapport plus détaillé dont voici quelques extraits :
« Cette sanglante bataille qui commença le 7 Février à trois heures après-midi, se termina le lendemain à minuit. La perte de l’ennemi, de son propre aveu, s’élève à 30 mille hommes tués et 12 000 blessés ; nous avons fait 2 000 prisonniers, et il est tombé 12 aigles en notre pouvoir. Notre perte consiste en 12 000 tués et 7 900 blessés. Il y a eu quatorze généraux français de tués ou blessés. Nous avons neuf officiers-généraux blessés, mais la plupart si légèrement qu’ils ont déjà rejoint l’armée. Je manquerais au premier de mes devoirs, si j’oubliais de rendre aux troupes de Sa Majesté le témoignage honorable qui leur est dû à si juste titre, pour la bravoure et la persévérance qu'elles ont montrée, et d’assurer Votre Majesté que son armée, en acquérant une nouvelle gloire immortelle, a offert au monde l’exemple et la preuve à jamais mémorable de tout ce que peut faire un peuple qui combat pour la défense de son pays, et pour remplir, au prix de son sang et de sa vie, les vues généreuses d’un monarque qu’il adore. C’est en vain que Buonaparté a prodigué ses vastes ressources; en vain il a cherché à exciter le courage de ses soldats ; en vain il a sacrifié une portion considérable de son armée : la bravoure et la constance de l’armée Russe ont résisté à tous ses efforts, et lui ont enfin arraché une victoire longtemps douteuse. Comme je suis resté maître du champ de bataille, j’y suis demeuré toute la nuit, et j’ai considéré alors ce qu’il y avait à faire. Je suis fort aise aujourd’hui d’avoir pris la détermination de me porter vers Konigsberg ; je pouvais m’y procurer d’abondantes ressources de toute espèce pour l’armée, et donner à mes soldats, après des travaux si longs et si glorieux, le repos dont ils avaient besoin, tandis que l’armée française affaiblie et découragée, restait sous les armes. J’espérais, en me portant ainsi en arrière, engager l’armée française à me suivre ; mais il n’y a en que douze régiments de cavalerie, sous le commandement du maréchal Murat, qui l’aient tenté, et ils ont été presque détruits auprès de Mansfeld. Après cette nouvelle perte, l’ennemi a commencé sa retraite. »

Alexandre appris la nouvelle de la « victoire » alliée le 19 février. Le lendemain, il écrivait à Bennigsen :
« Vous comprendrez facilement, Général toute la joie que j’ai éprouvée à l’heureux résultat de la bataille de Preussisch-Eylau. Vous avez eu la glorieuse fortune de vaincre celui qui jusqu'à ce jour n'avait jamais été vaincu. Il m’est excessivement agréable de pouvoir vous témoigner ma reconnaissance ainsi que celle de notre patrie toute entière. Ce courrier est chargé de vous remettre les insignes de l’ordre de Saint-André et j’ai invité en même temps le Ministre des finances à vous servir une pension annuelle de 12 000 roubles.
Toute l'armée, placée sous vos ordres, recevra comme gratification un tiers de sa solde annuelle, et j'attends avec impatience de vous la liste de ceux que vous aurez jugés dignes d'une récompense, pour leur témoigner ma gratitude, je vous avoue que mon seul regret a été d'apprendre que vous avez reconnu nécessaire de vous replier. »
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Joker
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Eylau, le récit de la bataille heure par heure

Message par Joker »

Vivez Eylau comme si vous y étiez, avec ce texte extrait de l’excellent site internet napoleon-histoire.com, de Robert Ouvrard

• 5 heures du matin

Les soldats des deux armées ont passé la nuit sans nourriture, sans abri ni de quoi faire du feu. Il règne un lugubre temps d'hiver.
- Parquin : "Le temps n'était pas froid, mais ce qui était très pénible, c'était une neige épaisse, poussée avec violence par un vent du nord sur nos visages, de manière à nous aveugler. Les forêts de sapins qui abondent dans ce pays et qui bordaient le champ de bataille, le rendaient encore plus triste."

Napoléon fait avancer la Garde derrière l'église, Augereau se dirigeant sur la route de Bartenstein, les dragons, la cavalerie lourde et celle de la Garde prenant position derrière lui et plus au sud. En face, dès les premières lueurs du jour, les soldats se préparent. Pas un coup de feu n'a été encore tiré, il règne un impensable silence.


• 7 heures du matin

Le soleil se lève. Peu après, les russes commencent les hostilités, par un bombardement massif dirigé sur la positon de Soult et sur Eylau.

- Davout : "Le 8 au matin, les armées étaient en présence par un ciel sombre, la neige tombait par rafales et couvrait la terre. C'est ainsi que s’engageait la bataille, qui commençait par une effroyable canonnade prolongée assez longtemps."

- Coignet : "Le 8 février, les russes nous souhaitèrent le bonjour de grand matin, et nous saluèrent d'une affreuse canonnade. En un instant, tout le monde fut sur pied."


- Barrès : "Le jour arriva et, avec lui, une épouvantable canonnade dirigée sur les troupes qui couvraient la ville. S'armer et chercher à sortir de la ville ne fut qu'une pensée, mais l'encombrement à la porte était si grand, occasionné par la masse des hommes de tous les grades et de tous les corps qui bivouaquaient en avant et autour d'Eylau que le passage en était pour ainsi dire interdit. L'Empereur, surpris comme nous, eut des peines inimaginables pour pouvoir passer."

- Davidov : "Soudain, le jour apparut et, avec lui, les soixante pièces de notre artillerie sur notre droite ouvrit le feu dans un grondement. Une partie de l'artillerie ennemie, qui était au repos, derrière les premières maisons de la ville, se démasqua et répondit (..)"

Napoléon monte au clocher de l'église. Maintenant, le duel d'artillerie est devenu particulièrement intense. Les tirs russes, au début, ne semblent pas être très efficaces, mais le nombre de pièces vient au secours de l'infériorité des artilleurs.

Coignet : "Les Russes avaient une formidable artillerie; on disait même qu'ils avaient amené de Königsberg vingt-deux pièces de siège."



Ce sont près de 800 pièces d'artillerie qui sont en action ! Compte tenu de l'état du terrain, les boulets, ricochant, rebondissant, puis éclatant, font de terribles ravages, même si, tirant parti de leurs positions, les français se protègent bien.

Coignet : "C'était, dans nos rangs, un épouvantable ravage... Mais quelle position affreuse ! Rester, pendant deux heures, immobiles, attendant la mort sans pouvoir se défendre, sans pouvoir se distraire. De tous les cotés les hommes tombaient, et des files entières disparaissaient."


Barrès : "Nous étions sous les coups d'une immense batterie, qui tirait sur nous à plein feu et exerçait dans nos rangs un terrible ravage. Une fois, la file qui me touchait à droite fut frappée en pleine poitrine; un instant après, la file de gauche eut les cuisses droites emportées."



Les grenadiers à cheval de la Garde restent, eux aussi, impassibles sous ce feu meurtrier. Quand, malgré tout, certains courbent le dos, le général Lepic, qui les commande, leur crie "Haut la tête ! La mitraille n'est pas de la merde !" (au cours de la bataille, Lepic recevra dix-sept blessures, dont un coup de baïonnette à travers les deux joues et un coup de sabre dans thorax !).


Rapidement, des incendies éclatent, sous la mitraille.


Coignet : "Les obus incendiaient les maisons du village, les obus passaient au-dessus ou au travers, et tout venait tomber comme grêle sur le lac où nous nous trouvions."


Pendant trois heures, le duel d'artillerie se poursuit, sans que rien d'autre ne se passe des deux cotés de la ligne de front.



• 9 heures

Davout arrive en vue d'Eylau et ne perd pas une minute, occupant Serpallen et Klein Saunsgarten.


- Davout : "La division Friant était en tête, suivie de la division Morand, puis de la division Gudin. La lutte prenait immédiatement de ce côté un caractère des plus acharné".

Mais la gauche russe, un moment débordée, se ressaisi et Davout est bientôt mis en difficulté.


 Napoléon, pour aider son lieutenant ordonne à Saint-Hilaire et à Augereau de se porter en avant. À ce moment survient une brusque tempête de neige, avec un terrible vent du nord-est, réduisant la visibilité à moins de vingt pas, et chassant les flocons dans les yeux des fantassins français, qui perdent de vue leur objectif.



- Pouget : "La neige survint avec une telle abondance qu'on n'y voyait pas à plus de trente toises".


- Paulin : "Nous ne pouvions rien distinguer; la neige à gros flocons, poussée par un vent violent du nord, nous aveuglait en nous frappant le visage"
Il s'en suit que la division Desjardins, puis celle de Heudelet, perdent la direction qui leur était assignée, obliquent vers la gauche, c'est à dire plus au nord, et se trouvent même, un moment, sous le feu des canons français en batterie à Eylau.

- Davout : "un ouragan de neige jetait le désordre dans le combat, sans interrompre le feu de l’artillerie russe, qui en un instant détruisait presque entièrement le corps d’Augereau."

- Bertrand : "Les divisions Desjardins et Heudelet étaient d'abord rangées sur deux lignes, dans l'intervalle entre le village de Rothenen et la ville d'Eylau. A 10 heures, elles furent portées en avant et débouchèrent, entre Rothenen et le cimetière en colonnes serrés. Ce défilé franchi elles se formèrent en bataille. La 1e brigade de chaque division déployée, la seconde en carré. Tandis qu'elles s'avançaient, une rafale de neige les trompa dans leur direction. Donnant à gauche elles laissèrent à droite un large espace. 


- Billon : "Les corps des maréchaux Lannes et Augereau, entre autres, qui occupaient à peu près le centre de l'armée, dévièrent l'un à droite, l'autre à gauche, laissant ainsi entre eux un espace vide."

- Krettly : "La neige n'avait pas cessé de tomber à gros flocons depuis le matin, et on avait toutes les peines du monde à distinguer les mouvements des ennemis. Elle devint même, un instant, si épaisse qu'il y eut confusion parmi nous. Plusieurs régiments se trouvèrent emportés au milieu des ennemis où ils combattirent au corps à corps."


Rapidement séparées du reste du corps de Saint-Hilaire, ces deux unités se trouvent bientôt directement exposées aux tirs de la grande batterie centrale des russes. De plus, les fusils, mouillés par la tempête de neige, ne font pas feu correctement. Nos batteries sont, elles aussi, gênées par la neige.



- Bertrand : "72 pièces russes vomirent à ce moment une telle quantité de mitraille, qu'en moins d'un quart d'heure ces deux divisions furent écrasées."

- Davidov : "Le corps d'Augereau perdit sa direction, le contact avec la division Saint-Hilaire et la cavalerie, et apparut soudainement, à leur grande surprise, mais aussi à la notre, devant notre batterie centrale, juste au moment où le ciel s'éclaircit."


Les russes profitent rapidement de la situation, enfonçant leur cavalerie dans l'espace ainsi offert.

- Davidov : "En un instant les grenadiers de Moscou et l'infanterie Schlusselbourg, avec l'infanterie du général Somov, s'élança sur eux, baïonnettes au canon. Les français fléchirent, puis se ressaisir, opposants leurs baïonnettes et tinrent leur position."

- Billon : "Les russes lancèrent dans cet espace une masse considérable de leurs réserves d'infanterie, dans le but de couper l'armée française'".

- Paulin : "Le général de division Desjardins, à pied, est atteint d'une balle dans la tête; en tournoyant, il balbutie un commandement et tombe raide mort; le général de division Heudelet reçoit un biscaïen dans le ventre."


Le 14e de ligne est brusquement entouré de toute part par l'ennemi, et massacré pratiquement sous les yeux de Napoléon, qui lui envoie Marbot. Augereau est blessé au bras et au visage et évacué: mais la blessure morale est plus grande !


 Maintenant, 4.000 à 6.000 grenadiers russes s'enfoncent ainsi dans la brèche, jusqu'aux approches d'Eylau, sous le regard de Napoléon, dont ils s'approchent dangereusement.


- Davidov : "L'un de nos bataillons, dans la chaleur de la poursuite, dépassa les positions ennemies, et apparut près de l'église, à quelques centaines de pas de Napoléon lui-même."

- Las Cases : "Il (l'Empereur) se trouva presque heurté par une colonne de quatre à cinq milles russes : l'Empereur était à pied, le prince de Neuchâtel fit aussitôt avancer les chevaux; l'Empereur lui lance un regard de reproche, donne l'ordre de faire avancer un bataillon de sa garde, qui était assez loin en arrière, et demeure immobile, répétant plusieurs fois, à mesure que les russes approchent: Quelle audace ! Quelle audace ! À la vue des grenadiers , les russes s'arrêtèrent net."


Craignant pour l'Empereur, sa cavalerie d'escorte se jette à l'assaut des russes, puis Dorsenne donne l'ordre aux grenadiers de la Garde de faire feu sur cette masse ennemie. Ceux-ci, craignant d'atteindre par erreur l'Empereur, refusent et chargent à la baïonnette. Puis l'escadron de service charge les fantassins russes. Par ces actions combinées, ceux-ci sont anéantis jusqu'au dernier. C'est dans cette action que le général Dahlmann trouve la mort.


- Davidov : "Ici se produisit un engagement tel qu'on n'en avait jamais vu auparavant (...) Pendant une heure et demie, on n'entendit plus ni les canons, ni les fusils, on ne percevait que le bruit indescriptible de milliers de braves combattants (...) les cadavres s'empilaient sur d'autres cadavres, les hommes tombaient les uns sur les autres par centaines, de sorte que tout ce coté du champ de bataille ressemblait au parapet d'une fortification soudainement érigée. Finalement, nous eûmes le dessus."



- François : "L'Empereur (y) envoya un régiment de la Garde, commandé par le général Dorsenne, qui s'avança l'arme au bras; son aspect arrêta net la colonne russe."


Cependant, Bennigsen envoie sur le centre français, enfoncé par la charge de ses cavaliers, une colonne de 69 bataillons de fantassins, décidé à couper le dispositif français en deux. Napoléon, qui se tient dans le cimetière, voit cette marche approcher, qui ne tire pas un coup de feu. Il s'adresse à Murat : "Nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?".

- Parquin : "Murat, s'écria l'Empereur, prenez tout ce que vous avez sous la main de cavalerie (il y en avait à peu près soixante-dix escadrons dont vingt de la Garde Impériale sous les ordres du maréchal Bessières qui chargea à leur tête) et écrasez-moi cette colonne. L'ordre fut exécuté à l’instant.”


De fait, Murat rassemble la réserve de cavalerie : 3.000 chasseurs et hussards, 7.000 dragons et 2.000 cuirassiers, au total 12.000 cavaliers, et se lance dans la bataille, afin de remplir le vide produit par la retraite des fantassins d'Augereau. La neige, cette fois-ci, favorise les français: les russes n'entendent pas immédiatement cette énorme charge, La cavalerie lourde, ayant derrière elle Bessières, transperce littéralement les lignes russes, qui n'ont pas eu le temps de se former en carré, et reçoivent les cavaliers français alors qu'ils sont encore en ordre de marche.
Ceux-ci s'enfoncent jusqu'à Anklappen, où ils se heurtent aux dernières positions des russes, adossées aux bois. Ceux-ci, avec un énorme courage, se reforment derrière les cavaliers français dès que la cavaliers français les ont dépassés, alors que, réalisant leur mauvaise posture, ces derniers tentent de rebrousser chemin. C'est une nouvelle charge qu'il faut mener, en sens inverse. Une partie réussi à repasser dans les lignes ennemies, l'autre rejoint, en passant derrière les lignes russes, la gauche de l'armée française.



- Davout : "Cette charge colossale et irrésistible, en désorganisant les masses ennemies, rétablissait le combat qui avait été un instant compromis au centre."


- Coignet : "La charge fut tellement impétueuse que les grenadiers traversèrent complètement les lignes de l'armée russe, et allèrent se reformer derrière elle pour la percer une seconde fois et revenir à nous. Ils perdirent quelques hommes qui furent démontés, faits prisonniers et conduits à Königsberg; mais le gros des escadrons arriva prés de nous, en bon ordre, couvert de sang et de gloire."


- Marnier : "Deux escadrons du 1er régiment de grenadiers à cheval de la Garde, sous les ordres du colonel Lepic, avaient détruit par une charge à fond plusieurs lignes d'infanterie; tout à coup ces deux escadrons se trouvèrent enveloppés d'un océan de neige qui ne permettait plus au colonel de reconnaître la position. Cerné de toute part et sommé de se rendre, le brave Lepic répondit au colonel russe : Regardez ces figures là, font-elles mine de céder ? Sa phrase à peine achevée, il se précipita sur son adversaire et lui coupa la figure. Il n'y avait pas un moment à perdre: Camarades, s'écria Lepic, il nous faut encore passer sur le ventre à deux lignes russes, puis nous iront, nous et notre aigle, retrouver le quartier général. Le régiment s'élance au cri de Vive l'Empereur ! Les Russes d'abord stupéfaits accourent de tous cotés en grand nombre pour s'opposer au mouvement audacieux des grenadiers. Mais, en dépit de leurs masses, ils sont culbutés, et Lepic, gravement atteint de plusieurs coups de baïonnettes, parvint à rejoindre l'Empereur suivi de son intrépide régiment.”


- Billon : "Je vis le superbe et colossal Lepic parti depuis quelques heures à la tête des grenadiers à cheval, exubérant de valeur, de force et d'audace, revenir du champ de bataille, ou il avait fait des prodiges, se présenter à l'Empereur presque tout dépouillé de ses vêtements, n'ayant plus qu'une botte, couvert de sang et de blessures."


• 12 heures

Cette charge de Murat annihile l'avantage que Bennigsen aurait pu tirer de l'enfoncement du corps d'Augereau. Les 4e et 7e divisions russes avaient en effet été utilisées pour poursuivre ce dernier. La 14e, depuis le début de la journée, prêtait main-forte à Bagovout, face à Davout, vers Serpallen, et combattait maintenant entre Klein-Sausgarten et Kreege Berg. Mais l'assaut de Murat a totalement démoralisé les lignes russes, les blessés fuyant déjà le champ de bataille.

Pendant ce temps, la division Saint-Hilaire a continué sa route, dans la bonne direction, elle, attaquant la 2e division d'Ostermann. Friant, avec la brigade Marulaz et la division Milhaud, s'est formé sur la droite de Morand, arrivée par Molwitten. Ensemble, ils passent à l'assaut de la ligne Klein-Sausgarten - Keege-Berg, tenue par Bagavout et Kamensky. Les combats sont intense, indécis, les villages changeant de main plusieurs fois de suite. Attaques et contre-attaques se succèdent.


Un moment, les français pensent emporter la décision, quand Kreege-Berg est enfin entre leurs mains.
Mais le général Korff, à la tête de 20 escadrons se jette sur Morland et Saint-Hilaire, qui soutient ce dernier sur sa gauche. Morand doit reculer sur Serpallen, Saint-Hilaire sur la route de Bartenstein, où les dragons de Klein viennent lui porter secours. Une contre-attaque des français permet de reprendre Klein-Sausgarten et de rejeter les russes sur Anklappen. Friant et Gudin sont maintenant sur les arrières de Kriege-Berg, que les russes évacuent en catastrophe. Saint-Hilaire et Morand réoccupent les hauteurs, qu'ils vont conserver pour le reste de la journée. Y plaçant l'artillerie du IIIe corps, ils prennent, en enfilade, par derrière, des files entières de russes.
Avec la division Gudin, à laquelle il ajoute toutes les troupes dont il peut disposer, Davout s'avance sur Anklappen.


 L'armée de Bennigsen commence à se dissoudre. Les russes s'enfuient par Anklappen, Davout sur leurs talons. Les français atteignent même Kutschitten. La ligne russe se désagrège, incapable de résister plus longtemps. Dans l'angle dont le sommet est à Eylau, il n'y a que tués, blessés, démoralisés. La route de Domnau, vers la Russie, est menacée. Seule celle de Königsberg est encore ouverte, mais l'emprunter signifie risquer d'être rejeté à la mer, comme les prussiens à Lübeck.


 Seule l'extension considérable de la droite française constitue encore un espoir, le seul... Cet espoir, il semble approcher du nord-ouest.



• 16 heures

Le petit corps prussien de Lestocq n'avait cessé de rétrograder depuis le 2 février, parcourant environ 150 kilomètres, sans parler des nombreux détours, par des routes gelées, et le plus souvent de nuit. Suivant les instructions de Bennigsen, Lestocq était arrivé, par Kanditten, à Orschen. Là, il avait trouvé la voie bloquée par les français, les russes retraitant sur Eylau. Il décide de continuer sur Hussehnen, où l'ordre arrive, dans la nuit du 7 au 8, de se hâter vers Althof et de rejoindre les russes pour la bataille. L'ordre de marche est donné vers 8 heures le matin du 8.
Lestocq, après des escarmouches avec Ney, arrive à Althof, vers une heure l'après-midi, mais avec seulement 6.000 hommes. Ils les dirigent immédiatement vers la droite étendue des français, vers Anklappen et Kutschitten, où d'importantes troupes montrent que le village est occupé. Mais leur avance est stoppée par le flot de soldats russes retraitant sur Schmoditten.

 Lestocq lance une attaque sur Kutschnitten, repousse les français, qui doivent évacuer Anklappen.

- Davout : "Le général Lestocq, échappant à Ney, arrivait sur le champ de bataille, sur les derrières de l'armée de Bennigsen, avec 10,000 Prussiens, et se joignant à une colonne russe, se portait avec fureur sur le maréchal Davout, qui n’avait cessé de gagner du terrain depuis le matin et avait atteint Klein-Sausgarten, même Kuschitten, presque sur les derrières de l'ennemi."

Davout, conduisant lui-même les divisions Friant et Gudin, tient tête à ce nouvel assaut, avec ténacité, sans avancer ni reculer.



• 17 heures



Mais Lestocq a à ses trousses les 8.000 hommes de Ney qui, à la nuit tombante, arrive sur le champ de bataille, menaçant Schloditten. Cela redonne du courage à Davout, qui repart à l'assaut d'Anklappen et Kuschnitten

- Davout : "Ney, courant toujours après les Prussiens de Lestocq, arrivait enfin à son tour sur le champ de bataille par Schmoditten, prenant l’ennemi dans son flanc droit et sur ses derrières. Dès lors les russes, impuissants au centre sur Eylau, se voyaient exposés à être pris comme dans étau, d’un côté par Davout qui les serrait de près avec une opiniâtreté héroïque, de l’autre côté par Ney qui arrivait sur eux."


- Parquin : "Vers quatre heures du soir, à la nuit tombante, nous entendîmes gronder le canon sur notre gauche. C'était le maréchal Ney, avec le VIe corps, qui entrait en ligne de bataille, chassant devant lui le corps prussien commandé par le général Lestocq, corps qui occupait l'extrême droite de l'armée ennemie et qui ne parut que pour être témoin de la perte de la bataille."

- Plaige : "Enfin l'arrivée du VIe corps d'armée (Ney) força l'ennemi à nous abandonner le champ de bataille qui était de part et d'autre encombré de morts, de mourants et de blessés."


• 22 heures



Les combats ont cessé. Ney s'étant retiré sur Althof, les russes réoccupent Schloditten sans opposition.


- Coignet : "Nous ne perdîmes pas le champ de bataille, mais nous ne le gagnâmes pas, et le soir, l'empereur nous ramena à la même position que nous occupions la veille."


- Barrès : "Vers la fin du jour, ils nous cédèrent le terrain et se retirèrent en assez bon ordre, loin de la portée de nos canons. Une fois leur retraite bien constatée, nous fûmes reprendre notre position du matin, bien cruellement décimés et douloureusement affectés de la mort de tant de braves."

- Guyot : "L'on ne s'est séparé qu'à la nuit sans perdre de terrain de part et d'autre."



• 23 heures

Conseil de guerre chez les russes. Bennigsen informe ses généraux qu'il est décidé à retraiter sur Königsberg, avant qu'il ne soit trop tard. Il n' a plus ni nourriture, ni munitions, il n'y a donc pas d'autre issue. Knorring et Osterman offrent de reprendre les combats. Lestocq, appelé au conseil, alors qu'il se prépare à un troisième assaut contre Davout, renchérit dans ce sens... Mais Bennigsen insiste, il sait qu'il a perdu au moins 20.000 hommes. Puis, épuisé par 36 heures sans sommeil, il s'en va dormir au milieu de son armée détruite.

A peu près à la même heure, Napoléon et Soult confèrent dans une maison transformée en hôpital de campagne, où Larrey, insensible au froid, opère sans relâche. Une table est promptement débarrassée, sur laquelle les cartes sont étalées, éclairées de bougies. Bientôt, Berthier et Murat sont présents. Les quatre hommes confèrent et rapidement décident qu'au moins, le lendemain, l'on se maintiendra sur le champ de bataille.
Au moment où Soult remonte à cheval pour rejoindre son corps d'armée, Napoléon lui lance : "Maréchal, les russes nous ont fait beaucoup de mal !" Ce à quoi Soult répond : "Et nous aussi ! Nos boulets ne sont pas en coton !"



• Minuit

Les Russes commencent leur retraite, vers Könisgsberg, par Mühlhausen. A deux heures du matin, ils sont suivis des prussiens, qui prennent la direction de Domnau et Friedland.

- Pouget : "Après des prodiges de valeur et une perte immense de part et d'autre, l'ennemi se retire sur Königsberg, nous laissant maître du terrain."

- Pasquier : "Davout, qui bivouaquait avec le corps le plus avancé, a raconté, qu'au moment ou il allait commencer son mouvement rétrograde, un officier arriva des avants-postes pour le prévenir qu'on entendait un bruit très marqué dans le bivouac de l'ennemi. S'étant alors transporté le plus près possible du bruit, et ayant mis l'oreille en terre, il reconnut distinctement la marche des canons et des caissons et, comme le retentissement allait en s'éloignant, il ne douta plus que l'ennemi fût en pleine retraite. En ayant fait avertir l'Empereur, celui-ci ordonna aussitôt de garder les positions et ce fut ainsi que le champ de bataille resta décidément à l'armée française."


• Retour sur le colonel Louis Lepic, nommé général sur le champ de bataille

Après avoir exécuté quelques mouvements, le colonel Lepic se trouve enveloppé par l’armée russe. Sommé de se rendre, il répond au parlementaire en montrant ses grenadiers: Regardez ces figures, et dites-moi si elles ont l’air de vouloir se rendre. Néanmoins, Lepic, connaissant tout le danger de sa position, s’adresse en ces termes à ses grenadiers: Amis, il faut vaincre ou mourir aujourd’hui, nous avons trois lignes d’infanterie à renverser. Beaucoup d’entre nous y resteront sans doute; mais dût-il n’en retourner qu’un seul pour porter la nouvelle, l’honneur du corps et celui de notre étendard seront sauvés.
A ces mots, les intrépides grenadiers s’écrient: La charge ! La charge ! Et nous passerons ! Lepic se forme alors en colonne serrée par pelotons, ordonne la charge et culbute successivement les trois lignes russes, sans autre perte que celle de six hommes dont un officier; lui-même reçoit dans la mêlée deux coups de baïonnette et un coup de crosse sur les genoux qui l’empêcheront pendant quelque temps de monter à cheval sans aide.
Le corps qu’il vient de traverser se trouvait alors aux prises avec les Français; ceux-ci voyant arriver sur eux une cavalerie qui débouche du centre des colonnes russes, la croient ennemie, l’accueillent à coups de fusil et tuent deux grenadiers et quelques chevaux. Cependant Lepic parvient à se faire reconnaître et le feu cesse.
L’Empereur qui, depuis plusieurs heures, ne savait ce qu’étaient devenus les grenadiers de la garde, voit surgir devant lui, presque dépouillé de ses vêtements, chaussé d’une seule botte, couvert de son sang ruisselant par de multiples blessures, le colonel-major Lepic.
Napoléon l'accueille ainsi: "Je vous croyais pris, général, et j'en avais une peine très vive". Lepic lui répond : "Sire, vous n'apprendrez jamais que ma mort !"
Le soir d’Eylau, le nouveau général reçoit de l’Empereur cinquante mille francs qu’impérialement, il distribue à ses grenadiers survivants.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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