Un Belge pilote lors des essais d'un des premiers "sous-marins" au Havre.

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Joker
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Un Belge pilote lors des essais d'un des premiers "sous-marins" au Havre.

Message par Joker »

Le 22 janvier 1810, le lieutenant de vaisseau Jean-Jacques RANSONNET participa comme pilote au premier essai du navire appelé « Le Nautile sous-marin ».
En voici le texte du Moniteur du 29 avril 1811.
« La possibilité de demeurer sous l’eau plusieurs heures, d’y gouverner le vaisseau dans lequel on est enfermé et de s’y diriger soit en haut, soit en bas, soit en avant, est certaine : l’ingénieux M. FULTON y était parvenu, il en a fait l’expérience authentique à Paris et en mer, sur les cotes de Normandie.
MM. COESSIN frères l’ont faite au Havre beaucoup plus en grand et par des moyens différens de ceux de M. FULTON. C’est la machine qu’ils ont inventée pour cela et qu’ils ont inventée pour cela et qu’ils ont appelée nautile sous-marin qui fut soumise par eux le 22 janvier 1810 au jugement de la classe.
Le Nautile sous-marin est une espèce de grand tonneau qui a la forme d’une ellipsoïde allongée. C’est dans cette ellipsoïde que s’enferment les navigateurs. Ce nautile avait 27 pieds de longueuer et renfermait neuf personnes.
Pour le maintenir dans sa position on le charge de lest.
Ce nautile est partagé en trois parties séparées l’une de l’autre par des doubles fonds. La partie du milieu est seule occupée par les navigateurs ; celle de l’avant et de l’arrière se remplisse à volonté d’air ou d’eau par les manœuvres de ces mêmes navigateurs suivant le poids qu’ils veulent donner au Nautile afin qu’il puisse flotter à la surface du fluide ou s’y enfoncer.
Pour imprimer au vaisseau un mouvement progressif on emploie deux rangs de rames à porte que font mouvoir ceux qui sont à l’intérieur. Ces rames passent au travers des flancs du Nautile mais les ouvertures sont masquées par des poches de cuir qui empêchent absolument l’eau d’y pénétrer ; et si l’une d’elles venait par hazard à crever, la rame es taillée de manière à faire elle-même aussitôt l’effet d’un tampon en la tirant seulement à soi.
Dans le Nautile de MM. COESSIN il n’y avait que quatre rameurs et il faisait une demi-lieue par heure, mais il est aisé de multiplier le nombre de ces rameurs.
Pour diriger la machine et la faire virer de bord on emploie un gouvernail placé en poupe et qui se manœuvre du dedans par une corde ; de plus les navigateurs s’orientent à l’aide d’une boussole.
Pour monter ou descendre ils emploient quatre ailes ou espèces de nageoires attachées deux à droite et deux à gauche qu’un homme seul fait mouvoir par des tringles. On les incline de l’avant à l’arrière ou de l’arrière à l’avant suivant que l’on veut monter ou descendre.
Enfin on se procure du jour au moyen d’une ou plusieurs glaces très épaisses, mais comme l’obscurité devient très grande à une certaine profondeur, les auteurs proposent de recueillir ce qui reste des rayons par de fortes loupes qui pourront au moins leur faire distinguer ce qui se trouve près d’eux.
Mais il reste à vaincre la plus grande difficulté, celle de se procurer les moyens de respirer. MM. COESSIN ont adopté pour cela l’idée reçue depuis longtemps, d’établir une communication de l’intérieur du vaisseau à la surface du fluide au moyen de tuyaux flexibles soutenus à la partie d’en haut par des flotteurs et tenus constamment ouverts par des ressorts à boudin… Au surplus il faut remarquer qu’il n’est pas nécessaire que le renouvellement d’air dans le Nautile soit fréquent car, car dans les nombreuses expériences faites au Havre, les navigateurs sont restés plus d’une heure de suite sans aucune communication avec l’air extérieur et sans éprouver aucun malaise… Les expériences ont été faites sur l’ordre de S. Ex. le Ministre de la Marine et constaté par MM. MONTAGNES-La-ROGUE, capitaine de vaisseau, commandant le port du Havre et Grehan, ingénieur constructeur en chef de la Marine. Ces personnalités éclairées non seulement rendent un témoignage avantageux au Nautile de MM. COESSIN mais ils avancent qu’ils le regardent comme susceptible de plusieurs perfectionnements qu’ils indiquent et ils pensent qu’on pourrait faire des vaisseaux de ce genre beaucoup plus grand. Ce Nautile est différent de celui de M. FULTON en ce que celui de M. FULTON était en cuivre et que celui-ci est en bois ce qui le rend plus facile à construire, moins cher et susceptible d’une capacité aussi grande qu’on le veut.
Parmi les coopérateurs des expériences faites au Havre sont M. COLIN, actuellement préparateur en chimie à l’Ecole polytechnique, M. MULLER, aide de camp du général d’HASTREl et M. RANSONNET, commandant le brick l’Alcyon qui servait de pilote dan le Nautile... »
Mais qui est Jean-Jacques RANSONNET ?
Jacques Joseph Ransonnet, né le 18 avril 1778 à Liège et mort le 21 avril 1862.
Second fils du général Jean-Pierre RANSONNET et de Anne-Marie-Josèphe MAGNEE, et frère de trois officiers morts sous les drapeaux français. Lui-même fait carrière en qualité d’officier de marine.
Embarqué pour l’expédition en Terres australes que conduit BAUDIN au départ du Havre à compter du 19 octobre 1800. Son nom a été donné par BAUDIN au cap Ransoonet en 1801.
A son retour, il embarque comme second à bord du brick Phaeton puis du brick Le Cygne et se distingue à la mer lors de plusieurs combats navals. Blessé et fait prisonnier à bord du premier de ces navires, il est libéré par échange avec les Anglais. Nommé lieutenant de vaisseau en 1807, il commande le brick L'Alcyon puis la corvette La Diane. Il est décoré de la Légion d’honneur en 1811.
En 1813, le capitaine de corvette Ransonnet devient l'aide de camp du gouverneur d'Anvers CARNOT. À ce titre, il participe à la défense de la place assiégée en 1814. Il est alors l'auteur d'un Journal du siège d'Anvers qui semble être resté inédit mais dont des extraits sont cités par François ARAGO dans son panégyrique de Lazare CARNOT présenté devant l’Académie des Sciences en 1837.
Resté auprès de Carnot en qualité de secrétaire particulier, il le sert fidèlement durant les Cent-Jours où son protecteur occupe les fonctions de ministre de l'Intérieur. Compris dans la proscription de ce dernier, il se réfugie momentanément en Belgique avant d'être autorisé à revenir en France.
Réintégré dans la marine après la Révolution de Juillet avec le grade de capitaine de frégate qui lui est accordé le 26 août 1830, il officie quelques mois en tant que secrétaire du général SEBASTIANI, ministre de la Marine. Il retrouve ensuite la mer et sert à Toulon.
Ayant obtenu au préalable des lettres de déclaration de naturalité le 20 décembre 1814, il se voit accorder par le roi Louis-Philippe Ier des lettres de grande naturalisation le 7 août 1839.
Promu Capitaine de vaisseau le 30 septembre 1840, Jacques-Joseph RANSONNET est admis à la retraite d'ancienneté de son grade par une ordonnance royale du 7 février 1842.
Il fut le dernier membre survivant de l'expédition de BAUDIN.

Source : Carnet de la Fourragère.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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