28 décembre 1815 : arrivée de Piontkowski à Sainte-Hélène

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Joker
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28 décembre 1815 : arrivée de Piontkowski à Sainte-Hélène

Message par Joker »

Le 28 décembre 1815, débarque à Sainte-Hélène le capitaine Charles-Frédéric Piontkowski, 29 ans, qui s’était battu aux côtés des Français à Wagram, Smolensk et Dresde. Officier du bataillon polonais de l’Empereur, il a suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Qui est-il vraiment ? Est-il un agent informateur à la solde des Anglais ou un fidèle de Napoléon ?
Alors que les Anglais avaient expressément limité l'entourage autorisé à suivre Napoléon à trois officiers et douze domestiques, nombre déjà dépassé sur le Northumberland (le domestique de Gourgaud est obligé de repartir de Sainte-Hélène aussitôt arrivé), débarque le 28 décembre 1815 le capitaine Piontkowski. Qui l’a autorisé à venir ? Gourgaud, qu'il va seconder aux écuries, se méfie aussitôt de lui, d'autant qu’il se sent en concurrence, devant les rares jeunes européennes de l’île, avec la belle prestance de ce capitaine.
De fait, le 7 août 1815, Piontkowski avait fortement imploré les Anglais pour le laisser accompagner l'Empereur, même en tant que domestique. L’amiral Lord Keith accepta tardivement de faire partir Piontkowski, probablement pour qu’il ne s’épande pas dans la presse anglaise. A ce moment là, la décision de prendre en charge la captivité de Napoléon avait été prise par le gouvernement conservateur sans en avoir préalablement référé au Parlement, et Keith ne voulait surtout “pas de vagues” devant une opposition assez favorable à Napoléon.
Dès son arrivée, Gourgaud soupçonne fort Piontkowski d’être à la solde des Anglais. Est-il un espion ? le fin mot de cet accord tardif de départ ne serait-il pas d’introduire un agent informateur dans l’entourage de Napoléon ? Pourtant, à Longwood, Piontkowski ne semble pas avoir rempli cette supposée mission, bien au contraire, il fait l’impossible pour se rendre agréable à l’Empereur qui le tolère comme une sorte de bouffon.
Et si, tout simplement, Piontkowski avait suivi Napoléon par pure loyauté ? Napoléon qui a porté secours à la nation polonaise, qui a accueilli dans les rangs de sa Grande Armée de nombreux Polonais, seuls étrangers à ne pas le trahir lorsque les vents furent moins favorables à l’Empire ?
Husdon Lowe arrive à Sainte-Hélène en avril 1816, il exige de tout l’entourage de Napoléon une déclaration écrite de soumission aux règlements anglais, sous peine d’expulsion. Tous rédigent, la main forcée, un texte mi figue mi raisin. Tous, sauf Piontkowski. En fait, c’est l’Empereur qui la rédige pour lui. Sa déclaration est une critique acerbe de la perfidie anglaise, des restrictions, du climat de l’île. Elle remonte jusqu’à Londres, au ministre Bathurst, qui, en retour, exige son expulsion, en même temps que trois domestiques “surnuméraires”, désignés par Longwood, Santini, Rousseau et Archambault jeune.
• Lisons des extraits d’une lettre de Piontkowski:
Isle St Hélène, Longwood ce 18 Avril 1816
J’ai suivi l’Empereur Napoléon sur le Bellérophon, désolé de n’être pas admis … J’ai obtenu le 14 Août la permission de venir à Ste-Hélène où je suis depuis le 30 Xbre dernier. Je n’ai rien trouvé de ce que l’on disoit à Plymouth de la beauté de l’Isle … et des égards dont on disoit entouré l’Empereur … L’Isle est affreuse, c’est proprement l’Isle de la désolation … on y est perpétuellement dans les nuages au milieu des brouillards ou exposé à un soleil ardent … L’humidité ordinaire de l’Isle mettra un terme prompt à la vie de l’Empereur et des personnes de sa suite ; mais malgré cette triste perspective je suis constant dans mon ardent désir de rester auprès de l’Empereur. Aucun danger, aucune misère pourra me faire regretter cette résolution libre et mûrement réfléchie. Quelque affreux que pourroit être mon sort, je le supporterai avec courage … et je me soumets aux restrictions que l’on nous impose, quoiqu’elles soyent vexatoires, arbitraires et motivées par aucune nécessité, puisqu’il suffit de garder le rivage pour ôter tout moyen de s’échapper de ce rocher escarpé …
Piontkowski, Santini, Rousseau et Archambault jeune quittent Sainte-Hélène le 19 octobre 1816 et, chose curieuse, sans la longue quarantaine politique habituellement imposée au Cap, arrivent en Angleterre le 15 février 1817.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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