Noël sous le Consulat et l'Empire

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Joker
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Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Joker »

Noël n'était pas une fête célébrée sous l'Empire. D’ailleurs, jusqu’en 1806, avec le calendrier révolutionnaire, le 25 décembre n’existait plus !
D'ailleurs, il suffit de reprendre tous les 25 Décembre de l'épopée napoléonienne, pour s'apercevoir que l'Empereur était quasiment toujours occupé aux affaires militaires ou politiques, mais nullement en famille autour d'un repas de prestige.
Ce que l'on peut cependant noter, mais ceci relève du hasard :
En 1797, à la fin de la première campagne d'Italie, Napoléon Bonaparte est perçu comme le sauveur de la Révolution et des institutions de la République. Le 24 décembre, un dîner est organisé en son honneur au Louvre par le Conseil des Cinq cent et le Conseil des Anciens. Les huit cents convives n'ont d'yeux que pour le jeune général Bonaparte ! Le lendemain, il est élu membre de l'Académie des sciences au sein de l'Institut de France.
Le 24 décembre 1799, mais cette fois au Palais du Luxembourg, Bonaparte convoque les consuls Cambacérès et Lebrun, ainsi que les membres du Conseil d'État et les ministres, pour se faire reconnaître Premier consul qui en profite aussi pour nommer son frère Lucien au ministère de l'Intérieur et le 25, il s'adresse au peuple en jurant de "rendre la République chère aux citoyens, respectable aux étrangers, formidable aux ennemis »
Un an plus tard, les choses vont néanmoins prendre une tout autre tournure, lorsque le couple consulaire échappe à un attentat... Tandis que le Premier consul est, pour une fois, en train de se reposer, Joséphine et sa fille Hortense le supplient de les accompagner à l'opéra pour y voir « La création du monde » d'Haydn ... À peine sorti du Palais des Tuileries, le cortège s'engouffre dans la rue Saint-Nicaise lorsqu'une machine infernale explose sur son passage, faisant vingt-six morts et plusieurs blessés…
En 1808, il est en Espagne, où il passe la nuit au couvent de Santa Clara. Il nomme l’abbesse « Abbesse Impériale » et libère des prisonniers.
Une autre date plus mélancolique cette fois, est celle du 25 Décembre 1809.
Ce soir là, l'Empereur dînera pour la dernière fois en compagnie de Joséphine, au Trianon ... Il a été raconté que l'Impératrice ne parvint pas à avaler un morceau, au cours de cet ultime repas ....
Quant à Napoléon, il porta un mouchoir sur ses paupières à plusieurs reprises …

Via D. Tertrais
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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Cyril Drouet
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
25 déc. 2020, 19:27
Noël n'était pas une fête célébrée sous l'Empire.
:shock:


L'indulte du 9 avril 1802 relatif à la réduction des fêtes stipulait pourtant que Noël faisait bien partie, outre les dimanches, des fêtes célébrées en France. Le 19 avril suivant, un arrêté consulaire ordonnait la publication de l'indulte en question.


Quelques bulletins :

Bulletin de police du 26 décembre 1801 :
« Les églises ont été très fréquentées hier toute la journée. C'est à Saint-Roch particulièrement que la foule s'est portée; il y avait plus de trente voitures bourgeoises à la porte. C'est un membre du Tribunat en grand costume qui donnait la main à la quêteuse; le public le regardait avec étonnement. Il y a eu sermon, l'orateur n'a rien dit de répréhensible. Le plus grand ordre et la plus grande décence ont régné dans celte église et dans toutes les autres en général; on a remarqué que le plus grand nombre des assistants était composé de marchands, d'artisans et d'ouvriers, et toujours beaucoup plus de femmes que d'hommes. »


Bulletin de police du 26 décembre 1802 :
« Les églises de Paris ont été très fréquentées hier toute la journée; il ne s'y est rien passé contre la décence et l'ordre. Le soir, la classe ouvrière s'est portée dans les cafés et les cabarets des faubourgs et s'est livrée au repos et au plaisir. Les observations faites ne présentent rien de remarquable. »

Bulletin de police du 25 décembre 1803 :
« Les rues et les églises de Paris ont été très fréquentées pendant cette nuit. La foule s'est portée principalement à Saint-Eustache, Saint-Merri, Saint-Roch et Saint-Germain l'Auxerrois. L'ordre et la tranquillité ont été maintenus, et il n'est arrivé aucune espèce d'incident. »

Bulletin de police du 26 décembre 1803 :
« Les églises ont été hier toute la journée aussi fréquentées que la nuit précédente. Les discours ont été écoutés avec attention et les prédicateurs ne se sont rien permis de répréhensible. Aujourd'hui, toutes les boutiques et les ateliers sont ouverts et personne ne chôme la deuxième fête de Noël. Les femmes du marché de la place Maubert se permettent nombre de plaisanteries grivoises sur la découverte que le curé de Saint-Etienne-du-Mont prétend avoir faite des reliques de sainte Geneviève et disent qu'il n'est plus temps de les attraper ainsi »


Bulletin du 25 décembre 1804 :
« Les églises ont été très fréquentées, la nuit dernière. La foule s'est portée principalement à Saint-Roch et à Saint- Eustache. Vers minuit, il était impossible d'entrer dans cette dernière église.
La décence et l'ordre n'ont été troublés nulle part, et il n'est arrivé aucune espèce d'accident. Ce matin, Sa Sainteté a célébré la messe dans la métropole ; l'affluence a été considérable dans l'église et dans les environs. Après la messe, le Pape s'est rendu à l'archevêché, et différentes personnes ont été admises à lui baiser les pieds. »

Bulletin du 26 décembre 1804 :
« Les réunions du peuple et des ouvriers ont été très nombreuses et se sont prolongées fort avant dans la soirée. On s'y est livré franchement au plaisir, et il n'y a eu ni trouble ni désordre. »


Bulletin du 25 décembre 1805 :
« Les églises ont été très fréquentées, cette nuit ; la foule s’est portée particulièrement à Saint-Eustache et à Saint-Roch, où elle a été très considérable. L’ordre et la décence ont été observés partout. »


Bulletin de police du 25 décembre 1806 :
« Messe de minuit. Cette cérémonie a attiré cette nuit un concours considérable dans toutes les églises de Paris, et notamment dans celle de Saint-Roch, Saint-Sulpice, Saint-Eustache et Saint-Merri. Aujourd’hui, les églises ont été encore très fréquentées.
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Cyril Drouet
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
25 déc. 2020, 19:27
En 1808, il est en Espagne, où il passe la nuit au couvent de Santa Clara. Il nomme l’abbesse « Abbesse Impériale » et libère des prisonniers.
Sous la plume de Méneval (Souvenirs historiques) :
« Pendant la courte campagne que fit l'Empereur en Espagne, en 1808, il passa deux jours à Tordesillas [il y arriva le jour de Noël], dans un bâtiment dépendant du monastère de Sainte-Claire, qui était réservé pour l'habitation de l'évêque, lorsqu'il venait visiter le couvent.
J'ai dit à tort que l'abbesse de ce couvent était française. Voici ce que m'a raconté à ce sujet M. le comte d'Hédouville, frère du général, qui faisait les fonctions d'officier d'ordonnance de l'Empereur en Espagne, et lui servait d'interprète.
L'Empereur étant à dîner, chargea cet officier de lui amener la supérieure du couvent. Cette religieuse, née en Espagne, était entrée en religion à l'âge de six ans. Elle refusa d'abord de suivre M. d'Hédouville, alléguant qu'il ne lui était pas permis de violer sa clôture, et de franchir les grilles du cloître. Elle se rendit à l'observation que l'ordre d'un souverain lui servait de dispense. Elle prit avec hésitation le bras de son conducteur. Arrivée à la grille, elle fut saisie d'un tremblement qui ne lui permit pas d'avancer. Il fallut que M. d'Hédouville la soutînt. Elle lui dit qu'il y avait plus de soixante ans qu'elle était entrée au couvent par cette grille, et que depuis elle ne l'avait pas repassée. Introduite auprès de l'Empereur, son premier mouvement fut de s'agenouiller devant lui. Sur un signe qu'il fit, elle fut retenue par M. d'Hédouville. Ce qui frappait le plus la pauvre et simple religieuse, c'était la plaque et les décorations de l'Empereur, vers lesquelles elle ne pouvait s'empêcher d'étendre la main. M. d'Hédouville la retenait, en lui faisant remarquer l'indiscrétion de ce mouvement de curiosité. L'Empereur lui fit plusieurs questions.
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Il commença par lui demander si elle était l'abbesse du couvent. Elle répondit qu'elle n'y occupait que la seconde place, et ajouta : « Heureusement pour moi ! » L'Empereur voulant savoir pourquoi, elle dit qu'elle aimait mieux obéir que commander, que c'était plus méritoire, et que sa conscience était plus en repos. L'Empereur ne put s'empêcher de sourire de l'ingénuité de cette réponse. Il lui demanda ensuite si Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint, morte àTordesillas, était enterrée dans le couvent. Elle resta un moment pensive, et finit par répondre qu'il y avait des reines et des princes enterrés dans les caveaux, mais qu'elle ignorait leurs noms. Interrogée si elle n'avait pas quelque connaissance de l'histoire d'Espagne, elle dit qu'elle ne connaissait que ses livres de liturgie, et les passages de la Bible, dont son confesseur lui permettait la lecture. L'Empereur lui trouvant l'œil vif, malgré son âge, voulut savoir si elle avait été jolie. Elle répondit naïvement qu'elle le croyait, mais qu'elle n'avait point eu de miroir, et que personne ne le lui avait dit. La conversation se soutint pendant quelque temps sur ce ton; et les réponses de la nonne annonçaient de l'esprit naturel. L'Empereur, satisfait de son innocence et de son ingénuité, dit qu'il voulait lui accorder une grâce, et qu'elle pouvait demander ce qu'elle désirait. Avant de répondre, la religieuse voulut savoir si on lui accorderait tout ce qu'elle demanderait; on lui dit que l'Empereur ne promettait pas en vain; alors elle demanda la grâce du directeur du couvent, qui avait été pris, marchant à la tête de bandes armées, un crucifix à la main.
L'Empereur l'accorda, puisqu'il l'avait promis; ajoutant que ce moine devait éviter de retomber dans la même faute, parce qu'il n'aurait plus le pouvoir de lui pardonner. La nonne promit qu'elle aurait soin qu'il ne quittât pas le couvent, et répondit de lui. L'Empereur dit ensuite qu'il avait, à sa considération, accordé une grâce à quelqu'un qui était étranger à sa famille, mais que c'était pour elle personnellement qu'il voulait faire quelque chose. Comme elle hésitait à répondre, il lui fit demander si elle avait des parents. Elle répondit qu'elle avait un frère dans les ordres. « Veut-elle que je le fasse évêque? dit l'Empereur. » Elle se mit à genoux pour le remercier de cette faveur inespérée; mais la bonne volonté de Napoléon ne put être remplie ; ce religieux était enfermé dans Saragosse. Avant que la prieure rentrât dans son cloître, l'Empereur lui fit offrir du café. Elle ne le trouva pas bon : elle n'en avait jamais goûté, et ne connaissait que le chocolat. La pauvre religieuse, après avoir remercié de nouveau l'Empereur à genoux de la bienveillance avec laquelle il l'avait accueillie, et lui avoir baisé la main, fut reconduite par M. d'Hédouville dans son cloître, émue et reconnaissante.
Avant que l'Empereur partît de Tordesillas, M. d'Hédouville vint me demander de sa part cent napoléons pour les porter à la supérieure du couvent. Il fut à son arrivée l'objet de la curiosité et des prévenances des pauvres sœurs auxquelles la religieuse avait raconté sa visite. Elles accoururent toutes pour le voir; elles le touchaient de la main, et l'examinaient avec la curiosité d'insulaires qui auraient vu des Européens pour la première fois. Quand M. d'Hédouville remit à la prieure les cent napoléons, celle-ci les refusa, en disant que si elle les recevait, le couvent perdrait le peu de mérite de son hospitalité. Sur l'observation, qu'il avait fallu lui faire plusieurs fois pendant sa visite, qu'il n'était pas permis de refuser le don d'un souverain, elle consentit à les accepter, et donna ordre que cette somme fût déposée dans le trésor du chapitre, pour qu'on n'y eût recours que dans des circonstances extraordinaires, voulant conserver le plus longtemps possible ce témoignage de la bienveillance de l'Empereur. »
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Cyril Drouet
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
25 déc. 2020, 19:27
Une autre date plus mélancolique cette fois, est celle du 25 Décembre 1809.
Ce soir là, l'Empereur dînera pour la dernière fois en compagnie de Joséphine, au Trianon ... Il a été raconté que l'Impératrice ne parvint pas à avaler un morceau, au cours de cet ultime repas ....
Quant à Napoléon, il porta un mouchoir sur ses paupières à plusieurs reprises …
"L'Empereur voulut [...] garder [Joséphine] à dîner. Comme à l'ordinaire, il se trouva placé en face d'elle. Rien ne paraissait changé. La reine de Naples et moi y étions seules. Les pages et le préfet du Palais y assistèrent comme toujours. Il régnait un profond silence. Ma mère ne pouvait rien prendre et je la voyais prête à s'évanouir. L'Empereur essuya deux ou trois fois ses yeux sans rien dire et nous partîmes immédiatement après le dîner."
(Hortense, Mémoires)
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Après Méneval, Constant :
"L'empereur, étant à Tordesillas, avait établi son quartier-général dans les bâtiments extérieurs du couvent de Saint-Claire. L'abbesse de ce couvent fut présentée à Sa Majesté; elle était âgée de plus de soixante-quinze ans, et depuis l'âge de dix ans , elle n'avait pas quitté la maison. Sa conversation, spirituelle et douce, plut beaucoup à l'empereur, qui lui demanda ce qu'il pouvait faire pour elle, et lui accorda plusieurs grâces."


...dans la droite ligne de ce qu'on peut lire dans le 25e Bulletin du 5 janvier 1809 :
"Lorsque Sa Majesté était à Tordesillas; elle avait-son quartier-général dans les bâtiments extérieurs du couvent royal de Sainte-Claire. C'est dans ces bâtiments que s'était retirée et qu'est morte la mère de Charles-Quint, surnommée Jeanne la folle. Le couvent de Sainte-Claire a été construit sur un ancien palais des Maures, dont il reste un bain et deux salles d'une belle conservation. L'abbesse a été présentée à l'empereur; elle est âgée de soixante-quinze ans, у avait soixante-cinq ans qu'elle n'était sortie de sa clôture. Cette religieuse parut fort émue lorsqu'elle franchit le seuil ; mais elle entretint l'empereur avec beaucoup de présence d'esprit, et elle obtint un grand nombre de grâces pour tout ce qui l'intéressait."
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Lejeune (Mémoires) :
"En passant à Tordesillas, il retourna loger dans l'ancien palais des rois maures, transformé maintenant en couvent de religieuses bénédictines. Il se fit présenter la supérieure du couvent, abbesse octogénaire, femme d'esprit el de tête, qu'il combla de gracieusetés, à laquelle il accorda tout ce qu'elle crut utile de lui demander, lui laissa pour la communauté des dons généreux, et remplit d'enthousiasme pour lui les soixante religieuses auxquelles un mois auparavant on l'avait dépeint comme un anthropophage."
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Une bien étonnante rencontre lors de la nuit de Noël (Tout du moins si l'on en croit les Mémoires de la duchesse d'Abrantès...) :

"C'était un jour de Noël; nous avions dîné chez madame Marmont avec Lavalette, Marmont et sa femme, et Juņot et moi. Nous étions tous fort unis, partant fort gais et contents de nous trouver, ensemble... La soirée se passa rapidement dans ce petit cabinet qui est au fond de l'appartement de la duchesse de Raguse, et où déjà, à cette époque, elle faisait son séjour favori avec ses amis. Nous bavardâmes, nous rîmes, et onze heures arrivèrent rapidement: on vint annoncer que ma voiture était arrivée:
- Ma foi, dit Junot à Marmont, arrange-toi comme tu l'entendras, je ne sors pas d'ici, cela m'est égal, je suis bien, et j'y reste.
- Eh bien ! dit madame Marmont , je vous donne à souper. Nous ferons réveillon.
- Oui! oui ! s'écrièrent Junot et Lavalette, faisons réveillon. Allons, Marmont, faisons réveillon.
Le général Marmont était alors ce qu'il a été depuis. ce qu'il est encore aujourd'hui, un homme bon et brave. Il était attaché à Junot comme à un frère, ainsi qu'à Lavalette ; il sourit à leur feu de jeune homme, mais avec un sourire triste. Il semblait que, dès cette époque, il vît dans l'avenir un sinistre horizon. Il riait avec l'ignorance de la joie.
- Ah çà ! dit Lavalette après avoir sauté dans la chambre, il faut faire la partie entière ; il faut aller à la messe de minuit. Quant à moi, j'y suis allé si jeune que je n'en ai pas le souvenir bien distinct. Ces dames n'en ont jamais vu (c'était vrai), ainsi donc nous devons aller à la messe de minuit.
- Oui ! oui ! dîmes-nous aussitôt. Mais à quelle église ? celle de la rue Montmartre.
- Allons donc, dit Junot, il faut aller à Saint-Roch ou bien à Saint-Sulpice !...
- Saint-Sulpice est trop loin.
- Va pour Saint-Roch.
Quoique je n'eusse pas fait une grande toilette pour venir dîner chez madame Marmont, avec qui j'étais intimement liée à cette époque, cependant j'avais une robe d'étoffe à demi-queue et un bonnet à fleurs. Il était impossible d'aller en messe de minuit avec cette toilette. Mes chevaux étaient là : je parlai d'aller chez moi.
- Non ! non! me dit madame Marmont, ne faites pas une chose qui glacerait notre soirée ! Restez ici : je vais vous prêter une douillette, nous relèverons votre robe avec des épingles, et par-dessous la douillette on n'en verra rien. Quand à la tête, un de mes chapeaux remplacera à merveille votre bonnet.
Ce qui fut dit, fut fait. Mais nous n'avions pas pensé à la burlesque tournure que j'allais avoir avec une robe beaucoup trop courte pour moi, et rendue encore plus courte par le volume immense que formait autour de ma personne la queue de ma robe de soie déjà fort bouffante par elle-même. Nous fîmes des rires fous en nous mettant en voiture; nous en fîmes en route; nous en fîmes en arrivant, et je puis certifier qu'il n'y avait pas dans toute l'église de Saint-Roch, ce soir-là, cinq individus aussi gais et aussi heureux que nous l’étions alors !... Lavalette , qui était seul, puisque je donnais le bras à Marmont, et madame Marmont à Junot, prétendait qu'il était le bedeau, et il s'en allait en avant de nous, disant mille folies qui, pourtant, n'étaient point inconvenantes, mais nous faisaient rire aux larmes.
Tout-à-coup, au détour d'un pilier plus sombre que le reste de l'église, deux hommes passèrent près de nous; ils étaient vêtus de redingotes entièrement boutonnées, et portaient des chapeaux ronds très avancés sur leur front.
-Lorsqu'on vient dans une église, c'est pour y avoir la tenue qui convient à un lieu saint, dit une voix bien connue en passant près de nous.

C'était l'empereur.

En un instant ce fut fini de notre joie. Lavalette, à qui la parole avait été coupée au milieu d'une histoire miraculeuse sur saint Herménegilde, se remit le premier, et déclara que ce n'était pas l'empereur, parce qu'il vit que j'étais tourmentée de cette apparition; mais c'était bien lui; j'avais bien reconnu sa physionomie à nulle autre semblable, lorsqu'il avait un chapeau rond; c'était lui. Nous nous retirâmes aussitôt: cela ne nous empêcha pas de faire notre réveillon, et même fort gaiment. Mais j'ai voulu montrer l'effet produit quelquefois par sa seule présence inattendue, et surtout combien la peur de lui déplaire agissait sur des hommes peu susceptibles de crainte d'ailleurs... Maintenant, que de réflexions viennent entourer les souvenirs de ces jours d'une folle gaité !"
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Re: Noël sous le Consulat et l'Empire

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit :
26 déc. 2020, 08:11
Joker a écrit :
25 déc. 2020, 19:27
Noël n'était pas une fête célébrée sous l'Empire.
:shock:


L'indulte du 9 avril 1802 relatif à la réduction des fêtes stipulait pourtant que Noël faisait bien partie, outre les dimanches, des fêtes célébrées en France. Le 19 avril suivant, un arrêté consulaire ordonnait la publication de l'indulte en question.

La duchesse d'Abrantès évoquant Noël sous le Consulat (Mémoires) :
"Tout cela était une manière parfaite de maintenir l'harmonie dans une famille dont tous les membres se réunissaient"
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