La mer de la peur

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
C-J de Beauvau
Capitaine
Capitaine
Messages : 2108
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: Guerres barbaresques 1801-1815

Message par C-J de Beauvau »

Tripoli Action 1950 John Payne, Maureen O'Hara, Howard Da Silva

Version onirique de l'intervention US ! :D

L'hymne du Corps des Marines des États-Unis commence par "Des couloirs de Montezuma aux rives de Tripoli", et l'histoire de ce film prétend en être la raison, et donne ou prend quelques incidents dans ce film: Nous sommes en 1805 et les pirates de Tripoli ont contesté le droit des États-Unis à la liberté des mers --- tous, n'importe où --- alors des navires de guerre United Stares ont été envoyés dans ce port pour embouteiller leur flotte et régler le droit de rachat concernant qui pouvait naviguer où. (L'histoire commence à souffrir un peu à ce sujet.) Une unité des États-Unis, dirigée par le lieutenant O'Bannon, a été envoyée pour les attaquer par l'arrière. Il a organisé son unité autour de Hamet, Pacha de Tripoli, en exil après avoir été renversé par son frère. Dans la cour de Hamet, Sheila D'Arneau, une fille diplômée, qui se déguise en danseuse, rejoint le groupe de huit partisans des Marines américains et de Hamet dans leur marche à travers le désert libyen. O'Bannon et Shelia se disputent jusqu'à Tripoli.



:salut:
Saint Clair

Re: Guerres barbaresques 1801-1815

Message par Saint Clair »

Sujet, à ma connaissance, jamais abordé ici. Très intéressant.
Avatar du membre
la remonte
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 923
Enregistré le : 06 sept. 2019, 11:46
Localisation : Paris

La mer de la peur

Message par la remonte »

Je lis dans " l'Italie insolite " de Jacques Chegaray reprise par St Victor , que la grande bleue s'appelait jusqu'en 1814 ; la mer de la peur :shock:
Je suppose que ce sont les Barbaresques plus que les Anglais qui semaient ainsi la terreur mais que s'est -il passé en 1814 précisément ? :salut:

Ischia et son système défensif

Image
Avatar du membre
C-J de Beauvau
Capitaine
Capitaine
Messages : 2108
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: La mer de la peur

Message par C-J de Beauvau »

la remonte a écrit :
16 déc. 2020, 11:02
je lis dans " l'Italie insolite " de Jacques Chegaray reprise par St Victor , que la grande bleue s'appelait jusqu'en 1814 ; la mer de la peur :shock:
je suppose que ce sont les Barbaresques plus que les Anglais qui semaient ainsi la terreur mais que c'est -il passé en 1814 précisément ? :salut:
La fin de la guerre Anglo-américaine (Traité de Gand en 1814) permit aux Américains de dépêcher en Méditerranée une imposante escadre commandée par le commodore Stephen Decatur .L'escadre qui fit sensation à son arrivée à Gibraltar se mit immédiatement à la recherche de croiseurs algériens. Le 17 juin 1815, elle identifia, au large du cap de Gate, le Meshouda, vaisseau amiral d'Alger portant le pavillon du Raïs Hamidou et équipé de 44 canons. La doctrine militaire adoptée par la marine américaine s'avéra payante. Les navires l'Epervier, la Guerrière et l'Ontario, aussi fins voiliers que le Meshouda lui coupèrent toute possibilité de retraite vers un port espagnol neutre et l'obligèrent à prêter le flanc à la frégate Constellature qui foudroya le pont du navire algérien. Malgré sa blessure qui l'obligea à se tenir assis, l'Amiral algérien continua à diriger son navire lorsqu'il fut carrément coupé en deux par un boulet de la frégate la Guerrière montée par Decatur.

Il a fallu neuf bordées tirées par le Sloop « Epervier » pour que l'équipage amène son pavillon et cesse sa défense héroïque qui fit l'admiration des américains. Les sources américaines font état de 4 morts et 10 blessés côté américain, contre 50 morts et 400 prisonniers côté algérien. Pendant ce temps, un autre drame se nouait à Waterloo où un général de l'armée de Napoléon déserta et se rendit aux lignes prussiennes avant la bataille. L'escadre américaine qui captura en plus le brick algérien, se dirigea vers Alger, où tous les croiseurs algériens se trouvaient en mer. Decatur et le commissaire William Shaller exigèrent que les discussions aient lieu à bord de la Guerrière. La ville sans défense capitula et le Dey Omar se résigna, sous la bouche des canons américains à la signature d'un traité imposé par les Etats-Unis y compris, chose inouïe depuis la création des la Régence, le paiement d'indemnités de guerre.

Cette défaite de la régence ouvrit la voie, l'année suivante au bombardement de la ville par une flotte anglo-holandaise qui acheva le mythe de l'invincibilité d'El Djazaïr et Mahroussa. Pendant les années qui suivirent ces défaites, les sept plaies d'Egypte s'abattirent sur la Régence (peste endémique, famine, sauterelles, révoltes paysannes, dépréciation vertigineuse de la monnaie etc). La Régence ainsi affaiblie et minée de l'intérieur constitua une proie idéale pour les milieux d'affaires et autres ultra français, qui procédèrent au blocus d'Alger dès 1827 pour aboutir à la chute de la Régence en 1830!

Avec la doctrine Monroe et le corollaire Roosevelt les Etats-Unis se détournèrent de la Méditerranée et concentrèrent leurs activités économiques et militaires en Amérique latine.

https://www.algerie1.com/actualite/il-y ... s-hamidou/

viewtopic.php SUJET FUSIONNÉ

:salut:
Avatar du membre
la remonte
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 923
Enregistré le : 06 sept. 2019, 11:46
Localisation : Paris

Re: La mer de la peur

Message par la remonte »

ah oui ! c'est donc ça l'intervention US , merci
c'est curieux que ni les Anglais , Français , Espagnols ... n'aient fait le boulot plus tôt ?
Avatar du membre
C-J de Beauvau
Capitaine
Capitaine
Messages : 2108
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: La mer de la peur

Message par C-J de Beauvau »

la remonte a écrit :
16 déc. 2020, 12:00
ah oui ! c'est donc ça l'intervention US , merci
c'est curieux que ni les Anglais , Français , Espagnols ... n'aient fait le boulot plus tôt ?
.....Les guerres barbaresques sont deux conflits opposant les États-Unis aux États barbaresques (possessions de jure de l'Empire ottoman, mais de facto indépendantes, Tunis, régence d'Alger et régence de Tripoli), de 1801 à 1805 lors de la première guerre barbaresque et en 1815 lors de la seconde guerre barbaresque.

En effet, ces derniers imposent un tribut aux navires marchands américains naviguant dans la mer Méditerranée. En cas de non-paiement, les pirates Barbaresques attaquent les navires, confisquent leurs biens, et asservissent les membres d'équipage et exigent une rançon pour leur libération. Lorsque Thomas Jefferson devient président des États-Unis, il refuse de payer tribut et envoie une flotte navale en Méditerranée. Durant des décennies, les puissances européennes construisent des bateaux toujours plus sophistiqués face auxquels les États barbaresques ne peuvent lutter. Cette dernière bombarde les différentes villes fortifiées de la côte barbaresque, et arrache finalement des concessions équitables de passage à ces États.

Quelques années après ce premier conflit, les pirates barbaresques profitent de l'augmentation des tensions entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France qui culmine avec la guerre anglo-américaine de 1812, pour reprendre leur activité de piraterie. À son tour, en 1815, l'administration du président James Madison entreprend une action militaire contre les villes des pirates de ce que sont aujourd'hui la Libye, la Tunisie et l'Algérie.
Les Barbaresques sont des pirates qui opèrent principalement à partir des ports de Tunis, Tripoli et Alger en Afrique du Nord. Cette région est connue en Europe sous l’appellation de côte des Barbaresques, terme dérivé de barbare (suivant le sens originel : qui ne parle pas la langue). Ils agissent dans toute la mer Méditerranée, mais aussi le long de la côte de l'océan Atlantique de l'Afrique de l'Ouest et même en Amérique du Sud. En plus de navires saisis, ils effectuent aussi des razzias et des raids sur les villes et villages côtiers européens, principalement en Italie, en France, en Espagne. Le but principal de leurs attaques est de capturer des esclaves chrétiens européens pour le marché aux esclaves arabo-musulman en Afrique du Nord.

La marine marchande américaine était avant la révolution protégée par la marine britannique. Seulement, le traité de Paris impose le désarmement de la Continental Navy, les navires américains n'ont donc plus aucune protection contre les pirates. La jeune nation n'a pas les fonds pour payer le tribut annuel réclamé par les États barbaresques, et, après 1785, ses navires deviennent vulnérables à la capture. En 1789, la nouvelle Constitution des États-Unis autorise le Congrès à créer une marine, mais pendant le premier mandat de George Washington (1787–1793) peu est fait pour réarmer la flotte. En 1793, les guerres issues de la Révolution française entre la Grande-Bretagne et la France débutent, et une trêve est négociée entre le Portugal et Alger. Cela met fin au blocus du Portugal sur le détroit de Gibraltar, ce qui permet aux pirates barbaresques d'agir aussi en Atlantique. Rapidement, les pirates s'en prennent à la marine américaine et capturent 11 navires marchands et plus d'une centaine de marins.....

viewtopic.php?f=4&t=69819&p=842530&hili ... sa#p842530

Apparemment les anglais ne se sentaient pas concernés , et les français ne maitrisaient pas "plus" les mers !
:salut:
Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3964
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: La mer de la peur

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
16 déc. 2020, 12:00
c'est curieux que ni les Anglais , Français , Espagnols ... n'aient fait le boulot plus tôt ?
La question barbaresque fut abordée dans les négociations franco-britanniques devant aboutir à la paix d'Amiens.
On peut à ce sujet citer la lettre que Talleyrand écrivit à Joseph Bonaparte le 19 février 1802 :
« Pour ce qui concerne les Barbaresques, nommés dans l'article 9 proposé, il faut insister sur le concert à établir pour les forcer de renoncer à leur état habituel d'hostilités; et le premier Consul désire que vous fassiez insérer, à cet égard, au protocole, une note de la teneur suivante:
« Le soussigné est chargé d'insister sur la proposition qu'il a faite, tendant à ce que les quatre parties contractantes [France, Espagne, République batave et Royaume Uni] s'entendent pour mettre fin aux brigandages que les Barbaresques exercent dans la Méditerranée à la honte de l'Europe et des temps modernes.
La seule notification qui leur serait faite à cet égard de la volonté des puissances contractantes, donnerait la paix au commerce des États-Unis, du Portugal, du roi de Naples et de tous les autres États d'Italie; et, si quelque nation avait à redouter la concurrence qui deviendrait plus grande dans le commerce de la Méditerranée, ce sont, sans doute, la France et l'Espagne, qui, tant par leur position que par leurs rapports particuliers avec les Barbaresques, ont, dans tous les temps, le plus de sécurité et d'avantages dans ce commerce; ce sont donc elles qui feraient le plus grand sacrifice. Mais, dans une question qui intéresse la morale politique et la dignité des nations européennes, pourrait-on se conduire uniquement par des motifs d'intérêt personnel ? Dieu a donné la force aux puissances comme aux individus, pour protéger le faible : il serait consolant et glorieux de voir qu'une guerre, qui a produit tant de calamités, se terminât du moins par un grand acte de bienveillance envers toutes les nations commerçantes. »

On était bien loin ici du rapport (Mémoire sur la situation de la République française considérée dans ses rapports extérieurs avec les autres puissances) que Talleyrand avait présenté le 10 juillet 1798 (à cette date Bonaparte marchait sur le Caire (la bataille des Pyramide aura lieu trois jours plus tard) et Talleyrand s'illusionnait encore, relativement à l'expédition d'Egypte, sur la passivité prévue de la Porte, qui, finalement déclarera la guerre à la France et entraînera dans son sillage les Régences) :
« Je terminerai par une remarque sur les puissances barbaresques.
Ce sont peut-être les seules qui, pendant cette guerre, soient restées tout à fait fidèles aux liens qu'elles avaient avec la France, à l'époque même où les Anglais, maîtres de Toulon, dominaient dans la Méditerranée ; leur attachement pour nous a paru s'augmenter en proportion de nos disgrâces.
Qu'on juge ce qui doit résulter vis-à-vis d'elles de notre rétablissement à Malte, et combien leur intérêt va se trouver d'accord avec la prédilection d'habitude qu'elles nous ont témoignée.
C'est ici le lieu d'ajouter qu'il serait impolitique de s'abandonner en ce moment à des idées trop libérales, et de s'occuper soit à détruire la piraterie avouée des Barbaresques, soit à faire participer les Républiques d'Italie aux droits dont nous jouissons chez ces puissances [Talleyrand écrivait à ce sujet dans le même mémoire : « C'est par ce principe [« nous devons nous garder de faire des ingrats trop puissants »] que je persiste à croire que nous ferions mal d'accéder au vœu que témoignent ces trois républiques d'obtenir que leur pavillon soit respecté par les Barbaresques à l'égal du nôtre. Évitons de partager avec qui que ce soit cet avantage. Le sol de l'Italie donne déjà à l'industrie de ses habitants, si elle croît par la liberté, trop de moyens de rivaliser avec la nôtre pour que nous facilitions ses progrès et ses débouchés. »]. La Méditerranée doit être exclusivement la mer française. Son commerce entier nous appartient, et tout ce qui tend à en éloigner les autres nations doit entrer dans nos vues. Sous ce rapport, les Régences de la côte d'Afrique sont, en quelque sorte, nos auxiliaires, puisque leurs vexations atteignent tout le monde, excepté nous, et que notre pavillon, respecté, se trouve en temps ordinaire au-dessus de toute concurrence.
Notre intérêt est donc de maintenir les Barbaresques dans leur état actuel, au moins jusqu'à ce que notre domination soit établie sur la Méditerranée, de manière à ne plus craindre ni ennemis ni rivaux, ce qui aura lieu quand le commerce aura pris à notre avantage des habitudes dont on connaît la force, et que des siècles même ont peine à changer. »

Autres temps…
Talleyrand reprenait à présent quasiment mot pour mot les directives transmises le jour même par Bonaparte qui, lui, parlait de « sentiments de dignité d’hommes européens et de morale publique ».
Ce souhait de voir s’entendre diverses puissances afin de mettre fin à la piraterie barbaresque n’est pas sans faire penser à ce qu’écrivait Raynal (auteur admiré par le jeune Bonaparte) dès 1770 dans son « Histoire philosophique des deux Indes » :
« Mais à quel peuple est-il réservé de briser les fers que l’Afrique nous forge lentement, et d’arracher ces épouvantails qui glacent d’effroi nos navigateurs ? Aucune nation ne peut le tenter seule ; et si elle l’osait, peut-être la jalousie de toutes les autres y mettraient-elles des obstacles secrètes ou publics. Ce doit être l’ouvrage d’une ligue universelle. Il faut que toutes les puissances maritimes concourent à l’exécution d’un dessein qui les intéresse toutes également. Ces états que tout invite à s’allier, à s’aimer, à se défendre, doivent être fatigués des malheurs qu’ils se causent réciproquement. Qu’après s’être si souvent unis pour leur destruction mutuelle, ils prennent les armes pour leur conservation. La guerre aura été, du moins une fois, utile et juste. »

La constitution d’une force alliée contre les Régences, en marge du traité de paix d’Amiens, ne vit finalement pas le jour.
Mais la paix aidant, la problématique barbaresque persistant, Bonaparte prit les choses en main dès l'été 1802.
Ainsi, le 18 juillet, il écrivait à Mustapha Pacha, dey d’Alger :
« [La lettre que je vous écris] a pour but de vous demander réparation prompte, et telle que j'ai droit de l'attendre des sentiments que vous avez toujours montrés pour moi. Un officier français a été battu, dans la rade de Tunis, par un de vos reis. L'agent de la République a demandé satisfaction et n'a pu l'obtenir. Deux bricks de guerre ont été pris par vos corsaires, qui les ont amenés à Alger et les ont retardés dans leur voyage. Un bâtiment napolitain a été pris par vos corsaires dans la rade d'Hyères, et par là ils ont violé le territoire français. Enfin, du vaisseau qui a échoué cet hiver sur vos côtes, il me manque encore plus de 150 hommes qui sont entre les mains des barbares. »

L’affaire était sérieuse.
Le jour même, le Premier Consul écrivait à Talleyrand des instructions fort menaçantes :
« Un courrier vous portera, Citoyen Ministre, la lettre que j'écris au dey d'Alger par l'occasion de l'adjudant du palais Hulin; vous ferez partir sur-le-champ ce courrier pour Toulon. Le citoyen Hulin partira avec les trois vaisseaux de guerre qui seront prêts à mettre à la voile pour Alger, ou bien il s'embarquera sur une frégate, eu choisissant le moyen le plus expéditif.
D'autres escadres se rendent dans la Méditerranée, et, pour peu que le Dey ne se conduise pas d'une manière convenable, je saurai le mettre à la raison. Vous devez faire part de ces différentes choses à Thainville, pour qu'il se conduise en conséquence. Faites connaître au citoyen Hulin qu'il doit remettre directement ma lettre au Dey dans une audience extraordinaire. Vous pouvez lui donner connaissance du contenu. Il doit lui dire que je désire vivre bien avec lui, mais que je n'ai jamais capitulé avec l'honneur, et que, s'il ne donne pas des ordres pour qu'on respecte mon pavillon, je suis capable d'aller moi-même à Alger. J'ai détruit les Mameluks, parce qu'ils n'avaient pas donné satisfaction aux Français; malheur à qui, de gaieté de cœur, sera ennemi de la France !
Si jamais le Dey se conduisait avec violence (car l'on doit tout attendre d'un barbare), le citoyen Thainville, en s'en allant, en instruirait l'amiral, qui a ordre de bloquer Alger. »

Hulin arriva à Toulon le 22 juillet.

Au même moment, le 28 juillet, à la demande de Decrès, Jeanbon Saint-André, commissaire général dans les départements de la rive gauche du Rhin, et surtout, ancien consul à Alger, remettait ce rapport :
« Si nous étions en guerre avec les Algériens, quelles mesures seraient à prendre pour les empêcher de nous faire du mal ?
Si la guerre éclatait avec Alger, on n'aurait pas à craindre que ce peuple vînt avec une armée tenter une invasion sur le territoire de la république; mais, suivant l'usage de ces barbares, leurs corsaires se répandraient sur les points de passage de notre commerce du Levant et des colonies pour intercepter nos navires marchands; ils viendraient sur nos côtes et celles d'Italie, de Gênes, d'Espagne et de Corse pour troubler notre cabotage; ils chercheraient à s'insinuer dans nos anses, nos baies ouvertes, nos criques; à descendre sur les points indéfendus de nos côtes, pour y enlever des bestiaux, des denrées, saisir les hommes, les femmes, les enfants, et les emmener en esclavage. Le genre d'attaque détermine celui de la défense et vous le connaissez mieux que moi, citoyen ministre; ils consistent:
1° A donner aux bâtiments marchands des escortes suffisantes pour débouquer le détroit de Gibraltar, ou les garantir pendant leur navigation sur la Méditerranée, dans l'Archipel, sur les côtes d'Asie, d'Afrique et de la Grèce.
2° A faire escorter de même notre cabotage.
3° A établir des croisières sur nos côtes, au détroit de Gibraltar, dans le canal de Malte, au cap Bon, à Kérigo, à Rhodes, etc., etc.
Dans une guerre telle que celle d'Alger, il me semble qu'il faut répandre les frégates sur la Méditerranée, en confier le commandement à des hommes instruits à la fois et audacieux, punir sévèrement ceux qui se laisseraient prendre., parce qu'il est plus humiliant pour un pavillon français de se baisser devant un pavillon barbaresque que devant tout autre; ne pas tolérer de la part des officiers les relâches sans motifs, et les séjours oiseux dans les ports, où l'on n'apprend pas son métier, et où l'on ne le fait pas; être toujours en mouvement, se trouver partout; et comme la guerre algérienne n'a rien qui puisse tenter la cupidité, stimuler les officiers par des récompenses d'honneur, et les équipages par une prime proportionnée aux difficultés et à l'importance de la victoire. Ce n'est pas à un amiral que je dois me permettre d'observer que le service actif des frégates est la véritable école des marins, et qu'une guerre algérienne, dirigée par ses ordres, aurait pour effet nécessaire de former de bons hommes. Voilà pourquoi principalement je pense qu'il serait utile de multiplier les moyens de ce genre, même au-delà des besoins réels.
4° Le service des batteries, et en général celui de toute la côte, devrait être fait avec la plus rigoureuse surveillance. Une seule famille, un seul individu emmené esclave en Alger, est un grand malheur; c'est un de nos concitoyens privé de ses droits les plus précieux. La garde nationale, la troupe de ligne, les canonniers, doivent être en activité perpétuelle; des patrouilles, surtout de nuit, doivent succéder aux patrouilles dans les endroits suspects. Il faut en un mot faire la garde comme contre des voleurs qui cherchent à surprendre.
5° Les îles d'Hyères, celles de Rotoneau. celles de Sainte-Marguerite, le golfe Juan, celui de Fréjus, etc. , méritent une attention plus particulière que tout le reste, et leurs garnisons doivent être renforcées là où il y en a, et établies là où il n'y en a pas. Des chaloupes canonnières doivent être toujours, et autant qu'il est possible, à la voile dans les canaux de ces îles et dans les autres lieux où on peut se cacher aisément.
6° L'île de Monte-Christ est connue pour être un des repaires favoris des corsaires barbaresques. Cette île et tous les petits écueils qui se trouvent entre la côte de Naples et celles de Corse ne sauraient être surveillés avec trop de soin.
7° Enfin les précautions à prendre pour la côte méridionale de France sont en tout temps applicables à la Corse, et il faut observer de plus que le canal de Bonifacio, où je sais par les jactances des Algériens qu'ils y ont relâché plusieurs fois et enlevé des bestiaux et des hommes, est un des points qu'il faut garder. Une station dans ces parages, où le Fort Vieux offre un bon asile, ne serait pas sans utilité, et si les autorités de la Sardaigne , ennemie perpétuelle d'Alger, étaient stimulées à nous seconder, ce passage pourrait être bien fermé.



Quelles croisières faudrait-il établir?
J'ai parlé des croisières protectrices et défensives. Les croisières offensives ne pourraient guère être établies que sur trois points:
1° Devant le port d'Alger, depuis la pointe Pescao jusqu'au cap Matifou, et quelques lieues au large, suivant le système de ruse propre aux croisières.
2° Devant les rades de Bone et de Bougie, plus particulièrement de la première. 3° Devant Arzou et Oran.
Ces croisières devraient être faites par des divisions de frégates et corvettes. Celle d'Alger devrait être la plus forte et proportionnée à la connaissance qu'on aurait des armements du Dey. Celle-ci pourrait même être appuyée d'un vaisseau de 74, qui devrait être un des meilleurs voiliers de l'armée.



Quelles mesures seraient à prendre pour leur nuire , et quelles opérations faudrait-il exécuter pour leur faire le plus de mal possible par les seuls moyens maritimes?
Tout le monde se souvient, surtout à Alger, du fameux bombardement opéré par l'un de nos plus braves amiraux, le célèbre Duquesne. Mais quand Duquesne bombarda cette ville, les fortifications de la Marine n'étaient pas dans l'état où elles sont aujourd'hui, les Algériens ne connaissaient pas l'usage des chaloupes canonnières, avec lesquelles ils se sont familiarisés au point de les manœuvrer avec justesse. Cependant les Espagnols, dans leur dernière expédition, ont aussi bombardé Alger; et si Barcello, suivant la tradition, n'avait pas été desservi à Carthagène par les mauvaises munitions qu'on lui avait données tout exprès, dit-on, pour le faire échouer; s'il n'y avait pas eu de mésintelligence entre les généraux de terre et de mer, écueil ordinaire et le plus redoutable de toutes les opérations combinées des deux services, on assure que l'humiliation des Barbaresque saurait été complète. Un bombardement présente donc plus de difficulté qu'au temps de Duquesne; mais il n'est pas impossible, et c'est au général qui a vaincu partout que la solution de cette question est dévolue de droit. Qui le résoudrait comme lui, et qui connaîtrait comme lui les moyens de faire réussir une pareille opération ?
A un bombardement près, je ne vois pas quel mal on pourrait faire à Alger par les seuls moyens maritimes. Tout se réduirait à paralyser la course, à prendre un petit nombre de bâtiments de commerce, dont je parlerai dans la suite, et la guerre serait purement défensive.



Si, en cas de guerre avec Alger, on se décidait à employer une armée de terre contre cette régence, comment devrait-elle être composée ? quelle devrait être sa force?
Cette question est la plus embarrassante pour moi, parce qu'elle suppose des connaissances militaires que je n'ai pas. Je ne puis qu'exprimer une opinion, et le devoir d'obéir m'obtiendra sans doute un peu d'indulgence.
Si on se décidait à employer une armée de terre contre Alger, je crois qu'on devrait avoir en vue de frapper un coup rapide comme la pensée, et de terminer la guerre en huit jours. Ce motif, dont la nature du climat, l'espèce d'ennemis qu'on aurait à combattre, la nécessité de ne pas laisser à leur ignorant amour-propre l'ombre même d'un prétexte de douter de notre supériorité; l'importance de séparer par une défaite décisive les Maures des Turcs; la difficulté de se procurer aisément, quand on n'est pas le plus fort dans ce pays-là, les objets nécessaires au maintien d'une armée ; la facilité de les obtenir tous quand on peut parler en maître ; ce motif, dis-je, dont tout concourt à démontrer la justesse, obligerait à porter l'armée à un nombre plus considérable qu'on n'en emploierait contre une puissance d'Europe avec laquelle on aurait les mêmes rapports de force et de position que la Régence. Je pourrais exagérer pourtant, mais je pense qu'une armée de 30 000 hommes serait nécessaire.
Elle devrait être composée d'une quantité proportionnée de troupes légères à pied et à cheval plus fortes que dans les armées ordinaires. Le premier consul a vu en Egypte quelle est la tactique des Arabes. La cavalerie algérienne est tout arabe ou maure, ce qui est la même chose. S'élancer au grand galop et sans ordre en abandonnant la bride à son cheval, tirer un coup de fusil à son ennemi, fuir pour recharger son arme, et revenir à la charge, telle est leur manière. L'infanterie est turque et arabe; elle se bat comme les Turcs.
L'artillerie légère serait extrêmement redoutable pour eux. En général, ils sont mauvais canonniers, et ne concevraient pas comment on peut poursuivre un ennemi à coups de canons traînés par des chevaux au grand trot. Mais encore une fois, le premier consul réunit sur ce point le coup d'oeil du génie aux leçons de l'expérience.



Comment et où devrait-elle débarquer ?
Le lieu où débarquèrent les Espagnols, au fond de la rade d'Alger, dans la partie orientale, et à plus de deux bonnes lieues de distance de la ville, n'était peut-être pas très mal choisi ; mais les Espagnols auraient dû se hâter de marcher en avant, de culbuter l'ennemi, et de s'emparer des hauteurs pour se porter rapidement sur ses derrières au fort l'Empereur, et de s'en rendre maîtres. Mais il paraît qu'ils temporisèrent, qu'ils voulurent se porter en droiture par la plaine sur la ville, ce qui, s'ils avaient pu effectuer leur projet, leur laissait le désavantage de l'attaquer par la partie basse, et d'être toujours dominés par l'ennemi. Ils négligèrent de se porter avec impétuosité sur la première batterie voisine du lieu de leur débarquement, ce qui leur aurait fourni sur-le-champ le moyen de prendre en flanc toute la ligne de retranchements en terre défendus par les Algériens. Enfin le débarquement se fit mal et avec lenteur; il fallut retourner à bord des vaisseaux chercher ce qui manquait, et dans le nombre des bâtiments préposés à favoriser le débarquement, il n'y eut que deux galères de Malte qui firent leur devoir, et qui sauvèrent les débris de l'armée quand elle fut forcée de se rembarquer. En évitant toutes ces fautes, que des Français ne commettent sûrement pas, on pourrait avec succès débarquer dans le même lieu.
Il est un autre point de débarquement que je n’ai jamais vu par moi-même, mais que j'ai entendu beaucoup vanter par des personnes instruites. Celui-ci est à l'ouest d'Alger, à la distance de six ou huit lieues, près du cap de Caxine et de la petite ville ou du bourg de Sarcel, dans une anse ou baie dont je regrette d'autant plus d'avoir oublié le nom que je n'ai pas de carte pour suppléer au défaut de ma mémoire. De ce lieu à Alger, la route ne passe pas pour être très difficile, et il faudrait avoir également ici l'attention de s'emparer des hauteurs, et de venir par les derrières aboutir au château de l'Empereur.

Quelle conduite devrait-on tenir pour s'emparer d'Alger?
Ce que je viens de dire répond en partie à cette question. Pour compléter ma réponse, je pense que si, après avoir compulsé sur la carte les deux points que je viens d'indiquer, ils étaient jugés convenables l'un et l'autre, il faudrait débarquer sur tous les deux, épouvanter l'ennemi en se montrant partout , diviser ses forces, et dans le temps que l'armée de terre avancerait par les deux routes vers un point commun , occuper la ville par le feu d'une escadre. Les Maures ne marchent guère volontiers au combat quand ils n'ont pas des Turcs avec eux. Mais les Turcs, qui ne sont pas nombreux, obligés de faire face partout, s'attacheront probablement de préférence à la défense de la place, et les deux corps d'armée qui marcheraient contre nous en seraient plus facilement battus et dispersés.
Je ne dois pas oublier qu'on pourrait peut-être, par des moyens diplomatiques, opérer une diversion heureuse du côté de Tunis. Il est connu aux relations extérieures que les deys d'Alger affectent une supériorité de rang et de pouvoir sur les beys de Tunis. Ils leur parlent en maîtres, ils en exigent un tribut annuel connu sous le nom de présent; ils entretiennent chez eux un wishil ou agent qui exerce une police réelle; les beys ou capitaines algériens s'approprient à la mer les prises faites par les corsaires tunisiens; ils disposent de tout arbitrairement dans le port de Tunis. Le bey souffre très impatiemment cette domination, et il voudrait s'en affranchir, mais il ne le peut pas. Peu après mon arrivée à Alger, un envoyé extraordinaire de la république, le citoyen Herculaès, fît déclarer la guerre au roi de Tunis sous le plus frivole prétexte. Le dey donna ordre au bey de Constantine d'avancer avec une armée sur le territoire tunisien. Il fallait traverser des montagnes, et la saison était rigoureuse. L'expédition ne réussit point. Cependant le bey de Tunis s'humilia et demanda grâce. Ces outrages restent gravés au fond de son cœur, et sa dépendance l'irrite. En le flattant de l'espoir de l'en délivrer, et lui montrant une flotte et une armée prêtes à prendre sa querelle, il ne serait pas impossible de l'engager à marcher sur Constantine. Et d'ôter au dey le secours des troupes de ce gouvernement. Il est nécessaire de remarquer que les débarquements sur la côte de Barbarie ne peuvent pas se faire en tout temps, les trois mois de messidor, fructidor et thermidor [mi juin-mi septembre] sont les seuls mois favorables dans l'année. En toute autre saison, la houle du nord, qui bat avec plus ou moins de violence sur la plage, rend les débarquements plus ou moins pénibles quand ils ne sont pas dangereux, et les rembarquements seraient bien plus dangereux encore s'ils étaient forcés. C'est une vérité connue des marins qui fréquentent cette côte."



De son côté, Hulin appareillait à bord de la division commandée par Leissègues (les vaisseaux le Duquesne et le Scipion, et les corvettes la Tactique et le Furet). Les bâtiments français arrivèrent face à Alger le 5 août.
Le lendemain, Hulin, accompagné du consul-général Dubois-Thainville, remit la lettre de Bonaparte au dey. Le 7, après quelques difficultés, Mustapha-Pacha se soumettait aux exigences de la France. On peut à ce sujet se référer à la lettre que ce dernier écrivit à Bonaparte :
« Ci-après, notre ami, je vous avertis que j’ai reçu votre lettre datée du 29 messidor. Je l’ai lue ; elle m’a été remise par le général de votre palais, et votre vékil Dubois-Thainville. Je vous réponds article par article.
1°. Vous vous plaignez du rais Ali-Tatar. Quoi qu’il soit un de mes joldaches, je l’ai arrêté pour le faire mourir. Au moment de l’exécution, votre vékil a demandé sa grâce en votre nom, et pour vous, je l’ai délivré.
2°. Vous me demandez la polacre napolitaine prise, dites-vous, sous le canon de la France. Les détails qui vous ont été fournis à cet égard ne sont pas exacts ; mais, selon votre désir, j’ai délivré dix-huit chrétiens composant son équipage : je les ai remis à votre vékil.
3°. Vous demandez un bâtiment napolitain qu’on dit être sorti de Corfou avec des expéditions françaises. On n’a trouvé aucun papier français ; mais, selon vos désirs, j’ai donné la liberté à l’équipage, que j’ai remis à votre vékil.
4°. Vous demandez la punition du rais qui a conduit ici deux bâtiments de la République française. Selon vos désirs, je l’ai destitué ; mais je vous avertis que mes rais ne savent point lire les caractères européens ; ils ne connaissent que le passeport d’usage, et pour ce motif il convient que les bâtiments de guerre de la République française fassent quelque signal, pour être reconnus par mes corsaires.
5°. Vous demandez 150 hommes que vous dites être dans mes Etats. Il n’en existe pas un. Dieu a voulu que ces gens se soient perdus, et cela m’a fait de la peine.
6°. Vous dites qu’il y a des hommes qui me donnent des conseils pour nous brouiller. Notre amitié est solide et ancienne, et tous ceux qui chercheront à nous brouiller, n’y réussiront pas.
7°. Vous demandez que je sois ami de la République italienne. Je respecterais son pavillon comme le vôtre, selon vos désirs. Si un autre m’eût fait pareille proposition, je ne l’aurais pas accepté pour un million de piastres.
8°. Vous n’avez pas voulu me donner les 200 000 piastres que je vous avais demandés pour me dédommager des pertes que j’ai essuyées pour vous. Que vous me les donniez ou que vous ne me les donniez pas, nous serons toujours bons amis.
9°. J’ai terminé avec mon ami Dubois-Thainville, votre vékil, toutes les affaires de la Calle, et l’on pourra venir faire la pêche du corail. La compagnie d’Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement. J’ai ordonné au bey de Constantine de lui accorder tout genre de protection.
10°. Je vous ai satisfait de la manière que vous avez désiré pour tout ce que vous m’avez demandé, et pour cela, vous me satisferez comme je vous ai satisfait.
11°. En conséquence je vous prie de donner des ordres pour que les nations mes ennemis ne puissent pas naviguer avec votre pavillon ni avec celui de la République italienne, pour qu’il n’y ait plus de discussions entre nous, parce que je veux toujours être ami avec vous.
12°. J’ai ordonné à mes rais de respecter le pavillon français à la mer. Je punirai le premier qui conduira dans mes ports un bâtiment français.
Si à l’avenir il survient quelques discussions entre nous, écrivez-moi directement, et tout s’arrangera à l’amiable.
Je vous salue, que Dieu vous laisse en gloire.
Alger, le 13 de la lune de Rabiad-Ewel l’an de l’hégire 1217.
En terminant ce rapport, je dois dire au premier consul que l’ajudant-commandant du palais Hullin, et le contre-amiral Lessegues ont rempli avec noblesse, fermeté et mesure, la commission qui leur était confié. »

Le 9 août, Hullin rembarquait. L’affaire était réglée mais aurait pu prendre un nouveau tournant. En effet, sept jour plus tard, le 16 août, arrivait à Alger, à bord de la corvette la Mutine, une nouvelle lettre de Bonaparte (écrite le 27 juillet) ; missive certes tardive mais porteuse de menaces allant bien plus loin que le blocus du port d’Alger (il convient cependant de préciser qu’en terme de préparatifs, même si ceux-ci dépassaient de loin la seule opération de Leissègues, on en était encore qu’au stade d’une campagne navale) :
« Grand et magnifique Dey, un adjudant de mon palais doit, à l'heure qu'il est, être rendu auprès de vous pour vous porter mes plaintes, et vous demander réparation des différents outrages faits à mon pavillon. Aujourd'hui j'expédie un nouvel officier porteur de cette lettre, ne voulant pas, avant de rompre avec vous, ne pas vous avoir mis à même de réfléchir mûrement sur ce que vous avez à faire.
Je vous demande donc réparation éclatante pour tous les griefs dont je me suis plaint dans ma dernière lettre. Je vous en demande encore contre le gouverneur de Bône, qui s'est permis d'arrêter une gondole munie de mes passeports, et d'empêcher la pêche du corail conformément à nos traités et à l'usage immémorial qui a existé entre nous.
Je vous fais également connaître mon indignation sur la demande que vos ministres ont osé faire, que je paye 200 000 piastres. Je n'ai jamais rien payé à personne, et, grâce à Dieu, j'ai imposé la loi à tous mes ennemis. J'ai détruit l'empire des Mameluks, parce qu'après avoir outrage le pavillon français ils osaient me demander de l'argent pour la satisfaction que j'avais droit d'attendre. Craignez le même sort; et, si Dieu ne vous a pas aveuglé pour vous conduire à votre perte, songez qui je suis et ce que je peux.
Avant de faire marcher contre vous une armée de terre et de mer, j'en ai instruit l'ambassadeur de la Sublime Porte, avec qui je viens de renouveler l'ancienne alliance. Je vous l'ai dit et je vous le répète, je veux vivre en bonne amitié avec vous; je n'ai aucune vue ambitieuse; je n'ai pas besoin de vos Etats pour être au premier rang des puissances; mais si vous refusez de me donner satisfaction, et si vous ne réprimez pas la licence de vos ministres qui osent insulter mes agents, et de vos bâtiments qui osent insulter mon pavillon, je débarquerai 80 000 hommes sur vos côtes, et je détruirai votre régence; car, enfin, je ne souffrirai pas que vous traitiez mon pavillon comme vous traitez celui des petites puissances du Nord et des petites puissances d'Italie. Que vous et votre conseil réfléchissent donc bien sur le contenu de cette lettre, car ma résolution est immuable. Je désire cependant que Dieu et votre bon génie vous éclairent, et que vous repreniez les sentiments qui ont existé habituellement entre la France et Alger. »

L’ambassadeur de la Porte avait été prévenu de ce nouvel ultimatum dès le 27 juillet. Deux jours plus tard, Bonaparte renouvelait sa démarche :
« Je désire, Citoyen Ministre [Talleyrand], que vous fassiez remettre à l'ambassadeur de la Porte Ottomane une note conçue en ces termes:
«Le soussigné, ministre des relations extérieures, a l'honneur de faire connaître à l'ambassadeur de la Porte Ottomane que la régence d'Alger, contre le texte du traité que le Dey avait conclu avec la France, vient de défendre la pêche du corail aux bâtiments français; que, d'un autre côté, un bâtiment français ayant échoué cet hiver, plus de 150 Français sont encore en ce moment esclaves des Arabes tributaires du Dey ; que tous les courriers informent le Premier Consul des outrages que les corsaires algériens font au pavillon français ;
Que le Dey a poussé l'oubli des convenances et de ce qu'il devait à la France jusqu'à exiger impérieusement qu'il lui fût payé 200 000 piastres, menaçant, s'il ne les avait pas sous quarante jours, de faire la guerre à la République ;
Que, dans cet état de choses , le Premier Consul vient d'envoyer à Alger un adjudant du palais avec une lettre, pour faire sentir au Dey combien sa conduite était inconséquente et contraire à sa politique et à son intérêt; si, cependant, par une suite de l'aveuglement qui parait conduire ce prince à sa perte, il refusait la satisfaction que le Premier Consul a le droit d'attendre, je suis spécialement chargé de faire connaître à Votre Excellence que le Premier Consul à résolu d'envoyer une armée de terre s'emparer d'Alger [dans sa lettre du 27, Bonaparte parlait de 30 000 hommes] et mettre fin à une conduite si déshonorante pour le peuple français et si contraire à son commerce et à son intérêt.
Le Premier Consul m'a chargé de faire connaître l'état des choses à Votre Excellence, afin que la Sublime Porte ne puisse pas se plaindre s'il repousse la force par la force, et s'il détruit un prince vassal de la Porte, qui l'aura mérité par l'extravagance de sa conduite et par les hostilités qu'il a commises contre la France.
Lorsque le Premier Consul marcha en personne en Egypte pour détruire les Mameluks, la Sublime Porte crut avoir lieu de se plaindre. Votre Excellence sentira cependant que, dans la circonstance actuelle, ayant pris toutes les mesures pacifiques qu'il pouvait prendre, il se trouve contraint, par la force des choses et par la conduite de la régence, à une démarche qui affligera la Sublime Porte, mais qu'il n'aura pas dépendu de lui d'empêcher.
Cette note sera remise par un drogman. Il y répondra ce qu'il voudra. Je désire qu'il l'envoie à Constantinople par un courrier, et à Alger; ou, s'il ne le veut pas, qu'il fasse venir Bakry, qu'il la lui remette, afin que celui-ci la fasse passer à Alger par un courrier extraordinaire. »

Les menaces n’allèrent logiquement pas plus loin.
Alger n’était cependant pas oublié et allait revenir sur le devant de la scène en 1805.
Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3964
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: La mer de la peur

Message par Cyril Drouet »

En effet, le 25 mai 1805, la veille du couronnement de Napoléon roi d’Italie à Milan, le Sénat de la république ligurienne décrétait qu'il serait demandé auprès de l'Empereur la réunion de Gênes à France ; et dans les considérants dudit décret la question de la piraterie issue des régences était mise en avant : « Les puissances barbaresques, en désolant le commerce ligurien, rendent presque impraticables toutes nos communications maritimes. »
La 4 juin suivant, à Milan, Napoléon, qui avait déjà formulé la même intention avant le vote du décret du 25 mai, répondit logiquement favorablement à la demande qui venait de lui formuler officiellement la députation génoise. Il prononça alors un discours où fut notamment dit :
« Je n'ai pas tardé moi-même à me convaincre de l'impossibilité, où vous étiez, seuls, de rien faire, qui fût digne de vos Pères. Tout a changé. Les nouveaux principes de la législation des mers, que les Anglais ont adoptés […] et qui n'est autre chose que le droit d'anéantir à leur volonté le commerce des peuples ; les ravages toujours croissants des Barbaresques ; toutes ces circonstances ne vous offraient qu'un isolement dans votre Indépendance.
[…]
Où il n'existe pas d'indépendance maritime pour un peuple commerçant, naît le besoin de se réunir sous un plus puissant pavillon. Je réaliserai votre vœu; je vous réunirai à mon Grand Peuple.
[…]
Vous vous trouverez [«dans votre union avec mon peuple »] absolument à l'abri de ce honteux esclavage, dont je souffre, malgré moi, l'existence envers les puissance plus faibles, mais dont je saurai toujours garantir mes Sujets. »

La réunion de la république ligurienne à l’Empire impliquait en effet de facto l’application pour ces nouveaux Français, des traités signés entre la France et Tripoli (19 juin 1801), Alger (28 décembre 1801), et Tunis (29 février 1802)

De suite, le ministre de l'Intérieur, Champagny fut envoyé à Gênes afin d'y abolir la constitution de la République ligurienne. A cette occasion, le 9 juin 1805, ce dernier affirma que les navires génois étaient désormais bien à l'abri des attaques barbaresques.
En conformité avec la promesse de Milan du 4 juin, Napoléon arriva à Gênes le 30 du même mois. Outre les audiences accordées aux autorités civiles, religieuses, militaires et diplomatiques, l’Empereur inspecta les forts, les chantiers de construction navale, les divers établissements publics de la ville et bien évidemment le port (4 juillet). Il y rencontra son frère Jérôme qui y commandait une petite division navale. Ce dernier, nouvellement promu capitaine de frégate, était à Gênes depuis la mi-mai, et tentait d’y faire oublier sa malheureuse aventure américaine.
L’inspection de la division navale de Gêne était d’importance pour Napoléon.
D’une part, le blason passablement terni de Jérôme se devait d’être redoré ; si les rapports entre les deux frères étaient à présent bien meilleurs, la colère de l’Empereur n’était en effet pas si lointaine :
« Si dans la seule entrevue que je lui accorderai, il se montre peu digne du nom qu'il porte, s'il persiste à vouloir continuer sa liaison [jérôme s’était marié à Elizabeth Patterson, le 24 décembre 1803, à Baltimore], s'il n'est point disposé à laver le déshonneur qu'il a imprimé à mon nom en abandonnant ses drapeaux et son pavillon pour une misérable femme, je l'abandonnerai à jamais. »
(Napoléon à Letizia, 22 avril)
D’autre part, et surtout, il était temps de faire bénéficier les nouveaux sujets de l’Empire des bienfaits du traité de paix liant le dey d'Alger à la France. La tension fortement abaissée en Méditerranée facilitait d'ailleurs l'opération : Villeneuve et Nelson en chasse étaient alors dans l'Atlantique revenant tous deux vers l'Europe, et l'Empereur n’estimait plus les forces britanniques en Méditerranée qu’à sept vaisseaux : trois entre Gênes et Toulon, trois autres entre Cadix et Carthagène, et un dernier face à Naples.

Des promesses avaient été faites, il fallait les honorer.

Dès le lendemain, avant de reprendre la route de Paris, les ordres fusaient :
« Mon Frère, votre division, composée de 3 frégates [la Pomone, l’Uranie et l’Incorruptible] et de 2 bricks [le Cyclope et l’Endymion], doit être approvisionnée d'au moins trois mois de vivres et de trois ou quatre mois d'eau. Vos équipages seront complétés en matelots de Gênes. Il sera mis 50 hommes en sus sur chaque frégate, afin de les rendre susceptibles d'un plus haut degré de résistance. Ces 50 hommes seront fournis par l'infanterie. A cet effet, la compagnie du 102e que vous avez à bord de la Pomone sera portée à 100 hommes. De plus, un maréchal des logis et 15 canonniers de ma Garde tiendront garnison sur la Pomone pendant cette sortie. J'ai ordonné que 100 hommes du 20e de ligne soient mis à votre disposition, pour augmenter la garnison de l'Uranie de 50 hommes et celle de l'Incorruptible de 50 hommes. Vous ferez compléter les batteries des gaillards avec de l'artillerie de bronze qui est à Gênes, et vous augmenterez l'artillerie de vos frégates de plusieurs des caronades de 15 qui se trouvent à l'arsenal de Gênes. Vous enverrez un courrier extraordinaire à Toulon, pour demander qu'on vous envoie des canonniers français pour remplacer les Génois qui sont sur votre division. Ils pourraient vous arriver à temps, parce que les vents peuvent apporter du retard à votre départ.
Du moment que votre division sera en état, vous mettrez à la voile. Vous vous présenterez devant Bastia; vous demanderez au général qui y commande 100 bons matelots, ayant au moins six ou sept ans de mer, et vous les répartirez sur votre division.
Vous recueillerez tous les renseignements que vous pourrez avoir sur la situation des Anglais aux îles de la Madeleine.
Après cela, vous naviguerez en côtoyant la Sardaigne, jusqu'aux trois quarts de la côte, de manière à ne point trop approcher de Cagliari. S'il y avait des corvettes, des bricks ou des transports anglais dans la rade de la Madeleine, vous les enlèveriez.
Vous vous rendrez de là devant Alger. Vous ferez remettre la lettre ci-jointe à mon chargé d'affaires, commissaire des relations commerciales, qui se rendra à votre bord. Le but de votre mission est de retirer tous les esclaves génois, italiens et français qui se trouvent dans les bagnes d'Alger. Si, cependant, cela éprouvait plus de difficultés que je ne pense, vous ne resterez pas plus de six jours à Alger, et vous opérerez, selon le temps, votre retour, soit sur Toulon, soit sur Gênes. Vous l'opérerez sur Gênes, si vous ramenez des esclaves génois, et vous les garderez deux jours après votre arrivée, pour les faire débarquer en pompe.
A Alger, vous ne débarquerez point, ni pour voir mon commissaire, ni pour voir le Dey, que vous enverrez complimenter. Ce ne serait que dans le cas où le Dey viendrait au bord de la mer que vous pourriez vous rendre auprès de lui dans votre canot. »


Jérôme, souffrant de difficultés pour compléter ses équipages, n'appareilla que 7 août. Un fort coup de vent le força cependant à relâcher à Toulon quatre jours plus tard. Il fit à cette occasion le rapport suivant à Decrès :
« J'ai l'honneur de vous informer, Monsieur le Ministre, de ma relâche à Toulon, où je suis entré ce matin. J'ai appareillé de Gênes dans la nuit du [7 au 8 août], dans l'intention de suivre directement les instructions que Sa Majesté Impériale et Royale avait bien voulu me laisser en partant. J'ai eu calme et de petits vents jusqu'au [10 août]. Étant près des îles d'Hyères, j'ai éprouvé un coup de vent d'ouest qui a occasionné des avaries à ma division. La Pomone a eu la vergue du petit hunier cassée; l'Incorruptible et l'Uranie, ainsi que le Cyclope, celles de leurs grands huniers aussi cassées. J'avais eu auparavant mon bout-dehors de beaupré emporté. La division n'ayant pas de ces objets de rechange et sentant la nécessité d'y remédier promptement, j'ai été mouiller aux îles d'Hyères dans la soirée, et ce matin le temps s'étant remis au beau, je suis venu au mouillage que j'occupe maintenant.
Cette sortie a complètement confirmé, Monsieur le Ministre, l'opinion que je m'étais formée de mon équipage. Il est presque tout composé de Génois, comme j'ai eu l'honneur d'en prévenir Votre Excellence. Ces gens, n'entendant pas le français, ne peuvent exécuter promptement les manœuvres et ne sont pas d'ailleurs accoutumés au service des bâtiments de guerre. Quant à la frégate la Pomone, elle ne marche pas du tout, et pour en donner une idée à Votre Excellence, il me suffira de lui dire que le Muiron a sur elle beaucoup d'avantage. Je ne m'arrêterai ici que quarante-huit heures, pendant lesquelles je prendrai tout ce qui m'est nécessaire. Aussitôt mon arrivée, l'Incorruptible et l'Uranie ont eu le long de leur bord les caronades que Sa Majesté avait ordonné de tenir prêtes pour elles. Cette dernière a été jugée trop faible pour en porter plus de deux. Je fais compléter à toute ma division trois mois de vivres, afin de ne pas être obligé de m'arrêter encore ici à mon retour et suivre ma destination pour Gênes, suivant l'intention de Sa Majesté. Je refais entièrement mon arrimage.
Les bricks l'Endymion et le Cyclope étant mauvais marcheurs, j'ai fait à M. le préfet maritime la demande du brick l'Abeille pour faire partie de la division et éclairer sa marche. Ce bâtiment n'ayant point reçu de Votre Excellence une destination particulière, j'ai pensé que ma demande obtiendrait son approbation. J'aurais désiré avoir aussi avec moi la frégate le Muiron, qui est parfaitement armée et installée; mais le préfet n'a pas voulu prendre sur lui de la laisser sortir de Toulon. Le vaisseau le Borée n'est pas encore prêt; mais il peut l'être dans vingt jours. »

Jérôme appareilla le 14 août et parvint à Alger le 18. Le 31 du même mois, il était de retour à Gênes et rendait compte de sa mission en ces termes :
« J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Excellence [Decrès] que la mission dont Sa Majesté avait bien voulu me charger a été heureusement remplie. La division sous mes ordres vient de mouiller dans le port de Gênes, ayant à bord deux cent trente et un esclaves, tous bien portants, ainsi que les équipages. Dans deux jours je les débarquerai, conformément aux instructions que je tiens de Sa Majesté. La ville d'Alger et les lieux circonvoisins jouissaient, à l'époque de mon départ, d'une parfaite salubrité, comme le constate la déclaration que m'en a faite M. Dubois-Thainville, le chargé d'affaires de l'Empereur.
Cette expédition aurait été plus promptement terminée sans les circonstances qui ont nécessité ma relâche à Toulon, et dont j'eus l'honneur de rendre compte à Votre Excellence par ma dépêche du [11 août]. Je n'y ai pas été longtemps retenu, grâce aux soins et à l'activité de M. le préfet maritime. Dans soixante-douze heures, la division fut en état de remettre à la voile et de poursuivre sa destination. J'avais expédié deux jours auparavant la corvette l' Abeille, sous les ordres du capitaine Eydoux, pour prévenir le commissaire-général des relations commerciales à Alger de ma prochaine arrivée et de l'objet de ma mission. Je lui avais en même temps écrit pour l'engager à négocier d'avance la liberté des esclaves et m'éviter, par ce moyen, les difficultés et les lenteurs que j'aurais pu éprouver.
J'appareillai de Toulon le [14 août], à dix heures du matin, par une brise très forte de nord-ouest, ayant les huniers aux bas ris. Je dirigeais ma route sur Mahon, où j'espérais rencontrer quelque croiseur ennemi. J'en passai à une lieue, n'ayant vu et visité que des bâtiments neutres et alliés, du nombre desquels se trouvait un Ragusais parti de Gibraltar depuis vingt-deux jours. J'appris du capitaine que le contre-amiral Bickerton avec cinq vaisseaux y était à cette époque occupé à se réparer et à prendre des vivres, et que lord Nelson croisait devant Cadix.
Le quatrième jour de mon départ de Toulon, j'étais à Alger. La corvette l'Abeille y était arrivée quarante-huit heures avant moi. M. Dubois-Thainville, aussitôt la réception de ma lettre, avait voulu entamer la négociation dont je l'avais chargé; mais il avait été arrêté par des difficultés qu'il n'était pas en son pouvoir d'aplanir. Le dey était peu disposé à acquiescer aux demandes qui lui étaient faites. Il ne voulait pas comprendre dans le nombre des esclaves que je réclamais ceux qui avaient été pris à Oran et qui, depuis plus de vingt années, étaient au pouvoir de la Régence. Il ajoutait qu'ayant été faits prisonniers en combattant sous le pavillon espagnol, ils ne devaient point participer à la même faveur, et que d'ailleurs il les avait déjà refusés à la France à plusieurs époques. Il ajoutait cependant que pour l'honneur du frère de l'Empereur il consentirait à m'accorder trente de ces esclaves.
Je répondis au dey, par l'organe de M. Dubois Thainville qui était venu à bord de la Pomone me rendre compte de ses dispositions, que mon intention n'était pas de remplir à demi la mission que m'avait confiée Sa Majesté; qu'il ne me suffisait pas de trente esclaves qu'il m'offrait, mais que je tenais à avoir tous les Français, Italiens et Liguriens qu'il avait en sa puissance, et que si, dans vingt-quatre heures, ma proposition n'était point agréée, je n'en aurais plus à lui faire et romprais toute négociation. Le lendemain matin j'eus une réponse favorable, et le soir je reçus à bord de la division deux cent trente et un esclaves que le dey me fit délivrer, contre l'usage du pays, après le coucher du soleil.
Je remis à la voile dans la même soirée, [20 août]. Le [25 août], étant à douze lieues dans le nord-est de Mahon, j'eus connaissance d'une frégate à neuf milles au vent à moi, le vent soufflant alors de la partie nord-nord-est grand frais; la mer était extrêmement grosse et m'obligeait à avoir tous les ris pris. Dans ces circonstances, je ne pouvais espérer de joindre ce bâtiment, qui tenait le vent à contre-bord.
[…]
Je continuai ma route, et après cinq jours de calme et de petit temps, je suis arrivé dans la rade de Gênes le [31 août], à six heures du matin. »



Les seuls canons des trois frégates de Jérôme n’avaient cependant pas suffit à soumettre le dey, près de 450 000 francs avaient également été versés. Cette rançon fut logiquement tue…



A Gênes, l'heure était à l’annonce du succès de la mission confiée à la division navale de Jérôme. Le jour même de l’arrivée de ce dernier, l’archi-trésorier Lebrun, mandaté à Gênes afin de régler la réunion de l’ancienne république ligurienne à l’Empire, écrivait cette lettre aux préfets et sous-préfets des départements de Gênes, Montenotte et des Apennins :
« Le frère de l’Empereur, commandant des forces navales, revient à Gènes, Messieurs, après avoir rempli avec le plus grand succès la mission la plus chère au cœur de Sa Majesté et la plus douce pour le sien.
Deux cent trente et un captifs sont délivrés des fers de l'esclavage et rentrent dans leurs foyers.
Cet événement doit être célébré dans les trois départements avec la reconnaissance que mérite un si grand bienfait.
Vous voudrez bien le faire connaître à tous les arrondissements et à toutes les communes de votre département et ordonner qu'il soit dans toutes l'objet de la réjouissance publique.
Vous saisirez cette occasion pour faire sentir à tous les citoyens les avantages d'une union qui les affranchit pour jamais de la crainte de l'esclavage.
Vous ferez sentir surtout aux marins tout ce qu'ils doivent à l'Empereur, et combien doit leur être cher désormais un pavillon qui doit être la sauvegarde de leur commerce, de leur honneur et de leur liberté. »

Il en lançait une seconde, cette fois aux évêques liguriens :
« L'intention de Sa Majesté est que cet événement soit célébré dans les trois départements avec les sentiments dont elle est pénétrée elle-même : elle le regarde comme un bienfait du ciel, qui a daigné le choisir pour être envers la Ligurie l'instrument de sa bonté.
Vous entrerez dans ses vues, Messieurs : en conséquence vous ferez chanter dans votre église cathédrale, et ensuite dans toutes les églises de votre diocèse, un Te Deum en action de grâce de cette faveur signalée.
Vous saisirez cette occasion pour faire sentir aux pasteurs et au peuple ce qu'ils doivent de reconnaissance à un souverain occupé tout entier de leurs intérêts et de leur bonheur. »

L’archevêque de Gênes, Joseph Spina, se fit trois jours plus tard le relais zélé de l’Archi-trésorier :
«Aux vénérables frères et fils bien-aimés en Jésus-Christ, les pasteurs et le peuple de la ville et du diocèse de Gènes,
Salut et bénédiction.
Nous vous annonçons, vénérables frères et fils bien-aimés en Jésus-Christ, un événement aussi heureux qu'inattendu. Une foule de nos concitoyens liguriens, de tout âge et de tout sexe, gémissant depuis longues années sous le poids des chaînes barbaresques, et sur les bords inhospitaliers de l'Afrique, par suite des cruautés que la nation musulmane se plaît à exercer contre ceux qui ont arboré l'étendard de la croix de Jésus-Christ, soupirait en vain après le moment où une main bienfaisante, brisant leurs fers, les rendrait enfin à leur patrie, à leurs proches, à leurs temples et à leurs sacrifices.
Tel est, nos fils bien-aimés, tel est notre très auguste Empereur, que sa clémence égale toujours sa valeur; et la grandeur de son âme est telle que, chargé par la Providence du soin de nos destinées, il s'occupe uniquement de notre bonheur, et que tournant ses regards sur cette portion malheureuse de ses sujets, il ne voulut confier qu'à son auguste frère l'exécution des mesures qui devaient les rendre à la liberté.
Réjouissons-nous, fils bien-aimés, de cet heureux événement, comme il convient à de bons chrétiens, à des sujets fidèles et reconnaissants. Ainsi le peuple hébreu, échappé par un prodige nouveau au glaive des Égyptiens, répétant le cantique de son chef choisi, Cantemus Domino, etc., fit retentir les rivages de la mer Rouge des accents de sa reconnaissance, ainsi que l'intrépide veuve du Manassès, après avoir tranché la tête du général des Assyriens incirconcis, et délivré la ville de Béthulie des maux affreux qui la menaçaient, entonna le cantique Landate Dominum Nostrum, que ses concitoyens répétèrent à l'envi pour célébrer les miséricordes du Seigneur.
Nous voyons le zèle de Moïse et la ferveur de Judith imités par le très religieux prince notre auguste Souverain, qui veille sans cesse pour notre félicité ; lui-même nous invite par sa lettre, dont les papiers publics ont déjà annoncé la teneur, à faire célébrer cet heureux événement par des cantiques de louange.
Empressons-nous donc, fils bien-aimés, à seconder cette religieuse invitation; courons en foule au temple, et que nos cœurs s'y répandent en cris d'allégresse. En rendant grâce au Seigneur de ce bienfait inespéré, célébrons aussi la miséricorde qui nous a rendus sujets d'un monarque à la fois puissant et généreux; répétons tous : Qu'il vive, qu'il vive toujours, notre auguste Empereur !
Et vous surtout, marins de la Ligurie, qui naguère ne pouviez mettre à la voile, de vos ports, sans ce cruel pressentiment que peut-être vous embrassiez pour la dernière fois une épouse chérie et des enfants en bas-âge, quels transports doivent vous animer maintenant que vous pouvez avec sûreté naviguer sur toutes les mers, certains de rapporter au sein de vos familles les fruits de votre industrie. Redoublez donc de courage ; que la fidélité due à votre Souverain, que votre reconnaissance pour ses bienfaits vous attachent à ses drapeaux, et vous accoutument à combattre, s'il le faut, à vaincre et à illustrer votre nom. Un jour viendra peut-être (et nous ne l'augurons pas en vain), que le jeune héros qui, par son pouvoir, a brisé les chaînes de vos concitoyens, s'élèvera comme un autre Bouillon, à une entreprise plus glorieuse, et que votre nom, ô Liguriens ! sera de nouveau gravé en caractères d'or sur cette tombe qui rendit si célèbre le nom de vos aïeux, et qui, retombée sous la tyrannie musulmane, peut à peine être approchée des dévots pèlerins.
Et vous, vénérables frères, destinés comme nous à nourrir du pain de la parole , et à encourager par votre exemple les peuples confiés à votre sollicitude et à la nôtre, ne cessez point de leur inspirer l'obéissance et la fidélité envers le Souverain : faites-leur connaître combien ils doivent déjà à sa bienfaisance; retracez-leur l'exemple des premiers fidèles dont parle Tertullien; faites qu'ils adressent continuellement leurs vœux au ciel, pour que Dieu daigne répandre la plénitude de ses bénédictions sur notre très-glorieux Empereur et Roi Napoléon, sur la très-pieuse Impératrice Joséphine et sur toute la Famille Impériale. Pressez-les de faire hommage à la suprême Majesté, au Roi de tous les rois, des faveurs qu'ils ont déjà reçues; secondez les intentions de notre très-auguste Monarque qui se fait gloire de nous montrer ses sentiments, exprimés si dignement dans cette loi du très-religieux empereur Théodose le Jeune : que chacun se tienne pour assuré de nous avoir rendu les devoirs de sujets dès qu'il a été adorateur du Dieu tout-puissant et imitateur de ses vertus et de ses perfections.
A ces causes, dimanche prochain, second dimanche de septembre, jour destiné à célébrer la Nativité de la Mère de Dieu, notre protectrice, dans les églises paroissiales et collégiales de nos villes et diocèse, après la messe solennelle , on chantera l'hymne de saint Ambroise, avec le Tantum ergo, et la bénédiction du Très-Saint-Sacrement. Nous accordons à tous ceux qui y assisteront, et qui prieront pour la prospérité de notre très-auguste Empereur et Roi, et de toute la Famille Impériale, cent jours d'indulgence, lesquels s'étendront à toutes les religieuses, aux personnes cloîtrées, et à tous ceux qui, dans la même intention, adresseront en ce jour à Dieu leurs ferventes prières.
La paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit toujours avec vous, vénérables frères et fils bien-aimés; à cette fin, nous vous donnons de tout notre cœur, notre bénédiction pastorale. »


Suite aux quelques jours de quarantaine imposés à la division navale, vinrent les réjouissances. La Gazette de Gênes s’en fit l’écho :
« Une si heureuse nouvelle répandit à l'instant la joie la plus vive dans toute la cité, et l'on ne peut exprimer la douce sensation qu'elle a produite dans toutes les classes d'habitants. Nous espérions bien, à la vérité, que, vu notre réunion à la France, les Liguriens détenus chez les Barbaresques seraient un jour rendus à la liberté par la puissante médiation de S. M. l'Empereur et Roi; mais il était impossible de supposer une si prompte et une si heureuse réussite dans une opération qui, en elle-même, n'était pas sans difficulté.
[…]
La fête a été annoncée le matin par des décharges d'artillerie de tous les forts. On fit passer les captifs délivrés sur deux pontons élégamment ornés. La gondole de M. le commandant suivait au milieu, accompagnée des gondoles des capitaines et officiers de la division. Les bâtiments de guerre et marchands, et un nombre extraordinaire de batelets chargés de spectateurs étaient disposés sur deux lignes sur leur passage. Lorsque le cortège s'est mis en mouvement pour s'approcher du pont National, tous les bâtiments le saluèrent de vingt et un coups de canon. Tous les bâtiments étaient depuis le matin pavoisés et avaient toutes leurs bannières déployées.
Une heure auparavant, les officiers généraux et supérieurs et toutes les autorités civiles et militaires s'étaient rendues au palais de S. A. S., qui, avec une suite très nombreuse, s'est mise en marche pour rencontrer sur le pont National, M. le commandant Jérôme Bonaparte, et se rendre avec lui à la cathédrale Saint-Laurent. On ne peut imaginer rien de plus touchant que ce spectacle. Les parents des captifs délivrés étaient accourus de tous les points de la Ligurie pour avoir le bonheur de les revoir. Partout on voyait couler des larmes d'attendrissement, et l'on n'entendait que les expressions du sentiment et de la reconnaissance. Les captifs parvenus au temple, se sont prosternés et en ont baisé le seuil. Ce spectacle a redoublé l'attendrissement des spectateurs.
Après la cérémonie religieuse, les captifs furent reconduits à la mer, où ils furent réunis à un banquet à bord du vaisseau le Génois.
Le même jour, en exécution des ordres bienfaisants de S. M. l'Empereur, on délivra de la Malapaga treize individus qui étaient détenus pour dettes ne s'élevant pas au-dessus de 300 livres, et des galères quarante-trois autres individus qui n'étaient coupables que de simple désertion.
S. A. S. Mgr l'archi-trésorier a donné ensuite un repas splendide de cent couverts, et le soir une fête et un bal brillants; la façade extérieure de son palais était illuminée de feux de différentes couleurs, au milieu desquels brillait le chiffre de S. M. l'Empereur et Roi. »

Le Journal de l’Empire du 21 septembre commenta les festivités en ces termes :
« Si on excepte les triomphée de l'ancienne Ligurie, aucune des fêtes qui ont eu lieu depuis plusieurs siècles ne peuvent se comparer à celle-ci, tant pour l'importance que pour la nouveauté de l'objet. »


On ne pouvait mieux entamer la réunion de l’ancienne république ligurienne à l’Empire…
Le 8 octobre suivant, un senatus-consulte consacra finalement le rattachement de Gênes à la France.



Par l’opération d’Alger, Napoléon faisait d’une pierre deux coups. Ainsi, en plus de montrer concrètement quels bénéfices Gênes pouvait tirer de sa réunion à l’Empire, l’expédition permettait à Jérôme de rentrer en grâce après ses péripéties américaines.

Le 11 septembre, Decrès lui écrivait en effet cette lettre élogieuse :
« M. le Commandant, la plus brillante réussite vient de couronner la mission que S. M. l'Empereur vous avait confiée. Vous portant rapidement de Toulon sur Alger, l'arrivée inattendue de votre division ainsi que la fermeté de vos demandes ont affermi la considération de la Régence pour le pavillon de S. M. Vous avez brisé les fers d'un grand nombre de Liguriens qui, depuis longtemps, souffraient les horreurs de la captivité, et votre retour à Gênes a été marqué par les bénédictions des nouveaux Français.
Personne ne pouvait, et à plus de titres que moi, prendre plus de part à des succès aussi flatteurs pour vous, et je m'empresse de joindre mes sincères félicitations à celles qui vous ont été déjà offertes.
Toute l'Europe a les yeux sur vous, et particulièrement la France et la marine de S. M. Vous devez à celle-ci de lui donner l'exemple de l'activité et du dévouement à votre métier. Vous le concevez comme moi-même, et ce sera pour moi un devoir agréable à remplir que de faire remarquer à l'Empereur le développement de ces qualités dans toutes les opérations dont vous chargera sa confiance. »


Le 1er novembre, Jérôme (« cet enfant prodigue », pour reprendre une expression de Napoléon alors que son frère venait tout juste de revenir en Europe) était promu capitaine de vaisseau, avec pour mission d’intégrer l’escadre du contre-amiral Willaumez (7 vaisseaux et 2 frégates) chargée d’une longue opération évaluée à quatorze mois dans l’Atlantique, du Cap à Terre Neuve en passant par les Antilles et Sainte-Hélène.



Les problèmes avec Alger ne disparurent cependant pas pour les Génois.
Ainsi, le 17 octobre 1807, Champagny écrivait à Dubois-Thainville :
« Sa Majesté a vu, Monsieur, avec surprise et mécontentement que le Dey d'Alger continue de s'emparer des bâtiments de Gênes, et de retenir des Génois prisonniers après avoir reconnu comme il l'a fait, que ce pays est réuni à l'Empire Français. Si le Dey persiste dans cette disposition, Sa Majesté vous ordonne de quitter Alger ; la France déclarera la guerre à cette Régence.
J'espère encore, Monsieur, que vos représentations pourront amener ce Gouvernement à éviter une rupture; mais si vos conseils sont sans effet, je vous prie de chercher, avant votre départ, de mettre à couvert les personnes, et garantir les propriétés des Français. »

On marchait droit vers une nouvelle crise…
Celle-ci survint en 1808.


Le 2 février de cette année, Napoléon écrivait à Champigny, son ministre des Relations extérieures :
« Monsieur de Champagny, je donne ordre au ministre de la marine d'expédier un brick de Toulon à Alger. Vous lui enverrez vos dépêches pour le sieur Dubois-Thainville auquel vous donnerez l'ordre que si, 48 heures après la demande qu'il en aura faite, le dey ne rend pas les esclaves génois, corses et italiens, conformément à nos traités, il ait à quitter Alger et fasse connaître au dey que je lui déclare la guerre. »

Le jour même - mais est-ce bien là un hasard ? – où Napoléon notifiait Champagny l’ultimatum destiné au dey d’Alger, il écrivait également à Alexandre et à Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, afin de laisser entrevoir la possibilité de partage de l’Empire ottoman.
Toutefois, malgré l’avenir envisagé pour ce dernier état, Napoléon tenait à agir dans les formes vis-à-vis de Constantinople concernant les affaires d’Alger, qui, elles, étaient bien concrètes. Le 4 février, il faisait en effet savoir à Champagny qu’il désirait avertir les Turcs de ses démarches belliqueuses. La missive reprenait les informations transmises deux jours plus tôt et adoptait un ton toujours aussi menaçant :
« Il est nécessaire de préparer l'expédition d'un courrier à Constantinople pour les affaires d'Alger. Vous ferez venir l'ambassadeur turc, et vous lui ferez connaître que, par condescendance pour la Porte, je n'ai point fait d'expédition contre Alger; mais que si, au retour du courrier que vous envoyez à Constantinople, mes esclaves ne sont pas rendus, je suis résolu à faire une descente à Alger et à m'emparer de ce pays. Je vous ai écrit avant-hier que je chargeais le ministre de la marine d'expédier un aviso à Alger, qui sera porteur de vos dépêches au sieur Dubois-Thainville, par lesquelles vous lui ferez connaître qu'il doit sur-le-champ quitter Alger, et notifier au Dey que je lui déclare la guerre s'il ne relâche aussitôt les esclaves génois, corses et italiens qu'il aurait. S'il retient mon consul de force, il lui fera connaître que le retour de l'aviso sans lui produira le même effet, et qu'une armée française débarquera à Alger si mon pavillon n'est pas respecté, et les Anglais traités comme doivent l'être les ennemis des Musulmans. »

Ces menaces n’étaient pas sans rappeler la crise de 1802 et l’ultimatum (aux menaces sans rapport avec les réels préparatifs du moment) du 27 juillet de cette année-là : « Si vous refusez de me donner satisfaction, et si vous ne réprimez pas la licence de vos ministres qui osent insulter mes agents, et de vos bâtiments qui osent insulter mon pavillon, je débarquerai 80 000 hommes sur vos côtes, et je détruirai votre régence. »
S’ajoutait ici la problématique britannique (ce qui ne se posait pas en 1802, la crise franco-algérienne ayant éclaté quatre mois après la signature du traité de paix d’Amiens) sans doute née ici des privilèges concernant la pêche au corail cédés en 1807 aux Anglais aux dépens des Français. On retrouvait là d’une certaine manière ce qui avait été dit au Portugal sept mois plus tôt :
« Vous ferez connaître au ministre de Portugal qu'il faut que le 1er septembre les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre ; à défaut de quoi, je déclare la guerre au Portugal. »
(Napoléon à Talleyrand, 19 juillet 1807)

Deux jours plus tard, 6 février, les affaires se durcissaient. Il ne s’agissait plus en effet seulement d’envoyer à Alger un brick ou un aviso, mais une escadre, celle de Lorient (deux vaisseaux, deux frégates et une corvette). Fort de cette puissance offensive, la mission définie le 2 février évoluait : un refus de libérer les esclaves ne signifiait plus un simple notification de déclaration de guerre, mais bien le commencement des hostilité ; l’escadre du capitaine de vaisseau Troude devant de suite ravager les côtes et prendre tout ce qu’il pourrait avant de revenir vers la France après trois ou quatre jours de présence le long du littoral de la Régence.
Troude n’était pas seulement porteur de l’ultimatum impérial mais également de ce décret pris pour l’occasion :
« Art. 1er. Le séquestre sera mis sur tous les bâtiments algériens dans tous les ports de notre empire, et dans ceux de notre royaume d'Italie.
Art. 2. Tous les sujets algériens seront arrêtés et mis en sauvegarde dans des châteaux forts.
Art. 3. Toutes les marchandises et effets appartenant au dey d'Alger, ou à des sujets algériens dans notre empire et dans notre royaume d’Italie, seront mis en séquestre.
Art. 4. Ces mesures auront lieu pendant tout le temps que le dey d'Alger retiendra nos sujets génois, ou de notre royaume d'Italie, qu'il retient, contre les traites, dans ses bagnes. »

Troude, bloqué à Lorient, ne put quitter le port avec son escadre (il ne le put d’ailleurs qu’un an plus tard). Le 24 mars suivant, l’option lorientaise était abandonnée, et Napoléon faisait savoir à Decrès qu’il désirait finalement voir partir de Toulon pour Alger deux frégates et un brick afin d’y prendre Dubois-Thainville et courir sus à tous bâtiments algériens. Aucune négociation n’était stipulée dans cette dernière missive.
La petite division toulonnaise n’eut pas la peine d’appareiller. L’affaire d’Alger avait finalement été réglée avant son départ. Napoléon fit part de sa satisfaction à Champagny le 1er avril :
« Le dey d'Alger ayant reconnu les Génois comme français et les peuples de mon royaume d’Italie comme mes sujets et rendu les 123 esclaves qui étaient détenus dans ses bagnes, la bonne intelligence se trouve rétablie entre nous. Mon intention est donc que l’ordre qui avait été donné à mes bâtiments de guerre et de course de courir sur les bâtiments algériens soit reporté et que l’embargo mis sur les bâtiments et marchandises de cette régence soit levé, soit en France, soit dans les Etats d’Italie. »


Depuis que la guerre avec Alger avait cessé, Napoléon avait donc du mener trois opérations d’envergure afin de faire respecter les stipulations du traité de paix du 28 décembre 1801. Si, une nouvelle fois, le dey s’était soumis, l’empereur gardait à l’esprit la possibilité de régler, et ce, de manière définitive le problème algérien. Outre le piratage à châtier, ces préparatifs s’inscrivaient aussi dans la volonté de forcer (et cela ne concernaient pas que Toulon) l’Angleterre à multiplier les dépenses et les efforts afin de couvrir les zones d’où étaient susceptibles de partir des opérations navales ennemies ; mais s’inscrivaient également dans un domaine, là beaucoup plus nébuleux, celui du démantèlement de l’Empire ottoman. Ainsi, onze jours seulement après s’être réjoui du rétablissement de la « bonne intelligence » entre la France et la Régence, Napoléon, le 12 avril, évoquait dans sa correspondance avec Decrès de nouveaux plans d’opérations navales où Alger était évoqué comme une éventualité parmi d’autres :
« {L’année prochaine,] j’aurai 111 vaisseaux de guerre [64 français, 25 espagnols, 12 russes et 10 hollandais] ; situation qui ne laisserait pas de donner lieu à toute espèces de combinaisons, surtout appuyés à la flottille. L’Irlande, les possessions d’Amérique, Surinam, le Brésil, Alger, Tunis, l’Egypte, la Sicile, sont des points vulnérables. »

Le 18 du même mois, toujours auprès de Decrès, l’Empereur se faisait plus précis :
« Monsieur Decrès, méditez l'expédition d Alger, tant sous le point de vue de mer que sous celui de terre. Un pied sur cette Afrique donnera à penser à l'Angleterre. Y a-t-il sur cette côte un port où une escadre soit à l'abri d'une force supérieure ? Quels seraient les ports par où l'armée, une fois débarquée, pourrait être ravitaillée ? et combien l'ennemi pourrait-il bloquer de ports différents ? Il n'y avait guère en Egypte que le port d'Alexandrie. Rosette était un port très dangereux ; cependant on le comptait. Ici, je crois qu'il y en a une douzaine. Combien peuvent-ils contenir de frégates, de bricks et de gabares ? L'escadre de l'amiral Ganteaume entrerait-elle à Alger et y serait-elle à l'abri d'une force supérieure ? Quelle est la saison où la peste n'est plus à craindre et où l'air est bon ? Je suppose que ce doit être en octobre.
Après avoir étudié l'expédition d'Alger, étudiez bien celle de Tunis. Ecrivez-en confidentiellement à Ganteaume, qui, avant de venir à Paris, peut prendre des renseignements ; ils peuvent s'étendre jusqu'à Oran et s'appliquer à la terre et à la mer. Les renseignements à prendre par terre sont s'il y a des chemins et de l'eau. Je suppose que cette expédition demande 20 000 hommes. Vous sentez bien que cette expédition, l'ennemi la supposerait pour la Sicile, et qu'il serait bien déjoué si, au lieu de cela, elle se rendait à Alger.
Je ne vous demande une réponse que dans un mois; mais, pendant ce temps, recueillez des matériaux tels qu'il n'y ait pas de mais, de si, de car. Envoyez un de vos ingénieurs discrets sur un brick, qui puisse causer avec le sieur Thainville; mais il faut que ce soit un homme de tact et de talent. Il faudrait que cet ingénieur fût un peu officier de marine et un peu ingénieur de terre. Il faut qu'il se promène lui-même en dedans et en dehors des murs, et que, rentré chez lui, il écrive ses observations, afin qu'il ne nous rapporte pas de rêveries. Vous pourriez même vous concerter avec [le directeur du bureau topographique] Sanson pour avoir un homme capable. Vous devez trouver des renseignements dans les archives des relations extérieures et de la guerre. Faites faire des recherches dans ces archives et dans les vôtres. De tout temps on a demandé en France des renseignements sur ces pays. »

Le 18 avril, Napoléon avait donné un mois à Decrès pour y voir plus clair sur la faisabilité d’une éventuelle expédition d’Alger. Le 13 mai, l’Empereur faisait le point et confiait à son ministre de la marine espérer réunir à Toulon pour le début du mois de septembre 1808 une flotte (dont 12 vaisseaux et 7 frégates) susceptibles de porter 19 000 hommes et 900 chevaux, dont le dessein était l’invasion de l’Egypte. Alger n’était pas pour autant oublié.
Comme déjà dit, rien ne semblait en effet être bien clair et arrêté dans l’esprit de Napoléon, puisque le jour même où il notifiait ces dernières réflexions à Decrès, il écrivait au vice-amiral Ganteaume, commandant de l’escadre de la Méditerranée :
« Je voudrais jeter 20 000 hommes et 800 chevaux sur un point important. Prenez des renseignements sur une expédition qui aurait pour but Tunis et Alger. »

Le 26 mai, l’expédition méditerranéenne était toujours d’actualité et susceptible d’être destinée « ou pour Alger ou pour la Sicile ou pour l’Egypte ». Au même moment, l’Espagne se soulevait…
Deux mois plus tard, l’influence de ce dernier théâtre d’opérations se faisait clairement sentir sur les plans de Napoléon, comme le confiait ce dernier à Decrès le 7 juillet :
« Je vous ai déjà mandé que, les affaires d'Espagne ayant pris, depuis un mois, une tournure assez sérieuse, il ne sera peut-être plus dans mon projet de hasarder une si grande quantité de forces sur les mers, même de terre; mais mon parti ne sera pris que dans le courant de juillet. Dans tout état de choses, quelques expéditions sont nécessaires ; mais des expéditions si considérables devront être ajournées, si l'arrivée du Roi en Espagne n'améliore pas promptement l'état des insurrections. »

Les affaires d’Espagne ne s’améliorant pas, bien au contraire, et la Royal Navy dominant toujours les mers, les projets relatifs à Alger furent logiquement abandonnés, ou plutôt remis à de meilleurs jours où l’éventualité d’une telle expédition pourrait à nouveau être étudiée.
Ainsi, deux ans plus tard, le 16 juillet 1810, Napoléon établissait de nouveaux plans pour l’automne 1811 : « Avec 60 bâtiments de transport et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates, 13 corvettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j'aurais en tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pourrais jeter sur un point quelconque de la Méditerranée, soit à Salonique, soit en Egypte, soit à Tunis et Alger, 40 000 hommes et 1 500 chevaux. »

Là encore, tout resta à l’état de projets…
La Royal Navy restait toujours aussi puissante et dominatrice, et Napoléon, en cette fin d’année 1811, aurait l’esprit tourné vers d’autres contrées…


La question barbaresque revint cependant sur le devant de la scène avec la chute de l’Empire et la paix européenne.
Ainsi, l'idée de s'unir dans le dessein de mettre fin à la piraterie barbaresque exprimée, comme dit plus haut, dans le cadre des négociations du traité de paix d'Amiens en février 1802, fut reprise en 1814 en marge du Congrès de Vienne.
Je pense ici tout particulièrement au « Mémoire sur la nécessité et les moyens de faire cesser les pirateries des états barbaresques » rédigé par Smith (qui fondera la Société des chevaliers libérateurs des esclaves blancs en Afrique) et dont voici quelques extraits :

« Pendant que l'on discute les moyens d'opérer l'abolition de la traite des Nègres sur la côte occidentale de l'Afrique, et que l'Europe civilisée s'efforce d'étendre les bienfaits du commerce, ceux de la sécurité des personnes et des propriétés dans l'intérieur de ce vaste continent, peuplé d'hommes doux, industrieux et capables de jouir au plus haut degré des avantages de la civilisation, il est étonnant qu'on ne fasse aucune attention à la côte septentrionale de cette même contrée, habitée par des pirates turcs, qui, non seulement, oppriment les naturels de leur voisinage, mais les enlèvent et les achètent comme les esclaves, pour les employer dans les bâtiments armés en course à arracher à leurs foyers d'honnêtes cultivateurs, de paisibles habitants des côtes de l'Europe. Ce honteux brigandage ne révolte pas seulement l'humanité, mais il entrave le commerce de la manière la plus nuisible, puisqu'un marin ne peut naviguer aujourd'hui dans la Méditerranée, ni même dans l'Atlantique, sur un bâtiment marchand, sans éprouver la crainte d'être enlevé par des pirates et conduit comme esclave en Afrique.
[…]
Il est inutile de démontrer qu'un tel état de choses est non seulement monstrueux, mais absurde, et qu'il n'outrage pas moins la religion que l'humanité et l'honneur. Les progrès des lumières et de la civilisation doivent nécessairement le faire disparaître.
Il est évident que les moyens militaires employés jusqu'à ce jour par les princes chrétiens, pour tenir en échec ceux des états barbaresques, ont été, non seulement insuffisants, mais ont eu le plus souvent pour résultat de consolider davantage le dangereux pouvoir de ces barbares. L'Europe a paru longtemps se reposer sur les efforts des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, et n'a point assez vu que cet ordre chevaleresque n'avait, dans les derniers temps, ni assez de pouvoir, ni peut-être assez d'énergie pour contrebalancer et repousser les agressions toujours renaissantes de ces nombreux pirates.
[…]
Maintenant, quels sont les moyens à employer ? Le soussigné voudrait pouvoir faire partager à toute l'Europe sa conviction, résultat de trente années d'étude et d'examen approfondi. Il n'a cessé, pendant son ministère à la cour ottomane, de s'occuper du sujet qu'il traite aujourd'hui; il s'en est occupé dans les camps, sur les flottes de cette même puissance, et pendant tout le cours de ses rapports assez connus avec les nations et tribus de l'Afrique et de l'Asie.
Cette conviction intime de la possibilité de faire cesser promptement le brigandage des états barbaresques, ne saurait être mieux prouvée que par l'offre qu'il fait de prendre la direction de l'entreprise, si l'on met à sa disposition les moyens nécessaires.
Animé par le souvenir de ses serments comme chevalier, et désirant exciter la même ardeur dans les autres chevaliers chrétiens, il propose aux nations les plus intéressées au succès de cette noble entreprise, de s'engager, par un traité, à fournir leur contingent d'une force maritime, et pour ainsi dire amphibie, qui, sans compromettre aucun pavillon, et sans dépendre des guerres ou crises politiques des nations, aurait constamment la garde des côtes de la Méditerranée, et le soin important de surveiller, d'arrêter et de poursuivre tous les pirates par terre et par mer. Ce pouvoir, avoué et protégé par toute l'Europe, non seulement rendrait au commerce une parfaite sécurité, mais finirait par civiliser les côtes de l'Afrique, en empêchant ses habitants de continuer leur piraterie au préjudice de leur industrie et de leur commerce légitime.
Cette force, protectrice et imposante, commencerait par un blocus rigoureux des forces navales barbaresques, partout où il pourrait s'en trouver. En même temps les ambassadeurs de tous les souverains et états de la chrétienté devraient se soutenir mutuellement, en représentant à la Porte Ottomane qu'elle ne peut qu'être responsable elle-même des actes hostiles de ses sujets, si elle continue de permettre dans ses états le recrutement des garnisons en Afrique qui ne lui sont d'aucune utilité, tandis que ces forces pourraient être mieux employées contre ses ennemis que contre les puissances européennes et amies, et en exigeant d'elle un désaveu formel et une interdiction authentique des guerres que ces chefs rebelles déclarent à l'Europe.
L'on pourrait engager la Porte Ottomane à donner de l'avancement et des récompenses à ceux des janissaires, capitaines de frégates, et d'autres marins algériens qui obéiraient à l'appel du sultan, et par ce moyen le dey se trouverait bientôt abandonné et sans grands moyens de défense.
Cette même influence pourrait être employée d'autant plus efficacement à Tunis, que ce pays est en guerre avec Alger, dont il a réellement tout à craindre. D'ailleurs, le chef du gouvernement tunisien est d'un caractère tout opposé à celui du dey d'Alger. Il se prêtera volontiers à tout ce qui pourra civiliser son état, et amener la prospérité de son empire. La paix entre Tunis et la Sardaigne, qui a tant souffert par l'enlèvement de ses sujets, doit être le premier anneau de la chaîne, et l'on ne doit rien négliger dès à présent pour l'obtenir. »



Au même moment (septembre 1814), Polignac présentait à Louis XVIII une « Note sur l'expédition projetée contre les barbaresques ». Se démarquant ici de Smith, l’opération prenait ici, en plus de la destruction de la piraterie barbaresques, des allures de conquêtes à visées colonisatrices :

« L’expédition projetée contre les barbaresques a une sorte d’analogie de grandeur avec les projets gigantesques de Bonaparte, mais la pensée qui lui donna naissance a cela de différente qu’elle est dirigée par un grand sentiment du bien, tandis que les plans de l'usurpateur étaient toujours enfantés par le génie du Mal
[…]
Elle présente une grande idée morale et politique : morale en ce qu’elle concourt à opérer la délivrance des chrétiens languissant dans l’esclavage le plus honteux ; politique en ce qu’elle tend à purger les mers de pirates qui inquiètent le commerce européen
Elle donne une direction d’utilité générale à cette humeur guerrière qui, tôt ou tard, servira les intérêts de quelque cabinet ambitieux
[…]
Enfin, elle peut procurer à la France, si elle mène cette expédition avec adresse, des ressources commerciales immenses et lui frayer un jour la route de l’Egypte. Ce dernier point demande une attention particulière : plus d’un motif doit nous porter à former des établissements en Afrique. »



Ces projets, l’un comme l’autre, n’eurent pas d’application immédiate, mais le mémoire de Smith bénéficia néanmoins d’une certaine publicité, notamment via la presse de l’époque.
Ces menaces, écoutées et colportées, ne pouvaient laisser indifférent le Dey d’Alger. Suite au retour de l’Aigle, Caulaincourt en fit logiquement part à l’Empereur (lettre du 25 avril 1815) :
« Alger est de tous les Etats Barbaresques celui qu’il serait le plus important de nous concilier, parce qu’il a le plus de moyens de nous nuire. Ce peuple guerrier aura saisi avec avidité tout ce que le retour de Votre Majesté dans ses Etats présente de grand et d’héroïque, et s’il sera possible de donner à ces premières dispositions plus de développement et de consistance, en fixant l’attention de la Régence sur les dangers dont l’existence de ce pays était menacée par les opinions portées au Congrès de Vienne sur le course de Barbaresques. »

Quatre jours plus tard, Napoléon écrivait cette lettre au Dey :
“Illustre et Magnifique Seigneur, Vous aurez sans doute appris mon retour sur les côtes de France, mon entrée à Paris et le départ de la Famille des Bourbons, ce grand événement inscrit en caractères ineffaçables sur la table de lumière, a été l’effet d’une irrésistible puissance secondée par la volonté unanime d’une grande Nation qui connaît ses devoirs et ses droits. La Dynastie que la force avait rendue au Peuple Français n’était plus faite pour lui. Les Bourbons n’ont voulu s’associer ni à ses sentiments ni à ses moeurs ; la France a dû se séparer d’eux ; et ils ont quitté son territoire sans qu’il ait été tiré un seul coup de fusil, ni versé une goutte de sang pour leur défense.
La voix de mes Peuples m’appelait pour libérateur ; et du point où j’ai touché le rivage, leur amour m’a porté jusqu’au sein de ma Capitale. Le premier besoin de mon coeur est de payer tant d’affection par le maintien d’une honorable tranquillité ; et ma plus douce pensée est de concourir, par tous les moyens qui sont en mon pouvoir à l’affermissement du repos de l’Europe.
La France se plaît à proclamer avec franchise ce noble but de tous ses voeux. Jalouse de son indépendance, le principe invariable de sa politique sera le respect le plus absolu pour l’indépendance des autres Nations, toujours disposé à maintenir la meilleure intelligence entre nos deux gouvernements, c’est pour vous donner l’assurance de ces sentiments que je m’empresse de vous adresser cette lettre, témoignage sincère de notre affection et haute bienveillance pour votre Personne. Sur ce Nous prions Dieu, Illustre et Magnifique Seigneur, qu’il vous ait en sa sainte et digne garde”.


On était bien loin des projets d’expédition élaborés quelques années plus tôt…


Pour mémoire, la dite missive fut portée à Alger par Dubois-Thainville nommé à nouveau à cette place comme consul général. Ce dernier arriva à destination le 30 mai suivant. Omar, nouveau dey depuis peu, répondit de suite afin de féliciter Napoléon en termes dithyrambiques et lui faire part de sa satisfaction de le voir de retour sur le trône de France. Malgré le fait que le pavillon tricolore était de nouveau reconnu, Dubois-Thanville dut faire face à des demandes anciennes de réparations financières concernant des pertes maritimes et l’exigence de présents. Ne répondant pas favorablement auxdites revendications, le consul, bien peu apprécié à Alger depuis son renvoi par les autorités locales l’année précédente, ne put mettre pied à terre et dut reprendre la mer pour faire voile vers Tunis.

Le 23 août suivant, l’aviso la Mouche apportait la nouvelle de Waterloo et de la seconde abdication…


A Sainte-Hélène, Napoléon évoqua la question barbaresque en ces termes :
« A Amiens, j’ai proposé à votre gouvernement de se joindre à moi, pour détruire entièrement ces nids de pirates, ou du moins pour détruire leurs vaisseaux et leurs forteresses, et les forcer à cultiver leurs terres et à renoncer au brigandage ; mais vos ministres n’ont pas voulu y consentir, par une basse jalousie contre les Américains avec qui les Barbaresques étaient en guerre. Je voulais les anéantir, bien que cela ne m’importât pas beaucoup, car ils respectaient généralement mon pavillon et faisaient un commerce considérable avec Marseille. »
(O’Meara, Napoléon dans l’exil)

Dans le même genre, il confiait à Montholon (Récits de la captivité de l’Empereur Napoléon à Sainte-Hélène) :
« La destruction des Barbaresques était un de mes projets; je n'ai jamais compris comment les puissances maritimes de l'Europe se soumettaient à payer des tributs à ces barbares. »

Dans le même élan, l’Empereur affirmait à O’Meara : « C’est une honte pour les puissances de l’Europe de laisser subsister tant de repaires de voleurs. »
Avatar du membre
la remonte
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 923
Enregistré le : 06 sept. 2019, 11:46
Localisation : Paris

Re: La mer de la peur

Message par la remonte »

parfait , merci
sans le " guêpier espagnol" , Napoléon était prêt à retourner en Egypte ... incroyable .
Avatar du membre
Cyril
Sergent Major
Sergent Major
Messages : 1010
Enregistré le : 29 juil. 2017, 21:01
Localisation : Bonne ville de LYON

Re: La mer de la peur

Message par Cyril »

j'avais loupé ce sujet....
excellente lecture :)
"Servir est mon devoir"
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Napoléon et la mer
    par Joker » 09 août 2019, 19:34 » dans Napoléon à travers les Arts
    11 Réponses
    1236 Vues
    Dernier message par Demi-solde
    20 août 2019, 19:39
  • Napoléon en mer - Alain Frerejean
    par le sabreur » 01 mars 2016, 10:49 » dans Livres - Revues - Magazines
    0 Réponses
    572 Vues
    Dernier message par le sabreur
    01 mars 2016, 10:49
  • [ Napoléonothèque ] Napoléon et la mer - Un rêve d'Empire
    par L'âne » 26 nov. 2018, 10:46 » dans Napoléonothèque
    0 Réponses
    1245 Vues
    Dernier message par L'âne
    26 nov. 2018, 10:46
  • [ Napoléonothèque ] Napoléon et la mer - Un Rêve d'Empire
    par L'âne » 26 nov. 2018, 10:48 » dans Napoléonothèque
    2 Réponses
    1475 Vues
    Dernier message par L'âne
    26 nov. 2018, 14:38
  • Boulogne-sur-Mer : Star Wars ou Napoléon ?
    par L'âne » 25 mars 2018, 12:59 » dans L'actualité napoléonienne
    3 Réponses
    562 Vues
    Dernier message par Maria Kel
    28 mars 2018, 23:58