NEY - Triste souvenir d'un certain 7 décembre 1815.

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Peyrusse

Un épisode le vie du maréchal Ney.

Message par Peyrusse »

J'ai retrouvé dans une ancienne revue du SN cet article intéressant que je vous fais partager. :)
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Ney et le combat des Quatre-Bras...

Notre sujet porte sur l'ensemble des opérations militaires à l'actif de l'aile gauche française, durant la journée du 16 juin 1815. Précisons tout de suite que le combat dit des « Quatre-Bras » vit l'affrontement, avec des fortunes diverses, de 32.000 combattants, sous commandement Wellington, contre les 21.000 hommes que le maréchal Ney eut à sa disposition. Les pertes anglaises s'élevèrent à 5.600 hommes hors de combat, soit 17 %, contre 4.400 français, soit 21,5 %. Il ne s'agissait donc pas d'un simple combat, mais d'une véritable bataille.

Le 15 juin, vers 13 heures, l'Empereur, ayant traversé Charleroi, s'arrêta à la bifurcation des routes de Bruxelles et de Fleurus. C'est au départ de ce point que commencèrent les véritables opérations stratégiques qui auront pour théâtre le triangle routier Charleroi-Sombreffe-Quatre-Bras. Nous n'avons jamais cru à la possibilité pour les forces françaises de s'établir solidement, dès le 15 au soir, sur un point au moins de la route Namur-Nivelles, ce programme était trop ambitieux. D'ailleurs, il n'a jamais été prouvé que l'Empereur l'eut envisagé. Vers 15 heures, le maréchal Ney se présenta ; il reçut immédiatement l'ordre de se rendre à Gosselies, d'y prendre le commandement de l'aile gauche, comprenant les 1er et 2e Corps, plus de la cavalerie, le tout représentant 47.000 hommes, plus du tiers de l'Armée. Peut-on raisonnablement prétendre que l'Empereur lui imposa alors l'occupation, le soir même, du carrefour des Quatre-Bras, alors que lui-même piétinait depuis longtemps, devant Gilly, et pour longtemps encore.

En gros, le 15 au soir, les Français s'arrêtèrent à mi-chemin entre Charleroi et Fleurus, à l'aile droite, et entre Charleroi et Frasnes, à l'aile gauche.
Bruxelles, objectif de Napoléon.

Le 16 au matin, tenant compte des positions occupées par les trois armées engagées, les conditions étaient remplies pour la réussite par l'Empereur de sa manœuvre stratégique favorite dite « par lignes intérieures » ou « position centrale », la seule possible dans le cas d'une infériorité numérique comme celle des Français, en 1815.

Cette manœuvre comprend quatre phases :

1°) concentrer l'armée vers le point de jonction des deux armées adverses.
2°) placer un détachement face à l'un des adversaires et marcher contre l'autre.
3°) attaquer cet autre, le vaincre, et le faire observer.
4°) marcher contre le premier adversaire et le vaincre.

Les phases 2 et 3 de la manœuvre commandaient à Napoléon de placer un détachement face à Wellington, plus lent à se concentrer, à marcher contre Blücher avec le maximum possible de forces, et à le battre. Ce résultat ne pouvait être obtenu qu'en réduisant à l'extrême l'importance de l'aile gauche, au profit de l'aile droite. Il n'était donc pas indiqué de confier à l'aile gauche plus du tiers de l'armée et de réduire d'autant les possibilités de l'aile droite dont le rôle était primordial. Il n'était pas plus indiqué de se présenter devant les Quatre-Bras, le 15 au soir, car c'était hâter la concentration anglaise, ce qui, d'ailleurs, s'est vérifié. La logique est donc absente ici et l'Empereur doit avoir eu un puissant motif pour agir comme il l'a fait, à l'encontre de ses propres principes. Napoléon était à la fois chef militaire et chef d'Etat ; et il semble bien que les impératifs politiques l'emportèrent ici sur les exigences militaires. Le fait de constituer une aile gauche aussi puissante ne peut s'expliquer que par le besoin d'atteindre le plus rapidement possible la ville de Bruxelles, objectif politique n° 1 de l'Empereur.

Ce 16 juin, tôt dans la journée, l'Empereur dicta une lettre pour le maréchal ; elle ne lui fut remise qu'à 11 heures du matin seulement. Nous en extrayons le passage suivant :
- « Je porte le maréchal Grouchy sur Sombreffe et ma Garde à Fleurus où je serai avant midi. J'attaquerai l'ennemi, si je le rencontre et j'éclairerai la route jusqu'à Gembloux. Là, d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti, peut-être à 3 heures après-midi, peut-être ce soir. Mon intention est que, immédiatement après que j'aurai pris mon parti, vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles ; je vous appuyerai avec la Garde qui sera à Fleurus et à Sombreffe et je désirerais arriver à Bruxelles demain matin. Vous vous mettrez en marche ce soir même, si je prends mon parti d'assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour, faire ce soir 3 à 4 heures et être demain à 7 heures du matin à Bruxelles.
Vous pouvez donc disposer vos troupes, etc... ».

Dans cette lettre, il est six fois question d'une arrivée rapide à Bruxelles ; ceci, pensons-nous, correspond à une idée bien arrêtée. Au moment de la dictée de cette lettre, l'Empereur se figurait qu'il pourrait, sans opposition sérieuse, se porter, d'une part, jusqu'à Gembloux, et de l'autre, jusqu'à Genappe. Or, à ce moment précis, Wellington, imprudemment alerté le 15 au soir, dirigeait ses forces vers la gauche française, tandis que Blücher prenait ses dispositions pour imposer la bataille à l'aile droite. Il a été reproché à Napoléon des pertes de temps au cours de la matinée du 16 juin. Selon nous, ce reproche est injustifié car, en Campagne, il avait l'habitude de laisser ses hommes au repos jusqu'à 10 heures, pour leur permettre de faire la soupe, de nettoyer leurs armes, et de « marauder » afin de suppléer aux insuffisances des distributions. Il en fut ainsi les 16, 17 et 18 juin, tant à l'aile droite qu'à l'aile gauche. L'Empereur a souvent déclaré « Moi seul, je sais ce qu'il faut faire ; bornez-vous à exécuter ponctuellement mes ordres ». Donc pas d'initiatives, seules comptent les instructions données.

Le 16 au matin, en dehors d'un bataillon présent à Frasnes, et de la division Girard, maintenue par ordre à Wangenies, et perdue de ce fait pour l'aile gauche, le IIe Corps attendait les ordres dans la région de Gosselies. Quant au 1er Corps, deux de ses divisions couchèrent à Jumet, une à Marchienne, et une autre à Thuin, par ordre également. Toutes ces raisons firent qu'à 13 heures, à Frasnes, Ney ne put réunir que deux divisions d'infanterie et de la cavalerie. Devant lui, le Prince d'Orange ne put aligner que 7.400 fantassins, 16 canons, mais pas de cavalerie.

Un combat pour rien.

Le champ de bataille des Quatre-Bras était minuscule : 3 kms de largeur sur 2 kms de profondeur. Au carrefour, une grande ferme et quelques maisons gênaient les déplacements des troupes ; à l'ouest, le Bois de Bossu, touffu et peu praticable ; au sud-est, le Bois de la Hutte, et, entre les deux, quelques fermes insuffisamment défendues pour tenir longtemps. Aux Quatre-Bras, il n'existait donc pas une véritable position, tout au plus un point d'arrêt que Wellington ne considéra jamais comme point de concentration de ses forces. Il ne l'est devenu que fortuitement, du fait de la poussée française, consécutive au retrait des Prussiens dont la mission était de garder la route de Bruxelles et qui n'informèrent pas le partenaire anglais de leur repli vers Fleurus. Raison de plus pour ne pas menacer les Quatre-Bras.

A présent, voici une courte chronologie des faits : A 13 heures, la fusillade commence ; les Français prennent position. A 14 heures, Ney attaque de front, l'accrochage est réalisé. Les quelques bataillons du Prince d'Orange offrent une résistance adroite et courageuse mais ne peuvent empêcher la prise des fermes, dont Geminioncourt, la principale, au centre du dispositif. Le Bois de Bossu tient. Vers 15 heures, la division du Roi Jérôme arrive, portant à 21.000 hommes les forces du maréchal Ney. Les Français attaquent furieusement et progressent dans le Bois. La situation des Alliés devient critique, la résistance faiblit. Après sa rencontre avec Blücher, Wellington rentre aux Quatre-Bras au moment où des renforts sont en vue : venant de Bruxelles, les 7.700 hommes de Picton; venant de Nivelles, les 1.100 cavaliers de Van Merlen, fourbus par une marche épuisante. Pour couvrir l'entrée en ligne de Picton, cette cavalerie va se dévouer et freiner pour un temps la menace française. Picton est suivi de près par une colonne de 4.900 Brunswickois. A présent Wellington dispose de la supériorité numérique. Les Hollando-Belges, qui ont supporté seuls, jusqu'à présent, tout le poids des assauts français, vont laisser aux nouveaux arrivants le soin de terminer la journée.

Vers 16 heures, Ney reçut, venant de Ligny, un ordre, dicté à 14 heures et disant ceci :

« L'ennemi a réuni un Corps de troupes entre Sombreffe et Brye ; à deux heures et demie, le maréchal Grouchy l'attaquera. L'intention de Sa Majesté est que vous attaquiez aussi ce que vous avez devant vous, et qu'après l'avoir vigoureusement poussé, vous rabattiez sur nous pour concourir à envelopper le corps dont je viens de vous parler »

Ce texte démontre qu'à 14 heures, l'Empereur n'a pas encore réalisé qu'il a devant lui les 3/4 de l'armée prussienne et qu'il n'a aucune idée de ce qui attend Ney aux Quatre-Bras. À présent, le maréchal sait enfin ce qu'on attend de lui : une opération en deux temps dont la réussite suppose la participation du 1er Corps de d'Erlon dont l'arrivée est annoncée.

Voici comment ce général expose les faits : « Mon armée se mit en mouvement. Après avoir donné l'Ordre au général Durutte, qui commandait la tête de colonne, de faire diligence, je pris l'avance pour voir ce qui se passait aux Quatre-Bras où le Corps du général Reille me paraissait engagé. Au-delà de Frasnes, je fus rejoint par le général La Bédoyère qui me fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal Ney et qui lui enjoignait de diriger mon corps d'armée sur Ligny. Ce général me prévint qu'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement en faisant changer de direction à ma colonne. J'envoyai mon chef d'État-Major au maréchal pour l'informer de ma nouvelle destination ; le maréchal me le renvoya en me prescrivant impérativement de revenir sur les Quatre-Bras où il était fort engagé, comptant sur la coopération de mon corps d'armée ». Ney prit cette grave décision après réception d'un second ordre, venant de Ligny, dicté à 15 heures un quart et où nous lisons : « Sa Majesté me charge de vous dire que vous devez manœuvrer sur le champ de manière à envelopper la droite de l'ennemi et tomber sur ses derrières ; cette armée est perdue si vous agissez vigoureusement ; le sort de la France est entre vos mains ».

Les Anglais n'étant pas refoulés du carrefour, ce nouvel ordre était inexécutable car il demandait un décrochage face à l'ennemi, dans une direction impossible. Avec raison, Ney ne pouvait admettre que l'Empereur lui imposait pareille manœuvre alors qu'il lui enlevait en même temps plus de la moitié de ses forces pour la réussir.

Ce second ordre mit le maréchal en fureur ; il y avait de quoi ! Pour lui, la volonté de l'Empereur restait : refouler les Anglais au plus vite, avec l'assistance de d'Erlon, et envoyer ensuite ce dernier, par Marbais, pour envelopper les Prussiens. En l'absence d'informations précises, il est impossible d'établir une chronologie des faits concernant cette affaire.
De l'aile droite, différents messagers ont été envoyés à l'aile gauche. Ne connaissant ni leur nombre, ni leur rôle, ni leur nom, il est vain de vouloir reconstituer le scénario des événements, d'autant plus que certains témoignages apparaissent comme étant douteux. Vers six heures du soir, Ney, privé du 1er Corps, tenta désespérément d'emporter le carrefour avec les 770 cuirassiers présents de Kellermann, sur les 3.500 qui composaient son unité. C'était totalement insuffisant, et la charge, mal soutenue, tourna en déroute !

Du côté anglais venaient d'arriver les 5.900 hommes de Alten, suivis de près, des 4.000 baïonnettes de Cooke. Désormais, la nette supériorité numérique des Alliés leur permet de prendre l'offensive et d'occuper l'entièreté du champ de bataille, mais le 1er Corps, rentré à Frasnes, prend la place des soldats épuisés du IIe Corps et bloque net l'avance anglaise.
Il est 9 heures du soir, la bataille est terminée ; les Français couchent sur leurs positions de départ.

L'étrange manœuvre de Drouet d'Erlon.

Ces mouvements nous ont toujours intrigués ; nous nous sommes rendus sur place une dizaine de fois dans le but d'étudier le terrain en l'explorant à pied. En fait, le 1er Corps a tourné à droite, à l'endroit de la Chaussée de Bruxelles appelé Faubourg ; passant ensuite légèrement au nord de Villers-Perwin, par le Baty de Marbais, il est arrivé dans la plaine s'étendant à l'est du Bois de la Hutte. C'est là qu'il s'est déployé en partie, opération qui fut aperçue par Vandamme et interprétée par lui comme une menace ennemie. Entre les deux armées, il y avait à peine deux kilomètres. Il est, dès lors, inconcevable, qu'en pareilles circonstances, Vandamme, n'ait pas réussi à identifier la formation repérée. Il s'agissait là d'une opération classique, en Campagne, qui n'aurait pas demandé plus de vingt minutes à des cavaliers exercés et consciencieux.

Au lieu de cela, Vandamme a inutilement inquiété l'Empereur, qui se trouvait loin de lui, préparant l'assaut de la Garde. Il a fait perdre ainsi un temps précieux et la possibilité d'une victoire plus complète à Ligny, avec l'apport de d'Erlon, plus convenablement informé que par ce sinistre billet au crayon dont on ne connaît rien.
Voilà une lamentable affaire que le Pr Bernard, de l'École Militaire à Bruxelles, a présenté comme étant la faillite de la liaison et des transmissions. [Le professeur Henri Bernard a publié en 1954 sur ce sujet: "La campagne de 1815 en Belgique ou la faillite des transmissions", Bruxelles, Imprimerie Médicale et Scientifiques, 1 volume et un atlas comprenant dix grandes cartes.]

Conclusion.

Le 16 juin, Blücher a imposé la bataille à Ligny. Au lieu d'agir contre lui avec le maximum possible de forces, Napoléon a divisé les siennes pour attaquer à la fois aux deux ailes. La bataille de Ligny devenant une action plus importante que prévu, Napoléon a tenté de corriger la répartition de ses forces en appelant l'aile gauche à la collaboration avec l'aile droite et en appelant à lui, mais trop tard, le 6e Corps de Lobau, maintenu à la sortie de Charleroi pour soutenir éventuellement le maréchal Ney dans sa marche sur Bruxelles. Par suite d'un concours fatal de circonstances, les ordres donnés dans cette intention ont manqué leur but. Une armée de 20.000 hommes a été retirée de l'aile gauche qui, de ce fait, a enregistré un échec. Cette armée n'a pas été utilisée par l'aile droite qui fut privée d'une victoire plus décisive sur les Prussiens.

Tout était à recommencer, mais les circonstances favorables existant au début de la journée, ne se représenteraient plus. Ces mécomptes auraient été évités en laissant le 1er Corps sous le commandement direct de l'Empereur, au lieu de lui faire grossir inutilement les effectifs d'une aile gauche dont la mission, de toute évidence, consistait à éviter la bataille au lieu de la chercher. Il y a plus d'un siècle, une voix bien plus autorisée que la nôtre jugeait les faits de la même façon. En effet, le 15 octobre 1841, le général Jomini écrivit au duc d'Elchingen, fils du maréchal : « Or, à midi, on venait de reconnaître l'armée prussienne derrière Ligny, et il était un peu tard pour aller sur Genappe quand il s'agissait d'aller à Bry ; mieux eut valu établir la moitié de la gauche en position devant le prince d'Orange et disposer aussitôt de l'autre moitié pour compléter la défaite des Prussiens, manoeuvre que les retards antérieurs n'empêchaient nullement d'exécuter.
On sait effectivement que si le premier et le plus important des principes de guerre est de réunir le gros de ses forces pour frapper un coup décisif sur une partie de la ligne ennemie, il en est un second qui en forme le complément, c'est celui de ne pas compromettre l'aile affaiblie et, au contraire, de la refuser, de manière à ce qu'elle ne puisse point être engagée dans une lutte inégale. Un engagement sérieux aux Quatre-Bras était donc un véritable malheur à cette heure là.

La bataille de Ligny ne pouvait donc avoir des suites décisives qu'en y portant tout ou moitié de l'aile gauche ; et, pour obtenir ce résultat, le moyen le plus sûr était de faire ce que voulut faire Reille : arrêt la gauche entre Gosselies et Frasnes pour en diriger une forte partie droit à Bry sur le flanc des Prussiens ». Avec le général Jomini, nous clôturerons ici notre exposé. Malgré la victoire de Ligny, le 16 juin, la Bonne Fortune a déserté le camp de la France et, deux jours plus tard, à Waterloo, toute la valeur française ne pourra plus rien pour ramener cette Bonne Fortune sous ses drapeaux.
Nous vous prions de vouloir bien excuser la dureté de notre récit ; elle est la conséquence d'études longues et patientes, souvent sur le terrain, souvent aussi à la Bibliothèque du Musée Royal de l'Armée et d'Histoire Militaire à Bruxelles, où nous avons accès facile à ses inestimables richesses.
De toutes nos lectures, nous avons acquis la certitude que l'Empereur est suffisamment grand pour qu'aucune vérité, même déplaisante, puisse entamer cette grandeur.

François T’SAS.

(« Revue du Souvenir Napoléonien » , n°271, septembre 1973 pp.9-13)


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Cyril Drouet
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Re: Maréchaux : Ney

Message par Cyril Drouet »

On lit parfois qu'un duel a été évité de justesse entre Ney et Murat suite au combat d'Haslach. Que les deux maréchaux aient été en froid à ce moment là, je veux bien le croire, mais de là à en venir aux armes, je m'interroge...
Il y a -t-il des sources primaires fiables sur cette affaire ?
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Cyril Drouet
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Re: Maréchaux : Ney

Message par Cyril Drouet »

Concernant Lannes et Bessières, il semble avéré qu'ils étaient sur le point d'en arriver là à Essling, s'il faut en croire Louis Chardigny qui cite Marbot :
"Mais ceci est un outrage ! s'écria Bessières. Vous m'en rendrez raison."
Lannes aussitôt porte la main à son épée : "A l'instant même, si vous voulez."
Les témoins de la scène interviennent alors. Masséna s'avance entre les deux antagonistes. "Je suis votre ancien, dit-il, vous êtes dans mon camp ; je vous somme donc,
au nom de l'Empereur, de vous séparer sur-le-champ".
Voici le récit de Marbot (Mémoires) :

« Au moment de la vive canonnade qui venait de tuer le malheureux d'Albuquerque, le maréchal Lannes, voyant les Autrichiens exécuter un mouvement rétrograde, voulut les faire charger par toute sa cavalerie. Il m'appela pour en porter l'ordre au général Bessières, qui vous le savez, venait d'être placé sous son commandement par l'Empereur; mais, comme j'étais en course, l'aide de camp, le premier à marcher, s'approcha : c'était de Viry.
Le maréchal Lannes lui donna l'ordre suivant : « Allez dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de charger à fond ! » Or, vous saurez que ce dernier mot signifiant qu'on doit aller jusqu'à ce que les sabres piquent le corps des ennemis, il devient un reproche, puisqu'il semble dire que jusque-là la cavalerie n'a pas agi assez vigoureusement. L'expression je lui ordonne était également très dure, employée par un maréchal vis-à-vis d'un autre maréchal; mais c'était précisément pour cela que le maréchal se servait des mots ordonne et charger à fond.
Le capitaine de Viry part, remplit sa mission et revient auprès du maréchal, qui lui demande :
« Qu'avez -vous dit au maréchal Bessières ?
-Je l'ai informé que Votre Excellence le priait de faire charger toute la cavalerie. »
Le maréchal Lannes, haussant les épaules, s'écria :
« Vous êtes un enfant... faites approcher un autre officier. »
C'était Labédoyère. Le maréchal, le sachant plus ferme que de Viry, lui donne la même mission, en appuyant fortement sur les expressions vous ordonne et charger à fond; mais Labédoyère, ne comprenant pas non plus l'intention du maréchal Lannes, n'osa répéter mot à mot au maréchal Bessières l'ordre qu'il avait à lui transmettre, et, de même que de Viry, il se servit d'une circonlocution.
Aussi, à son retour, le maréchal Lannes, lui ayant demandé ce qu'il avait dit, lui tourna le dos. Je rentrais à ce moment au galop dans le groupe de l'état-major, et, bien que ce ne fût pas à moi à marcher, le maréchal m'appela et me dit :
« Marbot, le maréchal Augereau m'a assuré que vous étiez un homme sur lequel on pouvait compter; votre manière de servir auprès de moi m'a confirmé dans cette pensée; j'en désire une nouvelle preuve : allez dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de chargera fond; vous entendez bien, monsieur, à fond !... »
Et en parlant ainsi il me pointait les côtes avec ses doigts. Je compris parfaitement que le maréchal Lannes voulait humilier le maréchal Bessières, d'abord en lui faisant durement sentir que l'Empereur lui avait donné pleine autorité sur lui; en second lieu, en blâmant la manière dont il dirigeait la cavalerie. J'étais navré de la nécessité où j'étais de transmettre au maréchal Bessières des expressions blessantes, dont il était facile de prévoir les fâcheux résultats; mais enfin, je devais obéir à mon chef direct !...
Je m'élance donc au galop vers le centre, en désirant qu'un des nombreux boulets qui tombaient autour de moi, abattant mon cheval, me donnât une bonne excuse pour ne pas remplir la pénible mission dont j'étais chargé... J'aborde très respectueusement le maréchal Bessières, auquel j'exprime le désir de parler en particulier. Il me répond fort sèchement :
« Parlez haut, monsieur. »
Je fus donc contraint de lui dire en présence de son nombreux état-major et d'une foule de généraux et colonels :
« M. le maréchal Lannes m'a chargé de dire à Votre Excellence qu'il lui ordonnait de charger à fond... »
Alors Bessières, en fureur, s'écrie :
« Est-ce ainsi, monsieur, qu'on parle à un maréchal ?... Quels termes ! vous ordonne et charger à fond !... Je vous ferai sévèrement punir de cette inconvenance !... »
Je répondis :
« Monsieur le maréchal, plus les expressions dont je me suis servi paraissent fortes à Votre Excellence, plus elle doit être convaincue que je ne fais qu'obéir aux ordres que j'ai reçus !... »
Puis je saluai et revins auprès du maréchal Lannes.
« Eh bien l qu'avez-vous dit au maréchal Bessières ?
-Que Votre Excellence lui ordonnait de chargera fond !...
-C’est cela, voilà au moins un aide de camp qui me comprend !... »
Vous sentez que, malgré ce compliment, je regrettais fort d'avoir été obligé d'accomplir un tel message. Cependant, la charge de cavalerie eut lieu, le général Espagne y fut tué, mais le résultat fut très bon, ce qui fit dire au maréchal Lannes :
« Vous voyez bien que ma sévère injonction a produit un excellent effet; sans cela, M. le maréchal Bessières eût tâtonné toute la journée ! »
[…]
Au bout d'un quart d'heure, nous arrivons auprès d'Aspern, dont les abords étaient couverts par les feux de bivouac des troupes de Masséna. Le maréchal Lannes, voulant parler à celui-ci, m'ordonne de passer devant pour m’informer du lieu où il était établi. Nous avions à peine fait quelques pas que j'aperçois, sur le front de bandière du camp, Masséna se promenant avec le maréchal Bessières. La blessure que j'avais reçue au front en Espagne m'empêchant de porter un colback, j'étais le seul aide de camp des maréchaux de l'armée qui eût un chapeau. Bessières, m'ayant reconnu à ce détail, mais n'apercevant point encore le maréchal Lannes, s'avance vers moi en disant :
« Ah! c'est vous, monsieur !... Si ce que vous avez dit tantôt provient de vous seul, je vous apprendrai à mieux choisir vos expressions en parlant à vos supérieurs; et si vous n'avez fait qu'obéir à votre maréchal, il me rendra raison de cette injure, et je vous charge de le lui dire ! »
Le maréchal Lannes, s'élançant alors comme un lion, passe devant moi et, me saisissant le bras, s'écrie :
« Marbot, je vous dois une réparation; car, bien que je crusse être certain de votre dévouement, il m'était resté quelques doutes sur la manière dont vous aviez transmis mes ordres à monsieur; mais je reconnais mes torts à votre égard!... »
Puis, s'adressant à Bessières :
« Je vous trouve bien osé de gronder un de mes aides de camp ! Celui-ci, monté le premier à l'assaut de Ratisbonne, a traversé le Danube en bravant une mort presque certaine, et vient d'être blessé deux fois en Espagne, tandis qu'il est de prétendus militaires qui de leur vie n'ont reçu aucune égratignure et n'ont fait leur avancement qu'en espionnant et dénonçant leurs camarades. Et que reprochez-vous à cet officier?
-Monsieur, dit Bessières, votre aide de camp est venu me dire que vous m'ordonniez de charger à fond. Il me semble que de telles expressions sont inconvenantes.
-Elles sont justes, monsieur, et c'est moi qui les ai dictées !... L'Empereur ne vous a-t-il pas dit que vous étiez sous mes ordres? »
Alors Bessières répondit avec embarras :
« L'Empereur m'a prévenu que je devais obtempérer à vos avis.
-Sachez, monsieur, s'écria le maréchal, que, dans l'état militaire, on n'obtempère pas, on obéit à des ordres ! Si l'Empereur avait la pensée de me placer sous votre commandement, je lui offrirais ma démission; mais, tant que vous serez sous le mien, je vous donnerai des ordres, et vous obéirez; sinon, je vous retirerai la direction des troupes. Quant à charger à fond, je vous l'ai prescrit parce que vous ne le faisiez pas, et que, depuis ce matin, vous paradiez devant l'ennemi sans l'aborder franchement
-Mais ceci est un outrage ! cria Bessières avec colère; vous m'en rendrez raison ! -A l'instant même si vous voulez » répondit Lannes en portant la main à son épée.
Pendant cette discussion, le vieux Masséna, s'interposant entre les adversaires, cherchait à les calmer; enfin, ne pouvant y parvenir, il prit à son tour le haut ton :
« Je suis votre ancien, messieurs; vous êtes dans mon camp, je ne souffrirai pas que vous donniez à mes troupes le spectacle scandaleux de voir deux maréchaux mettre l'épée à la main, et cela devant l'ennemi. Je vous somme donc, au nom de l'Empereur, de vous séparer sur-le-champ ! »
Puis, se radoucissant, il prit le maréchal Lannes par le bras et le conduisit à l'extrémité du bivouac, pendant que Bessières retournait au sien.
Je vous laisse à penser combien je fus affecté de cette scène déplorable !... Enfin le maréchal Lannes, remontant à cheval, prit le chemin de la tête de pont, et, dès que nous fûmes au bivouac de l'Empereur, auprès duquel mes camarades s'étaient établis, il prit Napoléon en particulier et lui raconta ce qui venait de se passer. Celui-ci envoya aussitôt chercher le maréchal Bessières, qu'il reçut fort mal, puis, s'éloignant avec lui et marchant à grands pas, Sa Majesté paraissait fort agitée, croisait les bras et semblait lui adresser de vifs reproches. Le maréchal Bessières avait l'air confondu, et dut l'être davantage encore lorsque l'Empereur, se mettant à table, ne l'invita pas à dîner, tandis qu'il faisait asseoir le maréchal Lannes à sa droite. »

Si je ne m’abuse, Marbot est le seul à rapporter une telle altercation.
On peut d’ailleurs s’interroger sur le fait que Bessières n’obtempère pas à deux demandes formulées respectueusement, et que finalement il exécute un ordre qu’il juge injurieux. :roll:
Peyrusse

7 décembre 1815...

Message par Peyrusse »

« Le 7 décembre 1815, étant interne à l'Hôtel-Dieu, je vis entrer chez moi de grand matin Beaupoil de Sainte-Aulaire, mon ami et camarade de collège, plus tard colonel: « Viens avec moi, me dit-il ; on va exécuter Ney. » Nous partîmes par un brouillard très froid. Nous arrivâmes au lieu de l'exécution par la petite rue de Chevreuse. Ney arriva peu de temps après : il était vêtu d'une redingote bleue, coiffé d'un chapeau rond ; sa démarche, sa tenue, sa figure étaient calmes, sans ostentation. Tout en lui respirait le courage, l'honneur, la dignité. Sa présence excita un grand mouvement. Bien que les hommes de la réaction qui l'avaient fait condamner fussent là en grand nombre, en majorité, ils ne purent empêcher les manifestations de regrets, d'admiration, données au malheureux Ney. On ne s'en gênait pas. Cependant Ney arriva devant le peloton de sous-officiers vétérans chargés de l'exécution; il ôta son chapeau, salua le commandant du peloton qui, par habitude ou par un mouvement qu'il n'avait pu maîtriser, avait abaissé son épée devant le maréchal. Bien que toutes les relations publiées aient consigné quelques mots comme ayant été prononcés par lui, je crois pouvoir assurer qu'il ne dit pas une parole. Il tomba droit devant lui, les pieds contre le mur à l'est, et la tête à l'ouest. La mort fut instantanée, sans être même accompagnée des soubresauts convulsifs qui s'observent en pareil cas. Trente-huit ans plus tard, à pareil jour, j'assistai à l'inauguration du monument de l'illustre maréchal. Le discours que Dupin prononça d'une voix ferme et fortement accentuée, produisit une grande impression. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE, « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.174-175).
Peyrusse

7 décembre 1815...

Message par Peyrusse »

« Le 7 décembre 1815, étant interne à l'Hôtel-Dieu, je vis entrer chez moi de grand matin Beaupoil de Sainte-Aulaire, mon ami et camarade de collège, plus tard colonel: « Viens avec moi, me dit-il ; on va exécuter Ney. » Nous partîmes par un brouillard très froid. Nous arrivâmes au lieu de l'exécution par la petite rue de Chevreuse. Ney arriva peu de temps après : il était vêtu d'une redingote bleue, coiffé d'un chapeau rond ; sa démarche, sa tenue, sa figure étaient calmes, sans ostentation. Tout en lui respirait le courage, l'honneur, la dignité. Sa présence excita un grand mouvement. Bien que les hommes de la réaction qui l'avaient fait condamner fussent là en grand nombre, en majorité, ils ne purent empêcher les manifestations de regrets, d'admiration, données au malheureux Ney. On ne s'en gênait pas. Cependant Ney arriva devant le peloton de sous-officiers vétérans chargés de l'exécution; il ôta son chapeau, salua le commandant du peloton qui, par habitude ou par un mouvement qu'il n'avait pu maîtriser, avait abaissé son épée devant le maréchal. Bien que toutes les relations publiées aient consigné quelques mots comme ayant été prononcés par lui, je crois pouvoir assurer qu'il ne dit pas une parole. Il tomba droit devant lui, les pieds contre le mur à l'est, et la tête à l'ouest. La mort fut instantanée, sans être même accompagnée des soubresauts convulsifs qui s'observent en pareil cas. Trente-huit ans plus tard, à pareil jour, j'assistai à l'inauguration du monument de l'illustre maréchal. Le discours que Dupin prononça d'une voix ferme et fortement accentuée, produisit une grande impression. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE, « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.174-175).

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Le monument érigé en 1853 est toujours visible de nos jours, non-loin de l’avenue de l’Observatoire. Il n’est plus à son endroit d’origine car déplacé lors de la construction de la voie de chemin-de-fer de Paris à Sceaux, un segment de notre actuel RER B.
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Bernard
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Re: 7 décembre 1815...

Message par Bernard »

Merci Peyrusse... C'est toujours étonnant de lire ces récits discordants. Celui-ci semble être écrit tardivement, mais le silence présumé de Ney contredit clairement plusieurs autres témoignages écrits à chaud !
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L'âne
 
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Re: 7 décembre 1815...

Message par L'âne »

Peyrusse a écrit :
07 déc. 2017, 11:21
Le monument érigé en 1853 est toujours visible de nos jours, non-loin de l’avenue de l’Observatoire. Il n’est plus à son endroit d’origine car déplacé lors de la construction de la voie de chemin-de-fer de Paris à Sceaux, un segment de notre actuel RER B.[/color][/justify]
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C-J de Beauvau
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Re: 7 décembre 1815...

Message par C-J de Beauvau »

Une autre victime de la terreur blanche et coïncidence , bien que fusillé Le 22 août 1815
À Sainte-Hélène c'est par Gourgaud, qui l'avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C'était le 7 décembre 1815 : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l'Observatoire.
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C-J de Beauvau
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Re: 7 décembre 1815...

Message par C-J de Beauvau »

Voici le témoignage du principal témoin le comte de rochechouart Commandant l’exécution du maréchal Ney
.......Je pris sur moi, sans consulter le condamné, de faire avancer une voiture de place, le maréchal nous salua; j'éprouvai un grand soulagement quand je le vis en redingote bleue, avec une cravate blanche, une culotte courte noire, des bas noirs et pas de décorations. Je craignais qu'il ne fût en uniforme et, par suite, d'être obligé de le faire dégrader et de lui faire arracher les boutons, les épaulettes et les décorations. En voyant le mauvais temps, il dit en souriant : « Voici une vilaine journée. Puis, se tournant vers le curé, qui se rangeait pour le laisser monter en voiture : « Montez, monsieur le curé, « tout à l 'heure, je passerai le premier. » Les deux officiers de gendarmerie montèrent également dans la voiture, se plaçant sur le devant. quelques centaines de pas de la grille du Luxembourg, dans l'avenue de l’ observatoire, le cortège s'arrêta; voyant ouvrir la portière, le maréchal, qui s'attendait à aller à Grenelle, prévenu peut-être qu'une manifestation se produirait en sa faveur, dit : Quoi ! Déjà arrivé? » Il refusa naturellement de se mettre à genoux et de se laisser bander les yeux; il demanda seulement au commandant Saint-Bias de lui indiquer comment il devait se placer; il fit face au peloton, qui tenait ses fusils dans la position : apprêtez armes! Et là, dans une attitude que je n'oublierai jamais, tant elle était noble, calme et digne, sans jactance aucune, il ôta son chapeau, et profitant du court moment que lui .laissait l'adjudant de place, pour se mettre de côté et donner le signal du feu, il prononça ces quelques paroles, que j'entendis très distinctement : Français ! Je proteste contre ce jugement, mon honneur ... A ces derniers mots, comme il portait la main sur son cœur, la détonation se fit entendre ; il tomba foudroyé. Un roulement de tambours et les cris de : Vive le Roi! Poussés par les troupes formées en carré, .terminèrent cette lugubre cérémonie. Cette mort si belle me causa une grande impression; me retournant vers Auguste de La Rochejaquelein, colonel des grenadiers, qui était à côté de moi et qui déplorait comme moi la mort du brave des braves, je lui dis : « Voilà, mon cher ami, une grande leçon pour apprendre à mourir!
Les neuf mots prononcés par le maréchal, en face de la mort, furent mal répétés, soit par les journaux, soit par de soi-disant spectateurs; ils ajoutaient même que le maréchal avait commandé : Feu! Les choses se sont passées comme je viens de le dire, je n'ai aucun intérêt à déguiser la vérité, j'entendis distinctement le maréchal, dont j'étais peu éloigné et que je suivais des yeux avec une attention toute particulière. Étant chargé de faire le rapport de I ‘exécution au général Despinois, j'étais à cheval, et dominant la foule j'entendais et voyais mieux que personne. Le cadavre n'ayant pas été réclamé, car la famille n'avait pas pu être prévenue, on le porta au lieu désigné par l'ordre n° 4. Après avoir exécuté les ordres que j'avais reçus, le reste n'étant plus de mes attributions, je me retirai; mais avant de rentrer chez moi, je passai chez le duc de Richelieu, pour lui rendre compte de ma triste mission et lui raconter deux épisodes inconvenants que je n'avais pu prévenir .......
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Cyril Drouet
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Re: 7 décembre 1815...

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
07 déc. 2017, 18:04
Une autre victime de la terreur blanche et coïncidence , bien que fusillé Le 22 août 1815
À Sainte-Hélène c'est par Gourgaud, qui l'avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C'était le 7 décembre 1815 : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l'Observatoire.
Le 30 novembre précédent, il avait été averti par Bertrand de la condamnation à mort.

Plus tôt, le 26 octobre, Gourgaud dit ceci dans son Journal :
"Sa Majesté parle en mal de Ney et de La Bédoyère : « On ne doit jamais manquer à sa parole et je méprise les traîtres »"
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