Histoire de la vaccination

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Joker
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Histoire de la vaccination

Message par Joker »

L’aventure de la Raison : quand le pouvoir civil faisait appel à l’Eglise pour combattre les préjugés et la superstition.

La vaccination a une grande histoire, qui est celle d’un combat contre les maladies mais aussi contre les préjugés.
En 1801, sous le Consulat de Napoléon, la diffusion de la vaccine contre la variole commence dans l’ancienne principauté de Liège, à l’initiative du préfet du département de l’Ourthe Antoine Desmousseaux qui fit vacciner ses enfants. Il écrit : « je devine que cette preuve de ma confiance personnelle puisse servir à propager dans le département qui m’est confié les bienfaits d’une découverte qui préserve l’humanité des ravages de la petite vérole ».
En effet, les débuts sont difficiles, la population est craintive et peine à sortir de l’ignorance.
Desmousseaux prend sa plume le 16 décembre 1801 pour écrire à l’évêque de Liège Zaepffel :
« Cette découverte précieuse a peine à se populariser. L’ignorance a élevé contre elle des préjugés de deux sortes et qui ne peuvent être combattus par les mêmes armes. On ne peut se déterminer à communiquer à ses enfants un mal qui doit son origine à un animal, on redoute les suites du mélange des humeurs d’une bête à celle d’un homme ; c’est à l’administration et aux officiers de santé à détruire ces craintes par l’instruction et l’expérience.
Mais il est des appréhensions d’un autre ordre qui retiennent les habitants des campagnes et ferment leurs oreilles à la persuasion. Ils craignent, disent-ils, de tenter Dieu en communiquant volontairement à leurs enfants une maladie dont ils eussent peut-être été exemptés, ils pensent qu’ils ne peuvent sans pécher permettre une opération qui, suivant eux, peut compromettre la vie. Ne croiriez-vous pas convenable, Monsieur l’Evêque, de charger spécialement les ministres du culte, d’éclairer le peuple sur les avantages et l’innocuité de la vaccine et de le rassurer contre les scrupules qui peuvent le retenir ? Il me semble qu’ils ne sauraient faire un plus bel usage de la juste confiance dont ils jouissent auprès de leurs paroissiens. Quelques instructions simples prononcées au prône par Messieurs les curés, quelques recommandations faites aux parents, aux parrains et marraines, lorsqu’ils bénissent un nouveau-né contribueraient avec les efforts des maires et les discours des personnes éclairées, à faire bientôt considérer l’inoculation comme un devoir des parents envers leurs enfants et par conséquent à extirper totalement une maladie qui dévore annuellement une portion considérable de la population ».

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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Re: Histoire de la vaccination

Message par Royal Scot's Guard »

C'est vraiment dans l'air du temps !
:salut:
Devise des Royals Scot's Dragoons Guards : "Nemo me impune lacessit"
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Cyril Drouet
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Re: Histoire de la vaccination

Message par Cyril Drouet »

L'Aiglon se fit vacciner.
La nouvelle fit annoncée en ces termes par le Journal de l'Empire du 17 juin 1811 :
"La petite vérole étant répandue dans Paris, la Faculté de la cour a jugé que le Roi de Rome devait être vacciné. S.M. a effectivement été vaccinée par M. Husson, médecin, le 11 de ce mois."


L’Empire fut une période où il exista certaines formes d’obligation.

Pour ce qui est du domaine civil, on peut à ce sujet se référer à la circulaire de Cretet du 30 juin 1809 :
« Monsieur le préfet, la découverte de la vaccine doit être par la suite d'un résultat immense pour la population de l'empire : chaque jour atteste les succès de cette précieuse méthode, et promet les avantages les plus importants ; mais s'il ne s'élève plus de difficultés contre son utilité, mille obstacles s'élèveront encore longtemps contre ses progrès; c'est à l'administration à détruire ces obstacles par des mesures positives et par des soins soutenus; MM. les préfets en général y ont mis beaucoup d'intérêt : le détail des efforts qu'ils ont fait en 1806 et 1807 se trouve consigné dans le rapport du comité de vaccine dont je vous adresse plusieurs exemplaires.
Vous y verrez avec quelle attention reconnaissante le comité a recueilli les actes qui ont signalé le zèle des fonctionnaires civils, des autorités militaires et du clergé pour la vaccine; vous y puiserez de nouveaux motifs d'encouragement et d'émulation.
A la suite du rapport du comité est imprimé un décret de Sa Majesté en date du 16 mars dernier, qui vous donnera une juste idée, M. le préfet, de l'intérêt que le gouvernement attache à la propagation du bienfait de la vaccine. L'empereur y consacre une somme de cent mille francs par an: vingt-cinq dépôts de conservation de vaccin seront formés dans les départements, et autant de comités seront en correspondance continuelle avec le comité central de Paris.
Cette organisation sera effectuée pour le 1er janvier prochain; mais ces institutions seraient encore insuffisantes si des mesures de détail et des soins multipliés sur tous les points de la France ne faisaient enfin contracter aux peuples des villes et des campagnes l'habitude de la vaccine : vous ne devez donc rien négliger pour arrivera ce but.
Mon intention est d'ailleurs de faire parvenir dans chaque commune des exemplaires d'une instruction courte et simple sur la vaccine, en nombre suffisant pour que le maire en puisse remettre une aux parents de chaque enfant qui sera présenté au bureau de l'état civil.
En attendant, M. le préfet, je crois devoir vous faire différentes recommandations dont vous sentirez l'utilité:
1° Je vous engage à assister aux vaccinations générales que vous ferez pratiquer dans vos tournées, et à recommander la même mesure à MM. les sous-préfets de votre département;
2° Vous établirez dans les hospices civils où il n'en existe pas encore une salle dans laquelle on vaccinera gratuitement, à des jours fixes, et principalement les dimanches et les jours de marché;
3° Les enfants à la charge des hospices et confiés à des nourrices par le gouvernement, doivent être vaccinés ; en conséquence on pourra retirer aux nourrices leurs nourrissons, lorsqu'elles ne justifieront point qu'elles les ont fait vacciner dans les trois premiers mois de la vie;
4° Tout individu avant d'être admis, soit à demeure, soit comme externe, dans une maison d'éducation, doit être vacciné. Toutes les personnes employées dans les manufactures, dans les ateliers de travail, doivent être invitées à se faire vacciner, si elles n'ont pas eu la petite vérole;
5° Les indigents qui reçoivent des secours du gouvernement, ou de la charité publique doivent prouver que leurs enfants ont eu la variole ou ont été vaccinés;
6° Les individus qui exercent des professions et métiers, sous la surveillance immédiate de la police seront invités à fournir la même preuve lorsqu'ils se présenteront pour demander des livrets d'apprentissage.
C'est au moyen de ces mesures et de celles que vous prendrez vous-mêmes suivant les cas, c'est au moyen de l'heureux concours des ministres de la guerre, de la marine et des cultes, que le fléau de la petite vérole sera écarté à jamais de la population française.
Des résultats aussi importants pour l'humanité, aussi utiles à l'état méritent toute votre attention, M. le préfet, et je suis convaincu d'avance que vous continuerez à remplir autant qu'il est en vous les intentions paternelles de l'empereur pour ses peuples. »

Cependant, il ne s’agissait d’obligation générale.

Ainsi, le 10 mai 1811, le Journal de Paris publiait cet article :
« La résistance aussi irréfléchie que coupable de quelques habitants de cette [Strasbourg] contre le bienfait de la vaccination, a forcé M. le préfet d'ordonner que là où un enfant non vacciné viendrait à prendre la petite vérole, la maison sera aussitôt séquestrée. Toutes communications au-dehors et toute entrée dans les lieux publics, quels qu'ils soient, seront interdites à ceux qui l'habitent, avec ordre au maire de lui adresser aussitôt les noms et qualités de ces parents indociles, pour être inscrits sur le registre signalétique, dont la communication est donnée régulièrement à S. Exc. le ministre de la police générale. »

Le même jour, en conséquence, Napoléon écrivait à Montalivet :
« Je vois dans le Journal de Paris des folies du préfet de Strasbourg pour la vaccination. Cette manière de conduire les citoyens n'est pas conforme à mes intentions. Il faut les éclairer, mais non pas prendre des moyens de cette violence. »

La vaccination était parfois vue avec réticence. On préféra donc à une coercition susceptible d’être contre-productive, l’incitation par la démonstration progressive des bienfaits de la méthode.

Cette politique se retrouve dans le Rapport du Comité central pour la vaccine qui fut présenté à Bonaparte en 1803 :
« En établissant des vaccinations gratuites pour le peuple dans les villes et les campagnes, près des municipalités, des hospices, des comités et des sociétés de bienfaisance; en appelant sur cet objet le zèle des pasteurs et celui des hommes de bien, qui, habitant les cités ou vivant dans leurs terres, mettent au rang de leurs plaisirs et de leurs devoirs de s'occuper de la santé et du bien-être des familles indigentes qui les environnent ; en répandant, pour faire connaître cette pratique, des instructions populaires, en publiant des comptes annuels des succès obtenus, en proclamant les noms de ceux qui y auront le plus contribué, il n'est aucun point de la France ou l'on ne puisse se flatter de faire pénétrer la connaissance de la vaccine, et d'en faire adopter l'usage. Déjà le zèle de tous les Médecins, de toutes les Sociétés des départements, qui ont entretenu avec nous une correspondance si active, si honorable, a devancé ce projet et préparé son exécution.
Si le Gouvernement seconde ces efforts généreux, en s'associant aux réunions formées par la bienfaisance particulière, en les aidant de ses secours, en les honorant de son approbation ; ou si, pénétré plus intimement de l'importance du nouveau procédé, il juge de sa sagesse d'en diriger plus particulièrement l'emploi, d'en recommander la pratique dans les hospices, les prytanées, les écoles militaires, dans les établissements destinés à l'entretien des armées ou des flottes; s'il prescrit aux professeurs publics ou particuliers d'accouchements, dans les départements, d'instruire dans la pratique de ce procédé les sages-femmes des campagnes; si des encouragements sont accordés
aux officiers de santé qui en auront le plus répandu l'usage parmi le peuple, on ne peut prévoir à quel degré de propagation parviendra en peu de temps ce grand moyen de conservation, et quel bien il en résultera pour la population de l'état. »

Mêmes orientations, un an plus tard, dans la circulaire ministérielle du 4 avril 1804 :
« C'est surtout à éclairer l'opinion qu'il faut donner tous ses soins ; ainsi, tous les faits, tous les résultats de l'expérience, doivent être recueillis exactement. Les exemples les plus frappants de préservation observés pendant les épidémies varioleuses, doivent être publiés; et si des erreurs se présentent, ou si l'ignorance se permet de fausses allégations, les premières doivent être redressées avec soin, les secondes repoussées avec force et célérité.
De plus grands résultats encore peuvent contribuer à former l'opinion.
L'effet inévitable de la propagation de la vaccine doit être de rendre de plus en plus rare la petite vérole. En tenant chaque année un état du nombre toujours décroissant de ceux qui en auront été attaqués, de la moindre proportion de ses victimes dans les listes de mortalité, on opérera une conviction générale, et aucune cause ne pourra plus retarder l'adoption d'une méthode reconnue pour être la source d'un si grand bien.
C'est à ce résultat qu'il s'agit d'arriver : pour l'atteindre, il faut que, par des efforts sagement combinés, par un ensemble de mesures qui embrassent tous les points de la France, on dispute le terrain à l'ennemi que l'on veut éloigner.
J'ai pensé qu'il était nécessaire que l'exemple déjà donné par quelques préfets fut imité par tous, et que la marche suivie fût calculée de manière à obtenir,sur tous les points, les mêmes effets, et partout les résultats les plus assurés.
Le but sera atteint, en établissant dans chaque département un comité de vaccine, en le composant des gens de l'art les plus instruits, et en leur associant des citoyens distingués par leurs places, leur fortune et leur crédit.
Les ministres des cultes seront utiles, dans ces associations, par leur influence; déjà plusieurs exemples nous ont appris quels services ils peuvent rendre sous ce rapport. »


Concernant l’armée, il existe une brochure intéressante publiée par Coste et Percy en 1806 : « De la santé des troupes de la Grande Armée ». On y aborde logiquement la vaccination :
« C'est aux officiers de santé en chef ou principaux à solliciter, de la part de leurs collaborateurs, cet intérêt et ces attentions, et à les solliciter de la manière la plus impérieuse peut-être, mais certainement la plus délicate, celle de l'exemple.
C'est ainsi que M. Gras, médecin principal provisoire du quatrième corps, s'est honoré, dès le commencement du printemps dernier, par l'initiative de la proposition de vacciner les militaires qui n'avaient pas eu la petite-vérole. M. Chappe, chirurgien principal du même corps et l'un des chirurgiens-majors de la garde impériale, l'ayant secondé de tous ses moyens de talents et de zèle, M. le maréchal Soult s'était déjà empressé d'appuyer de son suffrage et de son autorité une opération aussi favorable au corps d'armée que son Excellence commande avec tant de distinction, lorsque l'un de nous, prévenu par M. Gras, n'hésita pas d'ajouter un voeu plus général à celui qui avait déjà son exécution dans le commandement de Passau. Il adressa au Prince Major-général l'expression de ce voeu, afin d'obtenir de S. A. S. l'autorisation d'étendre à tous les corps de la Grande-armée le bienfait de l'inoculation jennérienne. A la demande était joint l'extrait succinct d'une instruction parfaitement improvisée, à Ulm, par M. Boysset, l'un des médecins du quatrième corps.
Adopter la proposition, la transmettre à messieurs les Maréchaux d'Empire avec les ordres et l'instruction nécessaire à l'exécution, furent de la part de S. A. S. un de ces mouvements subits qui n'ajournent pas plus les actes de bienfaisance que les actions d'éclat ; et ce n'est que trois semaines après, par le renvoi d'une lettre de M. le Maréchal Davoust qui demandait du vaccin, que les ordres donnés sont connus de celui qui les avait provoqués.
Les premières démarches pour se procurer du vaccin ne furent pas satisfaisantes. Mais bientôt les difficultés s'aplanirent, et il en partit d'Ulm pour le quartier-général du troisième corps. Ensuite il en parvint de Passau, de l'université de Landshut, de Munich, de Francfort, de Strasbourg, de Paris même, et de la part du comité central de vaccine, avec une telle abondance qu'il fut possible d'en envoyer d'Ulm non seulement à ceux qui en avaient demandé, mais d'en offrir à tous ceux qui en annonceraient le besoin ou le désir.
La lenteur des communications, le retard des correspondances, la maladresse ou l'infidélité de quelques commissionnaires, l'inégalité des ordres, les incertitudes relatives aux degrés d'autorisation, officiels ou présumés, quelques négligences, des oublis, des procrastinations, jusqu'à l'égoïsme de l'amour-propre, dont les prétentions sont si déplacées lorsqu'il s'agit de coopérer au bien général, ont été autant d'obstacles, non seulement à une manière uniforme de procéder telle qu'on l'avait désirée, mais au succès même des opérations.
On a observé de fausses vaccines, parce qu'on a employé du virus altéré : beaucoup d'insertions ont été sans effet, parce que les hommes qui y ont été soumis, n'avaient pas la certitude de la petite-vérole que sans doute ils avaient éprouvée dans leur enfance.
N'en doutons pas, si la Grande-armée eût pu être rassemblée, l'opération pratiquée simultanément sur tous ceux auxquels elle aurait paru convenable, eût obtenu plus de succès encore que l'inoculation de la petite-vérole, pratiquée dans les plaines de la Virginie, au champ de bataille même et sous les drapeaux, sur plus de trois mille hommes de l'armée continentale de Washington. L'un des disciples de ce grand capitaine eût pu donner l'ordre d'une vaccination générale avec un plus grand degré de sécurité que le général en chef des Etats-unis n'avait donné le sien; et la raison de cette disparité se fonde sur le danger de l'inoculation variolique, et sur l'innocuité de l'insertion du vaccin.
Quoi qu'il en soit, en attendant que nous soyons en état de rendre un compte complet de cette opération, nous annonçons avec plaisir qu'avant le milieu de juillet il avait été vacciné avec succès :
Dans le 1er corps de la Grande-Armée : 59 hommes
Dans le 3e : 66
Dans le 4e : 500
Dans le 6e : 128
Le nombre d'hommes à vacciner dans ces quatre corps, avait été de 2066.
Celui des vaccinés avec succès a été de 753
Le nombre de ceux qui n'ont présenté aucun résultat, ou chez qui se sont offerts des signes de fausse vaccine, pour les causes énoncées ci-dessus, a été de 241
Le cinquième et le septième corps de la Grande-armée, ainsi qu'un assez grand nombre de régiments des autres corps, n'ayant encore transmis, ni le nombre précis de militaires à vacciner, ni des résultats bien certains de cette opération, on ne peut présenter qu'un aperçu incomplet. Mais nous ne doutons pas que les promesses de nos collaborateurs ne soient suivies des effets que nous attendons de leur zèle, et qu'ils ne nous mettent bientôt en état de compléter ce travail.
Les ordres donnés dans le premier corps par S. A. le Prince de Ponte-Corvo, et dans le troisième par S. E. M. le Maréchal Davoust, qui a pris un intérêt très spécial à cette opération, ajoutent à notre espoir.
Nous exhortons nos collaborateurs de toutes les classes à réunir leurs efforts pour doubler les avantages qu'une découverte aussi heureuse peut procurer à nos armées. Nous sollicitons plus spécialement les officiers de santé principaux à s'assurer qu'aucun conscrit soupçonné de n'avoir pas eu la petite-vérole, ne communique avec ses camarades avant qu'on l’ait mis à l'abri de la maladie par la vaccination. C'est ainsi que, par la sage prévoyance d'un gouvernement paternel, la négligence ou l'insouciance des parents se trouvera réparée.
Nous invitons encore les officiers de santé principaux à faire faire une recherche soigneuse des hommes qui n'auraient pas été compris dans les premières expériences de vaccination, ainsi qu'à faire renouveler l'insertion du vaccin sur ceux qui n'auraient éprouvé qu'une fausse vaccine.
Nous n'ajouterons rien aux précautions recommandées relativement à l'opération de bras à bras, qui est la plus sûre. Nous nous contenterons d'observer que le mode établi dans le quatrième corps par MM. Gras et Chappe peut servir de modèle dans les autres, afin de répandre la vaccine plus rapidement et avec plus de succès. Ces officiers de santé principaux avaient désigné, au grand hôpital militaire de Passau, une petite salle où l'on recevait deux militaires de chaque bataillon ou escadron. Après avoir été vaccinés avec succès, ils ont rapporté à leurs corps respectifs, avec le procès-verbal de leur vaccination individuelle, la matière propre, à être transmise de bras à bras à leurs camarades.
Les inspecteurs généraux du service de santé près la Grande armée n'étaient pas réunis au moment de la première proposition présentée au Prince Major-général et adoptée si promptement par S. A. S. Il en est résulté que les premières invitations n'ont pas été adressées en noms collectifs. On plaindrait ceux des officiers de santé qui ont cru voir dans cette irrégularité apparente un motif pour négliger une recommandation qui n'était pas émanée de leur chef direct. L'estime et l'amitié qui nous lient, ne permettront jamais à l'un de nous de ne pas adopter les mesures prescrites en son absence par son collègue.
Fraternis animis, quidquid negat unus et alter. Annuimus pariter.
D'après cette profession franche de nos sentiments, nous invitons une fois pour toutes nos collaborateurs réciproques à tenir pour avoué par l'un et par l'autre, ce que l'un des deux a proposé, et nous les prions instamment de ne jamais faire d'un défaut de formes très insignifiant, le prétexte d'aucun retard ni d'aucune négligence. »




Un autre document important (29 mai 1811) :


« Avis des Inspecteurs généraux du service de santé des armées, approuvé par le Ministre directeur de l’administration de la guerre, sur les moyens de vacciner les Militaires , aux Armées , dans les Garnisons et dans les Hôpitaux.


1. Doctrine et expérience des officiers de santé militaires.
Les inspecteurs généraux du service de santé militaire, chargés, par Son Exc. le Ministre-directeur de l'administration de la guerre, d'après les intentions de l'Empereur et Roi, de rédiger une instruction sur les moyens d'appliquer aux troupes de Sa Majesté le bienfait de la vaccination, considéreraient ce travail comme inutile, s'ils ne consultaient que les lumières généralement répandues aujourd'hui, non seulement parmi les médecins et les chirurgiens en chef ou principaux, mais parmi les médecins et les chirurgiens-majors qui font le service tant dans les corps que dans les hôpitaux les armées et de l'intérieur, et même parmi ceux qui, dans ses hôpitaux civils, exercent leurs fonctions auprès des militaires qu'on y admet.

2. Réminiscences à leur présenter.
Mais dans les circonstances où se trouvent plusieurs de leurs collaborateurs, pour épargner aux plus instruits même la difficulté et la longueur des recherches, les inspecteurs ont cru préférable de tracer un tableau circonscrit, propre à présenter toutes les réminiscences nécessaires pour procéder à l'exécution des ordres de l'Empereur, d'une manière prompte, sûre et uniforme.
C'est dans le cadre de ces notions essentielles qu'on s'est attaché à réduire tout ce qu'il importe à l'homme de l'art de se rappeler et de pratiquer ponctuellement.

3. Examen des hommes pour juger s'ils doivent être vaccinés.
Les ordres des autorités militaires et administratives étant parvenus aux chefs respectifs, la première fonction des officiers de santé compétents se réduit à l'examen de tout militaire, à son entrée dans un corps ou dans un hôpital.

4. Renseignements à prendre de chaque individu,
Ceux dont l'aspect n'annoncerait pas évidemment, par les marques extérieures que la petite-vérole a coutume de laisser, qu'ils s'en trouvent à l'abri, seront complètement interrogés sur les circonstances de leur vie. On distinguera ceux qui auraient un souvenir parfait d'avoir éprouvé, en âge de connaissance, les accidents qui caractérisent la petite-vérole légitime, surtout si elle les a atteints pendant le règne d'une épidémie, ainsi que ceux qui auraient été vaccinés avec succès. On les distinguera des militaires qui n'ont ni trace de petite vérole ni idée quelconque de l'avoir eue, ni d'avoir, après l'insertion du vaccin, éprouvé ce qui caractérise le succès de cette opération.

5. Exemption de service pendant vingt jours.
Ces derniers seront prévenus du jour, du lieu et de l'heure où l'insertion du vaccin pourra leur être faite, parce que, dans le cas où ils se trouveraient sous les drapeaux, il convient que, pendant vingt jours, à dater de celui de l'insertion du vaccin , ils soient exempts de tout service.

6. Visite et observation quotidienne des vaccinés.
Celui qui aura pratiqué l'insertion, visitera, chaque jour, le vacciné, et tiendra, soit pour rendre compte au commandant, soit, pour sa correspondance avec les inspecteurs généraux du service de santé, des notes quotidiennes, sommaires, mais exactes, de tous les effets observés dans une marche soit régulière, soit irrégulière, soit dans celle qui viendrait à être contrariée par des accidents particuliers. Ceux-ci seront mentionnés, ainsi que les moyens employés pour y remédier.

7. Rapports à faire
Le rapport que l'officier de santé en dressera sera suivi d'une récapitulation du nombre des vaccinés, avec succès , au-dessus de trente ans, de ceux au-dessous de cet âge, enfin du nombre d'hommes chez qui le vaccin aurait été inséré sans aucun effet.
Quant aux principes consacrés par l'expérience, et aux règles à suivre pour l'insertion, ils se réduisent aux articles suivants :

8. Transmission immédiate du vaccin.
Lorsqu'on peut disposer d'un bouton de vaccine légitime, l'inoculation de bras à bras doit être préférée.

9. Extraction du vaccin.
Alors, pour se procurer le vaccin, on pratiquera plusieurs piqûres légères à la circonférence du bouton, c'est-à-dire, entre son bord et le point noir du milieu, jamais au centre ; c'est à la circonférence qu'existe la matière communicable.

10. Epoque d'extraction.
L'époque qui convient pour extraire le vaccin est du septième au dixième jour, à dater de celui de l'insertion. C'est communément du deuxième au quatrième jour que le travail a lieu.
Il se manifeste par un petit point de rougeur semblable à la piqûre d'une puce, et presque imperceptible à l'œil qui n'y est pas exercé. Peu à peu ce point acquiert plus d'étendue, et l'on aperçoit d'une manière distincte la petite éminence. Celle-ci forme, dans les vingt-six heures, le bouton couronné de son cercle aréolaire qui présente une belle couleur rose.

11. Fausse vaccine, son caractère.
Il est d'autant plus essentiel d'observer scrupuleusement l'époque de ce premier travail, que, s'il a lieu avant les vingt-quatre heures, on n'aurait qu'une fausse vaccine : le bouton n'offrirait, sur le milieu, qu'une pellicule élevée, contenant une matière épaisse qui se dessécherait promptement sans avoir présenté les nuances de la vraie vaccine, ni parcouru ses périodes.

12. Conditions du vrai vaccin.
Le vaccin doit être pris à l'époque précitée, sur un sujet chez lequel on ait reconnu la marche ordinaire qu'affecte cette inoculation.
Le vaccin, pour réunir les conditions qui caractérisent la bonne qualité, doit être limpide, brillant et visqueux. Il faut qu'il ait assez de consistance pour adhérer à la pointe de la lancette. S'il est trop ténu et trop liquide, il n'est pas à son degré de maturité : si, au contraire, il a perdu sa belle limpidité, s'il est trop épais, il faut le considérer comme passé; on n'en obtiendrait qu'une fausse vaccine.

13. Mode d'inoculation.
Lorsque la matière présentera à l'œil les conditions convenables, on en prendra avec la pointe de la lancette vaccinale, pour l'introduire immédiatement et le plus promptement possible, sous l'épiderme du sujet à vacciner.

14. Inconvénients de s'en écarter.
On dit très précisément sous l'épiderme et par une légère piqûre horizontale : l'expérience a démontré que, si, par l'effet d'une plaie plus profonde, l'ouverture des vaisseaux cutanés donnait lieu au moindre mélange de sang , le virus pourrait s'échapper, et l'on s'exposerait à en voir manquer l'effet.

15. Précautions pour le virus conservé.
Si l'on opère avec du virus transporté, il convient, avant de le déposer sur la lancette vaccinale, de le délayer avec une goutte d'eau fraîche, afin de lui donner une consistance onctueuse sensible à l'œil. C'est le vrai moment de l'introduire sous l'épiderme, en observant les mêmes précautions qu'à l'égard du virus frais, lorsque l'insertion se fait de bras à bras.

16. Nombre des piqûres..
Deux piqûres à chaque bras suffisent. On les pratique ; comme on le sait, sur la partie antérieure du deltoïde. Il convient d'établir les piqûres à une assez grande distance, pour que le cercle aréolaire du bouton ne communique pas avec son voisin, et ne double ainsi l'inflammation de l'un et de l'autre.

17. Recommandations au vacciné.
Après l'insertion, il n'est besoin d'aucune sorte de pansement ni d'appareil. On ne permettra cependant de revêtir les bras qu'après s'être assuré que les piqûres sont entièrement sèches. Cette précaution est destinée à empêcher que le frottement de la chemise ne déplace et ne divise l'humeur vaccinale. Dans la même vue, il convient de recommander très expressément aux vaccinés d'éviter, sur cette partie, toute espèce d'attouchement, sur tout au temps des démangeaisons qui surviennent au quatrième ou au cinquième jour du travail.

18. Les dépôts de conscrits exigent plus d'examen et d'attention.
C'est parmi les conscrits que doit se trouver le plus grand nombre de jeunes militaires encore menacés de contracter la petite-vérole et de la communiquer. Aussi c'est dans les dépôts de conscrits incorporés et dans ceux de conscrits réfractaires qu'il conviendra aux médecins et aux chirurgiens-majors chargés des soins de leur santé, d'apporter le plus sévère examen et l'attention la plus scrupuleuse aux vaccinations qu'ils sont appelés à pratiquer en grand. Ils ne perdront pas de vue que, bien que toutes les saisons (à l'exception du temps des chaleurs excessives ou des froids extrêmes) soient également propres à la vaccination, il n'en est aucune qui offre des circonstances plus favorables que le printemps et le commencement de l'automne.

19. Dans les corps, les conscrits doivent être vaccinés avant aucune communication avec les camarades.
A l'égard des conscrits qui arrivent isolément dans un corps, c'est dès le premier jour et avant toute communication avec leurs camarades, que la prudence dicte de vacciner immédiatement celui qui doit être soumis à la vaccination. Ce précepte est de rigueur stricte.

20. Vacciner les convalescents quinze jours avant la sortie de l'hôpital.
Quant aux convalescents dans les hôpitaux, on attendra l'époque qui précède de cinq jours celui où l'on présume qu’ils pourraient obtenir leur sortie, qui ne sera alors différée que de quinze jours.

21. Dans les corps, la vaccination confiée au chirurgien-major assisté de ses aides et sous-aides.
Dans les corps, le chirurgien-major, chargé spécialement de l'insertion, se fera assister, dans ses visites journalières, de ses aides et sous-aides, pour leur propre instruction.

22. Dans les hôpitaux, aux médecin et chirurgien-major, en présence des autres officiers de santé.
Il en sera de même dans les hôpitaux. L'insertion y sera faite par le chirurgien-major, de concert avec le médecin, et en présence de tous les autres officiers de santé.

23. Animer la confiance et la reconnaissance des vaccinés.
Tous concourront à animer la confiance du vacciné, en lui faisant apprécier l'avantage considérable que lui donnent la sollicitude et la prévoyance d'un gouvernement paternel, qui veut le mettre à l'abri de la crainte et du danger de la petite-vérole, qu'il ne pourra jamais contracter.

24. Aucun homme atteint de blessure ou de maladie grave ne doit être vacciné.
Les Inspecteurs généraux croient devoir terminer ces recommandations par l'une des plus importantes au succès ; c'est de ne soumettre à l'insertion de la vaccine aucun militaire actuellement malade d'une manière sérieuse, c'est-à-dire, dans les accidents et les dangers d'une blessure considérable, ou d'une grave affection interne. Il serait désavantageux de détourner la nature, d'un travail salutaire qui a un autre but ; mais certainement il serait imprudent de donner lieu au discrédit de la vaccination , en autorisant le préjugé à lui attribuer des évènements malheureux dont la cause lui serait totalement étrangère.




Le Ministre-directeur de l'administration de la guerre approuve la présente Instruction, pour être suivie dans toutes ses parties ; sauf néanmoins les modifications suivantes :

1°. La vaccination n'aura jamais lieu aux armées, dans le moment où les corps sont en mouvement ou sur le point de recevoir des ordres ; elle ne sera entreprise que lorsque les troupes se trouveront en garnison ou cantonnées pour quelque temps.
2°. Dans les garnisons, les sujets auxquels la vaccination sera applicable, n'y pourront être présentés que successivement, de manière qu'il n'y ait pas trop d'hommes à la fois hors de service.

A cet effet, les commissaires des guerres chargés de la police des hôpitaux ne permettront de soumettre plusieurs militaires de la garnison, en même temps, à la vaccination, qu'après avoir conféré avec les chefs de corps sur les besoins du service journalier, et avoir pris les ordres du commandant d'armes ou de la place. »
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