Napoléon, lecteur boulimique

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Joker
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Napoléon, lecteur boulimique

Message par Joker »

Au mois de juillet 1808,Napoléon fit demander à Antoine-Alexandre Barbier (1765-1825), son bibliothécaire, le plan d'une bibliothèque portative d'un millier de volumes qui devait se composer comme suit:
40 volumes de religion;
40 volumes des « Epiques »
40 volumes de théâtre;
60 volumes de poésies;
100 romans
60 volumes d'histoire.

Le 20 mars 1809, Claude-François de Méneval (1778-1850), secrétaire de Napoléon, écrivait à Barbier pour lui demander un état des lieux de la bibliothèque de voyage impériale :
"L'Empereur demande si sa bibliothèque de voyage est prête. Je recommande à M. Barbier de la choisir avec attention et d'y mettre d'excellents livres ; car Sa Majesté tient à avoir quelque chose de très-distingué et par le choix des livres et par la beauté des éditions et par l'élégance des reliures. Si les « Epiques »* ne s'y trouvaient pas, il faut ne pas perdre un moment à les mettre."

Grand lecteur et passionné de critique littéraire, Napoléon avait nommé en 1807 Antoine-Alexandre Barbier bibliothécaire particulier, pour s'occuper de ses bibliothèques à Paris et en campagne. Il était chargé d'envoyer à l'Empereur, jour et nuit, les nouvelles parutions littéraires, commentées et analysées. Napoléon avait demandé aussi à Barbier d'organiser des bibliothèques portatives de voyage qui devaient servir à transporter facilement les milliers de livres de sa collection. Pourtant, ces projets n'eurent pas de suite et les bibliothèques de voyage impériales restèrent composites.

Napoléon dévorait les ouvrages et se plaignait de ne pas recevoir assez de livres ; dans une lettre, Méneval dut rappeler Barbier à ses devoirs auprès de l'Empereur en tant que bibliothécaire :
"L'Empereur désire que M. Barbier lui envoie, tous les jours, une vingtaine de petits volumes (…). L'Empereur manque de livres par la faute de M. Barbier (…)."
Ce n'était pas seulement par plaisir que Napoléon lisait tant : il commandait aussi des rapports sur l'histoire, la géographie et les situations religieuses pour l'aider dans ses décisions politiques et militaires.

* Les « Epiques »comportent les trois grandes oeuvres de l'Antiquité : les deux épopées d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée, et celle de Virgile, l'Énéide. Un autre grand guerrier de l'Histoire aimait l'Iliade : Alexandre III de Macédoine, dit Alexandre le Grand, qui dormait toujours à côté de sa précieuse copie de l'histoire de la chute de Troie.
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Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon, lecteur boulimique

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
14 nov. 2020, 19:51
Au mois de juillet 1808,Napoléon fit demander à Antoine-Alexandre Barbier (1765-1825), son bibliothécaire, le plan d'une bibliothèque portative d'un millier de volumes qui devait se composer comme suit:
40 volumes de religion;
40 volumes des « Epiques »
40 volumes de théâtre;
60 volumes de poésies;
100 romans
60 volumes d'histoire.
Il s'agit de lettre du 17 juillet par l'intermédiaire de Méneval :

"L'Empereur désire se former une bibliothèque portative d'un millier de volumes, petit in-12, imprimés en beaux caractères. L'intention de Sa Majesté est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier, sans marges, pour ne point perdre de place. Les volumes seraient de cinq à six cents pages, reliés à dos brisé et détaché, et avec la couverture la plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d'à peu près 40 volumes de religion, 40 des épiques, 40 de théâtre, 60 de poésie, 100 de romans, 60 d'histoire. Le surplus, pour arriver à mille, serait rempli par des mémoires historiques de tous les temps.
Les ouvrages de religion seraient l'Ancien et le Nouveau Testament, en prenant les meilleures traductions; quelques Épîtres et autres ouvrages les plus importants des Pères de l'Eglise ; le Coran ; de la mythologie ; quelques dissertations choisies sur les différentes sectes qui ont le plus influé dans l'histoire, telles que celles des Ariens, des Calvinistes, des Réformés, etc. une histoire de l'Église, si elle peut être comprise dans le nombre des volumes prescrit.
Les épiques seraient Homère, Lucain, le Tasse, Télémaque , la Henriade, etc.
Les tragédies : ne mettre de Corneille que ce qui est resté ; ôter de Racine les Frères ennemis, l’Alexandre et les Plaideurs; ne mettre de Crébillon que Rhadamiste, Atrée et Thyeste; de Voltaire, que ce qui est resté.
L'histoire : mettre quelques-uns des bons ouvrages de chronologie, les principaux originaux anciens, ce qui peut faire connaître en détail l'histoire de France. On peut mettre, comme histoire, les Discours de Machiavel sur Tite-Live, l’Esprit des Lois, la Grandeur des Romains, ce qu'il est convenable de garder de l'histoire de Voltaire.
Les romans : La Nouvelle Héloïse et les Confessions de Rousseau. On ne parle pas des chefs-d'oeuvre de Fielding, Richardson, de Lesage, etc. qui trouvent naturellement leur place; les Contes de Voltaire.
Nota. Il ne faut mettre de Rousseau ni l'Émile ni une foule de lettres, mémoires, discours et dissertations inutiles; même observation pour Voltaire.
L'Empereur désire avoir un catalogue raisonné, avec des notes qui fassent connaître l'élite des ouvrages, et un mémoire sur ce que ces mille volumes coûteraient de frais d'impression, de reliure ; ce que chaque volume pourrait contenir des ouvrages de chaque auteur ; ce que pèserait chaque volume ; combien de caisses il faudrait, de quelles dimensions, et quel espace cela occuperait.
L'Empereur désirerait également que M. Barbier s'occupât du travail suivant avec un de nos meilleurs géographes : Rédiger des mémoires sur les campagnes qui ont eu lieu sur l'Euphrate et contre les Parthes, à partir de celle de Crassus jusqu'au VIIIe siècle, en y comprenant celles d'Antoine, de Trajan, de Julien, etc. tracer sur des cartes, d'une dimension convenable, le chemin qu'a suivi chaque armée, avec les noms anciens et nouveaux des pays et des principales villes, des observations géographiques du territoire, et des relations historiques de chaque expédition, en les tirant des auteurs originaux."
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