Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Patton

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Patton »

Aujourd'hui, ça fait des bancs relativement agréables pour les touristes et autres marcheurs fatigués.
Drouet Cyril

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Drouet Cyril »

Quelques témoignages d'époque :

"Nouveau et amusant, capable de satisfaire de toutes sortes de façons les goûts les plus raffinés, comme les plus vulgaires. Je crois comprendre qu'il n'est pas convenable pour des dames, sauf certains moments, de se montrer dans ce repaire de profonde dépravation."
(Catherine Wilmot, An Irish peer on the continent)

"A peine le jour finit-il que les arcades s'illuminent, tout resplendit, la foule accourt. C'est l'instant où s'ouvrent les maisons de jeux. Pendant que les joueurs les plus endurcis et els plus habiles se pressent dans les salons, le menu fretin reste dans les passages qui communiquent avec la rue adjacente et servent de repaire à des essaims d'aventuriers et de prêteurs […]
Des espions de la police rôdent dans tous les cafés et personne n'ose plus maintenant y souffler un mot de politique… Vous êtes servis en un clin d'œil dans les rôtisseries…tandis que le personnel de certains restaurants ne manque pas de vous offrir des cabinets particuliers qui vous permettent de rassasier à la fois votre gloutonnerie et votre luxure. Les glaces décorant ces cabinets multiplient indéfiniment à vos yeux les charmes de votre gracieuse compagne. Il existe même des salons privés décorés à l'orientale où flottent de légères fumées d'encens : à un signal, le plafond s'ouvre pour laisser descendre sur un char des Aurores et des Dianes en quête de leur Endymion […] Ces prêtresses de Vénus habitent le deuxième étage, tandis que les mansardes sont occupées par des artistes et de vieux célibataires. On sait que le premier étage est le domaine des restaurants, des "académies de jeux" et des salles de billard.
Tel est cet horrible lieu de débauche, placé au centre même de la grande cité, qui a corrompu la société entière. Indépendamment de l'entraînement au jeu, de la luxure sous toutes ses formes et de l'impudicité qui s'y développent, c'est le règne du blasphème, de l'irréligion et du langage dépravé"

(Henry Redhead Yorke, Letters from France in 1802)

"Le Palais-Royal a la primeur de tous les pamphlets et les colporteurs harcèlent même les étrangers pour leur vendre des publications interdites, le plus souvent illustrées, comme Justine ou les malheurs de la vertu ; ces gens-là ne les gardent pas sur eux : ils ont un dépôt à proximité, où ils vont les chercher en un instant. Il est curieux de voir avec quelle adresse ils échappent à la police. A peine avais-je mis le pied dans la place qu'un individu me chuchota à l'oreille : "Monsieur veut-il La Vie polissonne de Madame Bonaparte ?"

(Francis W. Blagdon, Paris as it was and as is it)

Vie polissonne de Madame Bonaparte ? Sans doute fort intéressant comme ouvrage… A-t-il traversé les âges jusqu'à nous ? :)

Salutations respectueuses.
Willelmus

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Willelmus »

Bonjour

Pardonnez-moi si je m'immisce

Dans un registre moins canaille, et en glissant des plaisirs de la chair à ceux de la (bonne) chère :

Les plus grandes tables du premier âge de la gastronomie, célébrées par Grimod de La Reynière, se trouvaient alors au Palais Royal. Le Grand Véfour en est l'ultime vestige.
Parmi les restaurateurs réputés de ce lieu à l'époque directoriale puis impériale figurait NAUDET, établi au N°137 de la galerie de pierre. Existerait-il par hasard, parmi témoignages et récits de voyage d'époque, des mentions, incises ou appréciations concernant cette maison et sa table ?
Drouet Cyril

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Drouet Cyril »

Parmi les restaurateurs réputés de ce lieu à l'époque directoriale puis impériale figurait NAUDET, établi au N°137 de la galerie de pierre. Existerait-il par hasard, parmi témoignages et récits de voyage d'époque, des mentions, incises ou appréciations concernant cette maison et sa table ?

La Foudre, numéro du 25 septembre 1822 :

"Le restaurateur Naudet était dans le cours de l'an II de la République, président d'un Comité révoltionnaire. M. G... qui se souvenait probablement de la magistrature du restaurateur, dînait un jour chez lui quelques temps après la Terreur. On lui servit du veau qui lui parut avancé : il s'en plaignit : "Monsieur, lui dit le mécontent, quand je dîne au Comité révolutionnaire, je m'attends du moins à trouver de la chair fraîche."

Salutations respectueuses.
la remonte

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par la remonte »

Beaucoup plus belle encore , je trouve, est la place des Vosges , baptisée ainsi par Napoléon pour je ne sais plus quelle histoire d'impots .
outre le meilleur restaurant de Paris ; l'Ambroisie , vous avez là tout ce que le Grand Siécle à laissé en architecture et l'Empire fait pâle figure à côté .
Pour découvrir cette place par un chemin initiatique , il faut passer par l'hotel Sully , rue St Antoine , pure merveille , traverser son vestibule , son orangerie et par une porte du fond , déboucher sur ce superbe endroit .
on comprend pourquoi Napoléon a cherché à s'accaparer les ouvrages des Louis XIII et Louis XIV .
Drouet Cyril

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Drouet Cyril »

la place des Vosges , baptisée ainsi par Napoléon pour je ne sais plus quelle histoire d'impots .
Le déret du 17 ventôse an VIII portait que le département qui, à la fin de germinal, aurait payé la plus forte partie de ses contributions serait proclamé comme ayant bien mérité de la patrie, et que son nom serait donné à la principale place de Paris.
la remonte

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par la remonte »

Bien vu , je croyais que c'était pour rappeler la superbe place de Charleville -Méziéres , plus petite mais toute aussi belle et surtout méconnue .
Drouet Cyril

Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Drouet Cyril »

Si Louis XIII trône aujourd'hui au centre de la place, sous l'Empire, il y avait à cet emplacement une pièce d'eau octogonale aménagée par Girard en 1811.
Auparavant, on avait songé à y édifier un monument à l'Hymen, puis une statue de d'Hautpoul.
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Joker
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Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Joker »

Café Véry, Café Foy, Café du Caveau, Café des Mille Colonnes, le Café de la Régence … De nombreux cafés, tripots, et restaurants fleurissent sous les arcades du Palais-Royal sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution. Le long des galeries pullulent cabinets de lectures, librairies et de nombreuses boutiques dont la boutique du coutelier où Charlotte Corday achèta en 1793 le couteau qui ôta la vie à Marat.
Diderot, Chamfort, Restif de la Bretonne, Madame de Staël, Fragonard, Jan Potocki sont des familiers des lieux. Fragonard, pour l’anecdote, décède d’apoplexie dans l’un de ces cafés en dégustant un sorbet !

Les jardins du palais Royal sont en cette fin du XVIII° siècle incontestablement le point de rendez-vous favori des nobles, bourgeois et artistes et de tous les adeptes de la liberté de pensée. Les livres de Rousseau et de Voltaire, interdits par la censure, compteront parmi les ouvrages préférés des promeneurs.
Liberté de pensée mais aussi liberté des mœurs. Car, le soir venu, les arcades du palais Royal laissent la place aux courtisanes et « filles de joies » décrites par Balzac dans les « Illusions perdues ». Phénomène qui s’amplifie, favorisé par l’ouverture tardive des jardins : 23h00 en hiver et 1h00 du matin en été.
L’animation du Palais-Royal cesse brusquement en 1836, lorsque Louis-Philippe ordonne la fermeture des salles de jeu et des tripots. Les galeries tombent alors très vite dans l’oubli, délaissées sous le Second Empire par les bourgeois et les classes populaires au profit des Grands Boulevards. Une statistique officielle de 1852 nous apprend que le quartier du Palais-Royal était encore à l’époque le plus riche en bordels.

De nos jours, quelques boutiques et cafés tentent de perpétuer la tradition mais on est bien loin des heures de gloire du Palais Royal où l’on pouvait recenser sous ses arcades près d’une quinzaine de cafés. Il reste aujourd’hui le « Grand-Véfour ».
Ce restaurant particulièrement apprécié de Voltaire et connu sous le nom de « Café de Chartres » au XVIIIème siècle, occupe une partie des arcades au fond du jardin, à l’arrière du théâtre du Palais-Royal dans la galerie de Beaujolais entre les n°79 et 82.

Le « Grand-Véfour »accueille Murat, l’explorateur Humboldt, le duc de Berry, Lamartine, Thiers ou Sainte-Beuve…Tandis que dans les appartements perchés au-dessus du café, se croisent Danton, Robespierre ou Fabre d’Eglantine. Lamartine puis Ste Beuve y déjeunent de la poitrine de mouton et haricots.
Ce fut réellement dans le « Café de la Régence », que Diderot rencontra le héros de sa “Satire seconde”, le célèbre Neveu. Diderot est un familier du lieu qu’il fréquente en même temps que Marmontel et Jean-Jacques Rousseau. Diderot nous indique que ce café créé en 1718 est tenu jusqu’en 1745 par un certain Rey.

Le Café Foy.
Camille Desmoulins, qui apprenant le renvoi de Necker, monte le 13 juillet 1789 sur une table du « Café Foy ». Il appelle la foule aux armes. :
“Citoyens, j’arrive de Versailles. Le renvoi de Necker est le tocsin d’une Saint-Barthélemy des patriotes. Des bataillons suisses et allemands sont groupés dans le Champ de Mars, ils en sortiront pour nous égorger. Il ne nous reste plus qu’une seule ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître. Le vert, couleur de l’espérance, sera la nôtre“.
Il fait des cocardes avec des feuilles arrachées aux marronniers. La prise de la Bastille intervient le lendemain.
Le « Café Foy » doit son nom à son propriétaire, un certain officier Foy Jousserand. Installé depuis 1725 rue de Richelieu, le café est transporté sous les arcades lorsque les constructions édifiées par Philippe d’Orléans viennent séparer la rue de Richelieu du jardin. Il s’ouvre aux numéros 57 à 60 de la galerie Montpensier en 1784.
Jean Hillairet dans sa “Connaissance du Vieux Paris”, nous indique que « le Café Foy tenait sept arcades payées 500 000 livres, son propriétaire avait seul le droit de vendre des boissons, glaces et limonades, dans le jardin mais au début sans avoir celui d’y installer des tables : on servait sur des chaises ». La mode des terrasses est ainsi née vers 1775. Il paraît que cette permission avait été obtenue grâce à la séduction qu’exerça la femme de Foy auprès de Louis-Philippe Joseph, duc d’Orléans…
Le « Café Foy » accueille alors une clientèle d’hommes politiques et d’écrivains. Talleyrand, Dumouriez, le duc Biron … Et notamment les jacobins. En 1830, il a pour habitués des conservateurs. Armand Carrel, Emile de Girardin et Armand Marast. D’après « Les cafés artistiques et littéraires de Paris », paru en 1882, « Sous l’Empire ; le Café Foy eut toujours des habitués appartenant aux lettres. Hector Pessard, directeur du National, ancien directeur de la presse au ministère de l’intérieur ; Arthur Mayer, qui a été directeur du Gaulois, Gaston Jolivet, rédacteur du Triboulet. L’ex-vice-roi d’Egypte y est allé à chacun de ses voyages à Paris »
Mis en vente en 1863, le « Café Foy » disparaît faute de trouver des acquéreurs.

Le Café Véry
Installé au Palais-Royal en 1808 dans la Galerie Beaujolais n°83 à 86, le « Véry »est le premier restaurant parisien à prix fixe. Il a la réputation d’être le meilleur restaurant de Paris.
Lucien de Rubempré y fait son premier déjeuner parisien. «Une bouteille de vin de Bordeaux, des huîtres d’Ostende, un poisson, un macaroni, des fruits … Il fut tiré de ses rêves par le total de la carte qui lui enleva les cinquante francs avec lesquels il croyait aller fort loin dans Paris. Ce dîner coûtait un mois de son existence à Angoulême ».
On raconte qu’en 1815, après Waterloo, un officier prussien attablé au « Véry »réclame haut et fort un café « dans une tasse où aucun Français n’aurait jamais bu ». On lui présente donc le café demandé… dans un pot de chambre !
Ce restaurant se fond en 1859 dans l’établissement du « Grand Véfour ».
A partir de 1892, la France connaît une période d’attentats déclenchés par le mouvement anarchiste.
Le « Café Véry » n’y échappe pas. En plein procès Ravachol, jeune adepte des thèses anarchistes, une bombe éclate en mai 1892 au restaurant « Véry »dont un garçon de café avait reconnu l’anarchiste, provoquant son arrestation. Bilan : deux morts.

Le Café des Mille-Colonnes de la “Belle Limonadière”.
En 1807, il se situe dans la galerie de Montpensier au 1er étage du n°36. Il doit son nom aux multiples colonnes (plus de 30) qui se réfléchissent dans la glace. Et il doit sa vogue surtout à la beauté de la maîtresse de maison, madame Romain, surnommé « la Belle Limonadière », dont le mari était laid et manchot.
Cette belle limonadière attira particulièrement Walter Scott. Jean Hillairet dans sa «Connaissance du Vieux Paris », nous indique « qu’ elle était en 1815 la plus jolie femme de Paris et que plus tard, elle finit ses jours comme religieuse ».
Balzac, dans « César Biroteau » compare Constance Pillerault, la première demoiselle d’un magasin de nouveautés nommé le « Petit-Matelot », à « la Belle Limonadière du café des Mille-Colonnes et plusieurs autres pauvres créatures ont fait lever plus de jeunes et de vieux nez aux carreaux des modistes, des limonadiers et des magasins, qu’il n’y a de pavés dans les rues de Paris ».

Le Café des aveugles
Au n°103 de la Galerie de Beaujolais, créé sous la Révolution, le café est fréquenté essentiellement par les sans-culottes.
Quatre musiciens aveugles jouaient au violon, à la clarinette, flûte et basse.
Dans ce café, on retrouve la devise « Ici, on s’honore du titre de citoyen, on se tutoie, et l’on fume » ».
Gérard de Nerval dans les « Nuits d’octobre »nous éclaire sur l’origine du nom du Café : «Pourquoi des aveugles, direz-vous dans ce seul café qui est un caveau ? C’est que vers la fondation qui remonte à l’époque révolutionnaire, il se passait là des choses qui eussent révolté la pudeur d’un orchestre ». Le café est vendu en 1827.

Le Café Mécanique
Le « Café Mécanique » s’installe au n°121 en 1785. Devant ce café s’agglutine une foule de curieux pressés de voir d’un peu plus près ce curieux mécanisme qui fait monter de dessous la table, par un système de monte-plats, la boisson que l’on demande.
« L’Almanach du Palais Royal » nous décrit en 1786 plus précisément le mécanisme : « Les pieds des tables sont deux cylindres creux, dont le prolongement communique avec le laboratoire qui est sous la salle. Il suffit pour avoir ce que l’on désire de tirer sur un anneau adapté au-devant de chaque cylindre. Cet anneau répond à une sonnette qui avertit dans le laboratoire, alors s’ouvre sous la table une soupape pour recevoir la demande. Cette soupape se referme aussitôt et ne s’ouvre plus que pour laisser passer une servante à double étage ». Ce café fait faillite à la Révolution.

Le Café du Caveau
C’est là que se réunissent les Fédérés, tandis que les principaux chefs de la Montagne fréquentent le Café glacier « Corazza » créé en 1787, quartier général des jacobins, Bonaparte le fréquente aussi.
Ce café disparaît en 1914.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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Cyril Drouet
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Re: Les galeries du Palais Royal et ses cafés

Message par Cyril Drouet »

Pourrions nous, par respect pour les lecteurs du forum, connaître les sources primaires à la base de ce texte, s'il vous plaît ?
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