Antoine Dubois accoucheur de l’Impératrice Marie-Louise

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
C-J de Beauvau
Capitaine
Capitaine
Messages : 2012
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Antoine Dubois accoucheur de l’Impératrice Marie-Louise

Message par C-J de Beauvau »

Antoine Dubois : Premier accoucheur de l’Impératrice Marie-Louise


art-339-2-bd-tt-width-350-height-423-crop-1-bgcolor-ffffff-lazyload-0.jpg
art-339-2-bd-tt-width-350-height-423-crop-1-bgcolor-ffffff-lazyload-0.jpg (26.39 Kio) Vu 436 fois

La naissance du roi de Rome
Le 20 mars 1811, à 6 heures du matin, un communiqué du palais annonce « Sa Majesté l’Impératrice a commencé à éprouver hier au soir, vers les huits heures, des douleurs pour l’accouchement. Elles se sont ralenties dans la nuit, et on presque cessé avec le jour. Sa Majesté se trouve d’ailleurs dans le meilleur état. Signé Corvisart. 20 mars [1811] à six heures du matin ». [5] L’épouse du général de brigade Michel Durand, Sophie-Henriette Cohendet (1772-1850),première dame de cour de l’Impératrice Marie-Louise de 1810 à 1814, décrit dans ses mémoires : « On manda M. Dubois, chirurgien-accoucheur, qui, depuis ce moment, ne la quitta plus ”. [6] Il est 6 heures du matin, le 20 mars 1811. [7] Madame Cohendet continue : « M. Dubois, ne voyant rien qui annonçât un accouchement très prochain, le dit à l’Empereur, qui renvoya tout le monde, et alla lui-même se mettre au bain”. [6] Vers 8 heures, Dubois – selon les mémoires de Napoléon – se précipite dans la salle de bain de
l’Empereur. « l’accouchement serait difficile, et il y aurait le plus grand danger pour la vie de l’enfant ». [8] D’où ce tournant dramatique?

Nous ne disposons pas de documents écrits de la main d’Antoine Dubois concernant l’accouchement de Marie-Louise. Une chose est certaine : ce n’est qu’après la rupture spontanée de la poche des eaux à 6 heures du matin que Dubois a diagnostiqué que l’enfant ne se présentait pas par la tête comme dans la majorité des accouchements. L’enfant se présente par la hanche. [9] “Une présentation des fesses” telle que décrite dans “L’Art des Accouchements” de Baudelocque [4] était très rare: un document de 1849 rapporte une incidence de 42 cas sur 18 000 naissances (0,2%).[9]Le pauvre Dubois avait en plus d’autres soucis : « L’Impératrice était énorme”. [3] Frédéric Masson nous a peint le portrait physique de l’Impératrice. [10] Elle mesurait « cinq pieds deux pouces », c’est-à-dire 1m57. Tout semblait à suggérer une disproportion céphalo-pelvienne [3]

Comme la dilatation du col n’était pas complète, Dubois n’avait pas d’autre options que de patienter malgré les cris incessants de Marie-Louise, les commentaires des dames de cour présentes et l’impatience notoire de l’Empereur. « Qu’attendez-vous? Pourquoi ne délivrez- vous pas l’impératrice, n’est-il pas temps?

Sire, je ne puis rien faire qu’en présence de Corvisart.

Eh bien qu’avez-vous besoin de lui, reprit Napoléon avec une sorte d’emportement, que peut vous apprendre Corvisart ? Si c’est un témoin ou une justification que vous vous réservez, mevoilà moi! Dubois, je vous ordonne d’accoucher l’impératrice ». [3]

La dilatation du col est complète. Dubois peut dès maintenant procéder comme le recommande Baudelocque. Il saisit l’enfant par les pieds pour terminer l’accouchement [4]
La manœuvre de l’abaissement des pieds se déroule sans complications.
Parfois on se servit d’un ruban de fil, de soie ou de laine afin de fixer les pieds de l’enfant après qu’on les avait dégagées. [4] En 2014 un document à entête des Domaines de la Couronne, annoté à la plume et daté de 17 mai 1835 à Compiègne en provenance de la collection Napoléonienne du Palais princier de Monaco a été vendu aux enchères par Ossenat.
« Le 20 mars 1811 à huit heures moins trois quarts du matin, un garçon de garde-robe demanda au bureau du concierge du Palais des Tuileries une jarretière en laine rouge, disant que cela pressait tellement qu’il ne pouvait en chercher ailleurs. Le commis du Palais, embarrassé de satisfaire à la demande qui lui était faite, imagina d’offrir ses jarretières, qui à peu de choses près, remplissaient les désirs. Le garçon emporte les dites est (sic) celle qui est jointe à la note a servi à la délivrance de Marie Louise Impératrice de France. Signé L. P. Julien, commis du Palais breveté de par l’Empereur par S. E. le duc de Frioul, grand maréchal du Palais. C’est de cette jarretière q’un fragment a été donné par le dépositaire à M. David de Paris, et c’est le seul à qui il en est (sic) été donné. Compiègne, le 17 mai 1835. Le concièrge du Palais régisseur du domaine, ancien commis du Palais des Tuileries. L. P. Julien ”. Ce document historique est mentionné dans la Chronique médicale. [11]
On ne sait pas avec certitude si Dubois a utilisé la jarretière soit pour poser des lacs soit pour couper le cordon ombilical parce que « dans son trouble Dubois avait égaré les ciseaux ». [11] Il a réussi à délivrer le siège, le tronc et les épaules de l’enfant sans difficultés. Il est maintenant 8 heures 45, le matin du 20 mars 1811. Moment dramatique: la tête de l’enfant est coincée au-dessus de l’entrée du bassin. [3]

Il y a peu de situations qui sont si effrayantes pour le gynécologue et si dangereuses pour la vie de l’enfant que la tête coincée au cours de l’accouchement d’un enfant se présentant par le siège. Antoine Dubois saisit calmement l’instrument qu’il a conçu en 1790. Le forceps de Dubois est une adaptation de celui d’André Levret (1703-1780).
Madame Cohendet continue : « M. Dubois fut obligé de recourir aux ferrements pour lui dégager la tête, le travail dura vingt-six minutes et fut très douloureux. L’Empereur n’y put assister que cinq minutes, Il lâcha la main de l’Impératrice, qu’il tenait entre les siennes, et se retira dans le cabinet de toilette, pâle comme un mort et paraissant hors de lui”. [6]

Au cours de cette opération- sans anesthésie – les médecins Corvisart, Bourdier et Yvan ont fermement retenu l’Impératrice. L’impératrice criait sans discontinuer, sanglotait, refusait l’intervention. Malgré les explications de Madame de Montesquiou selon Antoine Dupic [3] ou la Duchesse de Montebello selon Frédéric Masson [10], elle croyait véritablement que l’on allait la sacrifier. Dubois avait préféré l’assistance d’une sage-femme, Mme Lachapelle. On le lui avait refusé pour des raisons protocolaires. [12] Il était assisté par Jean Abraham Auvity (1754-1821), spécialiste dans les maladies des nouveaux- nés. Dubois a utilisé son instrument non seulement pour amener l’enfant vivant, mais également pour éviter sa décapitation traumatique en cas de décès…. 20 mars 1811 à 9 heures le matin. L’enfant est délivré mais ne donne aucun signe de vie. [3] Napoléon pâle comme la mort et en plein sueur s’occupe de son épouse épuisée. [6] Il craint que son fils ne soit plus vivant.

Peut-on inculper Dubois qu’il a commis une erreur médicale parce qu’il n’a pas fait une opération césarienne? Il faut savoir que les ressources en 1811 étaient très limitées. Le risque de mortalité périnatale en 1820 était de 200 cas sur 1 000 enfants et le risque de mortalité en 1810 était 1 800 pour 100 000 femmes … En 1811, une opération césarienne n’est justifiée que si on n’a pas d’autres alternatives pour faire naître l’enfant. [4] En plus, Antoine Dubois a très probablement envisagé la nécessité de procéder à une opération césarienne. Il a demandé à l’Empereur qui il devait ménager de la mère ou de l’enfant. Napoléon n’a point hésité à lui crier : Sauvez la mère ! Traitez-la comme une bourgeoise de Saint-Denis ! [3] Jean-Nicolas Corvisart, le ‘Premier médecin’ a réanimé le nouveau- né. [3] Après 7 longues minutes, François Charles Joseph Napoléon a finalement poussé son premier cri. Le ‘Roi de Rome’ pèse 4400 g. [3] Cent et un coups de canon annoncèrent à Paris que l’héritier tant souhaité vient de naître. Marie-Louise s’est endormie. Dans une lettre privée à son fils Paul le 17 mars 1811 Dubois avait écrit “Il n’y a rien de nouveau, mon ami, au moment où je t’écris. Et tu peux compter que si j’ai la possibilité j’écrirai à toi le premier…” Une lettre à Paul Dubois du 20 mars 1811 écrite par l’épouse d’Emmanuel Patrix, l’ auteur du ‘Traité sur le cancer de la matrice et sur les maladies des voies utérines”, oeuvre dédié à Madame la baronne Dubois nous éclaire l’état d’esprit d’Antoine Dubois après l’accouchement: ”l’impératrice est accouchée d’un garçon nous étions au chateau nous deux maman lorsque cela s’est fait. Tu dois juger de la joie de ton papa de la voir bien portante il n’aurait pas pu t’écrire lui-même sa main tremble”
Dubois après la chute du premier Empire

Napoléon est très reconnaissant à Dubois. En surplus du traitement fixé par Corvisart de 15.000 francs par an et 15.000 francs par accouchement, une gratification de 100.000 francs pour les services rendus lui est accordée. Dubois devient « Chevalier de la Légion d’Honneur » le 8 avril 1811 et « Baron d’Empire » par lettres patentes le 23 avril 1812, assorti d’une rente de 9.000 francs. [2] Les armoiries du Baron Dubois montrent coupé, au I partie, de sinople à une fleur de lotus d’argent et quartier des barons officiers de la Maison de l’empereur (DA : Domus Altissimi) et au II, d’or à la louve au naturel allaitant un enfant de carnation, le tout soutenu d’une terrasse de sinople. La louve est une référence à Rome et la fleur de lotus est une référence à la campagne d’Egypte. [13]

Sa devise “Bene agere ac laetari” est attribué à l’anatomiste Hollandais Franciscus Deleboe Sylvius (1614-1672), avec un clin d’œil au philosophe Spinoza.

Le 14 février 1820, Dubois et le chirurgien Guillaume Dupuytren (1777-1835) secourent le duc de Berry (1778-1820), poignardé par le Bonapartiste Louis Pierre Louvel (1783-1820). Dubois insiste qu’on enlève les sangsues chez le duc mourant. Il aurait dit fermement: “Au lieu de tirer du sang, j’en mettrais si je le pouvais.” Louis XVIII, effrayé informe en Latin « Reste-t-il quelque espoir de salut ? » Dupuytren n’ose pas répondre. Dubois sans hésiter affirme en Latin: “La mort sans retard.” [2] Dubois est membre de nombreuses sociétés savantes : Société de santé de Paris, Académie de médecine en 1820 dans la section de chirurgie. Il exerce divers mandats successifs au Collège de chirurgie de Paris, à l’Ecole de santé et à la Faculté de médecine comme professeur jusqu’à sa destitution en 1822 à la suite d’incidents provoqués par des étudiants contre le grand maître de l’université. Il est réintégré en 1829. Dubois est nommé doyen de la Faculté de médecine de Paris en 1830. Le roi Louis-Philippe l’élève au rang d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur le 1 mai 1831.
On lui donne après sa retraite une dernière mission officielle en 1833. Dépêché par ordre du maréchal Bugeaud à la demande du roi Louis-Philippe, il sera présent à l’accouchement de la veuve du duc de Berry le 10 mai 1833 dans la citadelle de Blaye. La duchesse accouche d’une fille sans savoir que Dubois se tenait tout près en réserve, caché derrière un paravent… Dubois fut frappé à l’hiver 1836-1837 d’une pneumonie bilatérale. Il s’éteint le 30 mars 1837 après avoir prédit son destin stoïquement.
Épilogue

François Charles Joseph Napoléon-Napoléon II- est décédé suite à ‘une tuberculose à Vienne, le 22 juillet 1832, à l’âge de 21 ans. Paul Dubois, fils d’Antoine Dubois, accouche l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III le 16 mars 1856. Semblable avec l’accouchement du Roi de Rome la vie de la mère ou celle de l’enfant était en danger. Paul Dubois doit recourir à l’usage du forceps. Comme son oncle avant lui, Napoléon III donne son consentement « Sauvez l’Impératrice ». Le neveu de Napoléon I, également décomposé par l’accouchement laborieux, est lui aussi obligé de sortir de la chambre. L’Impératrice a eu une brève syncope. [14] Leur fils, Louis Napoléon – Napoléon IV – a été tué à 23 ans comme officier britannique en Afrique du Sud lors de la guerre contre les Zoulous. [15]

Jan Bosteels
Gynécologue en chef de l’hopital Imelda, Bonheiden -Belgique

[1] Fabre AJ. Le Baron Dubois, accoucheur de Marie-Louise. Annales du Premier Empire, n° 4, décembre 2015, p 9-15.
[2] Vesselle B & Vesselle G. Sur les traces du docteur Antoine Dubois. Histoire des Sciences Médicales; 2012: tome XLVI, n° 3, p 255-62.
[3] Dupic A. Antoine Dubois, chirurgien et accoucheur. Paris: Librairie des Facultés A Michalon; 1907.
[4] Baudelocque JL. L’art des accouchements (Tome 1 & 2). Quatrième édition. Paris: Méquignon; 1807.
[5] Lentz T. Le Premier Empire 1804-1815. Paris: Librairie Arthème Fayard/Pluriel; 2018. P 265-7.
[6] Mémoires sur Napoléon et Marie-Louise 1810-1814, par la générale Durand, Première dame de l’Impératrice Marie-Louise. Paris: Calmann Lévy; 1886. P 61.
[7] Moniteur, 21 Mars 1811.
[8] Minute, Archives nationales, AF IV 889, mars 1811, n°293 [C 17496].
[9] Dubois F [d’Amiens]. Eloge d’Antoine Dubois. Mémoires de l’Académie Nationale de Médecine; 1849: vol. 15, p XV.
[10] Masson F. L’Impératrice Marie-Louise. Paris: Ed. Paul Ollendorff; 1902.
[11] L’accouchement de l’Impératrice Marie-Louise. La Chronique médicale, 1905, volume 12, p.336-7.
[12] Castelot A. L’Aiglon. Paris : Perrin ; 1961.
[13] Révérend A. Armorial du Premier Empire. Paris: Picard; 1895. Tome 2 p 84-85.
[14] Lachnitt JC. Le Prince impérial « Napoléon IV ». Paris: Perrin; 1997. P19.
[15] Laband J. Rope of Sand-The rise and fall of the Zulu kingdom in the nineteenth century. Johannesburg : Jonathan Ball publishers; 1995. P 290-291.

https://www.souvenirnapoleonien.org/ant ... peratrice/

:salut:
Avatar du membre
C-J de Beauvau
Capitaine
Capitaine
Messages : 2012
Enregistré le : 16 sept. 2017, 17:12

Re: Antoine Dubois accoucheur de l’Impératrice Marie-Louise

Message par C-J de Beauvau »

17/11/2020
Conférence
L’Impératrice et le gynécologue : vie et œuvre du baron Antoine Dubois


Dans le cadre du Cercle d’études de la Fondation Napoléon, prochaine date d’ouverture des réservations : mercredi 10 novembre 2020. Pour la conférence de Jan Bosteels sur le thème « L’Impératrice et le gynécologue : vie et œuvre du baron Antoine Dubois ». Elle se déroulera mardi 17 novembre 2020, à 18h à la Fondation Napoléon (Espace Baron Gourgaud).
https://www.napoleon.org/magazine/evene ... ne-dubois/

:salut:
Avatar du membre
Turos M. J.
- Chirurgien en Chef Gde Armée -
- Chirurgien en Chef Gde Armée -
Messages : 564
Enregistré le : 21 juil. 2017, 17:10
Localisation : Varsovie Pologne

Re: Antoine Dubois accoucheur de l’Impératrice Marie-Louise

Message par Turos M. J. »

...grand merci
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Bijoux de l'impératrice Marie-Louise
    par Joker » 16 févr. 2020, 18:53 » dans L'actualité napoléonienne
    0 Réponses
    245 Vues
    Dernier message par Joker
    16 févr. 2020, 18:53
  • [ Napoléonothèque ] Marie-Louise
    par L'âne » 19 oct. 2017, 18:43 » dans Napoléonothèque
    0 Réponses
    303 Vues
    Dernier message par L'âne
    19 oct. 2017, 18:43
  • Napoléon et Marie-Louise à Rambouillet
    par Hervé » 23 sept. 2018, 10:33 » dans L'actualité napoléonienne
    0 Réponses
    656 Vues
    Dernier message par Hervé
    23 sept. 2018, 10:33
  • L'Impératrice des araignées
    par Maria Kel » 02 juin 2016, 22:28 » dans Objets napoléoniens
    0 Réponses
    885 Vues
    Dernier message par Maria Kel
    02 juin 2016, 22:28
  • Les chaussures fourrées de l'Impératrice
    par Maria Kel » 21 janv. 2017, 17:02 » dans Objets napoléoniens
    5 Réponses
    1132 Vues
    Dernier message par Saint Clair
    29 janv. 2017, 23:12