Napoléon apprend l'anglais à Sainte-Hélène

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2388
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Napoléon apprend l'anglais à Sainte-Hélène

Message par Joker »

Une fois aux mains des anglais sur le Northumberland, Napoléon 1er manifesta le désir d’apprendre la langue de ses geôliers. Le comte Emmanuel de las Cases (1766-1842), qui avait vécu à Londres en émigration sous la Révolution et durant la première restauration, sembla tout indiqué pour cette tache.
Il donna ainsi ses deux premières leçons à l’empereur durant l’escale du bâtiment à Funchal sur l’île de Madère (23-25 août 1815). Néanmoins, les officiers anglais parlant tous le français, l’expérience fut interrompue pendant cinq mois. Le 16 janvier 1816, Napoléon Ier souhaita reprendre ces leçons sérieusement. Le comte de las Cases, dans son Mémorial de Sainte-Hélène, raconte :
- « il est venu à remarquer qu’il était honteux qu’il ne sût pas encore lire l’anglais »
Il indique ensuite régulièrement jusqu’en avril 1816 les progrès de son élève, qui parvint à savoir lire sans trop de mal, à écrire avec plus ou moins de difficultés, mais, comme le confirma Betsy Balcombe (1802-1871) le 17 janvier 1816, à parler dans un sabir plutôt bizarre :
- « aujourd’hui l’empereur a pris sa première leçon d’anglais (…). Mon grand but était de le mettre à même de lire promptement les papiers-nouvelles (…) l’empereur ensuite a voulu faire quelques thèmes : il écrivait des phrases dictées, et les traduisait en anglais, à l’aide d’un petit tableau que je lui ai fait pour les verbes auxiliaires et les articles, à l’aide du dictionnaire pour les autres mots, que je lui faisais chercher lui-même. Je lui expliquais les règles de la syntaxe et de la grammaire, à mesure qu’elles se présentaient. »
Le 28 janvier 1816 :
- « l’anglais était devenu pour lui une affaire importante. Il y avait près de quinze jours qu’il avait pris sa première leçon, et à compter de cet instant, quelques heures tous les jours, depuis midi, avaient été employées à cette étude ; tantôt avec une ardeur vraiment admirable, tantôt avec un dégoût visible (…). L’acquisition de l’anglais pour l’empereur était une véritable et sérieuse conquête (…). Plus l’esprit est grand, rapide, étendu, moins il peut s’arrêter sur des détails réguliers et minutieux. L’empereur, qui saisissait avec une merveilleuse facilité tout ce qui regardait le raisonnement de la langue, en avait fort peu dès qu’il s’agissait de son mécanisme matériel. C’était une vive intelligence et une fort mauvaise mémoire (…). Fallait-il retenir par cœur et répéter les éléments bruts, c’était une grande affaire (…) L’écolier, même dans sa propre langue, avait la manie d’estropier les noms propres, les mots étrangers, il les prononçait tout à fait à son gré, et une fois sortis de sa bouche, quoi qu’on fît, ils demeuraient toujours les mêmes, parce qu’il les avait, une fois pour toutes, logés de la sorte dans sa tête. (…). De ce concours de circonstances, il naquit véritablement une nouvelle langue. Elle n’était entendue que de moi, il est vrai ; mais elle procurait à l’empereur la lecture de l’anglais, et il eût pu, à toute rigueur, se faire entendre, par écrit, dans cette langue ; c’était déjà beaucoup, c’était tout. »
3-6 février 1816 :
- « l’empereur travaillait trois, quatre, cinq heures de temps à l’anglais ; les progrès devenaient réellement très grands, il en était frappé lui-même, et s’en réjouissait en enfant. Il disait un de ces jours à table, et il répète souvent, qu’il me doit cette conquête, et qu’elle est bien grande. »

c/o D. Tertrais

(citations relevées par Peter Hicks, dans son article « les leçons d’anglais de Napoléon »,site de la Fondation Napoléon, avril-juin 2005)
Peter Hicks, a recensé aussi deux autres fragments autographes d’exercices de Napoléon en anglais, le premier cité par Jules Deschamps (1888-1968) dans un article de la « Revue des études napoléoniennes » en 1931, le second conservé à la Fondation Napoléon, ainsi que deux lettres écrites en anglais par Napoléon à las Cases, la première en mains privées et la seconde conservée à la Bibliothèque nationale de France.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • De Napoléon à Sainte-Hélène
    par Joker » 03 avr. 2019, 19:51 » dans L'actualité napoléonienne
    1 Réponses
    708 Vues
    Dernier message par Général Colbert
    03 avr. 2019, 21:52
  • Napoléon confiné à Sainte-Hélène.
    par Joker » 23 avr. 2020, 19:02 » dans Livres - Revues - Magazines
    0 Réponses
    109 Vues
    Dernier message par Joker
    23 avr. 2020, 19:02
  • Sainte-Hélène, l'exil de napoleon
    par d'hautpoul » 01 nov. 2015, 20:43 » dans L'actualité napoléonienne
    4 Réponses
    1687 Vues
    Dernier message par d'hautpoul
    13 nov. 2015, 16:34
  • L’athénienne de Napoléon à Sainte-Hélène.
    par Joker » 13 avr. 2020, 19:57 » dans Napoléon à travers les Arts
    0 Réponses
    99 Vues
    Dernier message par Joker
    13 avr. 2020, 19:57
  • Napoléon à table à Sainte-Hélène : sa cuisine.
    par Joker » 24 juin 2019, 19:57 » dans L'actualité napoléonienne
    11 Réponses
    1033 Vues
    Dernier message par Turos M. J.
    27 juin 2019, 16:48