Napoléon et l’ail

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Cyril Drouet
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Re: Napoléon et l’ail

Message par Cyril Drouet »

Joker a écrit :
04 sept. 2020, 20:05
vous faire rire, ce qui en soi est déjà exceptionnel ! :mrgreen:
Pas du tout. :lol:

Bon, faudrait quand même penser à poursuivre votre sujet... :lol: 8-)
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon et l’ail

Message par Cyril Drouet »

Quelques témoignages sur l'affaire :


Marbot (Mémoires) :
« L'empereur Napoléon suivit jusqu'auprès de Pirna les mouvements des colonnes françaises qui poursuivaient les vaincus; mais, au moment d'arriver dans cette ville, il fut pris d'une indisposition subite, accompagnée d'un léger vomissement, et causée par la fatigue qu'il avait éprouvée pour être resté cinq jours constamment à cheval,exposé à une pluie incessante.
L'un des plus grands inconvénients attachés à la position des princes, c'est qu'il se trouve toujours dans leur entourage quelques personnes qui, voulant témoigner d'un excès d'attachement, feignent de s'alarmer à leur moindre indisposition et exagèrent les précautions qu'il faut prendre: c'est ce qui arriva en cette circonstance. Le grand écuyer Caulaincourt conseilla à Napoléon de retourner à Dresde, et les autres grands officiers n'osèrent donner l'avis infiniment meilleur de continuer jusqu'à Pirna, distant seulement d'une lieue. La jeune garde s'y était déjà rendue, et l'Empereur y eût trouvé, avec le repos dont il avait besoin, l'immense avantage d'être à même d'ordonner les mouvements des troupes engagées à la poursuite des ennemis, ce qu'il ne pouvait faire de Dresde, situé à une bien plus grande distance du centre des opérations. Napoléon laissa donc aux maréchaux Mortier et Saint-Cyr le soin de soutenir le général Vandamme, chef du 1er corps, qui, détaché de la Grande Armée depuis trois jours, avait battu un corps russe, menaçait à présent les derrières des ennemis, interceptait la route de Dresde à Prague et occupait Peterswalde, d'où il dominait le bassin de Kulm en Bohême, ainsi que la ville de Tœplitz, point des plus importants, par où les coalisés devaient nécessairement faire leur retraite. Mais la rentrée de Napoléon à Dresde annula le succès qu'il venait de remporter et amena un immense revers, dont les effets contribuèrent infiniment à la chute de l'Empire. Voici le récit très succinct de cette catastrophe
célèbre. »

Fain (Manuscrit de 1813) :
«L'empereur vient de voir finir une de ses plus belles batailles. Peut-être est-ce le dernier sourire de la Victoire ! Tout à coup il ressent un violent frisson; des vomissements surviennent; l'alarme se répand parmi ses serviteurs. Le quartier impérial allait entrer à Pyrna pour y passer la nuit. Tout est contremandé. On décide l'Empereur à monter dans sa voiture; on le ramène à Dresde; il ne reste du côté de Pyrna que la jeune garde, qui y établit ses cantonnements. L'indisposition de l'Empereur est la suite d'un refroidissement que ses vêtements, trempés par la pluie, lui ont fait éprouver pendant la bataille. La chaleur du lit rétablit promptement la transpiration, et le 29, à son réveil, Napoléon se trouve à peu près guéri. »


Ségur (Histoire et Mémoires) :
« Soit accident fortuit, et que les grandes pluies de la veille eussent pénétré et glacé Napoléon; soit que, avant l'âge, trop d'émotions l'eussent affaibli , il est certain que ce temps critique, que cette première phase décisive de la campagne, dura deux jours de plus que les forces physiques de notre Empereur ! Les anxiétés des derniers jours de l'armistice, les ardentes émotions de ces douze premières journées de guerre, l'inutile excursion en Silésie , les inquiétudes, l'extrême contention d'esprit du 24 et du 25, pendant les marches forcées du retour sur Dresde, l'effort glorieux du 26, celui du 27, le déluge de pluie qui marqua ce dernier jour de gloire, tant de fatigues, tant de violentes préoccupations, et ces deux victoires l'avaient vaincu ! Tout à coup la corde, trop tendue, se détendit. Enfin, ce qu'une lutte de deux jours contre deux cent cinquante mille hommes n'avait pu faire, un hasard de santé, suivi de fâcheuses nouvelles venues de loin, en décida !
Le jour de cette défaite intérieure fut le 28 août; l'heure, midi; le lieu, une prairie, à droite de la grande route de Prague, à un quart de lieue de Pirna. Il s'y arrêta pour déjeuner. Dès le premier moment de ce court repas, un profond dégoût s'empara de lui, un mal soudain se déclara : des convulsions d'estomac, des douleurs d'entrailles le saisirent. Pour dire le fait tel qu'il est, tel que lui-même, en 1815, en convint avec Haxo, de qui je tiens ce détail, comme de Turenne et de plusieurs autres officiers qui en furent témoins : un peu d'ail, mêlé à ce déjeuner, contribua à décider du sort de la campagne. Il y eut même un instant où il se crut empoisonné ! Pour lui, le but de cette journée de marche était Pirna. Sa Garde devait être poussée en avant, jusque vers Hollendorff; et, selon son habitude d'appeler tout à lui, Saint-Cyr, alors à sa droite, eût été entraîné sur cette direction décisive. Ainsi, dès le 29 matin, et du haut des monts de la Bohême, les trente-cinq mille soldats de Vandamme, déjà presqu'en vue de Toplitz, eussent été secondés par quarante mille hommes. Mais Napoléon est absorbé par les souffrances qu'il éprouve. Quant aux fâcheuses nouvelles de Wittemberg, de Silésie même, qui n'eussent point du l'arrêter, son secrétaire a écrit qu'il n'en eut connaissance que le lendemain 29. Quoi qu'il en soit, cette halte, qui ne devait durer que vingt minutes, se prolongea plusieurs heures. Après quoi, il monta péniblement en voiture, et on vit avec surprise que, au lieu de continuer vers Pirna, il retournait à Dresde. Dès lors, tout est suspendu : la Garde s'arrête à Pirna; et Saint-Cyr, au lieu d'avancer, flotte à droite dans la plaine ! »

Pontécoulant (Souvenirs historiques et parlementaires) :
« M. le duc de Bassano, qui, comme d'ordinaire, était resté près de Napoléon pendant tout le cours de la campagne de 1813, a souvent conté en ma présence cette anecdote dans les salons de M. le comte de Pontécoulant, dont il était l'un des habitués. Pour donner encore plus d'authenticité à son récit, il ajoutait que c'était une tranche de pâté de foie gras qu'avait mangée Napoléon ; les douleurs avaient été si vives, qu'un moment il s'était cru empoisonné. Voilà donc la véritable cause de son retour précipité dans les murs de Dresde, retour qui amena la catastrophe de Vandamme, et décida probablement du sort de la campagne. A quoi tiennent cependant les destinées des empires !!! »

Méneval (Mémoires pour servir à l'histoire de Napoléon Ier depuis 1802 jusqu'à 1815) :
« L'indisposition subite dont Napoléon fut atteint, après la victoire de Dresde, peut encore paraître un effet de la fatalité. Au moment d'entrer à Pirna, en poursuivant l'ennemi, une indisposition passagère mais violente, occasionnée peut-être par l'abondance de la pluie dont il avait été inondé, surprit inopinément Napoléon, et des vomissements répétés firent craindre qu'il n'eût été empoisonné. Cette grande âme, émanation d'une source divine, céda à cet instant d'affaiblissement de sa terrestre enveloppe, et l'on dut précipitamment ramener à Dresde l'Empereur dans une prostration absolue de ses forces et de ses facultés. L'armée alliée était alors dans une telle confusion qu'au dire des ennemis eux-mêmes, si elle eût été vigoureusement poursuivie, elle était infaillible- ment détruite. Ce fatal accident la sauva et l'espoir de conquérir la paix s'évanouit ! »


Bignon (Histoire de France) :
« On a attribué à un refroidissement l'indisposition qui fit retourner Napoléon de Pirna à Dresde, le 28 au soir. En effet, il était resté la veille quinze heures à cheval sous une pluie battante. Peut-être cette cause doit-elle être admise concurremment avec celle que je vais indiquer. Le duc de Vicence, peu de moments après que la défaite de Vandamme fut connue, ne put s’empêcher de faire tout haut la remarque qu'il était bien malheureux que l'empereur n'eût pas pu, l'avant-veille, continuer sa marche.
« Voyez, dit tout haut Napoléon, à quoi tiennent les choses de ce monde; dans ce que j'avais mangé avant-hier à déjeuner, il y avait de l'ail; je me sentais tout à fait malade. » Je tiens ce propos du duc de Vicence lui-même. La gousse d'ail de Dresde tiendra sa place dans l'histoire parmi les petites causes de grandes catastrophes. »


Las Cases (Mémorial de Sainte-Hélène) :
« Presque tout le corps de Vandamme, qui après la victoire de Dresde a été envoyé en Bohême sur les derrières de l'ennemi, et devait accomplir sa destruction, abandonné à lui-même et à la témérité de son chef, succombe sous le refoulement de l'armée des alliés précipitant leur fuite.
Ce fatal désastre et le salut des Autrichiens sont amenés par une indisposition subite de Napoléon, qu'on croit un moment empoisonné.
Sa présence ne hâte plus l'ardeur des différents corps qui poursuivent; l'indécision, la mollesse s'en mêlent. Vandamme est anéanti, et tout le fruit de la magnifique victoire de Dresde est perdu ! »

Labaume (Histoire de la chute de l'empire de Napoléon) :
« Lorsque Napoléon se porta sur Pirna, et qu'il ordonna à Vandamme de pénétrer en Bohême, il avait réellement l'intention de le suivre avec le reste de son armée; mais, pressé par une faim excessive, il demanda qu'on lui apportât à manger. Ses équipages étant restés à Dresde, il ne se trouva dans les cantines, qu'on avait épuisées la veille, qu'un gigot à l'ail que Napoléon n'aimait guère. Malgré cela, il en mangea, et avec beaucoup d'appétit; bientôt après, pendant qu'il lisait des dépêches, il ressentit un malaise si violent, qu'il se mit à dire plusieurs fois : je n'y puis plus tenir, retournons à Dresde.
[…]
Si le parti que prit Napoléon de rentrer dans Dresde, quand tout lui prescrivait de surveiller ses opérations en Bohême, ne fut pas motivé par une indisposition physique, il est du moins certain qu'il dut être nécessité par les nouvelles qu'il reçut des ducs de Reggio et de Tarente qui, pressés vivement par l'ennemi, réclamaient avec instance son secours. Tandis qu'il triomphait à Dresde, le premier de ces maréchaux s'était retiré sous le canon de Wittenberg, et l'autre éprouvait de rudes échecs sur le Bober ; telle est, je crois, la cause véritable pour laquelle l'Empereur perdit un instant de vue l'invasion de la Bohême, après avoir ordonné à Vandamme
d'y pénétrer. »
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Cyril Drouet
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Re: Napoléon et l’ail

Message par Cyril Drouet »

Constant (Mémoires) :
"Le soir l'ennemi était en pleine déroute : alors l'Empereur reprit le chemin du palais dans un état épouvantable. Depuis six heures du matin qu'il était à cheval, la pluie n'avait pas cessé un seul instant; aussi était-il si mouillé que l'on pourrait dire sans figure que ses bottes prenaient l'eau par le collet de son habit : elles en étaient entièrement remplies. Son chapeau de castor très fin était tellement déformé qu'il lui tombait sur les épaules; son ceinturon de buffle était entièrement imprégné d'eau; enfin, un homme que l'on vient de retirer de la rivière n'est pas plus mouillé que l'était l'Empereur.
[...]
Sa Majesté entra dans son appartement, laissant partout des traces de l'eau qui dégouttait de toutes les parties de ses vêtements. J'eus beaucoup de peine à le déshabiller. Sachant que l'Empereur aimait à se mettre dans le bain après une journée fatigante, j'en avais fait préparer un; mais éprouvant une fatigue extraordinaire, à laquelle se joignait un mouvement de frisson très caractérisé, Sa Majesté préféra se mettre dans son lit, que je bassinai en toute hâte. A peine l'Empereur fut-il couché qu'il fit appeler M. le baron Fain, l'un de ses secrétaires, pour lui faire lire sa correspondance arriérée, qui était très volumineuse. Ce fut après seulement qu'il prit son bain; il n'y était que depuis quelques minutes, quand il se trouva saisi d’un malaise extraordinaire bientôt suivi de vomissements, ce qui l'obligea à se remettre au lit. Alors Sa Majesté me dit : « Mon cher Constant, un peu de repos m'est indispensable, voyez à ce qu'on ne me réveille que pour des choses de la plus grande importance; dites-le à Fain. »
J'obéis aux ordres de l'Empereur, après quoi je me tins dans le salon qui précédait sa chambre à coucher, veillant avec la sévérité d'un factionnaire à ce que personne ne le réveillât ou approchât même de son appartement. Le lendemain matin l'empereur sonna d'assez bonne heure, et j'entrai immédiatement dans sa chambre, inquiet de savoir comment il aurait passé la nuit. Je trouvai l'empereur presque entièrement remis et fort gai; il me dit cependant qu'il avait eu un mouvement de fièvre assez fort, et je dois dire que ce fut à ma connaissance la seule fois que l'empereur ait eu la fièvre, car, pendant tout le temps que j'ai été auprès de lui, je ne l'ai jamais vu assez malade pour garder le lit seulement pendant vingt-quatre heures."
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