Une espièglerie de Lasalle

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Joker
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Une espièglerie de Lasalle

Message par Joker »

Au-delà du guerrier, du stratège et du formidable meneur d’hommes que Lasalle était au combat, si le général lorrain était unanimement apprécié aussi bien par la troupe que par ses supérieurs, c’est qu’il était un esprit noble, fantasque, gai, aimant faire la fête, généreux, théâtral, parfois comique, parfois exaspérant, sorte de mélange entre un Scaramouche tragique et un Figaro romantique et qui mérita plus d’une fois le surnom de Picaro que lui donnèrent les Espagnols en référence à un héros de la littérature espagnole du XVIIème siècle réputé pour son espièglerie sans bornes, ses manières de bohémien et sa ruse digne d’un bandit de grands chemins…
Ainsi, après la victoire de Rivoli et quelques ultimes batailles dans le Tyrol au printemps 1797, les Autrichiens abandonnèrent l’Italie à Bonaparte qui put y installer ses troupes à sa guise. Ce fut le moment de goûter des joies de la paix et Lasalle, chef d’escadron au 6ème régiment de hussards, était allé tenir garnison dans la région de Rome.

Dans Rome même mais aussi dans des villes comme Perugia ou Terni, la grande aristocratie locale italienne essayait de continuer à mener son train de vie flamboyant en invitant parfois des généraux français, tout en méprisant les soldats et officiers de cette armée républicaine…
Lasalle, déçu d’être traité ainsi, monta alors un coup pour se rappeler au bon souvenir de cette aristocratie…

Paul Thiébault (1769-1846), l’un des meilleurs amis de Lasalle, nous raconte cette soirée peu banale :
« Bref, rentrant, la nuit venue, de je ne sais quelle course ou expédition, il voit l’hôtel de Mme Cesarini entièrement éclairé, et apprend que cette dame, veuve, encore jeune, fort belle, et tenant à Perugia le premier rang, donnait un bal.
Une idée extravagante s’empare de lui ; incapable d’y résister, il fait arrêter son escadron et, couvert de poussière, sans descendre de cheval, entre dans le vestibule ; au risque de se rompre cent fois le cou, il monte le bel escalier en pierre de taille qui conduit au premier, passe en caracolant sur les dalles de marbre des paliers, sur les parquets des salons qu’il couvre d’éraflures ; il arrive au galop dans la salle de bal et, à l’épouvante de toutes les danseuses, se lance au milieu de la contredanse.
Bientôt maître de l’espace comme du reste, il ordonne à l’orchestre de continuer à jouer et fait achever à son cheval la contredanse commencée ; puis, après s’être servi du punch, avoir fait avaler des limonades et des gâteaux à son cheval, après l’avoir fait regarder par la fenêtre pour se montrer à ses hussards, après l’avoir obligé à saluer la maîtresse de céans et toute la compagnie, il part sans avoir mis pied à terre, et, malgré tout ce que l’on peut observer et crier, il descend comme il l’a monté cet escalier de pierre et de marbre, et rejoint ses hussards qui l’idolâtraient et le reçoivent en l’acclamant. »


Source : « La Revue d’Histoire Militaire »
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées
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