"Pourquoi Grouchy n'a pas "marché au canon"

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Modérateur : Général Colbert

Christophe

Après la bataille...

Message par Christophe »

[aligner]Le capitaine Aubry, né en 1790, s’engage au 12ème chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière, il ne quittera pas ce régiment. Après avoir été présent, notamment, à Austerlitz, à Iéna et à Friedland, Aubry participa à la campagne d’Autriche en 1809, puis à celle de Russie au cours de laquelle il est fait prisonnier. Le capitaine Aubry ne retrouve la France qu’en 1814 et songe à prendre sa retraite lorsque survient, l’année suivante, le retour de Napoléon de l’île Elbe. En Belgique, en 1815, il combat à Fleurus, où son cheval est tué par un boulet ; lui-même est blessé au pied. Mis au repos dans une maison de Fleurus. Subitement tiré de son petit confort ,par le mouvement de retraite de l’armée française après Waterloo, Il est obligé de fuir. Son périple ne prendra fin qu’à Villejuif, près de Paris.

"Il y eut un sauve-qui-peut et une panique générale ; personne n’a mieux été à même que moi de voir cette terrible échauffourée. Je fus réveillé en sursaut par le domestique de la maison où j’étais logé, qui m’annonça que l’armée française était en retraite et que la division qui occupait Fleurus venait de partir subitement.

Accablé d’une telle nouvelle, je m’habille à la hâte avec l’aide de ce brave garçon et conduit par lui, j’arrive à l’écurie où étaient mes chevaux et mes domestiques. Je fais seller mon cheval andalou, ayant soin de cacher à mes hommes le motif de cette précipitation, une fois en selle sur un des premiers chevaux de l’armée, toute mon inquiétude a disparu ; jusque-là j’avais la chair de poule et j’étais tout tremblant d’être de nouveau fait prisonnier : – je sortais d’en prendre. – Je cours en avant de la ville voir ce qui se passait après avoir envoyé mes gens prendre mes effets à mon logement. Puis, voyant que l’ennemi n’était pas à notre poursuite, je quitte Fleurus fort tranquillement et viens repasser la Sambre à environ une lieue de là.

Imagine-toi, tout le long de la route, des troupes par groupes, marchant isolément, sans ordre, sans autre idée que la fuite. Jamais je n’ai vu pareille déroute. Et c’était précisément la Garde impériale qui, morne, silencieuse, suivait cette route. Je me suis avisé d’adresser la parole à quelques généraux et officiers supérieurs, et je n’ai reçu aucune réponse ; la démoralisation était telle qu’une méchante patrouille de quatre hussards prussiens ou anglais aurait pu enlever par milliers les meilleurs soldats français, la Garde impériale en un mot.

A ce moment, je reconnus un officier porte-drapeau, nommé Aubry de Bain, qui sortait en même temps que moi des prisons de la Russie.

- Comment, lui dis-je, on te laisse seul avec ton aigle ?

- Que veux-tu ! me répondit-il, c’est une terreur panique inconcevable !

Nous avons passé la Sambre ensemble et, une fois de l’autre côté, je suis parvenu à faire comprendre que nous n’étions pas poursuivis. Le calme est alors un peu rentré dans les têtes et poursuivant la route nous avons déjeuné au premier village avec quantité de généraux et d’officiers de la Garde ; puis j’ai continué ma route sur Laon. Dans ce trajet l’Empereur est passé plusieurs fois devant moi, notamment à Philippeville où il s’est arrêté deux heures.

Sur toute la route que je parcourais, c’était une confusion inexprimable ; toutes les armes étaient confusément mêlées : cavalerie, artillerie, infanterie, voitures de cantiniers, tout le train d’une armée marchait pêle-mêle, se croyant poursuivi, tandis que l’ennemi était resté sur le champ de bataille de Waterloo, ignorant notre déroute et appréhendant la continuation de cette terrible lutte pour le lendemain.

En arrivant à Laon, j’y trouvai l’Empereur à l’entrée de la ville ; il était là, seul avec Berthier, sans escorte et il me dit que les blessés prenaient la route de Soissons. Je suis descendu de cheval dans le premier village, comptant y passer la nuit, car j’avais fait déjà près de 40 lieues ; mais, après avoir fait rafraîchir mes hommes et mes chevaux, il y avait tant d’encombrement et de confusion dans l’auberge où je m’étais arrêté que je me vis obligé de remonter à cheval et de gagner Soissons, où, après avoir bien déjeuné, je me décidais à me remettre en route pour Compiègne où était notre dépôt.

J’ai laissé mes chevaux au dernier relais et j’ai pris la poste. J’avais fait mes 50 lieues tout d’une traite et je me suis trouvé avec bonheur dans ma famille, c’est-à-dire au milieu d’une partie de mon cher régiment. Il y avait à Compiègne un beau détachement d’environ 200 hommes qui étaient prêts à partir rejoindre le régiment. J’ai reçu là le meilleur accueil ; bientôt j’ai eu tous les officiers dans les bras qui m’ont fait la plus chaleureuse réception. Arrivé dans mon logement, des dames se sont empressées de venir panser ma blessure, et de toutes parts j’ai été accablé de questions.

Sur ces entrefaites l’ordre de nous rendre à Versailles est arrivé et nous sommes partis nombreux. Tout le long de la route, j’étais soigné et pansé par des dames charmantes. Il a été blessé ? Oui voir mon intro. Cheval tué, étrier brisé le blessant au pied. Nous sommes restés quelques jours à Versailles. J’en ai profité pour me soigner et prendre médecine, parce que c’est l’usage après les fortes blessures.

J’ai rejoint à Villejuif le régiment, qui, au moyen de ce beau détachement venu de Compiègne, s’est trouvé même plus fort qu’au moment de son entrée en campagne. En résumé, nous n’avions pas perdu beaucoup de monde après d’aussi chaudes affaires que Fleurus et Waterloo."

(Capitaine AUBRY, "Souvenirs du 12ème chasseurs, 1799-1815", Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2002).
[/aligner]

Maria Kel

Message par Maria Kel »

Waterloo, jour maudit :cry:

Merci pour cette piqûre de rappel :police:

Remy du 9eme

Message par Remy du 9eme »

Christophe a écrit :[aligner]Il y a un siècle et un an... :croixhonneur:
------------------

pp.107-116).
[/aligner]

Deux siècles et un an. :salut: :)

Maria Kel

Message par Maria Kel »

Oui c'est vrai, deux siècles, déjà, comme le temps passe :)

Turos M. J.

Message par Turos M. J. »

Ce n'est pas une erreur - siècle - est également une mesure de l'écoulement du temps. Temps deux siècles, le temps de notre mémoire des événements.
Waterloo - ceci est juste un souvenir de la bataille ou quelque chose de plus, un symbole, un signe...
:salut:

Christophe

Le 18 juin et les jours suivants…

Message par Christophe »

[aligner]C'est bien deux siècles et un an qu'il fallait lire. :oops:

-----------------
Le mamelouk Ali est resté près de l’Empereur au soir de la bataille de Waterloo:

"Dans le milieu de la journée du 19 [juin], nous arrivâmes à Philippeville. L’Empereur, extrêmement fatigué, non seulement de la longue route qu’il venait de faire à cheval, mais de la journée du 18 et du peu de sommeil de la nuit qui l’avait précédée, descendit dans une mauvaise auberge et se fit donner une chambre. Je le déshabillai à moitié et il se mit au lit pour chercher à prendre quelques repos. Il était fort triste et surtout très préoccupé. C’est dans cette ville de Philippeville que vint le rejoindre le duc de Bassano.

L’Empereur prit quelque peu de nourriture.

Sur le soir, on amena devant la porte de l’auberge deux espèces de calèches. Je mis dans le coffre de celle qui était destinée à l’Empereur une quinzaine ou vingtaine de tablettes d’or, contenant chacune une dizaine de rouleaux de mille francs, que m’avait fait remettre le duc de Bassano un moment avant. Les deux jumelles de l’Empereur furent mises dans la voiture de suite que devait accompagner le nommé Daussin, courrier.

L’heure du départ étant arrivée, des chevaux de poste furent attelés. La calèche ne pouvait contenir que deux personnes, et sur le devant il n’y avait pas de siège. Voulant suivre l’Empereur à quelque prix que ce fût, je me trouvai fort embarrassé. Comment aller ? La tablette derrière la voiture étant garnie de pointes de fer, je ne pouvais m’y asseoir. Je ne vis d’autre moyen que celui de me percher derrière, à la manière des valets de pied, en me tenant debout à l’aide des deux courroies qui étaient à la capote, et il n’y avait tout juste que la place de mes deux pieds sur la tablette. Comme nous étions dans les grands jours, j’espérais trouver aussitôt qu’il ferait clair quelque autre moyen plus agréable de voyager. L’Empereur et le grand-maréchal [Bertrand] montèrent en voiture ; moi je m’arrangeai comme je pus, et nous partîmes. L’autre voiture resta loin en arrière pour que nous eussions l’air de voyager isolément, et afin de ne pas attirer les yeux des curieux qui se trouveraient sur notre passage ou aux relais.

J’eus beaucoup à souffrir pendant tout ce voyage. A tout moment, je craignais que les courroies ne vinssent à se détacher ou à casser, et que je ne tombasse à la renverse, les pieds accrochés aux pointes de fer. La route, qui était peu unie, me fatigua horriblement. C’était beaucoup de temps à passer dans une position des plus gênantes. Je m’armai de courage, ayant toujours l’espérance de soulager ma misère à la première occasion.

Enfin l’Empereur s’arrêta à Laon, où il arriva dans la journée du 20, vers les deux ou trois heures. J’étais harassé. Comme on le pense bien, il ne m’avait pas été possible de fermer les yeux dans la position où j’avais dû rester pendant si longtemps.

Je ne me rappelle pas où l’Empereur descendit de voiture ; mais je sais que nous nous trouvâmes dans une cour d’auberge assez spacieuse, où l’Empereur resta quelques heures à se promener et à causer avec les principaux de la ville, tels que le préfet, le maire, des officiers de la Garde nationale et quelques autres personnes, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre. Je me rappelle parfaitement que des officiers de la Garde lui montrèrent un grand dévouement par la chaleur qu’ils mettaient dans leur conversation, et par les expressions dont ils se servaient. Dans la cour, il y avait bon nombre de bourgeois, de paysans, qui, de temps en temps, laissaient échapper des cris de « Vive l’Empereur ! ». Chacun était sensible à la grande infortune de celui qui était, il y a peu de jours, à la tête d’une belle armée pleine d’enthousiasme, et qui aujourd’hui a tout perdu, hors l’honneur. Ces cris de « Vive l’Empereur ! » avaient quelque chose qui attristait l’âme.
L’intention de l’Empereur avait été d’abord de rester à Laon pour attendre les débris de son armée, les organiser et les joindre au corps du maréchal Grouchy ; mais, sentant que sa présence serait peut-être utile à Paris, il se détermina à se rendre dans la capitale.
Le préfet, qui avait vu notre piteux équipage, proposa sa voiture à l’Empereur qui l’accepta ; on alla la chercher. Elle était plus propre, plus commode que celle qui l’avait amené à Laon. Elle fut attelée et l’Empereur y monta avec le grand-maréchal, et moi sur le siège. Au départ, des cris répétés de « Vive l’Empereur ! » vinrent encore retentir à nos oreilles ; mais ceux qui les prononçaient comme ceux qui les entendaient avaient la tristesse dans le cœur et les larmes dans les yeux.

De bonne heure, le 21, nous arrivâmes à la barrière de Paris, où aboutit la route que nous venions de parcourir ; mais l’Empereur, ne voulant pas entrer par cette barrière, fit prendre à droite pour longer le mur d’enceinte jusqu’à la barrière du Roule. C’est par là que nous entrâmes dans Paris. Nous descendîmes la rue du Faubourg. Les boutiques, pour la plupart, étant encore fermées, nous pûmes arriver jusqu’à l’Elysée et y entrer, sans qu’on se doutât au dehors du retour de l’Empereur.
Une seule personne était dans la cour où elle se promenait : c’était le duc de Vicence [Caulaincourt]. Il courut au perron pour recevoir l’Empereur ; et l’un et l’autre, suivis du grand-maréchal, passèrent dans les appartements. Le silence de ces lieux à l’arrivée du maître me serra le cœur.

Dès que l’on connut dans Paris l’arrivée de l’Empereur à l’Elysée, quelques personnes, soit grandes, soit petites, vinrent reprendre leur service ; mais il n’y eut plus, comme précédemment, cette multitude d’allants et de venants ; l’Empereur, pour le plus grand nombre, ne fut plus qu’un homme ruiné et que l’on devait par conséquent abandonner. O Napoléon ! que tu as fait d’ingrats ! Mais le peuple, mais tes braves et valeureux soldats, mais de vrais amis te sont restés fidèles et dévoués."

(Mameluck Ali, « Souvenirs… », Arléa, 2000).

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Joker

Message par Joker »

Je reviens de la butte au pied de laquelle se déroulait un week-end historique.
Peu de public, un manque flagrant d'informations et un programme original mais quelque peu décousu, autant de raisons qui ne laisseront pas un souvenir impérissable de cette édition 2016.
Les exposants réunis au Mémorial étaient également très déçus, leurs ventes étant au plus bas.
Bref, ce ne fut pas un grand cru.
J'ai cependant eu le plaisir d'y retrouver notre Route Napoléon, véritable légende du forum ainsi que mon ami l'historien controversé mais talentueux qu'est Bernard Coppens. :)

Maria Kel

Message par Maria Kel »

Bernard Coppens? Il est de la famille d'Yves Coppens? :lol: :razz:

rigodon d'honneur

Message par rigodon d'honneur »

Maria Kel a écrit :Bernard Coppens? Il est de la famille d'Yves Coppens? :lol: :razz:
pour mieux le connaître, voici son site Internet : :arrow: http://www.1789-1815.com/index.html

c'est également un illustrateur de très grand talent :aime: .
:salut:

Joker

Message par Joker »

Maria Kel a écrit :Bernard Coppens? Il est de la famille d'Yves Coppens? :lol: :razz:
Nullement !
Il est notamment l'auteur de l'ouvrage polémique "Les mensonges de Waterloo" qui a fait couler beaucoup d'encre sur ce forum.
Consultez les archives pour en savoir davantage. :)

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