Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

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Demi-solde
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Demi-solde »

Joker a écrit : 28 mars 2020, 20:02 On connaît le jugement particulièrement dur porté par Napoléon sur Murat, le 7 février 1816, alors qu’il vient d’apprendre la mort de son beau-frère : « Murat, sans vrai jugement, sans vues solides, sans caractère proportionné à ces circonstances a péri dans une tentative évidemment désespérée… Ainsi périt misérablement celui qui avait été une des causes si actives de nos malheurs ! ».
Napoléon faisait preuve d’ingratitude envers Murat.
Ce n'est pas le seul avec qui Napoléon s'est montré sévère, voire ingrat. Toutefois, s'agissant de Murat... il n'a pas complètement tort. "Murat, sans vrai jugement...", pour preuve, les trois événements cités par Jean Tulard reflètent davantage une tête brûlée qu'une tête bien faite. Traverser Paris au galop pour aller disputer des canons à des insurgés pour les rapporter fissa, perdre patience et évacuer manu militari le conseil de Cinq-cents ou charger à la tête de quatre-vingts escadrons ; impétueux, manifestement charismatique, insouciant, déterminé, brave... Comme d'autres, Murat était un excellent général de cavalerie ; de là à en faire un maréchal, puis un roi... :|

Cordialement
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Bernard
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Bernard »

Demi-solde a écrit : 28 mars 2020, 22:49 ...les trois événements cités par Jean Tulard reflètent davantage une tête brûlée qu'une tête bien faite. Traverser Paris au galop pour aller disputer des canons à des insurgés pour les rapporter fissa, perdre patience et évacuer manu militari le conseil de Cinq-cents ou charger à la tête de quatre-vingts escadrons ; impétueux, manifestement charismatique, insouciant, déterminé, brave... Comme d'autres, Murat était un excellent général de cavalerie ; de là à en faire un maréchal, puis un roi... :|
Oui, cette période compte beaucoup de sabreurs et d'entraîneurs d'hommes. Cela ne les rend pas tous aptes à commander, encore moins en chef. Murat, tout intrépide qu'il fut au combat, tout brave qu'il fut devant la mort, n'avait pas les talents nécessaires pour devenir roi, ou même maréchal. Ses comportements excessifs, ses jalousies maladives, son impétuosité au moment où il aurait fallu du calme et de la modération n'ont pas servi Napoléon. Il alterne le meilleur et le pire. Pour citer d'autres exemples que ceux évoqués plus haut, j'en prendrai deux relatifs à la campagne de Russie qui m'ont marqué. A son crédit, sa réaction habile à Taroutino, le 4 octobre 1812, lui permet de préserver l'essentiel du corps d'avant-garde. Ce fut brillant ! A l'opposé, la quasi-obligation dans laquelle s'est trouvé Napoléon de lui laisser la tête des restes de l'armée lors de son départ pour Paris, le 5 décembre de la même année, s'est révélé une erreur grave. Murat n'a pas su organiser la défense de Vilna, transformant la catastrophe en séisme, avant d'abandonner littéralement ses hommes le 16 janvier. C'est consternant. Est-ce l'attitude d'un chef ?
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Cyril Drouet
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Cyril Drouet »

Quelques réflexions et coups de griffes impériaux à l'heure de l'exil hélènien :

1-Trahison, ruine et ingratitude :
O’Meara (ici, c’est vrai, bien plus nuancé) : « Murat m’a deux fois trahi et ruiné. […]
Murat m’a fait plus de mal qu’aucun autre homme au monde. […]
Comme un fou, il attaqua les autrichiens avec sa canaille, et me ruina. […]
Il n’a jamais songé que sa défection de la première heure me serait si funeste ; sinon il ne se serait pas joint aux alliés.
On ne le plaindra pas : c’était un traître.
Il ne sera plaint par personne, quoique pourtant il fût loin d’être coupable de la double trahison qu’on lui impute. »

-Gourgaud : « Je puis bien assurer que c’est lui qui est la cause que nous sommes ici ! […]
Il avait intrigué avec Fouché avant mon second mariage. Je suis sûr qu’à Leipzig il me trahissait déjà. »

-Las Cases : « Il était dans la destinée de Murat de nous faire du mal. Il nous avait perdus en nous abandonnant, et il nous perdit en prenant trop chaudement notre parti. […]
J’ai été trahi par Murat, que de soldat j’avais fait roi, qui était l’époux de ma sœur. […]
Il est une des grandes causes que nous sommes ici. […]
[En 1815], il se perdit et contribua à nous perdre une seconde fois. »

-Bertrand : « Sans Murat, je ne serais pas ici. […]
La conduite de Murat à mon égard a été infâme. Il ne sait pas lui-même jusqu’à quel point il m’a fait du tort.
Dans la campagne de Russie, voyant [Cataneo, écuyer de Murat] démonté, je dis à Caulaincourt de lui donner un cheval. Il n’osa pas me remercier. Par là, je pouvais juger des sentiments personnels de Murat : sa haine et sa jalousie folle contre moi. […]
C’est, je crois, un mauvais homme : il s’est conduit de manière à le prouver, lorsque je réfléchis avec quelle bassesse il me flattait et m’a ensuite trahi. […]
Ce qui m’a porté le dernier coup, c’est d’avoir fait Murat roi de Naples. »

-Montholon : « [A propos du séquestre des dotations de Mme Walewska], c’était être ingrat envers moi pour bien peu de choses. […]




2-Murat à Waterloo :
O’Meara : « Il s’en est fallu de bien peu, je vous assure, que je ne gagnasse la bataille. Enfoncer deux ou trois bataillons, et, selon toutes les probabilités, Murat y serait parvenu. »

-Las Cases : « Il nous eût valu peut-être la victoire, car que nous fallait-il dans certains moments de la journée ? enfoncer trois ou quatre carrés anglais ; or Murat était admirable pour une telle besogne ; il était précisément l’homme de la chose. »

-Bertrand : « Ce dernier trait de lâcheté [non remise de pension à Mme Walewska] m’indigna tellement qu’il combla la mesure dans mon esprit et m’empêcha probablement d’appeler Murat à Waterloo, où il eût commandé la cavalerie. Qui sait, s’il l’eût commandée, ce qui serait arrivé et l’influence que cela pouvait avoir sur mes affaires ! […]
Si Murat eût été là, peut-être la cavalerie, conduite autrement, eût-elle décidé de la victoire. »

-Montholon : « Si j’avais eu Murat, j’aurais gagné la bataille. »




3-Cavalier d’exception et bravoure au combat :
O’Meara : « Murat était le meilleur officier de cavalerie du monde. […] Il n’y avait pas, je crois, deux officiers au monde tels que Murat pour la cavalerie, et Drouot pour l’artillerie. […]
Il n’était brave que devant l’ennemi ; là il était probablement l’homme le plus brave du monde. […]
Les Cosaques mêmes l’admiraient à cause de sa bravoure extraordinaire. […]
C’était un paladin, un vrai don Quichotte sur le champ de bataille. […]
Murat et Ney étaient les hommes les plus braves que j’aie jamais vus. »

-Gourgaud : « Murat [était] incomparable sur un champ de bataille. […]
Murat, lui aussi, était bien brave. »

-Las Cases : « Il était impossible à Murat et à Ney de n’être pas braves. […]
Jamais à la tête de l’armée d’une cavalerie on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, d’aussi brillant. […]
Murat avait un très grand courage. […] Il était difficile, impossible même, d’être plus brave que Murat et Lannes. […]
Le roi de Naples était vraiment sublime au feu, le meilleur officier de cavalerie au monde. Au combat c’était un “césar” »

-Bertrand : « Murat, Lannes et Ney étaient les trois plus braves de l’armée. »




4-Incapacités :
O’Meara : « Je l’élevai là où il était. […] Sans moi il n’était rien. […]
Laissé à lui-même, c’était un imbécile sans jugement. Je ne peux concevoir comment un homme si brave put être si lâche. […]
Au cabinet c’était un homme sans jugement ni décision. […]
Il était comme un homme qui regarde avec étonnement les décors changeants de l’opéra, sans jamais penser aux machines par derrière, qui actionne tout. […]
Cet imbécile de Murat me perdit environ douze ou treize cents hommes par le sot débarquement qu’il fit en Sicile. […]
[Caroline était] douée de beaucoup plus de fermeté et de talent que son mari pour le cabinet. »

-Gourgaud : « [Murat] n’a commis que des bêtises. […] »
Murat s’entendait mieux que Ney à conduire une campagne, et encore, c’était un bien pauvre général. Il faisait toujours la guerre sans carte. […]
Combien de fautes Murat n’a-t-il pas commises pour pouvoir établir son quartier général dans un château où il eût des femmes ! »

-Las Cases : « On n’avait pas moins de tête que [Ney et Murat], [Murat] surtout. […]
Oudinot, Murat, Ney n’avaient que de la bravoure personnelle. […]
Murat, mon ouvrage, le mari de ma sœur, celui qui me doit tout, qui n’eût été rien, qui n’existe, qui n’est connu que par moi. […]
Murat avait fort peu d’esprit. […] Murat n’était demeuré que brave. […]
Au combat c’était un “césar”, mais, hors de là, presqu’une femme »

-Bertrand : « Murat était sans esprit, quoiqu’il eût quelque instruction. […]
Murat étant grand amiral voulait influer sur la marine. Il ne comprenait pas que je ne voulais pas faire de cela qu’un titre. »




5-« Folie » :
O’Meara : « Il avait attaqué les troupes de l’Empereur [d’Autriche, en 1815] comme un imbécile, sans raison ; et comme un fou, il s’était engagé sans jugement dans une expédition sans plan et si mal combinée qu’il ne put jamais rassembler même sa propre garde. […]
Murat a entrepris une expédition da coglione al fondo, en voulant envahir Naples avec deux cents Corses alors que ce royaume était occupé par vingt mille Autrichiens ; et il a fini sa vie comme un fou. »

-Gourgaud : « [A propos du débarquement de 1815], Sa Majesté […] me dit qu’il faut que Murat ait été fou. […] On ne peut concevoir cette bêtise de Joachim de descendre en Calabre avec trente Corses ! […] Il a fait la plus grande folie que l’on puisse commettre. […]
La tête lui a tourné. Il était très ambitieux. […]
C’est une pauvre tête, qui se forge des chimères et se croit un grand homme ! »

-Las Cases : [Le succès de son débarquement de 1815] était purement chimérique au moment où et de la manière dont il l’a entrepris. »

-Marchand : « Descendre en Calabre avec cinquante hommes était l’action d’un fou »
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Cyril Drouet
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Cyril Drouet »

Bernard a écrit : 29 mars 2020, 11:22 C'est consternant. Est-ce l'attitude d'un chef ?
Une réponse que l'on peut lire dans le Journal de Mallardi :
"Il mériterait d'être fusillé, pour l'exemple, pour avoir déserté de son poste en temps de guerre."
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit : 29 mars 2020, 11:53
Bernard a écrit : 29 mars 2020, 11:22 C'est consternant. Est-ce l'attitude d'un chef ?
Une réponse que l'on peut lire dans le Journal de Mallardi :
"Il mériterait d'être fusillé, pour l'exemple, pour avoir déserté de son poste en temps de guerre."

A ce sujet, on peut lire ces courtes lignes du Moniteur du 27 janvier 1813 :
"Le roi de Naples, étant indisposé, a dû quitter le commandement de l'armée, qu'il a remis entre les mains du vice-roi. Ce dernier a plus d'habitude d'une grande administration ; il a la confiance entière de l'Empereur"

C'est sans doute en référence à cet article que Murat écrivit à Belliard le 3 mars suivant :
"Vous avez lu, sans doute avec peine, un article du Moniteur de France où il a été question de mon départ. Témoin de ma conduite à la tête des armée françaises depuis plus de douze années, et surtout dans cette dernière campagne, connaissant, mieux que personne, mon dévouement absolu pour l'Empereur dont le bonheur et la gloire ont toujours été l'unique objet de mes pensées et de mes actions, vous aurez partagé le chagrin qu'un tel article a dû me causer."
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Cyril Drouet »

Cyril Drouet a écrit : 29 mars 2020, 11:53
Bernard a écrit : 29 mars 2020, 11:22 C'est consternant. Est-ce l'attitude d'un chef ?
Une réponse que l'on peut lire dans le Journal de Mallardi :
"Il mériterait d'être fusillé, pour l'exemple, pour avoir déserté de son poste en temps de guerre."

Mots qui ne sont pas sans faire penser au Bulletin du ministère de la Police du 26 avril 1800:
"Les agitateurs qui croient trouver, dans les propos vagues des ouvriers sans travaux, des dispositions à un mouvement leur insinuent que l'armée d'Egypte revient très mécontente, et principalement les officiers, « qu'il a été tenu un conseil de guerre après le départ du général Bonaparte, présidé par le général Kléber, dans lequel il fut jugé que ce départ était une désertion »"
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Bernard »

Cyril Drouet a écrit : 06 avr. 2020, 17:42 Mots qui ne sont pas sans faire penser au Bulletin du ministère de la Police du 26 avril 1800:
"Les agitateurs qui croient trouver, dans les propos vagues des ouvriers sans travaux, des dispositions à un mouvement leur insinuent que l'armée d'Egypte revient très mécontente, et principalement les officiers, « qu'il a été tenu un conseil de guerre après le départ du général Bonaparte, présidé par le général Kléber, dans lequel il fut jugé que ce départ était une désertion »"
Il faut relever que Murat fait partie des rares personnes qui reviennent d'Egypte avec Bonaparte. Ce commentaire du ministère de la Police inclut-il Bessières, Berthier, Duroc, Lannes, Marmont et Murat qui, avec quelques savants, sont arrivés à Fréjus le 9 octobre 1799 ? Mais la date du bulletin a de quoi surprendre car, le 26 avril 1800, la situation avait bien changé... Il y a un excellent article sur le retour brusqué de Bonaparte dans Les cahiers de la Méditerranée, 1998, par Daniel Panzac : https://www.persee.fr/doc/camed_0395-93 ... _57_1_1237
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

Message par Cyril Drouet »

Bernard a écrit : 06 avr. 2020, 18:05 Ce commentaire du ministère de la Police inclut-il Bessières, Berthier, Duroc, Lannes, Marmont et Murat qui, avec quelques savants, sont arrivés à Fréjus le 9 octobre 1799 ?
On n'y parle que du général en chef de l'armée d'Orient.
Bernard a écrit : 06 avr. 2020, 18:05 Mais la date du bulletin a de quoi surprendre car, le 26 avril 1800, la situation avait bien changé...
Pas pour les opposants à Bonaparte.
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C-J de Beauvau
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Re: Par 3 fois, Murat change le destin de Napoléon.

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