La Moskova/Borodino, une bataille inlassablement réécrite

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C-J de Beauvau
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La Moskova/Borodino, une bataille inlassablement réécrite

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Vision de Russie
https://fr.sputniknews.com/analyse/2010 ... -reecrite/

Le 5 septembre 1812, Napoléon progressait vers Moscou à la tête de la Grande Armée. Les troupes russes battent en retraite. Les archives françaises témoignent : à trois heures de l'après-midi, l'Empereur qui faisait la sieste (règle que Bonaparte suivait strictement toute sa vie) a été réveillé par un adjudant l'informant que le mouvement des troupes russes avait cessé. Napoléon s'est tout de suite levé de son lit de camp. - Où sont-elles ? - a-t-il demandé. L'officier, apeuré, a déployé hativement une carte énorme devant l'Empereur.

- Près d'un village.

- Plus précisément.

- Parotino, - a prononcé l'adjudant avec peine, s'efforçant de déchiffrer les noms russes difficiles. Napoléon s'est penché sur la carte. Lentement, syllabe par syllabe, il a prononcé Bо-rо-di-no... C'est comme ça que la légende est née.

Napoléon croyait que Borodino était un endroit très avantageux pour Koutouzov. Pourtant, il avait des points faibles. La question principale, à laquelle Napoléon voulait obtenir la réponse, c'était- Koutouzov, quel plan couvait-il ?


Koutouzov, lui, a envoyé le même jour un message secret au gouverneur de Moscou, le général et comte Fiodor Rostoptchine : « Nous nous sommes arrêtés près du monastère Kolotski. Le lieu me parait bien choisi pour la bataille. C'est ici que nous allons entreprendre la bataille générale contre les Français. D'ailleurs, il n'est pas exclu que la disposition soit trop vaste pour toutes nos forces. Il faudrait chercher un autre lieu. De toute façon, cher monsieur, j'ai toujours une demande. Veuillez envoyer du vin pour moi, des chevaux pour l'armée, des charrettes et des denrées. Et puis, ma fille Tosltaia et huit petit-enfants sont restés à Moscou. Je vous prie de ne pas les laisser sans votre protection ». Signé : Koutouzov.

Le fait que la bataille légendaire a eu lieu près de Borodino est assez fortuit. Au dernier moment, Mikhaïl Illarionovitch a décidé que Napoléon le tromperait, userait d'une manoeuvre maligne, le contournerait de flanc et il pensait déjà changer de disposition mais Bagration et Barclay, qui restait toujours le ministre militaire, l'ont convaincu de ne pas le faire. Le tsar exigeait aussi la bataille générale. Personne ne comprenait les plans du vieux Koutouzov. Seulement l'histoire a tout mis à sa place.

Les éclaireurs informaient que la cavalerie du Maréchal Murat était partie contourner les troupes russes, cherchant à se mettre sur leurs arrières. En cas d'attaque subite, il valait mieux rester aux alentours de Borodino. D'ailleurs, les données sur la cavalerie de Murat ne se sont pas confirmées plus tard, mais grâce à cette pseudo-menace, Koutouzov a pris la décision d'engager la bataille générale.

En 1830, dans les manuels scolaires d'histoire russe, l'information est apparue que le nombre de victimes près de Borodino de part et d'autre dépassait trente mille personnes, en réalité, il y en avait beaucoup plus. Pendant de longs mois, les cadavres gisaient, personne ne s'en occupait . Oui, c'était une bataille affreuse, sanglante et qui fut revendiqué par les deux camps comme une grande victoire.

La Moskova/Borodino - c'était une grande bataille qui a attiré l'attention des historiens aussi parce qu'elle
conduisit à la prise de Moscou par l'Empereur Napoléon. Elle a conduit à beaucoup de réécriture, d'hypothèses des uns et des autres. Napoléon lui-même a réécrit sa campagne de Russie, et les russes particulièrement durant l'époque soviétique ont entièrement réécrit l'histoire de la campagne et de Borodino. A l'heure actuelle les Russes dans leur grande majorité sont convaincus que Borodino a été une bataille réelle, une grande victoire. Trop de légendes et chansons lui étaient consacrées. Léon Tolstoi, Tchaikovski, Pouchkine, Leskov, Gogol, Tourgeniev - pratiquement tous les géants du 19 siècle ont contribué à la glorification mais aussi a brouiller les pistes de l'histoire de cette bataille. Mais qu'elle fut la vérité ? Est-il possible de l'apprendre à présent ?

Le 5 septembre 1812, un jeudi, Napoléon que la retraite voulue des troupes russes de plus en plus nerveux, s'est plaint à son chef d'état-major Berthier : « Oh Dieu, je ferai tout ce que tu veux, donne-moi la bataille ! ». Napoléon, quels plans avait-il ? Il lui semblait qu'il suffisait que l'armée russe perde une bataille pour que le tsar se rende comme en 1807 et que l'empire russe capitule suivant les conditions qu'il dicterait.

L'ancien ambassadeur de l'Empereur à Pétersbourg, Armand de Caulaincourt, s'est rappelé qu'à Smolensk, pendant une de ses nuits sans sommeil, Napoléon a eu une vision ! Il a pris une décision, stratégique pour lui, de ne pas prolonger la guerre pendant plus de deux ans, de la terminer en une année. C'était son erreur principale. On peut comprendre Napoléon. Son objectif, c'était Moscou. Mais, si grande que soit son aspiration à s'emparer de Moscou, il n'avait aucune envie de l'obtenir sans bataille. Il fallait une bataille, une grande bataille. La poursuite de Koutouzov était une erreur qui pouvait causer l'échec de la campagne, et il l'avait effectivement réalisé. L'empereur Napoléon a tout de suite compris ce que le tsar russe ne comprenait pas, l'idée stratégique de Barclay puis de Koutousov. On peut dire que pendant les premiers deux mois, il n'y a pas eu de bataille générale seulement parce que Napoléon la désirait si fort. Mais si on veut quelque chose aussi fort que Napoléon, si on aspire de toutes ses forces de manière inconsidéré, cela n'aura pas lieu pour sûr. Telle est la loi de la métaphysique à laquelle on se heurte chaque jour. Le plus étonnant, c'est que Napoléon n'avait pas vraiment d'intérêts importants de vaincre la Russie. Il a commencé cette guerre à cause de son incapacité de bien évaluer le moral des Russes, l'immensité du pays, sa capacité de résistance, la capacité russe de défendre le pays et rassembler son peuple, de résister à l'invasion. Il y a une histoire que cite dans ses mémoires le chef de la police secrète de l'armée russe Jacob de Sanglin (Jean de Saint-Glin, français au service de la Russie dont le nom a été russifié) : un officier français capturé a dit pendant l'interrogatoire que dans l'armée française, on ne considérait pas les Russes comme ennemis. Par contre - là, le prisonnier a fait une pause et s'est rapproché de Sanglin, pour dire ceci : « En secret, je vous avouerai que toute cette guerre avec la Russie est factice, pour les Anglais. En réalité, l'Empereur veut conclure un pacte avec votre tsar, et une fois la paix conclue, il irait en Inde avec la Russie pour chasser les Anglais de là ». Cette idée avait un certain sens. Déjà, au cours du deuxième mois de la guerre contre la Russie, Napoléon comprenait de moins en moins pourquoi cette guerre lui était nécessaire. Forcer la Russie à soutenir le blocus économique de l'Angleterre ? Mais on pouvait l'obtenir par la voie de négociations. Fait tragique : Napoléon, en tant que diplomate, ne pouvait pas se mettre d'accord avec Alexandre. Au début du mois de septembre, deux mois après le lancement de la guerre, Napoléon a compris qu'il lui fallait une paix avec la Russie. Mais une paix qui lui apporte un autre résultat : mettre à genoux enfin l'Angleterre, la perfide Albion. Mais avant d'en arriver à ce résultat, il lui fallait être assuré de la Russie. Une fois la campagne commencée, il pensait qu'il lui fallait seulement une bataille victorieuse après laquelle Alexandre demanderait la paix. Le lieu pour cette bataille était trouvé. Il restait un peu moins de quarante-huit heures avant la grande bataille de La Moskova/Borodino.

:salut:
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