Les pontonniers du général Eblé sur la Bérézina (novembre 1812)

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Joker
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Re: La Bérézina

Message par Joker »

La nouvelle de son départ a dû se répandre dans un premier temps parmi les troupes qui le côtoyaient encore.
Ensuite, l'information s'est probablement répandue à celles qui suivaient si l'on part du principe que certains de ceux qui étaient avec Napoléon ont progressivement rétrogradé au fur et à mesure de la retraite pour des raisons diverses (maladie, blessure, ordres à transmettre, mission à remplir,...).
C'est en tout cas ainsi que je vois les choses...
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Cyril Drouet
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Re: La Bérézina

Message par Cyril Drouet »

"Mon Cousin, deux ou trois jours après mon départ, on mettra le décret ci-joint à l'ordre de l'armée ["Art. 1er. Le roi de Naples est nommé notre lieutenant général pour commander en notre absence la Grande Armée. Art. 2. Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent décret."]. On fera courir le bruit que je me suis porté sur Varsovie avec le corps autrichien et le 7e corps. Cinq à six jours après, suivant les circonstances, le roi de Naples fera un ordre du jour pour faire connaître à l'armée qu'ayant dû me porter à Paris je lui ai confié le commandement; qu'il espère qu'officiers, généraux et soldats lui accorderont la confiance qu'il mérite par son dévouement et ses services, etc. ; qu'il s'empressera de faire connaître à l'Empereur, à son retour, les officiers qui dans cette circonstance l'auront le mieux secondé."
(Napoléon à Berthier, 5 décembre 1812)

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C-J de Beauvau
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Re: La Bérézina

Message par C-J de Beauvau »

Joker a écrit :
12 déc. 2017, 18:51
La nouvelle de son départ a dû se répandre dans un premier temps parmi les troupes qui le côtoyaient encore.
Ensuite, l'information s'est probablement répandue à celles qui suivaient si l'on part du principe que certains de ceux qui étaient avec Napoléon ont progressivement rétrogradé au fur et à mesure de la retraite pour des raisons diverses (maladie, blessure, ordres à transmettre, mission à remplir,...).
C'est en tout cas ainsi que je vois les choses...
En effet la nouvelle à dû se répandre à la vitesse du vent d'hiver au sein des troupes le soir autour d'un maigre feu
Mais comme le dit Cyril Drouet ,il y a un décret à l'ordre de l'armée , c'était donc officiel !

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Cyril Drouet
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Re: La Bérézina

Message par Cyril Drouet »

Pour info, la copie d'expédition fut annotée ainsi : "Le décret dont il est question était la nomination de Murat. On ne put le mettre à l'ordre de l'armée, puisque ce qui en existait encore marchait à la débandade."

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Bernard
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Re: La Bérézina

Message par Bernard »

Cyril Drouet a écrit :
12 déc. 2017, 19:35
Pour info, la copie d'expédition fut annotée ainsi : "Le décret dont il est question était la nomination de Murat. On ne put le mettre à l'ordre de l'armée, puisque ce qui en existait encore marchait à la débandade."
Oui, c'est peut-être l'épisode le plus douloureux de la retraite, en tout cas l'un des plus horribles. A Vilna, il était encore possible de sauver ce qui restait de l'armée mais, pour cela, il aurait fallu organiser la défense et ramener l'ordre. Murat en a été totalement incapable. Celui qui n'avait pas son pareil sur un cheval se révélait un piètre administrateur dans un tel désordre. La fuite de Vilna, après l'intrusion de quelques cosaques surpris eux-mêmes, a brisé le dernier espoir des hommes qui étaient parvenus dans la ville. Dès lors, ce n'est plus qu'une débandade généralisée et l'on ne peut que s'étonner que certains aient survécu à ces scènes...

Peyrusse

Vilna...

Message par Peyrusse »

"Le hollandais Hogendorp, gouverneur général de la Lituanie, donne dans cette lettre assez peu de détails sur l’évacuation de Vilna. Mais on voit qu’il a raison de dire dans ses «Mémoires» qu’il n’est parti qu’au dernier moment, le 10 décembre 1812, à 9 heures du matin, lorsque les cosaques pénétraient dans la ville.

A.CHUQUET

--------
Kowno,12 décembre 1812.

Sire, j’ai l’honneur de rendre compte à Votre majesté Impériale et Royale qu’ayant reçu les ordres de Sa Majesté le roi de Naples [Maréchal Murat] et de S.A. le prince major général [Maréchal Berthier], j’ai évacué Vilna, avant-hier, le 10 décembre, à 9 heures du matin, quand tout était sorti et que l’ennemi avait pénétré sur la grande place et tourné la ville jusque sur le chemin de Kowno, où les cosaques nous ont attaqués avec du canon sur les traîneaux. Je suis resté avec M. Le maréchal duc d’Elchingen [Ney] qui commandait l’arrière-garde, jusqu’à ce que tout ait dépassé les défilés, et alors je me suis rendu auprès de Sa Majesté le roi de Naples où je suis arrivé le soir à Evé, qui m’a ordonné de rester près de lui. Beaucoup de voitures et de bagages qui s’étaient encombrés près du défilé de Ponari ont été brûlés par ordre de S.A. le prince major général. Le général Éblé a été chargé de faire sauter l’arsenal. On a fait mettre le feu aux magasins ; mais je crains, trop tard, à cause du fait que les cosaques pénétraient de tous côtés en ville, et les malades ont du être abandonnés en ville, faute de moyens de transport. N’ayant reçu aucun ordre de destination de la part de Votre Majesté Impériale et royale, j’ai pensé devoir prendre ceux du roi de Naples et rester près de lui comme il me l’a ordonné , jusqu’à ce que je reçoive les ordres de Votre Majesté que je la supplie de vouloir me donner.

Le comte de HOGENDORP. "
------------------------------------
Document publié dans le 3ème volume de la série d’Arthur Chuquet intitulée: « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes).

Peyrusse

Retour sur la conspiration du général Malet

Message par Peyrusse »

L'affaire Malet, nous l'avons dit dans ce sujet, fut la cause première du départ de l'Empereur (5 décembre 1812, Smorgoni). Voici ce qu'en dit le Dr Poumiès de la Siboutie.
--------------------
« Au mois d'octobre 1812, eut lieu la conspiration de Malet. L'hôpital Saint-Louis, que j'habitais alors, est assez voisin de la caserne du faubourg du Temple, occupée à cette époque par un des deux régiments de dragons à pied qui formaient la garde municipale de Paris. Les deux régiments, trompés par de faux ordres émanés du général Malet, lui obéirent ponctuellement. Dès le matin, nous entendîmes un grand bruit dans la caserne. Je courus, comme tant d'autres, aux nouvelles. Je vis sur le quai de l'Horloge trois fiacres qu'on disait contenir une partie des conspirateurs. Le jour de l'exécution, je vis des détachements de la garde de Paris se rendant à la plaine de Grenelle, sans armes, leurs habits retournés. Une heure après l'exécution, ils étaient en route pour rejoindre l'armée en Russie. Ils arrivèrent en Pologne au moment de la retraite et furent détruits à la bataille de Leipzig. Dans les diverses relations qui ont paru sur cette affaire, je n'ai jamais vu qu'il fût fait mention de cette punition infligée à ces deux régiments. Un des accusés, que je connaissais beaucoup comme frère d'un de mes bons amis, parvint longtemps à se soustraire aux recherches de la police. Il se nommait Boutreux et avait été appelé par Malet à un haut emploi dans la nouvelle administration de la police. En cette qualité, il avait présidé à l'arrestation du duc de Rovigo et de M. Pasquier, ministre et préfet de police. Ce pauvre Boutreux fut enfin arrêté au mois de mars 1813 et fusillé huit jours après. C'était un homme de cabinet, très instruit, ne connaissant que ses livres, candide, naïf, et avec cela plein de courage; son calme, son inaltérable sang-froid, sa conduite pleine de dignité et de convenance lui valurent la sympathie du conseil de guerre, dont les membres auraient bien voulu le sauver. Le commandant Laborde, attaché à l 'état-major de la place, présida à l'exécution; il n'était pas tendre, mais en voyant tant de jeunesse, tant de qualités réunies, il éprouva une profonde émotion. Ce fut le même Laborde qui s'élança sur Malet au moment où ce dernier venait de tirer un coup de pistolet sur le général Hulin, commandant de Paris. Il m'a raconté plusieurs fois tous les détails de cette affaire, et il joua un rôle si actif. Selon lui, Malet se démentit au moment de son arrestation : sa résolution l'abandonna et il se laissa lier, empaqueter et emballer dans un fiacre, presque sans opposer de résistance. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.109-110)

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Joker
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Les pontonniers du général Eblé sur la Bérézina (novembre 1812)

Message par Joker »

Dans l’après-midi du 25 Novembre 1812, le Général Jean-Baptiste Eblé (1757 – 1812), commandant en chef des équipages de pont à la Grande Armée, est à pied d’œuvre à Studienka avec ses pontonniers.

Eblé conserve encore avec lui sept compagnies de pontonniers, soit environ quatre cents hommes auxquels s’ajoutent quelques compagnies de sapeurs. Sur le plan du matériel, la dotation est minimum : quelques caissons d’outillage, deux forges de campagne et deux voitures chargées de charbon. Mais le général a aussi eu la prudence, dès Smolensk, d’ordonner à chaque pontonnier d’emporter dans ses affaires un outil, 15 à 20 grands clous et quelques clameaux (un clameau est un crochet d’assemblage, de la forme d’une agrafe).

Paradoxalement à Studienka , il ne fait pas suffisamment froid pour que la Bérézina soit gelée, mais elle charrie de grands blocs de glace, et les pontonniers travaillent dans l’eau jusqu’à la poitrine, utilisant le bois des maisons du village , ils confectionnent également trois petits radeaux pour permettre l’implantation des chevalets qu’il faut enfoncer dans la vase.
Chaque fois que les ponts s'effondrent les pontonniers, malgré leur extrême fatigue, se jettent dans l’eau glacée pour remplacer les chevalets rompus.

Qu’on en juge par ce commentaire attribué à un officier badois du 2e corps d’armée du maréchal Victor :
« À plusieurs reprises les ponts se rompirent sous le fardeau, et il s’écoula du temps avant que les pontonniers qui étaient déjà très fatigués et sans nourriture aucune, eussent réussi à les rétablir. Mais ces braves gens, dans l’eau jusqu’à la poitrine, travaillèrent avec le plus grand zèle et la plus rare abnégation, et ils se dévouèrent à une mort certaine pour sauver l’armée. »

Jusqu’au dernier moment, le Général Eblé ne ménagera pas sa peine pour inciter les traînards à passer les ponts pendant la nuit.
Le 29 Novembre au matin, après avoir reporté l’échéance autant que possible, les ponts sont incendiés entre 8H30 et 9H, afin de protéger la retraite des unités combattantes. Cette opération nécessite l’intervention de 150 pontonniers pour dégager une véritable tranchée au milieu des cadavres d’hommes et de chevaux, et des voitures brisées et renversées qui encombrent la chaussée du pont.

Parmi les 400 hommes qui ont construit les ponts, seuls le capitaine George Diederich Benthien, commandant des pontonniers, le sergent-major Schroder et six de leurs hommes survivront à la bataille.

Le mot de « Bérézina » est passé dans le langage courant comme synonyme de déroute, d'échec cuisant.
Mais c’est injuste car ce fut une victoire de la Grande Armée.
Citons jean Tulard, historien spécialiste de Napoléon : « … la bataille de la Berezina fut, dans des conditions difficiles, une victoire française illustrée par l'action héroïque du Général Eblé [...] Napoléon et le gros de ses forces ont échappé à la manœuvre de Tchitchagov et de Wittgenstein qui laissent beaucoup d'hommes sur le terrain. Ce succès n'aurait pas été possible sans l'héroïsme du général Éblé et de ses pontonniers. »

Le Général Eblé s’était jeté lui-même à l’eau pour donner l’exemple à ses pontonniers. Il mourra le 31 Décembre 1812 à Königsberg (Kaliningrad) et il y fut enterré dans l’église catholique. Son cœur a été transféré dans la crypte des Invalides.

La veuve du général Eblé, Adeline Louise Frétot, se voit accorder une pension de 6 000 F par décret du 26 février 1813 puis un titre de comtesse d’Empire le 8 avril suivant. Ce traitement de faveur est à n’en pas douter directement lié à la conduite du général Eblé lors du passage de la Bérézina.

(Source :blog gilles , Institut iliade)

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